‹ RivarolChapitre 137 sur 203 · Actes des Apôtres, n"' 261, 289, etc · texte numérisé non relu

Actes des Apôtres, n"' 261, 289, etc

2. M., n" 2S0 ; long récit des intrigues dont les Tuileries étaient le théâtre

une place dans les domaines du Roi, en remplacement d'un emploi qu'il avait dans les termes et qu'il vient de perdre; mais il a parlé pendant une heure et demie des affaires publiques.

J'ai été très-silencieux sur ce dernier point. J'ai annoncé de l'intérêt pour ce qui regardait son père.

Avant-hier au soir, M. de Rivarol est revenu chez moi, où il est resté plus de deux heures. Ce n'est qu'en sortant qu'il a parlé de son père. Je ne pourrais rendre à Votre Majesté tout ce qu'il m'a dit. Cet homme est d'une loquacité très-rare; les idées dans sa tête se culbutent les unes sur les autres. Il les rend avec la môme rapidité qu'elles se présentent; il faut pour le suivre l'attention la plus fixée.

Mais en voici le résultat. Le Roi perd sa popularité; il faut la lui recouvrer, sans cela tout est perdu. Il faut, pour la lui rendre, employer les mêmes moyens, les mêmes gens qui la lui ont enlevée : Quels sont ces gens? Ce sont ceux qui dominent dans les Assemblées de sections, les Dantons et autres de cette espèce. Pour gagner ces gens, il faut peu d'argent, mais leur donner des dîners. Observez, dit Rivarol, que ces gens-là parlent mal de l'Assemblée nationale; ils sont naturellement portés à en fronder les décrets. Il est aisé de leur faire entendre que l'audace de l'Assemblée ne vient que de ce que le Roi n'a point mis d'obstacle à ses entreprises. Il faut les * pousser à faire demander par le peuple à sa Majesté de reprendre son autorité, et cela est aisé.

Voilà, Sire, le résultat des idées de Rivarol.

Je suis resté vis-à-vis de lui dans la plus grande réserve. Chargé, lui ai-je dit, par la confiance de Votre Majesté des détails économiques de sa maison, je me donne et me donnerai bien garde de lui donner des conseils sur sa conduite politique; jamais je ne le hasarderai. Cependant, j'ai pris son adresse.

Tout ce que dans ce moment-ci je me hasarderai de dire à Votre Majesté, c'est qu'elle ne peut se dissimuler que les millions qu'on l'a engagée à répandre n'ont rien produit : les affaires n'en vont que plus mal.

L'essai que Votre Majesté pourra faire sur Paris, par Rivarol, sur les provinces par la voie que je lui ai proposée et qu'elle a agréée, coûtera pour le second environ six mille livres par mois, pour le premier certainement beaucoup moins. Ce sont en apparence de petits moyens, mais qui ne sont pas sans apparence de succès -.

en septembre 1791, au moment où le roi hésitait à accepter la Constitution: Rivarol y est nommé.

1. Le texte porte : la pousser; ce qui est manifestement une faute d'impression.

2. Pièces imprimées d'après le décret de la Convention nationale du 5 décembre 1792^ an 1" de la République^ déposées à la Commission extraordinaire des douze établie pour le dépouillement des papiers trouvés dans V armoire de fer, etc. Quatrième recueil, t. III, p. 19, n° CCCV.

La lettre est bien amusante, amusant le contraste entre le Méridional qui parle, parle sans reprendre haleine, et le chambellan compassé, circonspect, officiel de la tête aux pieds, qu'il inquiète, qu'il étourdit de sa faconde, et sur qui son air d'assurance, ses : « il est aisé..., cela est aisé... », finissent par faire leur effet. C'était un brave cœur que ce La Porte; il l'a prouvé en se faisant tuer pour son maître. Mais il est heureux que nous puissions étudier les idées de Rivarol ailleurs que dans le rapport d'un homme à qui elles avaient donné la migraine. Est-ce La Porte qui l'a invité, sur un ordre de Louis XVI, à s'expliquer par écrit? Est-ce Rivarol qui a craint que ses paroles ne fussent mal comprises et mal répétées? Le fait est qu'à peu de jours de là, le 25 avril, il a pris la plume et rédigé sa consultation. D'autres pages s'y sont ajoutées par la suite. Et c'a été une liasse de plus dans l'armoire de fer \

Il ne proposait pas seulement, comme l'avait cru La Porte, « de petits moyens ». Les petits moyens, mon Dieu! il ne les dédaigne pas. Le sceptique moraliste est bien d'avis qu'un peu d'argent distribué à propos ne gâte jamais rien -. Il souhaite l'organisation d'un club d'ouvriers que des orateurs, assez bien payés pour ne point mettre en doute les avantages d'un gouvernement monarchique, évangéliseraient avec ardeur et échaufferaient de leur zèle ^ Très contrarié qu'après la fête de la Fédération le roi n'ait pas entrepris, à la tête de Fédérés, une grande tournée de province, il aspire au jour où la tournée sera redevenue possible \ Enfin, il compose une subtile harangue oii il fait parler le roi, et a dont la première partie est un mouvement, la seconde un aveu raisonné », et il assure qu'il faudrait être « ennemi du sens commun pour ne pas conseiller à

1. Pièces imprimées, etc., troisième recueil, t. I. {\ on \a. Bibliographie, § 1.)

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