TS LE
Bonjour messieurs. (Serrant la main de M.
Rondeau.) M. Rondeau est bien ?
M. RONDEAU
Très bien, je vous remercie | ME POTHIER, serrant la main de Jean.
Et M. Jean?
JEAN
Très bien, pareillement ! (4 part.) Il est poli, au moins, celui-là, il m'appelle monsieur !... ça me fait un velours !
ME POTHIER
M. Rondeau, encore une poignée de mains, vous aussi M. Jean (77 leur presse la main.) M. Rondeau, s’il vous plaît, (27 avance la main.) encore une P...
M. RONDEAU, s’impatientant.
Merci, merci... je suis pressé... je voudrais savoir tout de suite.
ME POTHIER
Oh, parfait ! parfait... et madame ?
ane
est poli, rl... Ça
e mains; ain.) M.
a main.)
voudrais
ES
M. RONDEAU
Elle se porte à merveille.
ME POTHIER
Et votre petite famille ?
M. RONDEAU
De grâce, Me Pothier, il y a à peine trois
semaines...
ME POTHIER
Oh pardon ! pardon... j'ignorais. (77 sort sa tabatière.) Une prise, M. Rondeau? (Z/s prisent.) Une prise, M. Jean? (7/5 prisent.)
JEAN, à Part.
Pristi !... comme c’est poli un nô.…. taire | ME POTHIER.
Encore une, M. Rondeau ?...
M. RONDEAU
Merci. merci... il faut que...
ME POTHIER
Sans cérémonie, encore une. {2/5 prisent.) Et Pégase fait-il toujours son mille en...
M. RONDEAU
De grâce, Me Pothier, je vous dis que je suis pressé, et que je voudrais trouver ce chou...
ME POTHIER
Un fin coursier que ce Pégase. J'étais fier de ses succès aux dernières courses. Comme il vous a distancé la vieille Cocotte du père Nicodème... elle en perd... elle en perd, la vieille. Elle a fait son temps, voyez-vous. Ah ! tiens, M. Rondeau, encore une prise, votre contenance m'indique que vous trouvez mon tabac excellent.
M. RONDEAU, à part.
Ah ! pardine, non! on dirait de la citrouille râpée... voyons, contentons-le encore une fois.
({2 accepte la prise.) I] finira par se fatiguer.
(Haut.) Oui, oui! excellent, insurpassable.…. première qualité !
ME POTHIER
Encore une, alors !
M. RONDEAU, à part.
Ii n’a pas encore fini, décidément il va me
suis
er de
me il Nicoeille… ns, M.
»nance
-ellent.
rouille e fois.
tiguer. sable.
faire fâcher pour tout de bon, (Æ/aut et un peu sévèrement.) Me Pothier, c'est la dernière fois que je vous le répète, il me faut ce chou-ruban
sur l’heure, sinon je garde vos honoraires !
ME POTHIER
Comment, comment, pas d'honoraires! J'ai mal compris, sans doute. Pardon, pardon! Je
suis à vous tout de suite... immédiatement. Est-
ce un contrat de mariage, un testament qu’il vous faut ? Je m'asseois là, et je vous rédige
cela en cinq minutes, cwrrentibus calamitatis, traduction libre
: au fil de la plume.
M. RONDEAU
Non, pas de cela. J'ai convolé en premières
noces, il y a trois semaines, et je n’ai pas envie de recommencer, quant à mourir. je n’y songe pas encore, mais il est une chose qui m’agace beaucoup depuis le matin. J'oubliais. Pégase n’est pas encore dételé.. Jean !
JEAN
J'y vais. (Z7 sort.)
ME POTHIER
Voyons, voyons, dites vite, vous savez... la loi
est si puissante, si clairvoyante, si.
M. RONDEAU
Suffit, suffit. Vous connaissez ma femme ?
ME POTHIER
Un peu... un peu : de vue seulement.
M. RONDEAU
Qu'importe. c'est un détail ; vous savez toujours qu’elle vient de la ville ; et que, comme beaucoup de ses compagnes de là-bas, elle vous a parfois des goûts bien drôles. des fantaisies, des petits caprices, des...
