‹ RivarolChapitre 197 sur 203 · Sa tante Françoise · texte numérisé non relu

Sa tante Françoise

une de femme : je n'attends qu'une occasion sûre : elles sont raies.

« Je finis ma lettre, car je suis accablé d'ouvrage : vous savez ce que c'est qu'une entreprise comme celle du Dicf^ de la langue : il s'agit de refondre entièrement cette Langue française et de la brasser jusque dans ses fondements. On prétend que cette opération me vaudra deux cent mille francs : Dieu le veuille! J'ai, outre cela, sur le chantier, une Histoire de la Révolution et un grand Traiié sur la nature du corps politique.

(( Si je n'avais pas craint de vous séparer trop de ma mère, je vous aurais proposé en 92 de venir à Paris et de me suivre : vous m'auriez été très-utile; mais réflexion faite, il faut du repos à votre âge, et je me suis privé de cette douceur ^ Au reste, voila la paix; j'espère que nous nous rapprocherons. Vous me parlez de la petite fille de Paule;qui a-t-elle donc épousé? Se souvient-elle toujours de moi? Je vous embrasse tous de cœur et d'àme. A propos, mille tendres remercîments pour votre quatrain. Vous avez donc dérouillé votre veine pour moi; je suis charmé que vous soyez toujours ami des Muses : qui n'aime point les vers a l'esprit sec et lourd.

Quand vous applaudissez à mes faibles écrits,

De votre cœur vous parlez le langage, Mais vous ne songez pas qu'en louant votre fils, Vous ne louez que votre ouvrage.

« Dites-moi en peu de mots jusqu'à quel point la Révolution et la guerre ont dégarni votre pays d'ouvriers et de cultivateurs, et si la journée de travail est renchérie. Croyez-vous qu'avec vingt-cinq louis vous pussiez ranimer un peu vos champs?

i< Je voudrais savoir aussi ce qu'est devenu voire clergé. Le curé m'écrivit en 1789 ou 90 en style révolutionnaire : j'espère qu'il aura eu le temps de cuver la Révolution et qu'il doit être bien dégrisé -. Je finis tout de bon. Voici un mot du petit et un autre de ma sœur. Informez-vous en mettant votre réponse à la poste, s'il ne faut pas affranchir pour l'Allemagne jusqu'à vos frontières. »

[1797, à sa tante Françoise.]

18 août.

« Je voudrais, comme César, dicter à quatre en même temps, pour répondre à la quadruple lettre que je viens de recevoir : je voudrais

1. En 1792 Jean avait soixante-cinq ans. Je ne vois pas bien le pauvre vieux roulant en berline sur la roule de Paris à Bruxelles, entre M. le comte et la petite Manette.

2. Dans ses Lettres sur quelques parlicularilés secrètes de Vhisloire, etc., le comte de Barruel-Beauvert a dit un mot du curé assermenté de Bagnols.

surtout que ma mère et vous, ma chère et bonne tante, vous ne fussiez pas occupées de votre âge, au point de désespérer de me voir. Il n'y a que les mauvais effets de votre gouvernement boiteux qui puissent mettre obstacle à mon voyage. Quoique nous soyons séparés par onze degrés de latitude, c'est-à-dire par plus de trois cent lieues, rien ne pourra m'arréter dès que la terre ne tremblera plus sous vos pieds. Mais votre gouvernement est un peu trop l'ouvrage des hommes et de leur orgueil, pour acquérir quelque fixité ; et si j'attendais, je ne dis pas la prospérité, mais le simple repos de ce pauvre royaume, nous risquerions, en effet, de ne plus nous revoir. Je profiterai donc de quelque moment de répit, d'un de ces intervalles qui séparent les tempêtes chez vous. Vous voyez qu'à l'heure où je vous écris, voire horizon se rembrunit beaucoup.

