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Rivalité de François I. et de Charles-Quint

Eut politique do l'Italie et de In France Tera In Ha <lu quÎDiElÈnie siècle. — Droit do «uccesïioa nu royaume do Naples et nu duïhâ de Milui) ré> damé pnr Chnrlos VIII, comme héritier de In mnisun d'Anjou el par Luuii XII coiume héritier direct Jea Visconli, — EipÉdition do Charles VIII en (491. — Conquête rapide et porte bod moiDE prompte du rojaame de Nnpiee. — Avènement nu trûne de Louis XII, qui prend le titre do duc do Mikii et de roi de Naples. — Invasion, en 1109, de ULonit<nrdieini)anaise,c«nFert<^e avec les Vénitiens, qui tieudeul leurs possessions de terre terme jusqu'il la rive gnuehe de l'Addn. — Louis XII, affermi dniis le duché de Uilan, suit une dongCKiiMs politique en n^madissant dans l'Itnlie centrale lu puissnncc ttrritorialc des papes Alexandre VI et Jules II, et en inli-odui^nattanr 4 lour dans l'Italie inférieure le roi Ferdinand d' Aragon, et dtiu la haule llolie l'empereur Huimilien. — Accoi'd, en luOl, des r«i* Louis Xll et Ferdinand d'Aragon peur conquérir el partager le rajanmedc Naples, qui reste pris tout entier parFerdinnnd, en lo03. — Ligue de Cambrai, en 1 508, entre Louis Xll, l'empereur Maiimi' tien, le roi Ferdinand, te pape Jules II, qui dépouillent de leurs pos- ' «fission s italiennes les Vénitieus vaincus à In bataille d'A^nndel. — Sdfnfâ hi'jae qu'ourdissent, en \'6\i, conlre Louis XII, le pape Jules II, le roi d'Aragou et de Knplvs Ferdiunud, lo roi d'Augloterre Henri VIII, que secondent les troupes des cantons suisses et i, lai|aeile se joint l'empereur Maximilion pour oxpuber les Français

de ritalic. — Résistance opiniâtre de Louis XII à cette redoutable coalition. — Succès de ses armes à Ravenne, où est remportée, en 1512, une brillante ricloire qui retarde, sans l'empêcher, Tévacuation du Milanais, défini tiTement perdu pour Louis XII après la défiûte de son armée à NoTare, en 1513. — Situation périlleuse de Louis XII, attaqué par le roi Henri VIII et l'empereur Maximilien en Picardie, par les Suisses en Bourgogne. — Mesures qu'il prend pour y remédier ; sa mort.

Le règ-ne de François I" a été rempli en grande partie par les g^uerres d'Italie. Ces g*uerres se prolong'èrent môme sous le l'èg'ne de son fils Henri IL ConMnencées en 1494 par la conquête aventureuse de Naples, elles se terminèrent en 1559 par Thumiliante évacuation du Piémont. Pendant plus d'un demi-siècle la France fut détournée des voies naturelles de son ag*randissement par Tambition ég^arée de ses rois, qui se perdit en efforts souvent g'iorieux mais toujours stériles au-delà des Alpes, où elle ne parvint à fonder aucun établissement durable. L'Italie devint ainsi pour long-temps un champ de bataille sur lequel la France attira la plupart des autres nations, et elle fut comme le g'rand théâtre où, par les armes et par les nég'ocialions, s'ag*ita la politique de l'Europe.

Un jeune roi, Charles VIII, devait ouvrir imprudemment Tère de ces long'uos luttes, au moment môme où plusieurs pays parvenaient à une exten-

INTRODL'CTION. 3

sion de territoire et à une concenlration d'autorité qui aUaient les mettre, pour ainsi dire, face à face el les faire entrer en conûit les uns avec les autres, L'Italie restait toujours profondément désunie. Elle était coupée en nombreux Étals, moins disposés à s'accorder qu'à se combattre, et elle s'offrait par là comme une proie à celles des puissances continentales que l'accroissement de leur force militaire et l'habiludc des ag'randissemenls poussaient à l'envahir el à se la disputer.

Plusieurs de ces États formaient des seig-neuries plus ou moins étendues. Sur le revers méridional des Alpes, la principauté de Piémont, acquise par les ducs de Savoie, confinait avec les marquisats beaucoup moins importants de Saluées et de Monlferrai. Un peu au-dessous du lac de Garda et dans les plaines marécag'euses que traverse le Mincio, élail le marquisat de Mantoue, appartenant à la famille g-uorrière des Gonzague. Le duclié de Ferrore, qui s'étendait du pays de Reg'gio el de .Modène jusqu'aux basses embouchures du Pu, élail possédé par l'ancienne el politique maison d'Esté. Le» belliqueux iMontefcltri étaient les maîtres du duclié d'Urbin sur le territoire du Saint-Siège. Il restait aussi dans la péninsule italienne quelques républiques comme Lacques et Sienne, à qui leur faiblesse ne laissait pas beaucoup d'importance, uu cumnie Gènes, dont les divisions perpétuelles et les assujettissements variables a^'aient réduit la turbulente indépendance el affaibli l'ancienne g-randeur.

* ISTRODLCTION.

II y avait surtout cinq États d'une dimension et d'une force plus considérables, qui auraient pu suppléer au défaut de cohésion territoriale par une lig^ue politique et mettre la péninsule italienne à l'abri des attaques du dehors, en s'unissant entre eux d'une manière étroite au dedans.

Ces cinq États principaux étaient : au nord de l'Italie, le vaste duché de Milan, toml)é sous la domination des Sforza après la mort du dernier des Visconti,et la puissante république de Venise, qui, dirig-ée par l'arislocralie la mieux org-anisée en même temps (|ue la plus ambitieuse, avait porté ses conquêtes du fond du Frioul jusqu'aux approches de l'Adda (I) ; au centi-e, l'industrieuse et démocratique république de Florence, maîtresse d'une bonne partie de la Toscane et g-ouvernée

t la puissance <le*

a Sono i VraclinnincllounitcrsoJe gravi âicoDsigliorSATcri ne' gîu<lidi|| costanti nnllB fortunn HTc-rsn, cl fidl' lUtra dod mni diaonJiaotJ. fA bû-yvaâti tutti un ujtddiuio st iacrpdibile deaiderio di coutcrTiin: tu libertà et di BfcrMccrn la Slato.... FuroDo sug^etli joro du prinripio, in cgiitl tempo ntnt- «imniDdilc eh' Msi TflleTRu moltoiieH' tirmatodimure, rM Islri, i Coi-ratli, Ix conlTKdft dcUn DalnintJn et HaIIb Scliintoniii, et luultu noLilî citk'i dolla . (IrHia nncorn, coD l' isoln di Nogioponlo et di Qindia. El poi p t» terra fcrmn lor Ticïna, s'imptilronirono dî pndoTK, di Voronn, i Triiigi et di Vic«iua.... AgfiuDgu»i a questo Hatopna, chc fu f •cdia recale du' CoUiî el un allro lN^lliltsimo p«rlo do tiillii Itniiii ingnuditi cou qui-ito «cquiilo. et Mcrviciuti di «oitlali di terra, tlttpni toltero Browia et Uergatno t Pilippo Vtscoulc, bIbuco pnr ii giiorip. Toccâi)iic<jCr('iunconceiIendo(ilicii> FrBncwco Sforta; i-ld'al in poi In f^siiiletia de' Vcnelinui coiuluciù a ewere di fiindisiima i| \<.'uUi s lutli in Itali;!. » :Di!t:c UloiTtiiel tuo tempo 'liUim. PaoloC da Cuuiu, ïcw-jTu di ^txvra; trailuitu tla .M. lAdotio Doiaenichi. p. I

VniKiaj I

depuis plus d'un demi-siècle par les pliefs opulents et Imbîles de la famille populaire des Mcdieis, et le domaine territorialdu Saint-Siég-e, dont les papes étaient alors oncore plus les souverains de droit que les possesseurs de fait, et qui s'étendait du duché de Ferrare aux frontières napolitaines; eofin, à l'extrémité inférieure de la péninsule, le g:rand et riche royaume de Naplcs, qu'avaient enlevé aux héritiers lég-ilimes de la seconde reine Jeanne les princes de la maison d'Arag^on, contre lesquels l'avaient, à deux reprises, vainement revendiqué par les armes le roi René d'Anjou, de 1438 à 1442, et son fils Jean, duc de Calahre, de 1456 à 1462.

Vers le milieu du quinzième siècle. Il s'était formé entre ces cinq gTands Etats italiens une sorte de confédération. Due surtout aux patriotiques sollicitudes du pape Pie II, qui redoutait pour l'Italie l'approche menaçante des Turcs, à l'habileté intéressée du duc de Milan François Sforza, qui y trouvait une g-arantic contre les prétentions du duc d'Orléans, héritier direct des Visconli, aux craintes encore plus vives du roi arag-onais de Naples, qui y cherchait un appui contre les attaques des princes de la maison d'Anjou , cette confédération avait été conclue pour vingt-eînq ans. 31ais elle avait rencontré dans l'esprit qui animait |ÊUtts si dissemhlahles trop de diversité, et dans

jp^pes particulières de ceux qui g-ouvernaîent

' «S Étals trop peu d'accord pour être toujours fidè-

0 ISTRODICTION.

lement observée. Des infractions l'avaienlquelquefois troublée, et la concorde italienne n'avait été rétablie un peu plus solidement que par une nouvelle tentative d'union faîte dans les drirnières ving-t années du quinzième siècle. Le clief modéré cl prévoyant de la république de Florence, Laurent de Médicis, s'était entendu avec le roi Ferdinand de Naples, le duc Sforza de Milan, dont les familles s'étaient déjà alliées par des mariag-es, et avec le pacifique souverain pontife Innocent VIII, au fils duquel ïl avait fait épouser sa fille, pour concerter un rég-ime de paix et d'équilibre, que les Vénitiens eux-mêmes avaient été oblig-és d'admettre, tout disposés qu'ils fussent à rechercher les occasions d'étendre leur territoire et leur puissance. Cette union avait été fort avantag-euse à l'Italie, dont elle avait accru les prog:rès pacifiques et dont elle semblait pouvoir assurer l'indépendance. Aussi Tbis-J lorien Guicbardin dit-il au début même de soni grand ouvrag-e :

Il L'Italie n'avait jamais joui d'une aussi g^rande prospérité, ne s'était jamais trouvée dans un étal aussi désirable que celui où elle so reposait avec sécurité, l'année du salut clirétien 1490, et les années qui avaient précédé celle-là et qui la suivirent. Vivant en effet dans une paix profonde et dans ung parfaite tranquillité, cultivée dans les lieux les plus iiionlucux et tes plus stériles, non moins que dans les plaines et dans les réglions les plus fertiles, n'étant soumise à d'autre domina-

INTRODIÎCTION. 7

lion qu'à celle des siens, non-seulement elle abondait en habitants, on marchandises, en richesses, mais elle était illustrée par la magnificence de plusieurs princes, par la splendeur de beaucoup (le nobles et belles cités ; elle florissait en hommes qui excellaient dans l'administration des choses publiques, en nobles esprits formés à toutes les doctrines; elle brillait par les arts et par l'industrie, el, ornée de tant dé dons, elle avait, à juste titre, la célébrité de la renommée la plus éclatante auprès de toutes les nations (1). »

L'heureux accord qui pouvait fermer aux étrangers l'aceès de la péninsule italienne fut bientôt troublé par des accidents naturels et par des intérêts contraires. En 1492, Laurent le Mag-nifique mourut, et son fds Pierre de Médicis, héritier de son autorité dans Florence, ne le fut ni de son habileté nidesasag-esse. La m6me année, au politique Innocent VIII, qui avait partag-é les vues du roi Ferdinand de Naples et de Laurent de Médicis sur l'Italie, succéda Alexandre VI, pape non moins turbulent qu'avide et l'un des hommes les plus corrompus. Pendant que disparaissaient de l'Italie centrale les deux hommes qui avaient le plus concouru à maintenir le repos et l'équilibre dans la péninsule, il s'était produit de graves causes de trouble dans la hauleltalieetdans l'Italie inférieure. Ludovic Sforza, dit le More, oncle et tuteur du jeune et incapable

(1) Ittvria dltalia di Francisco Guicciarilin

8 INTROniCTION.

Jean Galéas Sforza, qui avait ùpousé une petite-fille du vieux roi Ferdinand I", convoitait le duché de Milan, dont il espérait déposséder son neveu, s'il empochait la maison de Naples de mettre obstacle à son ambition. Dans le i-oyaume de Naples, l'eaprit de mécontentement s'était beaucoup étendu. I.es eicactions des rois arag-onais, et leurs perfides cruautés envers les grands barons napolitains, avaient grossi le parti "ang-evin favorable France, où s'étaient réfug-iés les princes deSalen et de Bisig;nano, qui invitaient le roi Charles VlIIj héritier de la maison d'Anjou, à. la conquête de royaume. Ludovic Sforza, de son côté, avait envoyé le comte de Belg-iojoso à Charles VIII pour le presser d'entreprendre cette e.xpéditiou, dont il lui représentait le succès comme facile.