ME POTHIER
Oui, oui, je connais cela. par expérience...
ma pauvre défunte en peinture...
M. RONDEAU
En teinture, vous voulez dire. C’est bien assez, je trouve. En peinture, je ne pourrais point
Le ?
yez toucomme lle vous
taisies,
rienCe.. .
bn aS5€Z) is point
l’endurer.… je ne puis sentir l'huile, Tout cela c'est entre nous. Imaginez-vous donc, que ce matin, elle s’est réveillée en me demandant un chou-ruban! J'ai parcouru la ville en entier... j'ai été chez tous les marchands de comestibles et de combustibles, et j'en suis revenu à ma courte honte... pas plus de chou-ruban que sur cette table, Découragé, j'allais abandonner la partie, quand, en vous voyant passer, j'ai pensé que grâce au code...
ME POTHIER
Je pourrais vous tirer d’embarras ?
M. RONDEAU
Précisément.
ME POTHIER
Hum... hum ! c’est grave, très grave.
M. RONDEAU, alarmé.
Hein, hein ? c’est grave, dites vous, l’honneur conjugal serait-il en jeu ?... Si je savais |
ME. POTHIER
Oui, grave, et malheureusement le code...
M. RONDEAU
Comment, le code est impuissant. je ne
pourrais pas me disculper.. expliquez-vous, vite ! cette incertitude me tue... je ne voudrais pour rien au monde... La risée publique... la risée publique... (Se couvrant le visage.) Ah! je n’y sur- “ivrais pas |.
ME POTHIER
Calmez-vous, calmez-vous, M. Rondeau, attendez... laissez-moi finir. Il ne s’agit nullement de l’honneur conjugal, je voulais tout simplement vous dire que le chou-ruban n’est pas mentionné dans le code.
M. RONDEAU, à part.
Ah !.. cela me soulage d’un grand poids !
ME. POTHIER
C'est une lacune, j'en conviens, mais quand je serai député, j'espère m'illustrer en travaillant de toutes mes forces à réparer cet oubli. En
attendant, profitons des atouts qui nous restent; et examinons froidement la situation. En vous
je ne }, vite !
CRUUL sée pun'y sSUr-
eau, atullement
simpleas men-
ids !
is quand
availlant bubli. En s restent»
En vous
mariant, vous avez contracté l'obligation de fournir à votre femme tout ce qui lui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon votre faculté et votre état. C'est bien clair, n'est-ce pas ? Mais ici, une petite difficulté se présente. une question de droit! Un chou-ruban est-il indispensable à l'existence? Il n'y a pas encore de précédents, que je sache, là-dessus, et je n’aimerais pas à me prononcer, sans faire préalablement une étude approfondie...
M. RONDEAU
Non, non. impossible. imprrticable ! cela demanderait des heures, et il me faut ce chouruban dans vingt minutes au plus tard.
ME POTHIER
Alors, je ne vois qu’un moyen.
M. RONDEAU
Lequel ?. dites vite !
ME POTHIER
Faire à madame des offres réelles !
D a ee A
Em >
M. RONDEAU
Des offres réelles ! et comment ?
ME POTHIER
En lui servant, par mon ministère, un bon gros chou de votre jardin, au lieu du chou-ruban qu’elle réclame. Il me semble que des offres ne peuvent jamais être plus réelles que cela !
M. RONDEAU, à part.
Elles seraient bien plus réeiles avec un chouruban.
ME POTHIER
Un chou-légume vaut bien un chou-ruban, je pense ; et si, plus tard, madame prétendait que vous refusez de pourvoir à sa subsistance, vous auriez un commencement de preuve magnifique à lui opposer. Ne craignez rien, M. Rondeau, je vais faire la chose en notaire consciencieux, procurez-moi seulement ce chou, et vous verrez : tout ira sur des roulettes !
M. RONDEAU, à la porte latérale droite.
Jean !.. Jean !.….
\ bon ruban
res ne
chou-
pan, je ait que , VOUS ifique ndeau, cieux, errez :
Le.
JEAN, dans les coulisses.
Monsieur !
M. RONDEAU
Cours au jardin, et apporte-moi un chou, le plus beau, tu sais, le chou de l'exposition.
JEAN
Compris !