DE MARIGNAN. — RECOUVREMENT DU MILANAIS
Eo arrivant à la couronne^ François !«' songe à reconquérir le duché de Milan. — Négociations qu*il engage dans cette Tue et mesures qu'il prend. — Rassemblement d'une armée considérable à la tète de laquelle il franchit les Alpes par le col jusque-là impraticable de l'Argentière^ afin de tourner les Suisses qui gardaient en force les passages du mont Cenis et du mont GenèTre^ pour l'empôcher de descendre en Italie. — Sa marche victorieuse à travers le Piémont^ son arrivée dans le Milanais. — Traité de paix convenu à Gallerate «vec les che£s des troupes suisses^ qui enfreignent ce traité en attaquant à rimproviste l'armée française campée à quelques lieues audessous de Milan. — Rude bataille de deux jours^ le 13 et le 14 septembre 1515, à Marignan. — Éclatante victoire de François 1«% qui se fait recevoir chevalier par Bavard^ sur le champ de bataille même. — A la suite de cette victoire, François I*' recouvre tout le Milanais, auquel il force Léon X de restituer Parme et Plaisance^ que Jules H avait réunies aux États du Saint-Siège. — Entrevue du pape et du roi à Bologne ; pourparlers au sujet des affaires d'Italie et négociation d'un concordat religieux. — Retour de François I«^ dans son royaume. — Le Milanais^ qu'il laisse sous le gouvernement du connétable de Bourbon, est atta()ué presque aussitôt par l'empereur Maximilien^ qui l'envahit à la tète d'une armée d'Allemands et de Suisses. — Retraite précipitée de l'empereur Maximilien après une agression infructueuse et dispersion de son armée faute d'argent. — Affermissement de la conquête du Milanais par des traités successivement conclus : à Noyon^ avec l'archiduc Charles^ qui^ devenu l'héri-
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tier de» rojaiunes d'Eéçi^zne à U laort de ioo lEnad-pêie Ferdinaod le Catholique, doit épouser b fille de François l*% et rèçle la qoestioD de Naples ; à FribouiXt avec les tmae tantons siii»es» qui acceptent une alliance perpétoelle ; à Bruxelles el à Cambrai, aTec l'empereiir Maximilien. qui renonee à Vérone et se résigne à la paix; à Londres, aTec Henri VIII, qoi rend à François h' Toamay, Saint- Amand et Mortagne, naguère enlerés à Louis XII. — Succès des trois premières années du règne de François l*'. — Grande situation de la France, due à ses Tictoires et à sa politique.
Le successeur de Lous XII, François I*, n'avait g^ère plus de vingpt ans lorsqu'il monta sur le trône. Il appartenait à la branche de Valois^rléans, comme Louis XII, dont il avait, en 1514, épousé la fille atnée, Claude, héritière par sa mère du duché de Bretagpne, et par son père du duché de Milan. Ce mariagpe laissait la Bretagne unie à la couronne et permettait à François I*' de revendiquer le Milanais, dont le recouvrement par une gpuerre heureuse devait être encore moins difficile que la conservation par une habileté soutenue.
A la fleur de Tâçe, d'une haute stature, d'une force de corps a laquelle s'ajoutait beaucoup d'adresse, d'une grande bravoure, d'un esprit enjoué et d'un caractère chevaleresque, François I** avait la plupart des qualités qui font briller un prince, et même quelques-unes de celles qui peuvent le rendre grand. Il avait le goût des lettres, le vif sentiment des arts, et il nourrissait des ambitions élevées.
PASSAGE RE FRANÇOIS I" EN ITALIE. Hl
Aux fions naLurels de l'intellïg'ence il savait, au besoin, joindre les calculs réfléchis de la polilique. Ouoiqu'il aimât beaucoup ses plaisirs, il était capable de s'en détacher pour suivre un dessein important, ou de les oublier dans la reclierche ardente (le la g-loire. Ce qu'il y avait en lui de bouillant ne l'empochait pas d'être avisé, et, mal gré sa Ibug-ueun peu It^g^re, il ne manquait ni de prévoyance ni d'application. Il le montra surtout au début de son règne, en préparant et en exécutant l'entreprise qui devait le rendre maître delà haute Italie.
Avant d'eng'ag:er les nég^ociations propres à en faeilitcr le succès, il pourvut aux plus hautes dig'nîtés et iv^'la les affaire^ intérieures de son royaume, qui resta d'abord administré comme il l'avait été sous le bon roi Louis Xli. Il donna l'épêe de connétable au duc Charles de Boui'bon, que son titre de second prince du sang- et ses brillants services aux batailles d'Ag-nadel et de Havenne ap- [iclaienl à cette grande chargée de la couronne (i). Il ne restait qu'un seul maréchal de France, l'expérimenlé Jean-Jacques Trivulzi, chef du parti franraïs en Lombardie, et qui, vieilli sous les armes, a\'ail conservé la réputation d'un înfatig'able et habile capitaine. François I" nomma deux autres
(1) l.iMi» .XII aiait eu le projet de le faire conoélalile. n Ataul son MpH, Mil rof. TOuUnl faire ma feu et son bourlier de moDdit lieur ifc DoartMiD pour mi pitiueMea cl icitus lui nToit dit qu'il vouloit qu'il Ml Min conui'table. » Vie du ixitiH'tatle Charlei lie Bourbon, pni' MAfïllac, nMi secrétaire, p. 25!), v" , dana Desfeins de profesiioiu no- Ma rt p^btiqius, «le., par Antoine de LbtiiI, Vm-U, HtXlXlll, iu-l.