En ce moment l'unité territoriale de la Franol était fort avancée. Œuvre ancienne et persévéranU de la grande famille qui rég-nait depuis plus i cinq siècles sans aucune interruption, elle avait é opérée : par des arrtlls de justice contre les feudi taires provinciaux infracleurs des lois ou des oblîj cations féodales ; par des mariag'es opportuns avei les héritières des grands fiefs; par droit de succe sion aux maisons apanag-ées éteintes dans les màla et dont les possessions faisaient retour à la

les fis, j

INTHODLCTION. »

ponne; par voie de donation lég^îlime ou de conquête motivée. Les plus nombreuses et les plus nécessaires annexions s'étaient effectuées avec bonheur autant qu'avec habileté. Les dernières, et ce n'étaient pas les moins considérables, étaient dues à Charles YII et à Louis XL

Cliarles VII, sorti victorieux dune g-uerre séculaire avec les Ang-lais, leur avait repris toute la partie du royaumede France qu'ils avaicntenvahie, et il avait définitivement conquis sur eux la vaste province de Guyenne, qu'ils avaient si long-temps possédée. Louis XI, secondé par un concours heureux de circonstances et poussé par une ambition infatig^able, avait contribué plusqu'aucun autre roi àragrandisscment territorial et à l'unité politique lie la France. Il avait profilé de la mort de son reclouté rival Charles le Téméraire(l}, qui ne laissait qu'une fille, pour réunir à la couronne, avec les villes de Picardie placées sur la Somme et que les malheurs des temps passés en avaient momentanément détachées, le duché de Bourg-og'ne, grand fief apanag-é qui s'étendait jusqu'au-delà d'Auxerre à trente-cinq lieues de distance de Paris. II s'était mr-me approprié par les armes la Franche-Comté et r.A.rlois, que son fils Charles VIII ne sut pas g-arder et restitua à la descendance féminine de la maison de Bourg-og^ne. L'extinction des mâles dans une autre puissante maison apanagée avait

[1] Tué k 5 jauTier 1477, deTant Kniicf .

permis à Louis XI d'incorporer au royaume d'abord l'Anjou, ensuile le Maine (I). Il s'élaitfait céder avec une louable adresse le comté long-lemps convoité do Provence, que le dernier comte souverain Charles III avait délacbé définitivement de l'empire et lég^ué par son testament à la couronne de France. Dans des vues non moins habilement intéressées, il avait reçu en gage le Roussillon et la Gerdag-no pour ime forte somme d'arg'ent qui, prêtée aux rois d'Arag-on et ne pouvant pas être rendue par eux, faisait du g'ag:e laissé au monarque français une continuation du royaume de France porté jusqu'à îa lig-ne des Pyrénées.

La France, à laquelle le mariag-e du fils de Louis XI avec l'héritière du duché de Bretag-ne devait' réunir cette importante province, availacquis sous ce roi aussi avide de conquf-les que jaloux d'autorité, la plus utile extension. Avant la fin du quinzième siècle, elle avait atteint, à l'est, le Jura et les Alpes; au sud, les Pyrénées; à l'ouest, les côtes de l'Océan, qu'elle occupait sans interruption depuis Bayonne jusqu'à Calais, Le nord seul restait ouvert aux entreprises de ses rois, qui furent long^ temps dans l'impossibilité de s'en rendre maîtres.

Le royaume de France n'avait pas été seulement agrandi sous ces deux princes, il avait été plus forlemenl org-anisé. Charles VII et Louis XI en avaient

[I) L'Anjou, nu ^^S(\, nprèt la mort du roi lU-ui'^; le Hninc, en liSI, Après la iDort de ('Jiurlcs d'Anjou, cointi; du Mniou et deienu depuis un an comte de Provcaco.

accru la puissance par les établissements militaires qu'ils avaient créés pour la sécurité du pays et par les ressources financières qu'ils avaient assurées à la couronne. Ils avaient formé et entretenu une armée permanente composée d'une cavalerie nombreuse, d'une infanterie exercée et d"une artillerie supérieure. Le service de cette armée permanente était assuré par le produit d'une taxe perpétuelle. La noblesse la plus belliqueuse était encadrée dans des corapag'nies d'ordonnance soldées qui s'élevaient au nombre d'environ neuf mille liommes d'armes et archers à cheval tenant g-arnison aux frontières en temps de paix et toujours prêts à combattre en temps de g-uerre. Linfanterie comprenait des francs archers instruits dans les villag"es au tir de l'arc, l'arme de jet encore le plus en usage, et des bataillons de piquiers et d'arquebusiers suisses que Louis XI y avait ajoutés en contractant une étroite alliance avec les cantons helvétiques (1 ) qui, après avoir victorieusement résisté à la maison d'Autriche, avaient triomphé de la maison de Bourgrogne. L'artillerie était composée de pièces de divers calibres, fondues en bronze, montées sur affûts, traînées par des chevaux et que leur mobilité rendait d'un emploi facile et d'un effet puissant.

(I) L'alliuiH Ptttre la couronne de France el h ligue hel(6lique, com- ■BRicMsnit« lu ^^gnc de Cliarlvs VII, avait ité l'csscrm; pnr le prévoyant ■jHii» ?CI, lo 10 janvier cl le Stl octobre HTÎ), presque h U Teille dfs Knwtn Jniirn^M do Grinsiin, do Mornt et do Nnnci, n(l Ch.irles le T6w^niiie i|pt»it être tnincu et tu^ pnr les Suisses. Voir les IVaifi.'.i dans le nirt» dipiwnatiqvit, de Du Mcnl. t. 111, 1" partie, p. i60 et H20.

A l'époque où le successeur de ces deux monarques atteig-nit l'âge de sa majorité et où le débile Charles Vllf fut en droit plus qu'en étal de gouverner lui-même le royaume qu'avait conduit, durant sa minorilé, d'une main si ferme et avec un esprit si viril, la dame de Beaujeu sa sœur, fille habile du grand politique Louis XI, (|ue pouvait faire la royauté? N'ayant plus à exercer son action envahissante dans rintérieur du pays, où il n'y avait pas de province à reprendre ni de soulèvements féodaux à réprimer, il était à croire que, obéissant à une impulsion dès long-temps reçue, elle porterait cette action au dehors. Ce fut précisément alors que surgit pour les rois de France la question dédouble succession qui devait les attirer en Italie et les y retenir si longtemps. Le principe patrimonial des héritages étant une des lois qui régissaient cette monarchie, les rois de France allaient recourir aTix armes pour revendiquer \i royaume de Naples et le duché de Milan , qui leur revenaient par drait de succession: le royaume de Naples (1), sous Charles VllI; le duché de Milan, sous Louis Xli (2).

Entreprenant comme le reste de sa race, le-

(l) llepui* l'oTtiDction àe \a posUïritil^ iiiaKulino de In ftecnnili> DiniMQ d'Ai^ou, en U8t, pnr la mort ilo Charte» IIl, comle du Mniue et de froteufe, et lAgulaire du rai Itcuà pour lu ruyaume de Nnples, que Cliirle* lll hiisa eu liéritajie au rai de FriiitM.

(!) I^ui» XII, eu 6tuul tlui: tl'Orluans, ne cessa pas de rérlanicr itroit \ U iHWMissiuu du duotio de MIIqu, cuninie rarail tnil ïou Chu-liw d'Urléam, fils Uh Valeuline VÎMvnti; man il ue put le taire efticacemeut qu'en 1 4Ui'. aprâs ^tr« nuatf aur le IrOne de France.

jeune poÎ Charles VIII était d'un esprit assez faible, mats d'un cœur très-hardi. Il crut qu'il était de SOQ honneur comme de son droit de se jeter en Italie, oîi les princes de Salerne et de Bisig-nano le pressaient d'occuper le royaume de Naples, dont Ludovic Sfopza lui offrait de seconder l'invasion. Aussi, dès la fin de 1492, fùl-il conclu un arrang-eiDCnt en vertu duquel Ludovic Sforza assurait à Qiarles VIII un passag-e à travers le Milanais, un prèl de 200,000 duL''ats et le secours de cinq cents lances italiennes, et Charles VIII, de son côté, g-arontissait à Ludovic Sforza le g'ouvernement du duché do Milan, qu'au besoin il promettait de défendre.

Avant de s'engag'er dans celte expédition lointaine, Charles Vlil voulut être certain que son royaume ne serait pas attaqué pendant qu'il en envahirait un autre. Pour faciliter une entreprise plus périlleuse qu'utile, il fit de reg-rettables sacrifices. Il avait trois ennemis à craindre: les Ang-lais, auxquels son aïeul Charles VU avait repris la Normandie et enlevé la Guyenne; l'empereur Maxirailien, père de l'architluc Philippe le Beau, dont riiéritag'e avait été diminué du duché et du comté de Bourg-og-ne, du Charolais et de l'Artois par Louis XI; enfin le roi Fei-dinand d'Arag'on, dont le père Jean avait eng-ag'é pour 300,000 écus les comtés de Houssillon et de Cerdag-ne, que Ferdinand ambitionnait de reprendre. Charles VIII, traita avec chacun d'eux, achetant fort cher leur

amitié, qui n'avait rien de sûr, et leur inaction, qui, du côté de l'Espag^ne et de Tempire, ne devait pas être durable.

Par le traité d'Étaples, du 13 décembre 1492 (1), il se reconnut débiteur envers le roi d'Ang*Ieterre Henri VII de 740,000 couronnes d'or, en dédommagfement de la Normandie et de la Guyenne, et il s'eng*agea à lui payer 50,000 couronnes d'or par an. Ce tribut en arguent fut suivi de cessions territoriales faites au roi Ferdinand et à l'empereur Maximilien pour prévenir leurs hostilités. Parle traité de Barcelone, du 19 janvier 1493 (2j, Charles VIII rendit à Ferdinand les comtés deRoussillon et de Cerdagne, unis depuis tant d'années à la France et qu'il aurait pu facilement g*arder sans l'entreprise inconsidérée de Naples. Ce qu'il avait fait vers le sud, il le fit vers le nord et vers l'est, en restituant à l'archiduc Philippe, fils de l'empereur Maximilien et héritier des Pays-Bas par sa mère Marie do Bourg'og'ne , les provinces que Louis XI avait prises et qui étendaient de ces deux côtés les limites trop resserrées du royaume. Le 23 mai 1493, il conclut à Senlis avec l'empereur Maximilien, ag*issant au nom et dans Tintérôt de l'archiduc Philippe son fils, un traité (3) par lequel la Franche-Comté, l'Artois, le Charolais et la seig^neurie de Noyers lui étaient rendus avec pro-

(i) Corps dipîomatùiue, de Du Mont, t. III, 2« partie, p. 290.

(2) Ibid,, p. 297.

(3) Ibid., p. 303.

messe de remettre à Tarchiduc Philippe les villes de Hesdin, d'Aire, de Béthune, lorsqu'il aurait atteint Tâg^e de sa majorité, et qu'il aurait prêté foi et hommag'e pour la Flandre et les autres possessions qu'il tenait sous la suzeraineté de la couronne de France. Ainsi, dans les deux années qui précédèrent son expédition et pendant qu'il se disposait à l'accomplir, Charles VIII céda des portions de son royaume, qui pouvaient lui être contestées, il est vrai, mais qui semblaient acquises, pour aller conquérir au loin un autre royaume qu'il ne parviendrait pas à conserver, s'il parvenait à le prendre.

