‹ RivarolChapitre 136 sur 203 · Actes des Apôtres, n · texte numérisé non relu

Actes des Apôtres, n

3.. Il y a tel poème, intitulé la Mort de Mirabeau, où Mirabeau est à la fin englouti dans les Enfers (n° 90).

4. Est-ce Boufflers, est-ce le marquis de Bonnay, est-ce ce Digoine ou ce Régnier sur lesquels nous ne savons rien, qui signe ici « un peUtneveu de Piron », et dont les couplets sont si supérieurs aux autres? Voir les n"' 28, 78, 178, 199. Quel qu'il soit, celui-là est un chansonnier de race et un maître parodiste. Je lui attribuerais aussi la Gouy-d'Arcyade, « demipoème en un demi-chant », sur le député Gouy d'Arcy :

Je chante ce héros de quatre pieds deux pouces Dont les mœurs, à la fois rigoureuses et douces, L'air bénin, l'esprit fier, le modeste toupet, La valeur, l'éloquence et le cabriolet Firent, tant qu'il vécut, la gloire de la terre.... On prit pour l'inhumer une boîte à perruque....

5. Mot de Mme de Coigny sur le Dialogue entre M. de Limon et un homme de goût.

des qui me faisaient crier : le voilà! Je n'en rencontre plus en 1791 *. Les Actes vivotent tant bien que mal, et plutôt mal que bien, toute cette année-là et jusqu'à la fin de janvier 1792, avec des retards, des irrégularités, une interruption d'un mois après la fuite du roi. La débandade se met parmi les collaborateurs; Suleau fonde de son côté un journal, Lauraguais passe à Bruxelles, le vicomte de Mirabeau s'en va sur les bords du Rhin équiper sa légion de hussards; à la fin, les noms de Peltier et de Tilly reviennent au bas de tant de pages, la prose de l'un alterne si fréquemment avec les vers de l'autre qu'ils ont tout l'air d'être seuls en présence : on voit dans les petites villes de province de ces débris de troupes foraines, jadis brillantes, réduites peu à peu à une paire de saltimbanques dont les facéties lugubres et les coups de grosse caisse sonnent la faillite ^ La qualité de la plaisanterie baisse de jour en

1. Je signale toutefois trois Lettres du citoyen Bacon à Carra, insérées aux n°' 230, 239 et 264 (printemps de 1791), et publiées ensuite en une petite brochure qui s'est conservée à l'hôtel Carnavalet. Le citoyen Bacon est le comte de Bonneval. Carra, qui a reçu là une verte correction, dit que le comte a eu recours à la plume d'un ami (Annales patriotiques, n" 545, supplément) : serait-ce la plume de Rivarol? La troisième lettre surtout me le ferait croire : « Il m'appelle maraud, impudent, escroc, monarchien, patelin, aristocrate, vieux.... Il ne garde rien pour lui. Après avoir parlé de mes torts, M. Carra parle des siens. Il dit qu'il a fait ces vingt volumes en six ans, et qu'ils sont plus philosophiques et plus patriotiques les uns que les autres. Ce serait une épigramme, si je l'avais dit.... Ce sont en effet des livres bien patriotiques que des livres dédiés aux Calonne et aux Lenoir; c'étaient des ouvrages bien philosophiques que seize volumes sur Vatome, Vexatome et Vépatome, dans lesquels le monde est représenté par une grande tache d'encre de 6 pouces de diamètre, et cette grande tache se trouve la page la plus claire de l'ouvrage, car au moins on voit que c'est de l'encre », etc.

Mais je me refuse à lui attribuer la Réponse de M. le baron de Grimm... à la lettre de M. Chassebœuf de Volney (n° 306), qui n'est pas plus de lui qu'une autre Lettre de M. le baron de Grimm à l'impératrice de Russie (n° 261). Cette dernière est exactement la contre-partie des conseils qu'il adressait vers la même époque au roi, par M. de La Porte. (Voir la Bibliographie, g 5.)

Je remarquerai de plus que les Apôtres, énumérant (au n° 300) les écrivains qui travaillent actuellement, c'est-à-dire en 1791, aux feuilles royalistes, nomment Royou, Durosoy, Montjoie, Peltier, Gautier, SaintMéard, Mallet Dupan, etc., et ne nomment pas Rivarol, qui figurait auparavant dans des énumérations analogues.

2. Aucune étude n'a été faite qui puiss3 compter sur les Actes des

jour, à vue d'œil; la fantaisie drolatique fait place aux scies; la gaminerie se débride et se débraille, la gravelure n'a plus l'excuse d'être spirituelle ; des appels sont jetés à l'empereur, aux « croates, cravates, houlans et pandours » dont les chevaux piaffent le long- de la frontière. Enfin, les Apôtres ne se contentent plus de reprocher au roi sa faiblesse et sa bonté, de le compromettre en plaidant sa cause : ils contrarient, ils déjouent toutes les démarches qu'il tente pour reconquérir l'opinion. Blâme-t-il la conduite des émigrés? Ils ont soin d'avertir le public que c'est une ruse\ Ils recueillent et colportent les on-dit du château. Quoique leurs informations ne soient pas de tout point exactes, ils en savent et en disent assez pour que les ennemis du roi puissent lire dans son jeu^ En vérité, Rivarol n'est plus là. Sans faire de lui un diplomate, sans oublier qu'il faut s'attendre à bien des légèretés de sa part, comment admettre qu'il détruise ainsi d'une main ce qu'il échafaude de l'autre, et condamne dans les Actes le plan qu'il trace confidentiellement dans ses Lettres et Mémoires à M. de La Porte? Le mardi 19 avril 1791, La Porte écrivait à Louis XVI :

Sire, Il y a environ un mois ou six semaines que le sieur de Rivarol vint chez moi.

Le but de sa visite paraissait n'être que de demander pour son père

Apôtres. Le petit livre de M. Marcellin Pellet est de la critique historique et littéraire comme on en ferait à la tribune de la Chambre ou dans un comité électoral; et vraiment la République se porte assez bien pour qu'il ne soit plus nécessaire d'excommunier et de maudire de parti pris les hommes de la contre-révolution; leurs mœurs, qui n'étaient point bonnes, valaient celles de Mirabeau et des siens. Au reste, M. Marcellin Pellet était aussi peu renseigné que possible sur le sujet qu'il traitait; peut-être est-ce son excuse? Les anathèmes que M. Despois a lancés aux Apôtres sont également d'un autre âge; nous pouvons aujourd'hui parler de la Révolution avec plus de calme. Ceux qui ont dit que les Actes étaient subventionnés par la cour et avaient cessé de paraître sur un ordre du roi n'ont pu en fournir aucune preuve. Les Aetes sont morts parce qu'ils devenaient ennuyeux et que les abonnés battaient en retraite.

Page 1