‹ Ris et croquis [microforme]Chapitre 17 sur 76 · À |A AE { DIE · texte numérisé non relu

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l’aimable simplicité, l'agréable franchise des scènes canadiennes ? La Bruvire a été le peintre d’une société parvenue au plus haut degré de la perfection ; Gérin-Lajoie a été le peintre d’une

Société naïssante ; le premier donnera de sages

conseils aux grands, aux esprits forts des cours royales; le second aux humbles, aux modestes cultivateurs des campagnes ; celui-là réhabilitera la plume et les ouvrages de l'esprit, celui-ci la hache et la charrue.

Sans doute, Gérin-Lajoie n’a point la subtilité du style de La Bruyère, mais un style subtil aurait-il été bien convenable dans un livre qui s’adresse surtout aux défricheurs, un culte aussi excessif de la forme n’aurait-il pas été une erreur impardonnable de la part de l’auteur ? Certes oui, et Gérin-Lajoie l’a fort bien compris en s’appliquant surtout à donner à ses périodes une élégance de convenance, et non pas une élégance déplacée. D'ailleurs, l'artiste qui peint les cascatelles du ruisseau qui sautille sur un lit de mousse, parmi les blés verts, dénote autant d’art dans

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son paysage champêtre que celui qui reproduit sur la toile, les pompeux décors d’un jardin public, où l’on voit s'échapper du trident d’un Neptune en marbre, que traînent des tritons aux teintes nacrées : une onde qui s'élève dans les airs

en gerbes liquides, puis retombe en une brume d'azur.

Outre les nombreuses citations ci-dessus, il y a de belles descriptions dans /ean Rivard, mentionnons surtout les passages où Gérin-Lajoie décrit les grands arbres de la forêt, la mélancole de l’automne, les ouragans de neige et la belle saison dans les bois. Les lettres de Gustave Charmenil à Jean Rivard renferment aussi d’admirables pastels de la vie des cités, où les bals, les citadines et les avocats ne sont pas épargnés.

Nous avons vu comment les quatre volumes de Jean Rivard, l’aidèrent puissamment à combattre dans la forêt, l'ennui, compagne inséparable de la solitude et de l'isolement : l’Zméfation de Jésus-Christ, en lui enseignant la résignation aux divins commandements; Lobinson Crusoé en

lui apprenant à être industrieux, et Vapoléon, à être actif et courageux. Pourquoi le livre de Gérin-Lajoie n’accompagnerait-il pas, comme autrefois, les nombreux colons qui se dirigent chaque année vers le Nord? Nul guide ne répondrait mieux aux vœux de ces braves défricheurs. Jean Rivard et Pierre Gagnon ne sont-ils pas leurs devanciers : pourquoi le récit de leurs prouesses ne serait-il pas là pour leur apprendre à surmonter toutes les difficultés, à vaincre tous les obstacles ?

Un noble exemple leur est donné, que nos colons le suivent. et nous verrons bientôt de nouveaux Jean Rivard se distinguer dans le Nord, comme dans le canton de Bristol, et doter notre sol de nouveaux villages ayant pour modèle: Rivardville !

Espérons que la plume élégante de quelquesuns de nos écrivains qui ont le mieux connu Gé-

rin-Lajoie, et dans la vie publique, et dans la vie privée, nous donnera bientôt sa biographie avec

une analyse complète de ses œuvres, tout comme

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l'honorable P. J. O. Chauveau nous donna récemment: Ærançois Xavier Garneau, sa vie, ses œuvres.

Nos grands écrivains sont rares, et quand ils disparaissent de l’arène pour toujours, nous devrions tous, jeunes et vieux, nous efforcer de faire revivre le plus longtemps possible leur glorieuse mémoire.

Je ne saurais mieux terminer ces quelques courtes considérations sur le biographe du défricheur, que par ces lignes magistrales de M.A. D. Decelles:

‘ On rencontre rarement dans la vie, des hommes du caractère de Gérin-Lajoie, des hommes dont on peut dire sans exagération, qu’ils n’ont pas de défauts. C'était le vrai sage tel que le conçoit le christianisme, ne vivant que pour son Dieu, sa famille et son pays, comme écrivain, c'était la figure la plus sympathique de

notre petite république des lettres. Là comme dans les autres sphères d’action où il a été répandu, il ne laisse aucun ennemi, mais de bons

souvenirs et une mémoire qui sera chère longtemps à ceux qui l’ont connu.”

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