Ce fut le 23 août 1494 qu'il partit de Lyon, à la tête d'une armée qui n'était pas de plus de seize à dix-huit mille hommes. Véritable élite de troupes diverses, cette armée comprenait, avec l'excellente cavalerie que Charles VII avait organisée dans les compagnies d'ordonnance, l'infanterie la plus solide, formée surtout de ces bataillons suisses qui venaient de vaincre trois fois Charles le Téméraire à Granson, à Morat, à Nancy, et d'abattre la puissance des ducs de Bourgogne. Elle conduisait aussi Tartillerie la plus considérable, la plus mobile, la mieux manœuvrée et à laquelle rien alors ne pouvait résister. Sans compter les troupes auxiliaires

amitié, qui n'avait rien de sûr, et leur inaction, qui, du côté de TEspag^ne et de Tempire, ne devait pas être durable.

Par le traité d'Étaples, du 13 décembre 1492 (1), il se reconnut débiteur envers le roi d'Ang*Ieterre Henri VII de 740,000 couronnes d'or, en dédommagfement de la Normandie et de la Guyenne, et il s'eng'agea à lui payer 50,000 couronnes d'or par an. Ce tribut en arguent fut suivi de cessions territoriales faites au roi Ferdinand et à l'empereur Maximilien pour prévenir leurs hostilités. Par le traité de Barcelone, du 19 janvier 1493 (2j, Charles VIIl rendit à Ferdinand les comtés deRoussillon et de Cerdagne, unis depuis tant d'années à la France et qu'il aurait pu facilement g^arder sans l'entreprise inconsidérée de Naples. Ce qu'il avait fait vers le sud, il le fit vers le nord et vers l'est, en restituant à l'archiduc Philippe, fils de l'empereur Maximilien et héritier des Pays-Bas par sa mère Marie do Bourg'og'ne , les provinces que Louis XI avait prises et qui étendaient de ces deux côtés les limites trop resserrées du royaume. Le 23 mai 1493, il conclut à Sentis avec l'empereur Maximilien, ag*issant au nom et dans l'intérêt de l'archiduc Philippe son fils, un traité (3) par lequel la Franche-Comté, l'Artois, le Charolais et la seig'neurie de Noyers lui étaient rendus avec pro-

(1) Coi^-iS diplomatùpie, de Du Mont, t. III, 2» partie, p. 290.

(2) Ibid,, p. 207.

(3) Ibid., p. 303.

messe de remettre à rarchiduc Philippe les villes de Hesdin, d'Aire, de Béthune, lorsqu'il aurait atteint Fâg^e de sa majorité, et qu'il aurait prêté foi et hommag*e pour la Flandre et les autres possessions qu'il tenait sous la suzeraineté de la couronne de France. Ainsi, dans les deux années qui précédèrent son expédition et pendant qu'il se disposait à l'accomplir, Charles VIII céda des portions de son royaume, qui pouvaient lui être contestées, il est vrai, mais qui semblaient acquises, pour aller conquérir au loin un autre royaume qu'il ne parviendrait pas à conserver, s'il parvenait à le prendre.

Ce fut le 23 août 1494 qu'il partit de Lyon, à la tête d'une armée qui n'était pas de plus de seize à dix-huit mille hommes. Véritable élite de troupes diverses, cette armée comprenait, avec l'excellente cavalerie que Charles VII avait organisée dans les compagnies d'ordonnance, l'infanterie la plus solide, formée surtout de ces bataillons suisses qui venaient de vaincre trois fois Charles le Téméraire àGranson, à Morat, à Nancy, et d'abattre la puissance des ducs de Bourgogne. Elle conduisait aussi l'artilJerie la plus considérable, la plus mobile, la mieux manœuvrée et à laquelle rien alors ne pouvait résister. Sans compter les troupes auxiliaires

du duc de Milan, qui le secondèrent d'abord el qui lui furent assez vite retirées, Charles VIII avait de quinze à dix-huit cents lances fournies (t), c'est-àdire plus de six mille hommes d'armes ou d'archers à cheval, cinq mille Suisses rang-és en corps épais, armés de longues piques et de tranchantes hallebardes , flanqués d'adroits arquebusiers et marchant à l'ennemi tout à la fois avec une g-rande impétuosité et dans un ordre solide. Il avait de plus quelques milliers de soldats allemands, d'ag^iles arbalétriers gascons, de francs archers exercés, et deux cents pièces d'artillerie qui, sous la dénomination de canoiis, de serpentines, de faucons, de moyennes, n'étaient pas la moindre partie de sa force. Par la (jualité des troupes, leur bonne org-anisatioo, leur confiance belliqueuse, cette armée était plus que suITisante pour conquérir le royaume de Najdes, qui d'ailleurs devait être très-mal dé?, fendu. V

Après avoir repoussé les Napolitains qui s'il talent avancés jusqu'à Uapallo, dans l'Etat de Gênes, l'armée fran-^aise, ayant traversé le Piémont et le Milanais, passa par Plaisance, Firenzuola, Borg-o san Donino, Fornovo, et arriva à Pontremoli, qui séparait le duché de Milan de lu Toscane. Elle s'eng-ag^a alors sur le revers mi

léFÙ3

(I) U lance fnurnie devait se composer, au niomculoii furent formi les conijin^^uiet d'ordouoititcc, d'uu liuiuiuu d'ariucï, do ti'oiï nrclicra, d'un eoutilior, et d'un pAgc. Hlle ne eomptail pas idor^ plus de deux archen.

" dional de TApennin dont les passag^es étaient très- "^ fiwiles à g-arder. Elle les franchit sans rencontrer ' de sérieux obstacles. L'avant-g*arde cependant, M conduite par Tin trépide Gilbert de Bourbon, comte ^ de Montpensier, eut à s'ouvrir la route que barrait ■r la place de Fivizzano, appartenant aux Florentins, ■I gouvernés par Pierre de Médicis, allié des princes ^napolitains. Gilbert de Montpensier la battit en ^ Ivècbe, la prit d assaut et y passa tout le monde au fil de Tépée. Cette manière hardie d'attaquer, viofenle et inexorable de vaincre, était peu usitée en Italie où elle jeta Tépouvante. Aussi, après la prise et le sac de Fivizzano , aucune place ne voulut se laisser forcer, comme après la défaite de Rapallo aucun corps italien ne put se résoudre à combattre.

De Fivizzano, Tarmée se porta devant Sarzana que surmontait à peu de distance la forteresse de Sarzanello. Ces deux places, situées entre d'âpres ]Dontag*nes et la mer, fermaient la route vers la Toscane. Elles appartenaient aux Florentins^ qui les avaient enlevées à, la république de Gênes. Qiarles VIII aurait pu être arrêté long^temps detant elles, s'il avait été réduit a les prendre ; mais dies lui furent ouvertes. Pierre de Médicis, troublé i l'approche des troupes françaises, abandonna le parti des princes arag*onais auquel il avait été attaché jusqu'alors, alla au-devant de Charles VIII et mit entre les mains de ce facile vainqueur la plupart des places de la Toscane. Outre Sarzana et

l« IM'IiODUCÎIO.N.

Sarzanello, il lui livra Pietra Santa, qui g-ardaille littoral de ce côté et était d'une défense aisée, LibrefTata, le port de Livourne et la ville de Pise. Pierre de Médicis avait espéré sauver son autorité dans Florence par les cessions que la peur lui arracha; il la perdit. Les Florentins indigrnés se soulevèrent contre lui, renversèrent sa domination et reprirent leur liberté. Ils exilèrent Pierre de Médicis, dont ils pillèrent les palais et conllsquèrent les biens, tout en subissant les conditions du traité qu'il avait fait avec Cliarles VIII.

Après avoir si aisément traversé la Toscane, où les points les plus importants du territoire lui avaient été livrés, Charles VIII parut, passa et agit en maître dans le reste de la péninsule. Il n'y rencontra plus que des soumissions. Il occupa Sienne, où il mit g-ai'nison. Il s'avança ensuite vers Rome, en prenant sur sa route Aquapcndente, Montefiascono, Viterbe. Le 3t décembre Ii94, il fit, dans un appareil g'uerrier et à la tête de ses troupes, une entrée solennelle dans la ville pontificale. Mctotorieux sans combat et s'élablissant en dominateur partout, il demeura plus d'un mois à Home pour conclure un accord a%'ec .Mexandi-e VI, qui s'était réfugié dans le cliAtoau Saint-Ange. Il aurait voulu détacher le pape du la maison d'Arag-on et obtenir de lui, comme suzerain des Deux-Siciles, l'investiture du royaume de Naples (luo le pape avait tout récemment accordée au roi Alphonse, successeur de son père Fei-dinand I". Après bien des jour»

(le né^ciation, Alexandre VI effrayé se décida à Iraiier. Sans déposséder la maison d'Aragon, il promil de ne plus être contraire au roi de France, auquel il livra les forteresses de Civita-Vcccliia, d'Oslie, de Spolèle et de Terracine.

A la suite de cet arrang-ement, que le pape avait conclu par crainte et rju'îl ne devait pas observer longtemps, Charles Vlil se remit en marche. Il tenait pour ainsi dire sous sa main toute l'Italie. Depuis le Piémont jusqu'au.^ abords du royaume de Napics, il g-ardail une suite de places dont la possession était tout à la fois un moyen présent de sûreté et une cause prochaine de péril. ïl ne lui rvslait plus qu'à pénétrer dans le pays qu'il revendiquait comme son hérilag-e.

Les princes aragonais ne devaient pas même le lui disputer. Ils se savaient haïs, se sentaient abandunnt?â et l'épouvante les saisit. Alphonse II, qui passait en Italie pour avoir de l'habileté et du courage, quoiqu'il n'eût montré, sous le règ-ne de son père Ferdinand I", que de la fourberie et de la cruauté, se troubla et abdiqua. Il alla s'enfermer dans un couvent de la Sicile, laissant la couronne à porter et le royaume à défendre à son fils le duc de Calabre, qui monta sur le trône, sous le nom de Ferdinand II. L'éphémère monarque n'y resta pas long-lenips. Tout d'abord, il sembla prendre des mesures qu'une ferme résolution, soutenue •rec uoe courag^euse constance, aurait pu faire réussir. Il se transporta avec son armée jusqu'à la

aO INTRODUCTION.

frontière la plus difOcile à franchir el qui élalt la porlo du royaume. Il s'établit à San Germano, el y garda les défllés vers lesquels les Français s'avançaient avec confiance. Quelques hommes déterminés auraient suffi à en empêcher le passage, et une armée entière n'osa pas le faire. A l'approche de l'avant-garde française, Ferdinand et ses troupes quittèrent cette forte position, en se repliant sur fiaëte et sur Naples. Ce fut le signal d'une complète déroute el d'un universel abandon. Charles VHl arriva comme à la course jusqu'à Naples, d"où Ferdinand s'enfuit par mer, un mois après que s'était enfui Alplionse son père.

Le peuple de Naples, las du joug aragonais et désireux de choses nouvelles, pilla les palais de Ferdinand et accueillit avec la plus grande faveur Charles VllI, qui, le 22 février 1495, fit son entrée dans sa capitale enthousiasmée et y fut couronné roi des Deux-Siciles. Les deux forts châteaux de Naples, le château Neuf et le château de l'Œuf, api*ès avoir tenu quelques jours, battus en brèche par l'artillerie française et livrés par la faiblesse de leurs défenseurs, étaient bien vite tombés entre ses mains. Tout le pays se soumit à lui. Les provinces à i'envi, les villes, avec empressement, reconnurent lesdroitsde Charles VllI et obéirent à. ses envoyés. Le jeune roi étendit sa domination dans le royaume de Naples aussi facilement qu'il y avait pénétré.

Cette conquête, en peu de temps opérée, fut on très-peu de temps perdue. Charles VIII commit deux

HTROnUCTlON. 21

butes graves qui la compromirent. Il avait traversé l'Jtolie en doniinafeur inquiétant; il s'établit dans le royaume de Naples plus en prince étrangerqu'en souverain national. De ces deux fautes, la première, eu alarmant tous les potentats italiens qui se coalisèrent contre lui, ne permit pas à Charles VIII de rester quatre mois dans le pays conquis ; la seconde Gl enlever la possession de ce royaume, en moins d'une année, à ceux que Charles VIII y laissa pour le g-arder.

