Mémoires de Malouet
2. L'ouvrage a paru au commencement de l'année; en août, Necker succédait à Loménie de Brienne.
rimmoralité de toutes les grâces qui peuvent la rendre aimable,... tâchent de faire haïr la vertu en la représentant comme austère, impérieuse, insociable et presque désassortie à nos mœurs et à nos manières,... affaiblissent dans un monarque le sentiment de ses devoirs », etc. Le monarque, toutefois, « après s'être écarté quelques moments de la route de la véritable gloire peut revenir, quand il lui plait, à l'amour des bonnes et grandes choses » \ A bon entendeur, salut! Rappelez M. Necker, ou la France périt. Que toutes ces finesses sont grosses! Je ne justifie ni la légèreté de Galonné et de Brienne, ni la faiblesse de Louis XYI ; mais je trouve fâcheux que la critique des uns vienne de celui qui désire leur place, et la critique de l'autre de celui qui devrait relever son prestige dans l'opinion. Jamais l'ambition déçue n'a plus clairement exprimé son dépit, ni plus imprudemment : car après lecture le public va peutêtre croire à la vertu de Necker, mais plus encore à la corruption de la cour, et ainsi l'ancien, le futur ministre du roi prépare la Révolution contre le roi.
Un si visible regret du pouvoir me gâte un peu ses pieux élancements. « Que tout est petit, près de ces méditations qui donnent à notre existence une nouvelle étendue, et qui, en nous détachant de la poussière de la terre, semblent unir notre âme à l'espace infini et notre durée d'un jour à l'éternité des temps! C'est à vous surtout à en juger, âmes sensibles », etc. \ Quand il se dit si détaché des grandeurs humaines, nous nous apercevons qu'elles l'ont quitté plus qu'il ne les quitte; il a trop l'air de revenir à Dieu par déception de carrière, et son lyrisme de ministre culbuté ne nous touche pas. « Mes pensées ne pouvant plus s'attacher à l'étude et à la recherche des vérités qui ont l'avantage politique de l'Etat pour objet,... je me suis trouvé comme délaissé par tous les grands intérêts de la