‹ RivarolChapitre 125 sur 203 · Jd., 2" série, n · texte numérisé non relu

Jd., 2" série, n

6. Id., 2« série, n" 12. L'historiette de Rivarol est devenue, comme il arrive à presque toutes ses drôleries, un thème sur lequel les Apôtres ne se lassent pas de broder. Dans VExplication de l'Estampe du tome III (l'estampe représente les couches de M. Target, père de Mlle Constitution), je trouve ce portrait du duc d'Aiguillon en sage-femme : « Un jupon de

trois vrais comiques de rAssemblée sont Target, Charles de Lameth et Robespierre. « Vous entendrez le doux Target proposer Vunion, la paix et la concorde, et assurer quelles seront suivies du calme et de la tranquillité^ ». « Le mot important lui est si familier qu'on n'ose plus s'en servir qu'en parlant de lui; M. Target est maître de décrier tel mot de la langue qu'il lui plaira ^ » Rivarol a toujours eu de la peine à s'habituer au style parlementaire et au langage civique.

Il ne dédaigne pas de le parodier à l'occasion : « Français, peuple sensible et généreux, si digne de la liberté! ne méconnaissez jamais vos bienfaiteurs », etc. Ceci sert de péroraison à un assez long article où il a conté l'expédition de Charles de Lameth au couvent des Annonciades à la poursuite du garde des sceaux Barentin : « La visite s'est faite avec la décence que le lieu exigeait, et M. de Lameth s'est retiré en ordre sans avoir perdu un seul homme.... Des hommes connus en France sous le nom de persifleurs ont essayé de répandre du ridicule sur la démarche de M. de Lameth. Nous croyons rendre un service important à la patrie en lui dénonçant le persiflage comme une aristocratie, et de l'espèce la plus dangereuse : car on peut définir le persiflage, V aristocratie de V esprit^. »

pinchinat, un casaquin d'indienne, un fichu de Masulipatan, des bas de coton de Siam, des souliers à double couture, et un joli bonnet de marly noué sous le menton lui donnent une tournure infiniment agréable ».

1. Le mot malheureux de Target, relevé ici {Journal Politique National, 2^ série, n° 9) et dans le Petit Dictionnaire, est une des scies les plus agaçantes des Actes. La page la plus drôle sur Target est celle du vicomte de Mirabeau intitulée : Mort, testament, enterrement, oraison fuîiebre, levée des scellés, mausolée et résurrection de maître Target : « Target cependant a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs; il fleurissait le matin, avec quelles grâces, vous le savez; le soir, nous le vîmes séché, » etc. 0 Bossuet!...

2. Actes des Apôtres, n" 19. La phrase qui se retrouve dans VEsprit de Rivarol est aussi, avec de légères variantes, dans une « note importante » du n° 10, au bas d'un article que je ne crois pas de Rivarol; mais j'ai dit que les Apôtres saisissent souvent ses mots au vol, et tantôt les transcrivent tels quels, tantôt les délayent en un quatrain.

3. Actes des Apôtres, n" 1. Les derniers mots sont aussi dans le Journal

M. de Robespierre est « le grand homme le plus petit et le plus fougueux du sénat français; la fragilité de son individu n'a fait qu'irriter son éloquence et augmenter sa gloire;... sa colère a été le charme des tribunes et la terreur des absents », etc. Ainsi parle la notice du Petit Dictiomiaire. Mais Rivarol avait déjà tracé à coups de canif un portrait de Maximilien qu'il est bon peut-être de sauver de l'oubli * :

Les aristocrates ont répété -avec une joie indécente que , le jeudi 19 novembre, M. de Roberspierre 2, dans la chaleur de la discussion sur la démarche du bureau renforcé du Cambrésis, avait dit que ce bureau était un corps aristocrassique, que Vesprit aristucrassique dirigeait uniquement, et qu'il fallait s'empresser de le détruire; le mot aristocrassique fit sourire les auditeurs : cependant, l'érudition, le goût et les talents de M. de Roberspierre qui l'ont conduit à la tribune nationale, sont connus de toute la France.... M. de Roberspierre est cité dans tout l'Artois comme un classique. Il lui est même échappé des ouvrages de pur agrément que tous les gens de goût ont recueillis, et nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur faisant connaître un madrigal de M. de Roberspierre qui a fait le désespoir de la vieillesse de M. de Voltaire :

Crois-moi, jeune et belle Ophéhe, Quoi qu'en dise le monde, et malgré ton miroir, Contente d'être belle et de n'en rien savoir,

Garde toujours ta modestie.