L'expédition de Naples avait surtout réussi pnr les divisions dos Italiens, dont les craintes avaient fait cesser les désaccords. Pendant que Charles VIII, après avoir pris et g-ardé tant de villes et de points Torlifiés dans la péninsule, occupait le royaume de Naples, il s'était formé sur ses derrières une redoutable coalition. Cette coalition comprenait: le nouveau duc de Milan, Ludovic le More, qui craig'nait que la maison de France, après avoir acquis l'héritage dos .Angevins, ne revendiquât rhéritage des Visconli ; les puissants Vénitiens, qu'effrayait la domination française dans la péninsule ; le pape Alexandre VI, l'empereur Maximilicn et le roi Ferdinand d'Arag^on, ég-alemenl infidèles aux eng-ag-ements qu'ils avaient pris avec Charles VIIL

Au moment où cette lig-ue s'ourdissait à Venise et tandis qu'elle préparait ses dang-ereuses attaques, Qiarloa VIII ne faisait rien pour affermir son autorité dans le royaume de Naples et s'y mettre à l'abri lies soulèvements intérieurs et des ag'ressions du

dehors. 11 avait nég-lig-é de s'emparer dos points qiiî tenaient encore stir les eûtes pour la dynastie dépossédée, points par lesquels celle-ci pourrait faire des descentes et s'étendre dans le pays, en mettant à profit les mécontentements et les occasions. Il rétablît en partie les barons exilés ou opprimés, dans leurs biens et dans leurs charg-es; maïs, loin de satisfaire le vieux parti ang^evin, il le cefroidit en accordant toutes ses faveurs aux Français qui l'avaient accompag-né. Sans avis dans les décisions à prendre, flottant entre les conseils contraires de ceux qui l'entouraient, manquant d'autorité par insuffisance d'esprit, comme de résolution par ig-norance des choses, ne sachant ni se faire craindre ni se faire obéir, d'une douceur et d'une lég-èreté ég-alement dang-ereuses, il se montra incapable de tenir longtemps sous sa main le royaume dont il s'était rendu si rapidement le maître. Les peuples furent vite déçus; les habitudes licencieuses des soldats ne furent contenues par personne; les chefs furent désunis, et chacun d'eux suivit sa fantaisie ou contenta sa cupidité sans avoir à redouter ni répression ni disg-ràce.

Après un séjour de peu de durée dans le pays qu'il n'était pas en état d'org-aniser ni capable de satisfaire, Charles VIII le quitta assez précipitamment. Il y laissa, sous les ordres du comte Gilbert de Montpensier, qu'il avait nommé son lieutenant g-énéral, et de Beraut Stuarl, seig-neur d'Aiibig-ny, qu'il avait fait grand connétable, la moitié de î

petite armée pour contenir, garder et défendre ce royaume. Le 20 mai 1495, il partît de Naples avec le reste de ses troupes, pour retourner en France, en traversant de nouveau l'Italie dans toute sa longTieur, Bien qu'il dût rencontrer des forces trèsconsidérables que les confédérés réunissaient audelà de l'Apennin avec le projet de l'arrêter à son passade et de lui faire mettre bas les armes, il s'avança avec une lenteur extrême. Ce fut le 6 juillet seulement qu'il arriva sur les bords du Taro. au débouebéde l'Apennin, du côté de Parme, et qu'il trouva en face de lui l'armée italienne, que commandait le marquis de Manloue, et qui était cinq fois plus forte que la sienne. S'il manquait d'habileté et de prévoyance, il avait un grand couru^, et il fil face, sans se troubler, à la* position périlleuse où il s'était mis. La solidité des Suisses et la valeur des hommes d'armes de France le tirèrent de ce mauvais pas. Les lances italiennes furent baltues par les lances françaises à Fornoue, où le combat fut surtout un combat de cavalerie. La petite armée de Charles VIII s'éloig-na précipitammenldcs bords du Taro, et continua sa retraite à travers le Milanais sans rencontrer d'obstacle sérieux. Elle ramena toute son artillerie, que les Suisses aidaient à Iralnerdans les passag^es diflieilosdesmontag'nes, et elle rentra en France victorieuse.

Le royaume de Naples, qu'avait laissé affaibli le départ de la moitié de l'armée conquérante, fut bieotOt attaqué par Ferdinand U, accouru de Sicile,

2i INTRODUCTION,

par les troupes que Ferdinand le Catliolique avait envoyées d'Espag-ne sous le commandement du fameux Gonzalve de Cordoue, et par les flottes vénitiennes. D'Aubig^ny battit d'abord àSeminaraFerdinand II et Gonzalve. Mais cet avantag'e fut le seul que remportèrent les Français, en quelque sorte abandonnés à eux-mêmes. Salerne et la côte d'Amalfî se donnèrent à Ferdinand, en faveur duquel Naplcs se souleva. Capoue, Aversa, imitèrent cet exemple. Les Vénitiens s'emparèrent de MonopoH, de Polignano, ainsi que d'Otrante, de lîriadisi et de Trani, sur la côte de l'Adriatique. Bientôt même le comte Gilbert de Monlpensîer et le g^rand connétable d'Aubig-ny, auxquels Charles VIII n'envoyait aucun secours, ne furent plus assez forts contre les soulèvements et les attaques. Le premier succomba avec la plus grande partie des siens ; le second capitula et, El la tôte des troupes qu'il avait encore conservées, il évacua le royaume, qui fut entièrement perdu environ quinze mois après avoir été conquis. La dynastie arag-onaïse fut rétablie sur le trône de Naples, où Frédéric, oncle de Ferdinand II, succéda ù ce prince, qui mourut peu de temps après avoir recouvré sa couronne.

Charles VIII, rentré en France, se livrait à de frivoles amusements. Pendant quo les Français qu'il avait laissés au fond de l'Italie y luttaient sans être suffisamment soutenus, il songeait, mais avec mollesse, à les secourir; après que la défaite et leur , petit nombre les eut contraints de capituler, il révaît -j

plus encore qu'il ne préparait une seconde conquête de Naples. Deux ans et demi se passèrent ainsi, au milieu de volontés sans consistance et dans des projets sans exécution. Toutefois Charles VIII tenait ritalie en inquiétude et en suspens, lorsque, en allant voir jouer à la paume dans les fossés du château d'Amboise, il heurta du front contre une porte, et ce faible coup détermina vers ce cerveau débile une cong'eslion violente qui enleva le jeune roi au bout de quelques heures (1), le 7 avril 1498.

Ludovic Sforza, dont les intrig'ues et Tambition avaient égpalement réussi, était parvenu au trône ducal à Taide de Tinvasion des Français, et paraissait s'y être affermi à la suite de leur expulsion. Suivant la différence de ses intérêts, il avait provoqué Tune et concouru à Tautre. La dynastie napolitaine était restaurée, sans qu'il eût désormais rien à craindre de sa part. Il n'y avait plus que des potentats italiens en Italie. Mais Ludovic, qui s'applaudissait de ses menées, n'était pas au bout de ses périls : le successeur de Charles VIII devait être plus redoutable pour lui que ne l'avait été Charles VIII pour la famille qui rég^nait à Naples. Ce successeur était Louis XII, qui, petit-fîls de Valentine de Milan, s'était porté depuis long'temps comme le lég*itime héritier des Visconli.

(I) Mémoires de Commynes^ Hy. VIII^ chap. xxv.

En arrivant à la couronne, Louis XII prit le titre de roi des Deux-Siciles et de duc de Milan. Il était dans la force de l'âgée. 11 avait trente-six ans, beaucoup de bravoure, une ambition ag'itée, le g^oût de la g'uerre beaucoup plus que l'entente de la politique, un g'rand esprit de justice et un penchant marqué pour l'économie qui devaient le faire aimer en France et l'y rendre très-populaire, une honnêteté naturelle qui ne le préserva cependant pas toujours des 'perfidies communes à son temps, et malg'ré laquelle il se montra quelquefois peu fidèle à ses engag^ements et assez déloyal dans ses entreprises. Afin de prendre plus aisément possession du Milanais, il chercha des alliés qui fussent en position de seconder son dessein. Charles VIII avait eu besoin de Ludovic Sforzapour s'emparer du royaume de Naples, Louis XII avait besoin des Vénitien s pour s'emparer du duché de Milan. Par le traité de Blois, conclu avec eux en 1499, il fut stipulé que le roi de France et la république de Venise feraient en commun la conquête du Milanais, dont une portion, située entre TOg^lio et l'Adda et comprenant le pays de Crémone, serait dévolue aux Vénitiens (1), qui

(1) Voici ce qu'il leur cédait du duché de MilaD, pour prix de leur alliance et de leur coopération : « Pro securitate status dicti dominii Veneti^ ipse rex christianissimus contentus est quod civitas Cremonœ

INTROnL'CTlON. 27

«tendraient de ce côté leurs possessions de terre ferme, déjà si considérables.

Louis XII gTig-na en m(>me temps le pape Alexandre M, mécontent du roi Frédéric qui s'élail refusé aux anabitieux désirs de César Borg-ia. Ce fils du souverain pontife, après avoir tué son frère aîné le duo de Gandia, et avoir quitté l'Ég-Iise, où il était cardinal, pour devenir bientôt g-onfalonier et capitaine grénéral du Saint-Siég-e, avait vainement demandé la fille naturelle du roi de Naples en mariag^e avec la principauté de Tarente. Il avait été plus heureux du côté du roi de France, qui voulait se servir du pape Alexandre VI pour rompre son mariage avec la fille de Louis XI, épouser Anne de Bretag'De, veuve de Charles VIII, n'être pas con- Imrié dans ses projets sur Milan, el obtenir plus lard rinvestilure du royaume de Naples. Aussi Louis XII donna à César Borg-ia une compag-nîe de oeot hommes d'armes, une forte pension, le duché de Volentinois, et une princesse de la maison d'Albrel pour femme.

.\vant d'attaquer Ludovic Sforza, Louis XII rendit û l'empereur Maximilien, qui avait assailli la Bourgogne à l'instig-alion de Ludovic et avec son

uns nmi tcrrïtorio Cremonense et civilalibus, larris, liiiit, arcibu^, IdcLi et cuteUiï omiiibu», ruiu ûuiuinibu8,aquis,terrilortis, et pertinen- Ui* Mti«, qu« perliniMll iitutui et dominio medioldDensi qux &uut ultra B AdiluB venus Crumaiu et Biiiuu, siaiuli(ue oiuois ora lluvinlis Ib-tqii* ipsju* fluTJi Addux UMjue ad aquam e;icliisite... reuaaeaul opleno jum pr.'eilicto domiaia Vendu..." Corja diplomiUique àe 1. 1. III, juirl. ti, p. 407.

28 INTRODUCTIOiN.

arguent, les places de TArlois qu'avait g^ardées Charles VIII. Ayant, à ce prix, conclu la paix avec Fempereur, étant assuré du pape et s'entendant avec les Vénitiens, il fît envahir le Milanais, dont il avait isolé le duc, par une armée de seize cents lances et de treize mille hommes d'infanterie, Suisses et Français. Pendant que ses g^énéraux le comte de Lig^ny, le seig^neur d'Aubig*ny, le maréchal J.-J. Trivulzi, y pénétrèrent du côté du Piémont, les Vénitiens y entrèrent du côté de TAdda. La conquête du Milanais fut encore plus rapide que ne l'avait été nag^uère celle de Naples. Ludovic, n'ayant préparé aucun moyen de défense et ne rencontrant aucun appui dans la population, s'enfuit en Allemagne, où il emporta de fortes sommes d'arg'ent et où son frère, le cardinal Ascanio Sforza, alla le rejoindre. Le partage du pays conquis se fît, entre les Français et les Vénitiens, conformément aux stipulations de Blois. Louis XII eut depuis la plaine du Piémont jusqu'à l'Adda, dont les deux rives lui appartinrent. A soixante et dix pieds de la rive gauche de ce fleuve qui, descendu des Alpes, traverse le lac de Gomo et, à la suite d'un cours un peu oblique vers l'est, va se jeter dans le Pô, le pays conquis fut cédé aux Vénitiens.

