‹ Ris et croquis [microforme]Chapitre 28 sur 76 · SE · texte numérisé non relu

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Les dames ne sont plus captives Au bazar nous n’irons plus | Si celui-là n’est pas gourmand, la gourman-

dise n’est plus un des sept péchés capitaux, Il aime les rôfs et les poulets dodus, pas les dindons, par exemple, C'est bien trop sec, et par trop vieux. Calino, l'instituteur, ne lui a-t-il pas appris, d’ailleurs, en son jeune temps, que :

Didon dîna, dit-on, de deux dodus dindons ?

Un mets des siècles mythologiques, pouah!

cela doit être indigeste, et savoureux comme un schiste des Laurentides.

Ah j'oubliais... une des grandes raisons pour lesquelles le rimeur numéro 2 n'ira plus au

bazar :

Les dames ne sont plus captives !

Comment, les dames étaient en captivité au bazar ! Cela devait être un tour ou une vengeance de vieux garçon. Voulant à tout prix visiter le bazar sans payer son écot, il aurait eu la sage précaution de faire lier toutes les dames,

irman-

aux. Il

les din-

: et par

t-il pas

ue :

ns ?

pouah !

comme

ons pour plus ail

ptivité au une ventout prix aurait eu

les dames;

dans un petit coin, avec une chaîne de soie, afin de laisser le passage libre au plus vertueux des humains, Et les maris qui étaient là l'ont laissé faire ? et l’on a toléié ce sot caprice en plein dixneuvième siècle? Ami lecteur, sortez de là, si vous pouvez, pour moi, j'y perds mon latin, et j'ai hâte de voir la binette du troisième rimeur :

Adieu ! bouquets, coussins, poupées,

Albums, sachets, petits Jésus ;

Chroniqueurs, laissez vos épées,

Au bazar nous n’'irons plus |

En voici un qui aime les petits bouquets, les

coussins, les poupées aux yeux d'azur, et il n’y en a plus au bazar, n'est-ce pas malheureux ? Cependant je ne puis comprendre encore, comment celui qui chérit tant le parfum de la fleur, le moelleux du duvet aux heures d’indolence, le jouet de la fillette, se décide si prestement à leur dire adieu pour toujours, quand il y a encore tant de coussins dans nos boudoirs, et tant de poupées dans les vitrines de nos marchands de

fantaisie. Ilest aussi un certain vers qui m'a mis tout rêveur.

212 RIS ET CROQU'S

J'avais cru, jusqu'ici, que les chroniqueurs

n'étaient pas dangereux ; qu'avec une plume

d’oie, ils ne pouvaient pas faire grand mal, mais il

araît que je suis dans l'erreur, et, comme le ? ?

disent les fils d’Albion: 7 must apologise, car

deux chroniqueurs n’ont-ils pas osé croïser l'épée,

et donner le spectacle d’un duel homicide, en

piein bazar ! (1) Voilà pourquoi notre rimeur les craint encore, et s’écrie tout effaré :

Chroniqueurs, laissez vos épées !

Ilest bien temps, maintenant que le sang à

été répandu, de leur donner des leçons d’'huma-

nité. S'il avait empêché le duel au moins, s’il

avait détourné les armes des combattants ; em-

pêcher le duel ! détourner des épées étincelan-

tes ! pour qui le prenez-vous donc? Il est bien

(x) Allusion à la joute courtoise de J. D. et de Piétro, à propos d’une boite à ouvrage, Voir le Bazar, pages 192,

225, 239 et 275.

niet

jueurs plume mais il nme le ige, CAT l'épée, ide, en

encore;

e sang à d'huma-

Loins, s’il ts ; EM tincelan-

L est bien

de Piétro, pages 192;

trop peureux pour cela. Un homme qui fréquente assidûment : bouquets, coussins, poupées, n’est pas très fort à l'arme blanche, et, s’il s’avise d’essayer le c?-quois, et de lancer une flèche, c’est d’une main tremblante, et avec la ferme conviction que les chroniqueurs auront bientôt vécu, et qu’ils expireront avec le trentième numéro du Bazar.

