‹ RisetteChapitre 4 sur 31 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

ÉVELINA

Il y avait des billets de mille dedans?

Nous comptions bien en trouver deux ou trois; mais nous comptions sans notre oncle. Il nous demandait cinq cents francs.

ÉVELINA

Envoyer de l'argent en Californie, cette bêtise !

C'est pourtant ce que fit mon père; il était si bon ! il arriva sur ces entrefaites que mon frère se vendit et nous laissa le prix de son engagement. On envoya les cinq cents francs à mon oncle, et il jura que si jamais il gagnait une fortune elle serait pour la petite Louison; c'est ainsi qu'on m'appelait.

ÉVELINA

Louison? Risette est bien plus comme il faut : on dit Rigolette, Polkette; voilà comme on dit dans le monde. Eh bien ! cette fortune ne ferait pas mal de se dépêcher; elle arriverait à propos.

Voilà mon chapeau fini; va le porter, on le payera peutêtre.

ÉVELINA

] Vas-y toi-même; c'est toujours moi qui fais les courses.

Tu sais bien que je n'aime pas courir les rues. ( Eiie se i&?

et met son chapeau dans un carton.)

ÉVELINA

Si l'on veut te manger, tu te mettras en travers.

C'est si ennuyeux d'être suivie!

ÉVELINA

Au contraire ! Tiens, depuis quatre jours il y a un jeune homme très comme il faut, bottes vernies, gants frais, qui passe ses journées à me guetter et à me suivre.

Toi?

ÉVELINA

Et pourquoi pas? je lui fais faire de fameuses trottes ! Il est beau garçon, et dame! si Gigonnet ne marche pas droit, on pourra voir !

Bien ! on verra du propre !

Fais donc ta mijaurée, les amoureux te viendront comme aux autres !

Ils ne me viendront toujours pas sous forme de régiment. Si j'aime une fois, ça sera tout de bon et pour la vie.

ÉVELINA

Pour la vie! ohé ! les petits agneaux ! tu me donnes envie de chanter à mon tour. Va porter ton chapeau, va on te donnera peut-être de l'argent; moi, je serais sûre de ne rien

aVOir. (Elle se lève.)

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