Louis XII prit bientôt possession de son nouvel État et fit une entrée triomphale à Milan, le 6 octobre 1499, un mois après l'occupation militaire du duché. Il crut si bien en être le maître qu'il négligea les moyens d'y maintenir sa domination. Avec beau-

coup d'imprévoyance el par trop de parcimonie, il en retira l'armée qui l'avait conquis el le laissa presque dégarni de troupes lorsqu'il retournaen France. Ludovic Sforza el son frère le cardinal Ascanio profilèrent habilement de celle faute. Avec l'arg-ent qu'ils avaient emporté dans leur fuite, ils levèrent huit raille Suisses dans les cantons et cinq cents hommes d'armes dans la Franclie-Comté, et ils reparurent en Lombardie six mois après en avoir été expulsés. A la tète de cette petite armée, Ludovic n'eul aucune peine à rentrer dans son duché où les peuples, dans leur inconstance, mirent à le recevoir le même empressement qu'ils avaient mis à l'abandonner. II recouvra ainsi Milan el In plus g-rande partie du Milanais. Mais ce retour de fortune ne dura point. Voulant reprendre toute la partie haute du duché, Ludovic alla, avec les Suisses qu'il avait levés, assiég-er la citadelle de Novare, que défendait une garnison frani^aise.

Cesl là qu'après s'être montré si souvent perfide, il tomba victime de la perfidie d'aulrui. Les Suisses au service de Louis XII el commandés par ses g-énéraux, arrivèrent devant Novare pour faire lever le siège de la citadelle et en débloquer la garnison. Au lieu d'attaquer leurs compatriotes â la solde de Ludovic, ils s'entendirent avec eux et les décidèrent à abandonner sa cause. Le délaissement alla même de leur part jusqu'à la trahison, et des Suisses curent la honte de laisser prendre au milieu de leurs bataillons celui qu'ils s'étaient engagés à servir el

qui devait compter sur leur foi. Livré par eux, le 10 avril 1500, le malheureux Ludovic fut conduit en France, où il vécut encore dix ans enfermé dans le château de Loches et soumis par Louis XII à une dure captivité. Sa tentative infructueuse et sa longue prison assurèrent la domination française dans le Milanais, qui fut assez sag^ement constitué et assez doucement conduit.

Louis XII, dont rétablissement dans la Lombardie fut cette fois affermi, ne devint pas seulement le maître incontesté du Milanais, mais l'arbitre toutpuissant de ritalie. Les g'ouvernements et les seigneurs du centre de la péninsule se placèrent sous sa protection. Le marquis de Mantoue, le duc de Ferrare, Jean Bentivoglio, seigneur de Bologne, la république de Florence, où le parti favorable à la France continuait à l'emporter sur le parti renversé des Médicis, mirent leur politique et leurs forces à sa disposition.

Afln de conserver sa prépondérance en Italie, Louis XII aurait dû ne pas y agrandir les États principaux aux dépens des petites seigneuries, et surtout ne pas appeler d'autres grandes puissances du continent à s'établir à côté de lui dans la péninsule. La concentration des territoires ou Tintroduction des princes étrangers en Italie ne pouvait se faire qu'à son détriment. Il ne sut ni le voir ni l'éviter. Après avoir étendu la domination des Vénitiens dans la Lombardie, il accrut dans l'Italie centrale la puissance des souverains pontifes, et il

INTRODIÎCTION. 31

appela bientôt lui-m?me le roi d'Arag-on dans le royaume de Naples.

Depuis long-temps les papes manquaient de la force nécessaire pour se faire obéir dans leurs Etats. Le territoire de l'Ég-lise, sur lequel s'exerçait très- faiblement leur autorité, était couvert de villes et de seigneuries qui se réessaient d'une manière presque indépendante. Non loin de Rome, deux familles puissantes, celle des Colonna et celle des Orsini, possédaient beaucoup de places et de cliâteaux (1).

Ces familles entreprenantes, qui fournirent à l'Italie des capitaines renommés, pouvaient inquiéter les papes, souvent réduits à combattre l'une en se serrant de l'autre. Un peu plus baut,vers l'Apennin et dans la Romag-ne, Città di Castello obéissait à la race guerrière des Vitelli; Pérouse, à J.-P. Ra- ^ioni ; Pezaro, à Jean Sforza; Comerino, à Jules Varano; Rimini, à Pandolfo Malatesla; Forli et Imola, à Jérôme Riarïo; Faenza, à Aslor Manfrc'di; fiolog^ne, à Jean Rentivoglic ; Ravenne et Cervia, aux Vénitiens, qu'il était très-difiicile d'en déposséder; Urbin et son duché, à la vieille famille des Jlontcfeltri, à laquelle s'était unie par mariage la famille génoise de la Rovere, sous le ponlilicat de Sixte IV.

(Il ht» Colonna avuient le port de Nelluno, MnrÎDO, Amelîa, Cari, U, Rofca ili Pa|>a; les Ot-siai, âoat les furces lialnoçniunt ci'lles i, pcMsédiieul Brncciano, Campagimao; Triïignanoi LisoU, Il Pitt^ano, Ce».

32 INTHODUCTION.

Les papes avaient plusieurs fois lente de rentrer en possession du domaine du Sainl-Siég-e; mais la guerre contre les barons romains et contre les détenteurs du territoire pontincal ne fut syslcmatîquenient entreprise et poursuivie sans relâche, que depuis Alexandre VI. Ce pape demanda à Louis XII et il obtint de lui trois cents lances françaises et quatre mille Suisses qui furent mis à la disposition de César Borgta, devenu g;onfaIonîer de l'Ég-lise, pour commencer la dépossession aussi violente que perfide des seig-neurs de la Roinag^ne, dont son père Alexalidre VI le nomma duc. Se servant des troupes qu'il devait surtout àLouisXIÏ et auxquelles l'arguent qu'il reçut du pape lui permit d'en ajouter d'autres, l'ambitieux el terrible g-onfalonier de l'Eglise romaine prit d'abord Imola, Forli, Pesaro, Rimini. Césène, et peu de temps après Faenza. Les Colonna furent dépouillés de leurs biens et de leurs places fortes, à l'aide des Orsini el des Vitelli, qui devaient l'être à leur tour.

En même temps qu'il secondait, dans l'intérêt des Borgia, l'extension d'une puissance qui se tournerait plus lard contre lui, Louis XII songeait à envahir le royaume de Napies. Procédant partout de la niiîme manière, ïl voulut faire cette expédition de concert avec un souverain redoutable qu'il appela lui-même en Italie , à son futur détriment. Il s'entendit avec Ferdinand le Catholique, déjà roi d'Aragon et de Sicile, pour conquérir en commun le royaume de Napies, et

oaiioiN:cn>\. »

se le partager après Taroir cooqaîs. D cèdut sans peine l'assentiment de ee prinee halÂâe ei heureux, qui, profitant de timlei 1b ocv!aâoe2S pour s'agrandir, se serrûl crae à-profpos de la faveur des conjonctures^ tirait puti des butes d autrui, ne se considérait jamus comme lié par ses engagements, et mettait tant d'adresse dans ses perfidies et tant d*opportunilé dans ses asTandissements qu'il trompait ceux arec lesquels il traitait sans décourager leur confiance, et qu'il acquérait toujours sans jamais rien perdre.

Ces deux rois, également ambitieux, mais Tua sans scrupule et l'autre sans prévoyance, signèrent un traité secret de partage du royaume objet de leur convoitise commune. Ferdinand le Catholique dut avoir la Fouille et la Calabre; Louis Xll^ TAbruzze, la Terre de Labour et Naples; le premier. la partie de ce royaume qui avoisinait la Sicile ; le second, la partie supérieure qui était la plus rapprochée du duché de Milan. Par une insigne perfidie, Ferdinand, dont Frédéric avait invoqué Tassistance, envoya, sous le commandement de Gonsalve de Cordoue, une armée qui se joignit à celle de Louis Xll el rendit la soumissic^n du royaume facile et prompte.

L'accord ne se maintint point entre Louis Xll et Ferdinand. Ils s'étaient entendus pour s'emparer du royaume de Naples, ils se divisèrent pour savoir qui en resterait le maître. La délimitation des deux partages n'ayant pas été faite avec

assez de précision, Louis XII revendiqua des droits sur une province qui semblait être dans le partagée de Ferdinand le Catholique. La guerre s'ensuivit presque aussitôt. Louis XII, qui était le plus fort, la commença. Il réussit d'abord, et il enleva aux Espagnols presque tout le pays de leur partage, sauf quelques villes des côtes de la Fouille et de la Calabre. Le général très-affaibli du roi Ferdinand fut réduit à s'enfermer dans Barlette , et si Louis XII, qui était alors en Ilalie, avait poursuivi avec vigueur la dépossession des Espagnols , il l'aurait peut-être rendue définitive.

Mais, regardant sans doute comme d'un succès assuré une entreprise jusque-là victorieusement conduite, il retourna en France, d'où il n'envoya pas même à ses lieutenants dans le royaume de Naples les renforts qui leur étaient nécessaires pour jeter les Espagnols hors des places qu'ils y occupaient encore. Gonsalve de Cordoue reçut, au contraire, du roi Ferdinand des troupes qui permirent au rusé et habile capitaine de prendre l'offensive. Pendant l'année 1503, les Français furent battus dans diverses rencontres. Outre les petits revers qu'ils essuyèrent à Terranuova et à Calimera, ils perdirent les deux batailles de Seminara, en Calabre, et de Cerignola, en Pouille, à la suite desquelles Gonsalve de Cordoue se rendit maître de Naples et de la plus grande partie du royaume.

Louis Xll voulut se relever de cet échec par un

INTROULCTION. SS

puissant effort. Il forma trois armées qu'il envoya, l'une en Roussillnn, l'aulre en Navarre, la dernière et la plus forte en Italie. Mais les deux armées de diversion, du côté des Pyrénées, se fondii-ent sans avoir rien fait, et celle qui devait recouvrer le royaume de Naples fut arrêtée sur la frontière mdme par le prudent Gonsalve, qui s'était retranché sur les bords du (iarig-liano. Elle s'y consuma et Onil par y être défaite. Gonsalve choisit son moment poui- la combattre affaiblie, et pour la vaincre le 28 décembre 4303.

Ce dernier revers décida de la perte définitive du royaume de Naples, qu'évacuèrent de nouveau les Français, qui avaient su y pénétrer deux fois sans savoirs'y établir, perdant à la long-ue par inhabileté politique ce qu'ils avaient d'abord acquis par la force des armes. Deux ans plus tard, en octobre 1505, Louis XII se désista même de la part à laquelle il avait droit en vertu du traité de 1500, et céda (oui le royaume à Ferdinand le Catholique lorsqu'il maria sa nièce, Germaine de Foix, à ce prince après la mort do la reine Isabelle de Castille. Les Elspag-nols devaient g-arder plus de deux siècles ce beau pays, qui fut peureux le prix de la ruse, de ta victoire et d'une conduite plus habile.

Louis XII avait suivi dans le centre de l'iialie la

36 LNTRODUCTION.

même fausse politique qui, en y favorisant Textension de la puissance pontificale sous Alexandre VI, devait contribuer aux revers de sa propre puissance dans la Lombardie sous Jules II. Il avait facilité les conquêtes de César Borgia. Celui-ci, après s'être rendu maître des villes de la Romaine, après avoir dépossédé les Colonna et les Savelli de leurs Etats, après s'être emparé de Piombino sur Jacques d'Appiano, du duché d'Urbin sur Guido Ubaldo qu'il dépouilla avec perfidie, de Camerino sur Jules Varano qu'il fit étrangler avec ses deux fils, avait obtenu de Louis XII l'autorisation d'enlever Bolog*ne à Jean Bentivog'lio, Pérouse à Jean-Paul Bag*lioni, et il eut l'art d'attirer Vitellozo Vitelli, seig'neur de Città di Castello, Oliverotto da Fermo, et les puissants chefs des Orsini, qui s'étaient séparés de lui, après ravoir servi, dans un piég-e savamment préparé à Sinig*ag*lia, où il se débarrassa d'eux par le meurtre.

