Id., p
c'est avoir l'air de conseiller une hypocrisie/Quoi de plus fâcheux que d'écrire : « Plus l'étendue des impôts entretient le peuple dans l'abattement et dans la misère, plus il est indispensable de lui donner une éducation religieuse* ». Je vois bien qu'il consacre trois mortels chapitres à établir « qu'il y a un Dieu ». Mais tout le xvni® siècle, à part le petit groupe des holbachiens qui est quantité négligeable, peut répliquer en chœur : Rousseau croit en Dieu, Voltaire croit en Dieu, nous croyons en Dieu, nous sommes déistes; aussi attaquons-nous le christianisme; puisque vous nous pressez de revenir au culte, prouvez-nous la vérité du christianisme, et réussissez où Pascal a échoué. Or, le plus plaisant est que Necker est déiste, lui aussi. Il ne souffle mot de la révélation. Pour deux ou trois fois qu'il nomme Jésus, il dit trois cents fois : l'Etre suprême; il ne dit pas : soyez chrétiens, mais : ayez des opinions religieuses. Il ne se lasse pas d'employer ce mot qui est déjà sur la couverture du livre et n'annonce rien de bien net. Les habitudes d'esprit du protestant se trahissent çà et là : il s'évertue à s'y soustraire, il ne veut pas « opposer la doctrine d'une église à celle d'une autre » ^ Il parle à toute minute de la nécessité d'un culte, et il se trouve, en fin de compte, que la religion qu'il professe est celle qui se passe de chapelles et de clergé, celle, pour parler franc, qui n'est pas une religion, mais une vague disposition spiritualiste, mais une sorte de piété sans foi : le déisme de Jean-Jacques. Il n'y manque que Jean-Jacques.
Quelle confusion dans cette tète, haut juchée sur cravate, qui se redresse si ambitieusement! Etre suprême, Etre infini, immortalité de l'âme, morale, âmes sensibles, vertu, il a la bouche pleine de grands mots qui ne le mènent à aucune idée et ne forment qu'un monotone ronron. Sainte-Beuve trouve qu'il a « de l'onction ». Je crois bien!