Sur le pouvoir de tes appas

Demeure toujours alarmée.

Tu n'en seras que mieux aimée,

Si tu crains de ne l'être pas.

M. de Roberspierre ne se borne pas à la littérature légère; il dirige le journal intitulé l'Union ou le Jowmal de la Liberté; cette

Politique National, 3^ série, n° 8. Le marquis de Bonnay a écrit un poème satirique en quatre chants (!) sur la prise des Annonciades.

1. En lisant cette page imprimée entre filets au n° 5 des Actes, j'avais bien eu l'impression qu'elle était, ne pouvait être que de lui. J'ai constaté depuis qu'elle est imprimée aussi dans une des éditions du Journal Politique Natio?ial qui sont à la bibliothèque de l'hôtel Carnavalet, à la suite du n° 20 de la l^e série. L'édition est celle qui porte sur sa couverture : « tiré des Annales manuscrites de M. le comte de R. «

2. Rivarol orthographie de la sorte le nom de Robespierre dans le Discours Préliminaire, en 1197. Celte orthographe se rencontre au reste fréquemment dans les journaux de la Révolution.

feuille a été d'abord composée en français et en anglais; mais le prodigieux débit que les premiers numéros ont eu en Angleterre ayant effrayé les gazetiers anglais, ils ont prié M. de Roberspierre d'accepter dix mille livres sterling pour rendre son journal absolument français. Nous invitons nos lecteurs à lire avec attention la séance du soir de samedi 21 ; ce morceau est entièrement dans la manière de Tacite, et quand on le rapproche du madrigal que nous venons de faire connaître à nos acheteurs, on se rappelle involontairement que l'auteur de l'Esprit des Lois a fait aussi le Temple de Gnide.... Nous avons été tentés un moment de comparer M. de Roberspierre à Montesquieu ; mais nous nous sommes ressouvenus que l'aristocratie de ce dernier mêlait un sombre nuage aux rayons de sa gloire.... Si M. le comte de Mirabeau est le flambeau de la Provence, M. de Roberspierre est la chandelle d'Arras.

Dans une réponse supposée il fait dire à Robespierre : (( J'ai trop maudit dans ma jeunesse le joug de la science pour ne pas écrire et parler aujourd'hui en homme tout à

fait indépendant Les solécismes et les barbarismes,

jadis proscrits par les solitaires de Port-Royal, n'osaient presque plus se montrer. Ils attendaient patiemment la Révolution. * « Rien, en effet, ne froisse Rivarol plus que le triomphe à l'Assemblée, dans les clubs, dans les gazettes, de tant de médiocrités littéraires. Pour lui, quelqu'un qui écrit mal ne saurait bien raisonner. Ces ci-devant poétereaux d'Almanachs, transformés en « aboyeurs patriotes » ^, ces « ennemis de la langue devenus les défenseurs de la nation » ^, il n'est jamais fatigué de les houspiller. Écoutezle conter le rêve qu'il caresse : son rêve est de leur constituer, si ses écrits se vendent bien, de petites rentes : cinquante francs par mois à celui-ci. cent francs à celui-là; en les mettant à l'abri de la misère il mettrait la patrie à l'abri de leur éloquence, et ses ressources épuisées il proposerait une quête à la nation « pour continuer une opé-

1. Actes des Apôtres, n° 7, évidemment de la même main que le portrait.

2. Voir le Petit Dictionnaire, notices Carra, Marat, Corsas, Desmoulins, Prudhomme, Brissot. « Les orages font éclore les insectes », dit l'auleur des Mémoires d''Outre-Tombe en racontant la révolution de 1830.

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