« J'attends le retour du correspondant de Montpellier, pour vous faire passer quelques fonds; il est à Francfort. On ne saurait prendre trop de précautions dans un pays comme celui-ci, peuplé de tous les banqueroutiers de l'univers. J'ai confié deux fois quinze louis pour mon frère, et deux fois on m'a trompé. Si vous n'étiez pas dans un vilain trou ignoré de tous les commerçants du monde, vous n'auriez qu'à tirer quelques traites sur moi, et vous sentez qu'elles seraient fidèlement acquittées.

« Vous ne me dites pas un mot des Barruel et de vos prêtres. Le curé m'écrivit en 1790 une lettre qui me prouva qu'il s'était un peu engoué de la Révol. : il doit être dégrisé, ou il est bien têtu. Dans quel état est le culte chez vous? On peut m'écrire librement sous l'enveloppe de mon libraire Fauche. Vous voyez que votre lettre m'est très-bien parvenue; il n'est pas même nécessaire d'affranchir, à ce que je crois.

« Dites à mon beau-frère * que je suis très-sensible aux assurances qu'il me donne de son amitié. Il suffit qu'il mérite la vôtre pour être sûr de la mienne. Si on ne m'avait pas pillé ma Bibliothèque, je lui aurais adressé une pacotille de livres : il faudra qu'il se contente de mes faibles ouvrages que je lui ferai passer. La Pohtique n'est pas la science de la jeunesse et les conjonctures malheureuses où je me suis trouvé, m'ont forcé à tourner mes vues de ce côté; mais je ne doute pas qu'avec son bon esprit, il ne parvienne à y prendre goût : l'art de gouverner les hommes, sera toujours le premier des arts; cette sotte espèce est en effet bien difficile à mener : on a toujours affaire, ou à leur malice dans les temps calmes, ou à leur barbarie dans les temps de troubles 2.

(c Ma sœur, qui vous embrasse tous bien tendrement, doit écrire à la petite Paule. Raphaël, fier de ses seize ans et de ses cinq pieds cinq

i. M. de Faguet, mari de sa sœur Elisabeth-Paule. 2. Cette pensée se relroiive dans ses Carnets. 11 ne veut rien perdre de son esprit.

pouces, partirait tout à l'heure, si je le laissais l'aire. Il veut absolument lâter de la bise et des figues du Languedoc, et surtout voir ses grands parents et en être vu.

«J'écrirai à ma mère avec quelque détail au 4 <^'" jour. La paresse de mon Père ne m'étonne pas '; mais s'il ne m'écrit pas, il faudra qu'il me lise. Mon frère lui fera passer l'ouvrage que je viens de terminer. Adieu, ma très-chère tante. Je suis toujours votre Antoine.

« Le pauvre Rose est donc toujours avec vous? Je lui sais bon gré de son attachement pour vous et de son souvenir pour mon compte. Dites-le lui bien.

[A son père.]

26 janvier 1801.

« Je vous écris ce peu de mots pour vous prévenir que Dammarlin, m'ayant remis vos lettres et celles de Degaste ^, s'est aussi chargé de vous faire parvenir ma réponse. Ce paquet est à l'adresse de M. de Gaste : prévenez-le que l'enveloppe contient d'abord une courte lettre pour lui, mais que tout le reste, quoique sans adresse, est pour vous. J'espère que prévenu, il ne perdra pas un moment et vous fera passer ce qui vous concerne, bien enveloppé. Dites-lui encore que le pape Pie VI étant mort dans son voisinage, sous la tyrannie du Directoire, et que (sic) ce pontife étant vraiment un grand homme j'ai imaginé qu'une bonne tête de ce pape, gravée en Italie, sur une espèce de pierre imitant la sardoine, lui ferait plaisir. Je la lui ferai monter en bague qui fera cachet : qu'il m'envoye la mesure de son doigt ou par une petite bande de papier, ou par une ligne qui sera le développement du tour de son doigt.

