‹ RivarolChapitre 127 sur 203 · Petit Dictionnawe^ préface · texte numérisé non relu

Petit Dictionnawe^ préface

2. Petit Dictionnaire. Est-ce lui qui a rassemblé les trois noms de Carra, Marat, Garât, en un seul nom, inquiétant comme la raison sociale d'un commerce de haine et de rancune : Ca-ma- g a-rage? {Actes des Apôtres, n"' 217, 299, etc.) J'espère que non, tant le rapprochement serait inique à l'égard du pauvre Garât.

3. La phrase qui définit si bien Cerutti est connue; Chênedollé, qui la cite, l'a recueillie des lèvres mêmes de Rivarol. Elle est déjà dans le n» 181 des Actes, et c'est une chance de plus pour que l'article intitulé : Lettre de M. Villette à M. Riquet-à-l' Enchère, ci-devant comte de Mirabeau, soit, comme je le crois... ou le crains, de Rivarol. Mais au n" 162 une Lettre à M. Cerutti, qui paraphrase les idées du Journal Politique National, qui mentionne, par à peu près du reste, un mot de « M. Salomon « et imite quelques procédés de style ordinaires à Rivarol, ne saurait lui être attribuée : elle est de quelqu'un qui en novembre 1789 adressait à Cerutti des compliments en vers (voir la fin de la lettre). — On peut commenter le mot de Rivarol par celui de Grimm {Correspondance, mars 1783) sur Cerutti : « 11 n'y a point d'homme de lettres célèbre qui n'ait reçu de lui un tribut d'hommages distingué »; et Grimm ajoutait ; « Tout cela n'est peut-être pas si loin d'un Jésuite qu'on le dirait bien ».

4. Actes des Apôtres, n° 138. Dinochau, dans son très ennuyeux Courrier de Madon, où il se faisait une loi « d'économiser {\\ veut dire :ménager)\es jouissances du lecteur » (no 6), avait certain jour (n» 14) médit de

En septembre 4790 a paru dans les Actes certain dialogue entre Rulhière et Suard, dont au bout d'une année les amis deRivarol se souviennent et rient encore \ Ruinés par la Révolution, et très mortifiés de n'avoir pas su tirer leur épingle du jeu, les deux académiciens échangent leurs doléances : « Combien, demande Rulhière, perdez-vous au nouveau régime? — J'avais environ quarante mille livres des bienfaits, ou, si vous voulez, des foî^aits de l'ancien gouvernement. Et vous? — Je n'ai jamais pu tirer que dix à douze mille francs des sottises du ministère. — Ma foi, je perds tout. Mais aussi, qui s'attendait à un tel bouleversement? Avec une police si bien montée, tant de censeurs, d'exempts, d'inspecteurs, d'officiers de toute espèce! Quel ordre! Quel système! De quoi se plaignaiton? Enfin, tout est à bas. Je n'ai plus rien. — Mais vous êtes de l'Académie, je crois? — Et vous aussi, mais on ne paye plus; vous savez que les jetons étaient du bon papier, on trouvait de l'argent dessus, et le premier orfèvre du coin pouvait être banquier de l'Académie. Tout m'échappe à la fois : ma femme n'est plus une nymphe! M. Necker n'est plus un Dieu!... » De l'impertinente allusion à Mme Suard, rapprochons-en d'autres à M. de Gréqui, à Mme Matignon, au a petit Dumas », et nous remarquerons

M. Salomon de Cambrai. II est plus d'une fois pris à partie dans les Actes, par exemple au n° 16; mais des attaques dirigées contre lui, celle du n*' 138 me paraît seule venir de Rivarol. Rivarol est intarissable quand il s'agit de railler les parvenus de la Révolution, et s'il se plaît parmi les Apôtres, c'est que tel est leur principal objet. Us ont écrit de bien plaisantes choses sur les réceptions de Mme Bailly, sur les arrêtés de telle ou telle municipalité de province, sur l'orthographe des nouveaux magistrats, etc. Je cite dans l'Appendice, § H, un de ces articles-là, comme échantillon.

1. L'article intitulé : Nouveaux dialogues des morts, imités de Lucien; Conversation de MM. Rulhières et Suard, tous deux membres de l'Académie française et officiers de la ci-devant police de Paris, e.'&id.xi n» 163 des Actes. Or, le 26 novembre 1791, le Journal général de la Cour et de la Ville raconte un dîner chez Mme de Staël où quelqu'un, défendant Rivarol contre elle et ses convives, rappelle le dialogue en question et en cite de mémoire le passage : « Mais vous êtes de l'Académie, je crois », etc.

quelle part de médisance cancanière se mêle alors à la discussion sous la plume de tant de mondains devenus gazetiers, sous la plume même de Rivarol. L'un, en dissertant sur le rôle de Necker, parle du carnet où Mme Necker inscrit : « aller demain chez M. Thomas; louer davantage son poème de Jumonville » * ; un autre décrit le cabinet de Necker, en dénombre les visiteurs, Condorcet, La Harpe, la maréchale de Beauveau, Mme de Staël, et ajoute : « Mme la maréchale prend le bras de La Harpe » \ On est au courant des habitudes, des liaisons, des aventures, des petites manies de chacun; on sort du salon pour courir à la salle de rédaction; on jette en hâte sur la feuille que l'imprimeur attend les commérages qui continuent à défrayer, pendant que l'émeute mugit dans la rue, la causerie des petits soupers; on les entremêle à des débals sur les trois pouvoirs, sur la réforme du jury ou sur la banque d'escompte; et le mélange, s'il n'est pas dénature adonner beaucoup de dignité à la presse de ces années-là, en fait du moins quelque chose de bien piquant ^.

Mais je reviens au Dialogue. Après s'être lamenté, après avoir soupiré : « à quoi s'attacher? Quand il n'y a ni arbres ni murailles, les lierres ne montent plus » *, Rulhière annonce qu'il va essayer de rétablir sa fortune en courtisant La Fayette : « Je lui proposerai de faire l'histoire secrète de la Révolution d'après ses mémoires, dans

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