‹ RivarolChapitre 151 sur 203 · Discours Préliminaire, p · texte numérisé non relu

Discours Préliminaire, p

est la plus haute mesure de notre incapacité,... nous le composons de tout ce que nous sommes, et la métaphysique n'est pas là-dessus plus avancée que la religion » \

On ne rencontre pas sans quelque joie, en ce xvm° siècle si coutumier des solutions par oui ou par non, si porté à tout expliquer et à tout définir, un philosophe — c'était le mot en vogue — assez intelligent pour dire quelquefois : je ne sais pas, et déclarer que la raison raisonnante n'est point toute la raison. Il doute que « raisonner et déduire soit plus ou mieux que sentir » ; il dit que « la vérité se compose de certitudes obscures plus encore que de raisonnements clairs ^ ». Et ces mots-là me plaisent bien. Par malheur il est organisé lui-même de telle sorte qu'il déduit encore et raisonne plus qu'il ne sent.

De quelque manière que nous jugions ses idées sur la destinée de l'homme et sur Dieu, après l'avoir lu nous lui devons un hommage auquel beaucoup d'entre nous n'auraient pas droit : il a cherché. Il me serait plus cher s'il s'était cru moins sûr d'avoir trouvé, s'il avait continué sa recherche et l'avait continuée, comme celui dont il vénérait le génie, « en gémissant ». Mais après tout, qui sait s'il n'a point connu de hautes et nobles tristesses? N'est-ce pas lui qui a dit un jour : « C'est un terrible luxe que l'incrédulité... ceux qui ont lemalheur d'y parvenir ^.. ». N'estce pas lui qui a dit de la philosophie : « Elle manque à la fois de tendresse avec l'infortuné et de magnificence avec le pauvre : chez elle, les misères de la vie ne sont que des maux sans remède, et la mort est le néant : mais la religion échange ces misères contre des félicités sans fin, et avec elle le soir de la vie touche à l'aurore d'un jour Est-ce un soupir de regret? Peut-être.... Encore

Page 1