« Lorsque je passai d'Yarmouth à Cuxhaven, nous fûmes suivis de si près par un corsaire français, que je me vis à mon grand regret obligé de jeter un gros paquet de lettres dans la mer : il y en avait de bien importantes et de bien honorables; entre autres un Bref du Pape dont je viens de vous parler.

u Je vous fais, dans le paquet adressé à degaste, une courte description de la maladie dont je sors à peine. Je suis toujours mieux, mais il m'est resté un grand dégoût pour le vin : c'est un singulier résultat, et c'est un peu fâcheux dans un pays où les eaux sont vicieuses.

« Écrivez-moi : à M. Delke.sous les Tilleuls^ n° oo^ à Berlin. Et donnezmoi, pour vous répondre, l'adresse de quelque Dumas, de quelque

1. La « quadruple lettre » devait être de sa mère, de sa tante, de sa sœur Elisabelh-Paule et de son beau-frère.

2. Si soucieux de sa propre particule, il est assez curieux de le voir orthographier ainsi le nom de son ami de Gaste; il est vrai qu'un peu plus bas il l'écrit autrement. Au reste, son écriture est moins assurée ; il vient d'être malade.

flandrin, qui vous rendra le service de vous prêter son nom. Tant que le vôtre et le mien seront sur une adresse, vous pouvez être sûr que les lettres seront décachetées, tant en France qu'en Allemagne. « Adieu : vous savez tout ce que je vous suis.

Vers envoyés de Copenhague à Rivarol par son fils Raphaël, le jour de la Saint Antoine.

(17 janvier 1801, imprimés par Claude-François dans l'édition de 1831 du discours de la Souveraineté du Peuple).

Papa, vous le savez, coiffé d'un capuchon Auprès d'un porc vivait votre très saint patron. Qu'eût-il fait de l'esprit, du talent et du style

Auprès d'un pareil compagnon?

C'est bon pour vous; l'esprit vous a fait un grand nom. Inutile à lui-même, aux autres inutile.

Couché dans Talmanach, qu'il y dorme tranquille.

Me voilà donc chez les Danois,

Comme vous chez les Hambourgeois,

Et sans plaisir et sans finance.

Espérant toujours que la France Rougisse de ses torts et rappelle ses Rois.

Mon service, très pacifique,

Ne sera pas très héroïque.

Car, l'épée au côté, nous sommes des bourgeois, Jouant, buvant, fumant, et nous chauffant les doigts. La guerre est loin de nous; eh bien! soit, qu'elle y reste; Nous sommes bonnes gens; et pour ne point broncher Le tranquille Danois n'ira pas la chsrcher : Dieu fasse que l'Anglais ne lui soit point funeste.

Enfin, dans nos tristes loisirs, Nous cherchons, nous trouvons de faciles plaisirs,

Et nous faisons la cour aux dames,

En général, fort bonnes femmes.

Mais pour exciter nos désirs, Au lieu de leur froideur que n'ont-elles des flammes! On ne peut tout avoir : elles ont les yeux bleus.

Les cheveux blonds et la peau blanche.

De la toiirnure dans la hanche;

Et, ce qui frappe tous les yeux,

Assez dévotes le dimanche.

Les autres jours, c'est différent;

On s'aime, on se quitte, on se prend.

La jalousie est nulle aussi bien que l'absence,

Er. l'amour n'a rien de piquant.

Ah! que je regrette la France,

Où l'on est aimable et galant.

Ici, le triste ennui nous berce avec constance : Le cœur n'est point senti, l'esprit est dédaigné;

On n'y voit point de Sévigné,

Encor moins de Ninon, pas une Deshoulière, Et surtout une douce et tendre La Vallière. Enfin, mon cher papa, qu'allons-nous devenir?

Qui peut lire dans l'avenir?

Mais hélas! comme il se présente!

Aujourd'hui, Bonaparte apaise la tourmente;

Mais pourra-t-il se soutenir Sans une guerre affreuse et toujours plus sanglante? Fera-t-il comme Monck ou bien comme Cromwel?

