‹ Ris et croquis [microforme]Chapitre 41 sur 76 · partie de la presse se permet aussi de nous ra · texte numérisé non relu

partie de la presse se permet aussi de nous ra

conter, à la même époque, d’un ton dolent, ses:

petits chagrins.. financiers !

Parcourez en effet, votre journal, aux environs. des fêtes, et, sauf le cas où votre feuille de prédilection est un modèle du genre, vous y trou--

Rs re en]

verez infailliblement un petit entrefilet, parfois un article, toujours le même quant au fond, sujet à mille variations quant à la forme, et rédigé à peu près en ces termes :

‘“ Huit cents abonnés de*** n'ont pas encore payé un sou sur leur abonnement depuis deux ans.

# Si, à l'avenir, nos louables efforts pour rendre notre feuille aussi intéressante que possible, ne sont pas mieux appréciés, nous serons dans la triste nécessité de renoncer à accomplir une tâche que la négligence d’un grand nombre nous rend de plus en plus onéreuse.”

Allons! direz-vous, c’est encore la vieille histoire, toujours le conte de Barbe-bleue sur le tapis.

Oui, malheureusement, tant il est vrai qu’on rencontre rarement du nouveau sous le soleil.

On le croyait bien enterré pourtant, le spadassin Barbe-bleue, il est vrai que son fantôme effrayait encore les bambins. Il n’en est rien. Il vit encore... et 1l vit dans sa postérité qui nous

envahit de jour en jour. Seulement, il s’est adouci. Il ne persécute plus les femmes ! Cela n'étant plus permis en pays civilisé ; cependant, comme il lui faut coûte que coûte des victimes, il a jeté son dévolu sur nos publications quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles, et gare son grand sabre.

Quelle hécatombe, grand Dieu, quelle hécatombe !

Combien en avons-nous vu disparaître de ces publications : des centaines et des centaines, et l'on ne s’est pas encore avisé de tenir une enquête sur leur disparition mystérieuse. Pourquoi ? Parce que l’on craint des représailles de la part de l’intéressante famille de Barbe-bleue !

Elle est bonne, celle-là, direz-vous.

Soit, mais retraçons les faits, et vous en tirerez ensuite les conclusions que vous voudrez.

Une publication quelconque, journal ou revue, est lancée dans le public avec quelques milliers d'abonnés qu’on a accueillis à bras ouverts, et sans se demander s'ils étaient bien solvables,

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Le petit nombre paie son abonnement scrupuleusement, le plus grand nombre fait des promesses.

Les directeurs, sans méfiance, oublient le proverbe et consentent à ce que leur demoiselle (la publication) aille faire une visite indistinctement, et à terme fixe, à tous ces messieurs qui, en retour, s'engagent galamment, moyennant une légère contribution, à lui acheter quelques rubans, quelques colifichets, souvent même des choses indispensables à l’existence.

Une année, deux années s’écoulent, les con.

tributions des fidèles étant insuffisantes, on se décide enfñn à faire un légitime appel au gousset des abonnés en retard, mais ficht ! leurs plus belles promesses ne sont que fumée, les masquent tombent, et on les voit s’écrier tour à tour, comme dans un certain opéra de Henri Meilhac et de Ludovic Halevy :

Je suis Barbe-bleue, Barbe-bleue, Barbe-bleue, ah !

con.

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Maintenant que j'ai dit comme, L'on in’appelle et l’on me nomme, Chacun comprend à l’instant, Que mon unique pensée Est de la voir remplacée :

(Celle que, celle que) Celle que j’adorai tant !

Après une semblable sortie, le sort de la publication n’est plus douteux. Elle comptait sur ces messieurs pour vivre : ils prononcent sa condamnation sans le moindre remords. Rien d’étonnant, ce sont des Barbe-bleue !

Tant que vous les servirez gratuitement, tout ira à merveille, ils se feront complaisants, officieux ; ils vous laisseront même les clefs de leur maison, à la condition toutefois, de n’y point voir le coffre-fort, tout comme dans son jeune temps, deur père défendait à ses femmes de pénétrer dans certain appartement. La disette remplaçant la curiosité d’autrefois, il faut bien se servir des clefs, et la pauvre publication, surprise en flagrant délit de vouloir rentrer dans ses fonds, par toute la famille des Barbe-bleue, s’écrie en vain :

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