‹ Ris et croquis [microforme]Chapitre 27 sur 76 · II · texte numérisé non relu

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raissait la dernière hirondelle, Seul, un petit ange "ux ailes diamantées, à l'œil mutin, faisait contraste avec le décor assombri qui l’environnait, et s’amusait gaiement à enjoliver les bords mousseux d’un limpide ruisseau, de paillettes cristallines et de trèfles de givre.

Une telle scène suffirait, aujourd’hui, pour nous rappeler l'automne, mais alors il n'y avait point d'automne ni d'hiver ; toute l’année n'était qu’un printemps continuel ; les rosiers n'avaient point d’épines, les blanches roses s’'épanouissaient sans cesse, et le rossignol gazouillait tout le jour.

Dans un jardin rempli de violettes, de magnolias, de jasmins et de buissons odorants, s'élevait un palais de verdure formé de branches de lauriers et de myrtes entrelacées. Ce palais avait été construit par le grand artiste pour deux de ses enfants qu'il chérissait beaucoup, mais ces derniers eurent un jour le malheur d’offenser gravement leur bienfaiteur. Il dut les éloigner avec regret de leur délicieux séjour, et leur faire expier leur désobéissance en commençant à pein-

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dre pour eux, une série de tableaux, destinés à leur rappeler jusqu’à la fin des temps, quel était le pays de leur exil et quel sort les y attendait.

Le tableau qu'il venait d'achever était son dixième, il avait donné au neuvième le nom de ‘ Paysage de septembre,” et il hésitait entre les noms ‘‘ d'octobre ” et de ‘“ décembre ” pour le nouveau. Enfin il se décida et sa sentence fut irrévocable :

— En décembre, dit-il, il n’y aura pas une feuille, pas une fleur, pas un brin d’herbe, mais. partout dans les bois : des colonnes d’albâtre et des rameaux pliant sous des grappes de givre ;. dans les vallons : des tapis aux blancheurs d’opale, et, suspendues aux corniches des toits : des. dentelles aux reflets nacrés et des colonnettes de

cristaux. Mon dernier paysage n’est pas assez. froid pour décembre, inscrivons donc sans crainte, au bas de cette toile : ‘“ Paysage d'octobre ” afin que le mortel ne puisse jamais l’oublier.

Le grand artiste, c'était Dieu ; sa toile: la

grande nature qui nous environne; les deux

exilés à qui le paysage était destiné s'appelaient Adam et Eve, et voilà comment, depuis cette époque, quand la feuille tombe, quand la fleur se ‘1 | flétrit, quand le ciel est pommelé de nuages gris | et que l’hirondelle disparaît à l’horizon, nous répétons après le grand paysagiste : “ Voilà le paysage d'octobre ! ” «7 #

Au bazar nous n'irons plus !

Telle est l’exclamation désolée, que poussérent, un soir, quatre amis des Muses, dans leur cabinet de bohème, en voulant monter Pégase pour capturer en collaboration, une poésie quel-

conque sur la fin du grand bazar de la cathédrale Saint-Pierre.

Leur chasse à la rime fut-elle heureuse ?

Ecoutez, et vous en jugerez par vous-même, car en voilà déjà un qui monte sur une chaise boiteuse — tribune très économique — tout j0yeux, tout fier de pouvoir vous répéter son petit boniment inoffensif :

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Sous la coupole de Saint-Pierre, Nuls chants, nuls murmures confus ; La vaste enceinte est solitaire,

Au bazar nous n'irons plus !

Une petite observation, en passant. A lire ce quatrain, on ne dirait pas que l’auteur s'y peint en nature. Il semble qu'il n’y a rien de commun entre son modeste personnage et un temple désert. Eh bien, il y a en lui les aspirations d'un. maître de chapelle ! Il n'ira plus au bazar. Pourquoi? Est-ce parce qu'il est fini. Nullement. S'il n'y va plus, c'est qu'il n’y a plus de cAants, et plus personne dans la vaste enceinte pour admirer les #uwrmures confus d'un chœur qui ne sait obéir à la baguette. Amenez-le à l'écart, dans un vallon so/ifaire, et là, murmurez bien bas à son oreille, qu’une place de maître de chapelle l'attend sous /a coupole de Saint-Pierre, et vous le verrez changer de refrain.

Mais laissons le deuxième poète lui succéder et déclamer sa période :

Plus de dîners, de gais convives, De rôts, ni de poulets dodus,

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