‹ RivarolChapitre 156 sur 203 · De l'Importance des Opinions religieuses^ p · texte numérisé non relu

De l'Importance des Opinions religieuses^ p

âoO RIVAROL.

Il écrit des cinquante et des cent pages sur ce thème : il faut être vertueux. L'Académie ne pouvait pas ne point lui décerner le prix Montyon; il Ta eu*. Il ne dit pas une syllabe sans lever les yeux au ciel et mettre la main sur son cœur. Ce philosophe sans le savoir, ou sans le vouloir, a toute l'emphase attendrie d'un Vanderk; il est sublime et assommant comme un drame bourgeois. On est tenté de dire de lui ce qu'une femme du xviii° siècle disait d'un homme aussi solennel que lui : « Je voudrais le chiffonner ^ ! »

Rivarol s'en est donné la satisfaction. Il s'excuse d'abord d'opposer la simplicité de son style à la « prose poétique » de M. Necker, à la solennité du « style ministériel » ; puis il passe à l'examen d'un livre dont la Profession de foi du Vicaire Savoyard « est un très beau précis » ^. « Souffrez, monsieur, que je vous demande à qui vous en voulez, lorsqu'au xvni® siècle vous proclamez un Dieu vengeur et rémunérateur. Ce n'est point aux gouvernements que vous parlez; car il n'en est point sur la terre qui ne soit de connivence avec un clergé et qui ne veuille tenir sa puissance du ciel. Ce n'est point aux peuples que vous prêchez; car votre livre, qui peut-être est déjà à Pétersbourg, ne parviendra jamais dans votre antichambre; sans compter qu'un peuple qui non seulement croit en Dieu, mais en Jésus- Christ, rejettera toujours un ouvrage qui n'annonce qu'un Dieu pur et simple.... Enfin, ce n'est point aux philosophes que vous vous adressez; car ceux qui ne seraient pas de votre avis ne cherchent point à faire secte, et savent

1. Au grand scandale de la marquise de Créqui; elle écrit en septembre 1788 {Lettres inédites) : « J'en suis confondue! Et quelle est donc l'utilité de son livre sur Vlmportance des Opinions religieuses^ Je n'y vois qu'une nouvelle raison de douter des grandes vérités. Enfin, il est riche, homme d'esprit, et paye en bons dîners les académiciens. » Necker avait eu pour concurrent Bernardin de Saint-Pierre, qui présentait ses Éludes de la Nature.

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