Le quatrième rimeur était déjà à son poste, lorsque la tribune improvisée s'affaissa avant qu’il eût commencé à roucouler la dernière strophe, et la répétition, faute de tréteaux, ft ajournée sine die. C’est bien dommage. Ils étaient si amusants, ces rimeurs, et j'entrevoyais déjà la quatrième strophe, sous une auréole si rose, Enfin, puisqu'ils ne peuvent plus nous recréer, il faut bien en prendre notre parti, et revenir au sérieux :

Muse, changeons de style et quittons la satire, C’est un méchant métier que celui de médire !..

Plaisanterie à part, le grand bazar de la ca-

thédrale Saint-Pierre, à Montréal, est bel et bien terminé. C’est un des grands événements du mois dernier dans notre cité. (1) On en parle encore, et on en parlera longtemps.

Peut-il en être autrement, quand nous avons toujours sous les yeux, deux monuments destinés à transmettre, d'âge en âge, le souvenir de l'élan charitable de tous les fidèles d’un diocèse, deux monuments impérissables : l’un en pierre, aux énormes assises, au vaste portique et au dôme sublime : œuvre de l’ouvrier, et qui s’appelle la cathédrale Saint-Pierre ; l’autre, élégamment relié, aux pages enluminées, plus mignon, plus léger, répandu par tout le Canada, et même sur les plages de la vieille France: œuvre du penseur, qui lui a donné un joli nom: Le Bazar.

Combien de jaloux n'’a-t-il pas fait ce petit journal, jeune en âge, mais aussi vieux par la valeur de ses essais littéraires et historiques, que

(1) Ce bazar commencé :: 2 septembre 1886, se termina officiellement le 12 octobre suivant.

t bien ts du parle

avons destienir de iocèse, pierre, et au ui S’apélégamignon; et même uvre du » Bazar.

ce petit x par la ques, que

se termina

bien d’autres grandes revues que je connais, et même, plus savant que ces dernières, qui ne parlent qu’une langue, tandis que cet imberbe, né d'hier, nous a entretenu en français, en anglais, en espagnol, en italien, en iroquois, en algonquin, et même en grec, la vieille langue d'Homère. Son succès, d’ailleurs, ne pouvait être douteux quand on voyait figurer au bas de ses pages remarquables, les noms d'écrivains aussi connus que: Mgr Raymond, MM. les abbés Emard, Proulx, Bruchési, Archambault, l'honorable P. J. O. Chauveau, MM. Suite, Legendre, Bellemare, Prud’homme, Desrosiers, Mignault, Marceau et autres.

Terminons par une perle... décadente.

On sait que les décadents appartiennent à une école littéraire qui fleurit quelque part sur le sol de la mère-patrie.

Tandis que Zola et ses disciples font tout en leur pouvoir pour se mettre à la portée de la lie

du peuple, les décadents au contraire, font tout en leur possible pour n'être point compris de leurs lecteurs, lettrés comme illettrés, et leur servent une prose qui doit être sezfie mais non comprise.

Témoin: l'extrait suivant d’une de leurs fantaisies, le 7%é de Miranda, cueilli par la Revue Littéraire et Artistique, de Bordeaux :

‘C'est l’hiémale nuit et ses buées et leurs doux comas.

Quartier Malesherbe.

Boudoir oblong.

En la profondeur violâtre du tapis, des cycloïdes bigarrures.

En les froncis des tentures l’inflexion des voix l’apitoie ; en les froncis des tentures lourdes, sombres, à plumetis.

C'est l’hiémale nuit et ses buées et leurs doux comas.

Dehors, la blancheur pacifiante des neiges.

Au foyer la flamme s’allonge et se recroqueville, s’aplatit et se renfle facétieuse.

urs

Et des émanations défaillent par le boudoir oblong, des émanations comme une guimpe attiédie au contact du derme.

Le jour froid des lampes filtre et se réfracte..

Le jour des lampes se réfracte en la profondeur violâtre du tapis aux cycloïdes bigarrures ; il se réfracte contre les tentures sombres, à plumetis.”

Si le dindon d’une des fables de Florian vivait encore, il aurait raison de répéter comme autrefois, lorsqu'il admirait les merveilles de la lanterne magique :

Je vois bien quelque chose ;

Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas très bien.

Le singe avait oublié d'allumer sa lanterne, et les décadents oublient que le beau littéraire exige outre la précision psychologique : la clarté !

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