uait'oiitiux : ùiiet de Foix, seigneur de Lautrec, i»Ui»in Je I héroïque vainqueur de Ravenne, bataille Hi Luutrec lui-même avait été grièvement blessé, 'i Jacques Je Chabannes, seigneur de la Palice,qui volait distingué dans de hauts commandements et [Kir ses qualités guerrières pendant toutes les expéditions d'Italie. La Palice, en devenant maréchal, ^Vila la charge de grand maître à Arthus de Boisy, qiio le nouveau roi avait eu pour gouverneur, et qui lut ainsi le plus près de sa personne, comme il c'tuit le pivmier dans sa confiance. Les sceaux furent iviiiis à Anloine Du Prat, premier président du parletuout de Paris, que François I" nomma chancelier de Krunoe et qu'il garda comme son principal miuistiv |)i*ndant près de vingt ans. Un personnage Tort important, le trésorier Florimond Robertet, qui avait sagement servi TEtat sous les trois rois piwédents Louis XI, Charles VIII, Louis XII, et qui, A ta tui du règne de ce dernier prince, après la mort du cardinal Georges d'Amboise, avait eu beau- Cikup do pai*t à la direction des affaires, conserva, UN ce It^ maniement financier, Tautorité due à son c\poncni*oet à sa modération.
ApinVs avoir mis ordre aux affaires intérieures de Jtoii royaume et s'être fait sacrer à Reims, François l" tourna toutes ses pensées du côté de Tltalie, soit iluns les négociations qu'il poursuivît, soit dans les urnicnients qu'il prépara. Il négocia d'abord uiio alliance étroite avec l'archiduc Charles, petitllls du roi Ferdinand et de l'empereur Maximilien,
PASSAGE IIE KIIANÇOIS I" EN ITALIE. (i;(
hérilier fulur de leurs Etais d'Espag-ne, d'Italie et d'AlIcmag-ne, et déjà souverain des Pays-Bas. Né avec le siècle, l'apcliiduc Charles n'avait alors que quinze ans ; mais il venait de sortir de tutelle et il s'ooctipait activement de ses vastes intérêts, sous la direction vig-ilante de Guillaume de Croy , seig-neur de Chièvres , devenu son grand chambellan et qui, après avoir été son g"Ouvcmeur, restait son précepteur politique. Le modéré rt habile Flamand voulait affermir le repos des Pays- Bas el rendre facile l'avènement prochain de l'archiduc Charles aux couronnes d'Espag-ne par une bfinne paix avec le nouveau roi de France qui ne la désirait pas moins, pour n'être pas exposé à des attaques sur la frontière septentrionale de son royaume, lorsqu'il descendrait en Italie. D'ailleurs, les dispositions que le roi catholique montrait en laveur de son second petit-fils Ferdinand, élevé à ses cdtês el pour lequel il avait une prédilection marquée, inquiétaient la cour prévoyante de l'archiduc Charles.
Le jeune prince s'empressa donc d'envoyer à François I" une ambassade solennelle dont faisaient partie !e comte de Nassau, le seig-neur de Senipy et le président de Bourg-og:ne MereurJn de Galtinara, afin de conclure im double traité d'alliance et de mariage. Charg-és de prélei- honnnag-e pour la Flandre cl les autres (iefs relevant de la eouroime de France, les ambassadeurs de l'archiduc deman-
Ul CIIAPiTHE l'UEHIEU.
coude flilede Louis XII, avec los duchés de Bourgog;ne et de Milan, el 200,000 éciis d'or comme dol.
François l" les reçut courtoîsemenl, mais non sans montrer la supériorité un peu hautaine du suzerain à l'égard du vassal. « Mon cousin le prince d'Espag-ne, leur dil-il, en me rendant comme mon vassal les devoirs des fiefs qu'il tient, me trouvera de ce côté tout raisonnable. Si, comme mon parent et voisin, el à cause des autres pays qu'il a. il désire mon amitié et que nous ayons union et intelligence ensemble, je le désire aussi et suis bien joyeux qu'il soîl hors de tutelle et que j-'aie afl'aire a un homme seul (1). u Tout en consenlant au mariage de l'arciiiduc et de la princesse Renée, il en repoussa les inadmissibles conditions, et il ajoula fièrement, au sujet de \n Bourgog-neetdu Milanais, 0 que tous les princes, grands et petits, ne l'amèneraient jamais à souffrir une diminution de sa hauteur (2). n 11 convint qu'une rupture entre eux se s'arrangerait pas aisément, et que la chrétienté entière s'en ressentirait, entrevoyant ainsi de loin les effets rctioutables de leur rivalité future.
A la suite de longues négociations, le mariage fut convenu le 24 mars, moyennant une dot de
(1) Négvriiitionn diplumatifittes entri- la France et î'Autriche durant leê trente prrmirri-s annfes da sH^iéme siéde, publidra pur Le GUt, dans In ruilcriiou <I(m documenta int-dlU du miuiilÈre da l'iDïtructiOD puUiciiip, t. Il, p. (i.
(2) lettre dei nnil<ns9«deurs de Inrcbiduc Charles h ce prinee. Corretpondmie det Kaiten Karl Y, publias pnr Ltini, L I, p. H .