Ce féroce ambitieux, maître de la Romagne dont le pape l'avait fait duc, tout-puissant dans les autrès Etats de l'Eglise, convoitait la Toscane, où il avait déjà attaqué Sienne, lorsque la mort de son père Alexandre VI et sa propre maladie arrêtèrent le cours monstrueux de sa fortune. L'appui de l'autorité pontificale lui manquant, il dut perdre bien vite tout ce qu'il avait pris.

C'est à lui cependant que remonte le rétablissement de l'autorité territoriale des papes dans les Etats de l'Eglise romaine. Les familles quil avait

WTRODUCTtON. 37

défiouîUées de leurs possessions y rentrèrent bien un moment; mais bientôt le cardinal Julien de la Rovere, qui avait succédé, sous le nom de Jules II, à Pie Ilf dont le pontificat, après la mort d'Alexandi-eVI, n'availétéquede vingt-cinq jours, s'attaclia i recouvrer tout ce ([ui appartenait au Saint-Siéfl-e. L'cnlreprenanl pontife reprit le système de conquête des Borg-ia, et il le poussa beaucoup plus loin. Il était passionné au dernier point, et il avait déployé pendanllesdix années du pontificat d'Alexandre VI un caraclère indomptable. Ennemi déclaré de ce pape, dont il avait fui la haine et les piég-es, il étail allé, dans l'ardeur de ses ressentiments, jusqu'à provoquer la descente de Charles VIII en Italie et jusipi'à le presser de faire déposer Alexandre VL Poor devenir pape, il avait suspendu ses animosilés, et, se condamnant à la dissimulation, il avait néRWîié avec tout le monde. Il avait même promis il César Borg-ia, en retour des voix espag-noles dont César disposait dans le conclave, le titre do g-onfalonier de l'Êg-lise. Une fois arrivé à la chaire pontiOcale, le vieux mais ardent Jules II y porta l'esprit d'un politique, l'ambition d'un conquérant, le coura^d'un soldat, le patriotisme d'un Italien, Il se proposa deux buts : l'agrandissement de la puissance territoriale du Saint-Siég-e, et l'expulsion des élrang'ers de l'Italie. II y marcha d'abord avec une astucieuse habileté, puis avec une opiniâtre violence.

Loin de nommer César Borg-ia capitaine générai

38 DîTRODlCnO!!.

de rÉglise, il le dépouilla de tout ce qu'il conservait encore. Réduit à se réfugier auprès de Gonsalve de Cordoue, qui l'envoya captif en Espagpne, ce formidable aventurier, traité avec la perfidie dont il avait si souvent usé envers les autres, fut enfermé par le roi catholique dans la forteresse de Médina del Campo, parvint à s'en évader au bout de quelques années et alla périr obscurément devant une ville de Navarre. Jules II revendiqua ensuite les places danslesquellesétaientrentrés,aprèslamorld' Alexandre VI, les sei gêneurs particuliers que ce pape et son fils en avaient dépossédés. Par une bulle il les en déclara détenteurs illégpitimes, et il les excommunia. Ajoutant alors l'emploi des armes à celui des excommunications, il se rendit maître des villes de la Romagne, à l'exception de Ravenne, de Cervia, de Faenza, de Rimini, que les Vénitiens avaient enlevées, les deux premières depuis long'temps, les deux dernières tout récemment, au Sainl-Siég'e. Il se dirigea ensuite vers Pérouse et Rologpne, dans la ferme intention d'en expulser les Bag^lioni et les Rentivog^lio, avec Taide des troupes françaises que Louis XII, continuant à concourir à la restauration d'une puissance qui allait bientôt se tourner contre lui, avait mises peu prudemment à sa disposition.

Pendant cette expédition g'uerrière, il traversa les Etats de TÉg'lise à cheval. En arrivant dans les villes, il s'y occupait moins des devoirs du pontife que de l'autorité du prince, prescrivant d'y relever

OU d'y construire des forteresses propres à en assurer l'obéissance (i). Lorsqu'il s'approcha de Pérouse, les Bag'lionî intimidés lui en ouvrirent les portes, sans attendi-e pour se soiimellre d'y être forcés. Il n'en fut pas de même des Bentivoglio. Jules II, outré de leur résistance, publia une bulle terrible contre Bologne. Dans l'emportement de sa colùre, il ordonna que, si la ville était prise, tout y fût mis à feu et à sang- et qu'on n'y laissât pas une ôme vivante (2). Bolog-ne épouvantée se rendil : les Bentivog-lio en sortirent, et Jules II y étalilït une forme nouvelle de g^ouvernement et y éle^'a une citadelle (3j.

A son retour d'une campag-ne où il avait rétabli g^lorieusemenl l'autorité du Saint-Sîég-e, il fut reçu dans Rome comme un triomphateur {i}. Il y rentra au milieu des transporls d'enlhousiasnie du peuple, au bruit du canon tiré du château Saint-Ang-e,

(IJ Marium Curim mmiiur, pnr Pnris de tii-nssis, « magUlri cei-emoniamin ■pOitolirnruin siili Julîu srcimdo et Leone decimo », et Ëtéque <li> i>e<«ro. He. Hiti^ He la Bibliothèque nntionale, I. I, p. i2 k SS. [1 a'ftilul qu'à cheval el mbs siuTro le rércmonial usit^ poui' les gouvenim jKHitife», p. 42. <> Papa impatiens morn; quod fit propter episco-

puiu ikferenlen) corpus Cbristi prxmiltit eacramenlum ul ipae lilie-

riii* |>o««it properare, properat autem ita ut paucî pedites sequi possint, >4 «liqui vi {larah'iïDuil» cordinalium pi-o cursura continua iu ria ilcCei«runt et morTui Kunl. >i P. iS.

(i) Ibid., t. I, p. ST. « Papa Galloe eiciEa«it ul non pareereut viventi, quin oamia ferro, flnniaiÎAque e\ siupendiis jierdcreul. ■> P. 120.

(3] u Ad Forum Hagnuin qui niercatus dicitur adiit, revisitque

fundameaU aiiliquie arci» et fossas «eiurpleuas, Uudnloqut cjus loci pro «m et ciladiflla slrueDda sîlu, iudc ad pnlalium rediit itelntui in cquo potia-i cunario quajn frradatorîo. d — Iliid., t. I, p. 170.

(4) a CiuTus erat triumphalîs a quatuor equia albis troclua, el is erat tu fonnam rotuodun. » — Ibid., p. 278.

en passant sous des arcs de triomphe dressés à son honneur et sur l'un desquels on avait mis : « A Jules II, pontife très-bon et trcs-g^rand, de retour d'une expédilion où par son courag^e, son habileté, son bonheur, il a délivré l'Etat pontifical des tyrans, et a établi partout la paix et la liberté (4). » La ville des papes célébra sous toutes les formes celte restauration de sa g^randeur qu'il fallait compléter en reprenant les places dont les Vénitiens s'étaient emparés dans la Romag'ne. Jules II s'occupa de ce dessein. Pour le faire réussir, il avait besoin encore du concours militaire de Louis XII.

Ce prince à bon droit populaire en France, mais inhabile en Italie, continua à commettre la même faute sous la même forme. Dans son inquiète et peu clairvoyante ambition, il employa pour s'ag'randir au-delà des Alpes des procédés qui, à la long'ue, lui firent perdre tout ce qu'il y possédait. Il avait partagée le duché de Milan avec les Vénitiens en 1499, le royaume de Naples avec le roi

(\) « Alius arcus pra'paratus fuit c^Tteris omnibus ^isu ac magnitudine decorus^ ante portam paiatii^ aequaiis de toto in niagnitudine et forma et gratia arcu Constantiniauo apud amphithoatrum sive coili-

seum Id hoc erant omnes actus et ge»ta poiitificis in tota poregra-

tione habita et facta prout ex pictura videLautur. Titulus autem iridelicet : Julio II, pontiflci optimo maximo, reduci, quod virtule, consiiio, felicitate, rem pontificiam a tyramiorum servitute liberavit, pacem, libertatemque ubique constituent. » — Diarium curiœ romanœ t. I, p. 280-281 .

INTRODUCTION. 4i

d'Aragpon en 1501. Après avoir lente de dépouiller le roi d'Arag'on de sa part dans le sud de la péninsule, et avoir été réduit à lui abandonner la sienne qu'il avait perdue à la fin de 1503, il projeta de dépouiller les Vénitiens du territoire qu'il leur avait cédé sur la rive g'auclie de TAdda. Déjà, en 1504, il avait eu Fimprudence de concerter le parlag-e de la Lombardie vénitienne avec l'empereur Maximilien, par un traité secret (1), qui ne fut pas exécuté tout de suite et qui aurait introduit les Allemands dans le haut de l'Italie, comme les Espag*nols avaient été introduits dans le bas. Mais la spoliation de la puissante république n'avait été qu'ajournée. Quatre ans après, par la ligue conclue à Cambrai, le 10 décembre 1508(2), il avait été convenu entre le roi de France, l'empereur Maximilien, le pape et le roi catholique, qu'on déclarerait la g'uerre aux Vénitiens pour leur prendre : Louis XII, Crémone, la Ghierra d'Adda, Crema, Bergtime, Brescia; Jules II, Ravenne, Cervia , Faenza , Rimini ; Ferdinand , Brindisi , Trani, Otrante, Gallipoli et les autres porls que les Vénitiens détenaient dans le royaume de Naples; Maximilien, Vérone, Vicence, Padoue, Roveredo, Trévise, le Frioul, l'Istrie, c'est-à-dire tout le reste de leurs Etats de terre ferme qui relevaient de l'empire.

(Ij Ce traité est dans le Codex Italiœ diplomaticus. Lunig, t. I, part. I, sect. j, xxvi.

(2) Coqps diplomatique de Du Mont, t. IV, part, i, p. H3 à H6.

*t LMRODlCnON.

Louis XII fut le plus tôt prêt. Il attaqua seul les Vénitiens et les vainquit au profit des autres confédérés. Leur vaillant général, Barthélémy d'Alviano, par trop de hardiesse, perdit la bataille d'AgTiadel, où il fut même fait prisonnier. La défaîte de son armée jeta Venise dans une telle consternation que le sénat épouvanté abandonna, pour ainsi dire, tous ses Etats de terre ferme. Louis XII se mit en possession de ce qui lui était dévolu parle traité de Cambrai . Jules II et Ferdinand firent de même, sans effort et sans délai, recueillant les fruits de la victoire des Français qui travaillaient peu prudemment à accroître la force de leurs adversaires naturels en Italie. Maximilien fut le seul qui, par indécision d'esprit, manque de troupes et d'argent, ne profita pas suffisamment du trouble des Vénitiens pour occuper fortement les pays qu'ils lui abandonnaient presque sans les défendre. II les laissa revenir de leur épouvante, reprendre Trévise el Padoue, qu'ils ne devaient plus perdre, et lui disputer peu à peu la possession du reste de leurs Ëlats.

Dès que les Vénitiens eurent été vaincus, la position respective des confédérés changea. Le pape Jules II, rentré dans les places de la Romagne, ayant redonné au Saint-Siège tout ce que César Borgia avait pris naguère pour lui-même, s'étant rendu maître de Pérouse sur Baglione, de Bologne sur Benlivoglio, ne voulut pas laisser écraser une puissance italienne comme la république de Venise.

INTIîODUCriON. ■ta

n ne songea plus qu'à ourdir des lig-ues contre les Français pour les alTaibHr en Lombardie, et à ia fia les pn expulser.

De son côté, Ferdinand se retira d'une alliance où il n'avait plus rien à g-ag-ner, et il s'entendit bienlûl avec Jules II, afin d'affermir sa propre domination dans le royaume de Naples et d'acquérir aïK Espag^nols la prépondérance en Italie. Réconcilié avec les Vénitiens, le pape attaqua le duc de Kerrûi-e, allié de Louis XII, et suscita bientôt contre ce dernier prince rboslilité des Suisses qui avaient été jusque-là ses plus valeureux appuis, et qu'il eul l'iiDprudence de chang-er en ennemis.

Ces ii]onta^nards belliqueux et cupides s'étaient emparés depuis long-temps de Bellinzona, dans une des vallées qui débouchent sur le Milanais, au-dessus du lac de Como. Louis XII aurait voulu la reprendre pour fermer la route du duché. lorsque, en 1509 (I), était arrivé le terme des dix années de l'utile alliance qu'il avait conclue avce eux au dt'-but de son règ-ne, il n'avait rien

} La 16 mars I4U1I, Lnuis XII nmit codcIu a^ec Icd Suisses va traité a TUo surloul «te la conquâle du duchâ de Hilaa ul du It du royaume de Naples. 11 détail donner tous les uus, aux e pension ijuc les deux rois ses prcdéceseeui'S. n PriPhtCBBMjettas sua prosuat in nos pietatiscomprobaCioue, durante ilecen- ■io... in ciTiiate tua Lugidiinensi eipediri et dari dîsponat et lenealur fer modiiui ptasloaii aunus SU mîllia fraucorum, ieqiia ratione iotcr fe* dtfideDd'iniui, TÎdelicel pro siogulo pago memoralEe. ligét nuïtrffi imo nûUia (rsiieoriun pnpscriplorum. » Il détail donner de plus comme fût, k tbaqw soldai suisse qu'il lËverait, i llorins et demi d'or pnr noik. • 1^ «tipendio ronsueto, coulribucre dcivet cTurcos rlicneuscs quatuor et mediuiu, m Corps diplomati</Ke, t. III, pnrl. it, p. WG.

« INTIIUliL'CTlON.

fait pour les eng-ag'er de nouveau au service de la France. Loin de là, il avait pris à sa solde des lansquenets levés dans le pays de Gueldres et dans les villes d'AIIemag-ne, et, par esprit de parcimonie et de fierté, il avait hésité à acheter l'assistance Jllililaire des Suisses et à se rendre par là tributaire de CCS montag-nards dont il parlait dédaigneusement. Il avait ainsi rompu avec le peuple aguerri, dont Louis XI avait su acquérir l'amific, qui, n'ayant jamais été vaincu, se croyait invincible, et qui avait fourni jusque-là sa meilleure infanterie à la France.

Pendant que Louis XII se séparait des Suisses, Jules II s'unissait étroitement avec eux. Le prévoyant et foug"ueux pontife, qui projetait dès lors d'expulser les Frani-ais de l'Italie, voulut faire des soldats de la Confédération suisse les instruments de ses desseins, et les fermes appuis de la puissance de plus en plus ng-randie du Saint-Siég-e. It conclut, par l'entremise de l'évèque de Sion, Malltiieu Scbinner, qu'il avait nommé cardinal, un traité qui mettait au service de l'Ég-lise et pour sa sfireté les troupes levées dans les cantons. Réconcilié avec les Vénitiens et d'accord avec Ferdinand le Catholique, auquel il donna la pleine investiture du royaume des Oeux-Siciles, l'inipétueu-v Jules II commença S('S attaques contre le roi de France. 11 appela les Suisses dans le Milanais cl il envaliit lui-mi'mc h; duché de Ferrare, (pi'il prétendait réunir au Saint- Siège. En janvier 151 1, au cœur du plus rigoureii.t

Srër, il attaqua avec achapnemenl le fidèle allié de Louis XII. II conduisît son armée, ù. travers l'Apennin, devant la Mirandole, dont la prise faciliterait, espérait-il, la conquèLedu Ferfarais. Le monde apprit avec étonnement qu'un vieillard de plus de soixante et dix ans, qu'un souverain pontife, campé au milieu des neig-es, insensible aux fatig-ues comme aux périls de la g-uerre, avaiLdirigé les opérations Ju siég'e, et, dans sa belliqueuse ardeur, y était cutré par la brèciie (1). Rien ne parut plus audessus de ce courag'e déplacé mais héroïque, et de celle indomptable opiniâtreté.

liln efTet, poursuivant son œuvre d'inimilié contre Louis \ll eld'anibition pour le Saint-Siég-e, Jules II fomeola, avant la fin de l'année 1511 , la Sainte Ugue, dans laquelle entrèrent, avec lui, le sénat do Venise, le roi d'Arag^on et de Naples, le roi d'Angleterre Henri VIII, gendre de Ferdinand le Catholique, où devait èlre entraîné bientôt l'empereur Uaximilicii lui-même, et que les Suisses allaient reororcer on lasoutenantde leurs intrépides soldats. Celle foi-niidahle coalition, qui mit du temps à se former, mit aussi du temps à vaincre. Louis XII se défendil de son mieux contre elle. Il eut recours aux amies spirituelles pour résister au pape, en même temps qu'il employa les armes temporelles

M Niitniaiictlïsiuiiis iloniinus nosler, qui iailesincnter iu raxtrissub ^l* Ipdiu oppidi fuit, Qunqiiaiu ex eapugtmtione et n lorinontU

■ Mican Toluit, quin seaipvr siiu« exrrcitus ml jLiua cnpluram

-1. -H«.5t6;i, I. l(,p. \Wi.

pour repousser les attaques de la Ligue. II fît convoquer à Pise, par quelques cardinaux attachés à sa cause, un concile destiné à déposer ou à intimider Jules II, cité à comparaître devant eux. Mais, plus courroucé qu'effrayé, le bouillant pontife convoqua à Rome un autre concile où siégèrent, dès l'ouverture, seize cardinaux, près de cent prélats, les quatre chefs des grands ordres monastiques, et qu'il présida avec solennité, tandis que le concile de Louis XII, après avoir tenu timidement quelques séances au milieu des clameurs injurieuses du peuple de Pise, fut contraint de se réfugier à Milan. Jules II avait lancé Tanalhème contre ses membres et ses adhérents, quMl avait déclarés schismatiques, et il alla même jusqu'à excommunier Louis XII, jeter l'interdit sur ses États et dégager ses sujets des liens de l'obéissance.

Les armes temporelles avaient été tout d'abord pour LouisXII d'un emploi plus heureux que les armes spirituelles, cl de brillants succès furent encore obtenus parles troupes françaises en Italie. Le neveu de Louis XIL Gaston de Foix, était alors à leur tête. Ce vaillant jeune homme se montra tout d'un coup habile capitaine par la rapidité de ses mouvements, la sûreté de ses combinaisons et le nombre de ses victoires. L'armée espagnole, réunie à l'armée pontificale, avait mis le siège devant Bologne, revenue, gpràce à l'intervention française, sous l'autorité de J. Bentivoglio, tandis que l'armée vénitienne attaquait les places qu'occupaient les Français au-

IMHODUCTION. 47

delà (le l'Adda et de l'Og-lio. Gaston de Foix se porta vivement du Milanais sur Bolog-ne, dont il fit lever lesiég^, poursuivi par les troupes de Jules II et de Ferdinand le Catholique, qu'il rejeta du côté de Havenne. Puis, remontant avec non moins de rapidité vers la ville de Brescia, que les Vénitiens avaient surprise et dont le château tenait encore pour LouisXII, il écrasa une partie de l'armée vénitienne qu'il rencontra sur sa route, et anéantit le reste dans Brescia qu'il prit d'assaut. Il revint peu de temps après en Romag-ne oii il battit, le il avril 1312, l'armée espag-nole et l'armée pontificale, retranchées sur le Ronco, en avant de Havenne, et il serait allé sans doute dicter la paix dans Rome môme à Jules II déconcerté, si, par une imprudente ardeur, cet héroïque jeune homme n'avait pas voulu, après sa victoire, poursuivre un corps d'infanterie espag'nolc qui se retirait en bon ordre et au milieu duquel il trouva la mort. Avec lui disparut la fortune (le LouisXII.

Privée de son g-lorieux chef, fort réduite en aombre par les pertes considérables qu'elle avait faites à Brescia et à Ravcnne, et par l'abandon des lansquenets impériaux, auxquels l'empereur Maximilien, qui veuait de rompre son alliance avec Louis XII pour se rattacher à la Sainte Ligue, avait donné l'ordre de quitter le service do la France, l'armée victorieuse se replia, sous le commandement de la Paiice, vers le iMilanais, qu'elle eut iMeiilùl ii défendre. £llc n'avait pas plus dedixmille

hommes que Louis XII, comptant trop sur les succès de Brescia et de Ravenne, nég'lig^a de renforcer, lorsqu'elle y fut attaquée par des forces très-supérieures. Plus de ving^t mille Suisses, descendus dans le Véronais par le Tyrol où l'empereur Maximilien leur avait livré passage, s étaient réunis à Tarmée vénitienne. Ils pénétrèrent facilement dans le Milanais, et n'eurent pas de peine à en expulser les Français affaiblis, qui furent contraints de battre en retraite devant eux. Ils rétablirent aussitôt dans le duché, dont Tambilieux Jules II détacha Parme et Plaisance pour les annexer au Saint-Siég^e, le fils aîné de Ludovic le More, Maximilien Sforza, qu'ils prirent sous leur protection.

La restauration des Sforza, œuvre des Suisses, qui y trouvèrent de g'rands avantages, convint surtout aux deux principaux membres de la Sainte Ligue, au pape Jules II et au roi Ferdinand le Catholique. Jules II crut apercevoir, dans le rétablissement en Lombardie d'un prince italien que soutenait Tarmée helvétique, dont le cardinal de Sion était le guide et le chef, un commencement de succès pour ses grands desseins en faveur de Tindépendance italienne.

Le roi Ferdinand, de son côté, ne craig'nant plus rien pour le royaume de Naples de la part des Français rejetés au-delà des Alpes, se considéra désormais comme le principal arbitre dos afTaires dans la péninsule. En politique consommé, ce monarque astucieux gag^nait quelque chose a toutes ses al-

IXTRODL'CTIO.N. i9

lianwset à toutes ses ruptures. I-a ppeniiêre expédition de Charles VIII en Italie lui avait ■ Roussillon et laCerdagne; son traité de partag-e arec Louis XII lui avait valu la moitié du royaume «le Naples ; sa rupture avec ce prince, l'autre moitié; sa participation à la lig-iie de Cambrai contre les Vénitiens, les places que les Vénitiens avaient prises ou reçues sur les C(jtes de la Fouille et de la Calabre ; enfin son entrée dans la Sain/e Ligue, l'expulsion des Français du duché de Milan. Mais il ne s'était pas contenté de ce dernier avantag-e. Son g?endre Henri VIII ayant déclaré la guerre à l France, Ferdinand lui avait persuadé de transporter ses troupes à Fontarabie et de les joindre aux siennes,afin de prendre laGuyenne, que CharlesVIl avait enlevée aux Anglais depuis près de soi.\ante ans. Le crédule Henri VIII, sans rien acquérir pour lui, avait aidé son beau-père à s'emparer de la Navarre sur Jean d'Albret, que Jules II avait ex- (.'ommunié comme allié de Louis XII, et à compléter ainsi vers les Pyrénées la frontière espagnole, qu'il avait eu la g-loire d'achever aussi vingt ans auparavant sur les côtes méridionales de l'Espagne, en face lie l'Afrique, par la conquête du royaume de Grenadp.

L»j|jis XII comprit alors les fautes qu'il avait faîtes n st.- brouillant avec les Suisses et en s'nnissant à

5¥ LVTn«:*iicri**.v

cïçax qai de^-ai-eiit Ure ses advefswres. pour dépouiller les Vénitiens. Il esaya de renouer Talliance rompue aree les Canloos. Mais les Soiss«s, pleins de ressentiments, trouvèrent d'ailleurs plus avantageux de soutenir Maximilien Sforza. qui s'engagea à leur paver 200.CnX« ducats pour la remise du duché, à leur faire une pension annuelle de 40.000 ducats, leur céda les vallées de Dooiodossola, de Lugano. de Locamo. etc.. par lesquelles ils descendaient facilement dans la Lombardie« et leur accorda Texemption de péasres jusqu'aux portes de Milan.

Sans se décourager. Ijouis XII se prépara à reconquérir, malgré eux. le Milanais, où les citadelles de Milan et de Crémone tenaient encore pour lui. Il fil avec Ferdinand le Catholique une trêve partielle ne comprenant que la fronlicre du côté des Pyrénées, et il conclut un nouveau traité d'alliance^!) avec les Vénitiens, auxquels il rendit le vaillant Barthélémy d'Alviano, resté son prisonnier depuis la bataille d'Agnadel. Par ce traité, les Vénitiens, qu'il devait aider à reprendre Vérone, Brescîa et tout ce que l'empereur Maximilien tenait encore de leurs Etats de terre ferme, s'engageaient de leur côté à fournir à Louis XII 800 lances, 1 ,500chevaulégers et 10,000 hommes do pied, pour seconder le recouvrement du Milanais '2;. Revenant pour ainsi

(1) Le 23 mars 1j13, Corps diplomatique, l. IV, pari, i, p. \^t. (2y Dont cette fois ne devaient pas être détachées pour eux Crémone et les possesi^ions située:» à la çauche de l'Adda.

IMRODliCTION. SI

dire aiLX débuts de son règne, el rentrant dans l'altianee qu'il avait si utilement conclue treize «onées auparavant, Louis XII condamnait en quelque sorte ce qu'il avait fait depuis avec une ambition si inhabile.

Son plus dang-ei-eux ennemi, l'implacableJules II, renaît de mourir. Ce pape entreprenant semblait être arrivé à ses fins. La retraite des Français et la restauration de la maison italienne des Sforza avaient rempli son âme de joie. Après avoir affermi l'autorité pontificale dans les États de l'Ég-Iise, auxquels il avait ajouté, outre Pai-me et Plaisance, tlétaeliées du duché de Milan, Modène, Reg-g-io et Srescollo, pris sur la maison d'Esté, il préparait tout pour l'attaque de Ferrare, qu'il voulait rendre au Saint-Siég^. Il rêvait ensuite l'expulsion de tous les barbares de l'Italie {!), lorsque la mort le surprit au milieu de ses enivrantes ap-italions et de ses «rgueilleuses espérances.

Le peuple de Rome, qui l'admirait, le regretta. Il accourut en foule lui baiser les pieds. " Jamais, dit If journal de sa vie, on ne vit une si grande multitude se presser autour des restes d'un souverain pontife. Tous s'écriaient, au milieu de leurs larmes, qu'il avait été le vi-ai pontife romain, vicaire du Christ, en observant la justice, en poursuivant et en abattant les tyrans et les barons ennemis de

(I ) ■ Cum iiitnmiiB pontifet anituo perlÏDacissimo incipcret ««lie luliiin ■ fuioTc borbiirico |jb«rar«. a Parie, île Grassîs, ms. SIISS, t. II, p. ISS.

l'Église apostolique. Ceux même auxquels dS*8uï^ posait que sa mort devait être agréable pleuraient aussi et ne pouvaient s'empêcher (le dire : Ce pape nous a délivrés tous, nous, l'Italie et la chrétienté, du joug' des Français et des barbares (I). «Jules II, qui fut moins un bon pape qu'un g-i'and prince, laissait une mémoire plus g-lorieuseque respectable. Pour fonder la puissance territoriale du Saint-Siég-e, il avait déployé l'babilelé tortueuse d'un politique italien et les ardeurs g-uerrîères d'un conquérant- Mêlant ensemble ses passions et ses desseins, il n'avait été ni dépourvu de fourberie dans ses emportements, ni exempt de vai-iations dans ses opiniâtretés. S'il avait rendu la papauté plus puissante en Italie, it fut de ceux qui la rendirent moins vénérable en Europe.

Au pontife à cheveux blancs succéda un pontiTe plein de jeunesse ; à l'ambitieux emporté, un politique circonspect ; au conquérant hardi, un conseï*vateur adroit ; à Jules II, Léon X. Ce fils préféré de Laurent le Mag'nifique, nommé cardinal à Vàge de treize ans, l'ut, après quelques jours de conclave, élu pape à làg-e de ti-ente-huit. Il avait été fait prî-

(1) « Non \iill uuqunii) ab anDis r|jn(lrogint-i, aee

qunm fuisse, Uiu ingentem populorum multitudinein «<l ullum p

ùein cnilater effusno)... ODiues arclaïunntcs inltr lacrjwai taluteB nniiii>t auiE ifuj vere rûinniius pcDlifei fiioi'il, justitinm teneoiln, EcrleliRoi nposInlirBRi applicando , ttrnnnos et inimicos pmsti^uRiida et di'bellnnda Omilto niulton quibus oettibilc erni hnuc moilFOi gnilui fuJiwe, cliain ulierliï lacrjuiis flcvisw, quonlnm [iit dicnbnot] faic tiht, nos oniues, amneoi Maliniu. omncm chrigtianJUtt^tn » jugo b btnruu cl Gitlloruiu eripuît. ■ U«. 3IGU, t. Il, p. OtK).

IKTRODUCTIOS. .Ï3

wmDter à la balaiiie de Ravenne, où il se trouvait comme lég-at de Jules II, el il s'était échappé des paains des Français, au moment de leur retraite un |)cu confuse, pour monter presque aussitôt sur le Irône pontifical.

Elevé au milieu des beaux esprits dont son père, dans les splendeurs de l'opulencej s'était rendu le protecteur, il avait pris les ^oùts les plus nobles, iiinon les plus relig-ieux. Aussi souple que Jules II était rude, aussi fin que Jules il était violent, d'une imagination enjouée, d'un caractère équivoque, iDsinuaiil, spirituel, ami des plaisirs, passionné pour les productions renaissantes dus lettres et les œuvres des arts, alors dans tout leur éclat, il avait le bon sens un peu raflinO, l'élég^anle somptuosité, la prudence cauteleuse et, au besoin, l'ambition résolue des Médicis.

Ce ([Ue ses deux prédécesseurs avaient acquis, il mil son savoir-faire à le conserver et, s'il en trouvait le moyen, à l'accroître. Il s'attacha surtout à tvnsolider avec adresse les possessions nouvelles du" Saint-Siég«, et pour cela il crut ne devoir combattre ^^nolrance personne, afin de pouvoir, selon les oc- ^^^Hhu et les succès, tirer parti de tout le monde. ^Biene devint ainsi une nég-ociation permanente, et, nottant sans cesse entre les princes qui se dispulaieat l'Italie, il se montra tour à tour leur allié infidèle et leur ennemi accommodant. Dès le début de son pontificat, il suivît celte politique artificieuse. Il assura aux adversaires de Louis XII, dont les

m ISTRODCCTION.

revers avaient délerminé dans Florence la chute du parti républicain et la rentrée des Médicis, qu'il voulait l'expulsion des Français de l'ilalie, ce qui était vrai, et il laissa espérer à Louis Xil qu'il ne s'opposerait pas à son rétablissement dans le duché de Milan.

Louis Xll avait fait un grand effort pour reprendre le Milanais, qu'il avait possédé douze ans, et que son droit comme héritier des Visconli, son org^ueîl comme roi de France, ne lui auraient jamais permis d'abandonner, il sembla sur le point d'en redevenir le maître au printemps de 1513. Son armée, que commandaient la TrémoîUe et J.-J. Trîvulzi, déboucha dans la haute Italie par le Piémont. Elles'empara d'.\sti, d'Alexandrie, et occupa même Milan. Maximilien Sforzaen était sorti à la tête d'un corps considérable de Suisses et s'était jeté dam Novare. L'armée française alla l'assiég-er dans cett^ ville, qu'elle aurait forcée, si des bataillons nom breux de confédérés n'avaient pas été levés en toutt liâle dans les Cantons et n'étaient pas accouru parla vallée d'Aosle, au secours du duc Maximiliei et des Suisses enfermés dans Novare.

A leur approche, la TrémoiUe et Trivulzi avaiea^ levé le siég-e de cette place, déjà battue en brèchej et avaient transporté leurs (roupesàquelquesmillei de là, à la Riotta, où ils avaient di-essé leur camp dans un lieu coupé de canaux et peu favorable aux mouvements de leur nombreuse cavalerie. A peine entrés dans Novare, les bataillons suisses, auxquels

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se joig-nirent les bataillons assiégés, sortirent en bon ordre el allèrent attaquer avec furie le camp des Franrais. Ils écrasèrent d'abord les lansquenets, que les hommes d'armes ne purent pas secourir, lis s'emparèrent de l'artillerie, qui avait été placée sous la g'arde des lansquenets, et la tournèrent coDlre le reste de l'armée française, qu'ils mirent en pleine déroule.

La défaite de Novare, après laquelle le Milanais fut définitivement perdu pour Louis XII, eut des suites encore plus désastreuses. Henri VIII fil, avec une forte armée, une descente en Picardie, où, réuni à l'empereur Maximdien, il prit Térouanneet Toumay, après que les troupes françaises eurent été mises en fuite à la journée de Guineg-ate. De leur côté les Suisses, qu'animait la passion et que poussait en avant la victoire, envahirent la France parla frontière de l'Kst. Au nombre de ving't mille, ils descendirent par le Jura dans la lîourg-og-ne et s'avancèrent jusque sous les murs de Dijon, sans rencontrer des forces capables de les arrêter. Cette invasion aurait pu les conduire au cœur même de la France, si la Trémoillc, qui n'avait que peu de momie sous la main, outre-passant ses pouvoirs pour écarter le danger qui menaçait le royaume, ne les avait pas renvoyés dans leurs montag'ncs en convenant avec eux que Louis Xli renoncerait à ses droits sur le Milanais et leur payerait 400,000 ducats en différents termes.

Loin de ratifier le traité qui délivrait le royaume

se liNTBODUCTKlN.

d'un si g-rand péril, Louis XII song'ea à reconquérir le duché de Milan. 11 entama, dans celle vue, des négociations assez habiles avec la plupart de ses ennemis. Il se réconcilia avec le Saint-Siège, en renonçant nu concile de Pise et en adhérant au concile de Latran. Il prolong;ea d'un an sa trêve avec le roi catholique; il parut disposé à accepter la proposition que lui firent ce prince et l'empereur Maximitien de marier l'ai'chiduc Ferdinand, petit-fils, avec sa seconde fille, la princesse Hent à laquelle il céderait ses droits sur le duclié da Milan. Enfin il traita avec Henri VIII, méconteiit de son beau-père Ferdinand qui avait conclu des trêve! sans le consulter et l'avait trompé plusieurs fois, paix fut sig-née entre eux, au commencemei d'août 1514. Louis XU céda Tournay à Henri V! et s'eng-agea à lui payer par an 100, OOÙ livres jusqu'au complet acquittement d'une somme di 600,000 écus. Il alla même plus loin. Il avait pei sept mois auparavantj le 9 janvier 1514, Anne Bretagne sa l'emrae, et, pour rendre l'alliance plus étroite avec Henri VIII, il épousa, le 1 1 octobre, jeune sœur do ce prince, Marie, à laquelle il reconnut 400,000 fr. de dot.

Ainsi rassuré du côté de l'Angleterre, en état trêve avec l'Espagne , allié avec les Vénitiei n'ayant point à craindre les forces pontificales qi le prudent Léon .\, avec lequel il s'était réconci n'avait d'ailleurs envie d'engager au service de personne, sachant qu'il n'aurait â renconti-er ea

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Italie que les troupes suisses, il fît des préparatifs pour reconquérir de nouveau le duché de Milan. Mais la mort le surprit avant de les avoir achevés. Marié, à V&ge de cinquante-trois ans, à une jeune femme de dix-huit, il chang^ea toutes ses habitudes, épuisa ses forces et succomba, le l^janvier 1515, à une fièvre accompag^née de dyssenterie.

Ce prince excellent, doué d'un g^rand courag^e, animé au dedans de son royaume des intentions les [dus bienfaisantes, entraîné au dehors par une ambition que ne secondait pas assez d'habileté et qui se prêtait a des arrang^ements sans prudence, aimant beaucoup son peuple qu'il g'ouverna avec douceur et avec justice, trop entreprenant pour son esprit d'économie ou trop parcimonieux pour son esprit d'entreprise, compromit par des fautes tout ce qu'il tenta, et ruina même par des maladresses tout ce qui lui avait d'abord réussi. Après seize ans de règne, il était moins avancé qu'à son début. Il avait cédé Naples, perdu le Milanais, et avait laissé entamer son propre royaume, sur la frontière duquel le roi d'Eîspagne avait pris la Navarre, où le roi d'Ang^leterre occupait Tournay , et où les Suisses s'étaient avancés jusqu'à Dijon.

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