Sera-t-il humain ou cruel?

Nous rendra-t-il un jour les enfants d'Henri Quatre?

Ou bien versera-t-il leur sang Toujours si noble et pur, et toujours innocent? Mais toutefois pour eux il faut toujours combattre; Mon oncle, si fidèle, est pour eux dans les fers;

Et dans un coin de l'univers Moi, je suis, comme vous, pleurant sur ma patrie, A vingt ans accablé du fardeau de la vie

Que je traîne dans les revers.

Relations de Rivarol avec l'Académie de Berlin.

Je dois à une obligeante communication de l'Académie royale des sciences de Berlin les renseignements que je résume ici.

C'est en 1782 que l'Académie proposa le fameux sujet de concours : de l'Universalité de la Langue française. C'est le 6 mai 1784 qu'elle prononça son jugement (mais le jugement ne fut rendu public que le 3 juin; voir le titre de l'édition faite à Berlin des deux discours couronnés.) L'année suivante, par arrêt du 18 juillet 1785 dont le texte est aux Archives de l'Académie, le grand Frédéric nommait Rivarol « associé externe » de l'Académie. Les premiers mots de l'arrêt : « Le Roy, voulant bien déférer à la demande que lui a faite le comte de Rivarol.... » indiquent que Rivarol avait désiré, sollicité sa nomination.

Pendant son séjour à Berlin, du mois de septembre 1800 au mois d'avril 1801, il n'assista qu'une seule fois aux séances.

Après sa mort, sa femme écrivit de Paris à l'Académie de Berlin pour lui demander des secours pécuniaires et la restitution des manuscrits de Rivarol. Aux Archives de l'Académie subsiste une liasse intitulée : Actes concernant li correspondance avec Mme de Rivarol. Ses suppliques trop nombreuses et d'ailleurs aigres-douces ne tardèrent pas à impatienter les académiciens; l'un d'eux, le mathématicien Bernouilly, a laissé une note qui se rapporte à elle et fait partie du dossier : « Le principal sera de rectifier les idées de cette bonne comtesse dont la tête parait en fait être assez exaltée. Elle attache trop d'importance à la qualité de notre membre étranger

qu'avait M. de Rivarol, et demande des choses qu'on ne ferait pas même pour les héritiers d'un membre ordinaire. »

Quant aux manuscrits de Rivarol, rAcadéraie n'en avait aucun à renvoyer. Elle n'avait pas même conservé le manuscrit du discours de r Universalité.

Le buste de Rivarol, destiné à orner une des salles de l'Académie, a-t-il existé autrement qu'en projet? L'Académie ne le possède point, et doute qu'il ait été exécuté.

Lettres de Thauvenay à d'Avaray, relatives au journal de Rivarol.

(Environ quarante lettres, du 4 avril au 30 septembre 1800; Arckives du Ministère des Affaires étrangères, t. 598 et 399.)

Lettre du 4 avril :

« J'ai reçu hier la lettre dont vous m'avez honoré le 23 mars, n*' 13. Je n'ai pas perdu un moment pour voir M. de Rivarol, et lui remettre une copie de la note que vous m'envoyez. Voici le résultat de notre longue conférence.

w 1^ Votre note lui a fait le plus grand plaisir; premièrement, il était peiné d'avoir été longtemps oublié^ et il m'a paru jouir sincèrement de cette marque de souvenir que Sa Majesté lui donne. En second lieu, elle le tire d'un état pénible d'incertitude; il craignait que Sa Majesté n'eût été forcée de prêter l'oreille à quelque fausse négociation au nom ou de la part de Bonaparte; et quoiqu'il ne pût s'arrêter à cette idée, il tremblait en attaquant B. de déranger quelques combinaisons politiques.

« 2° Son portefeuille est richement garni de pièces déjà prêtes, extrêmement fortes, contre l'usurpateur corse. Il l'attaque par les raisonnements les plus sérieux. Un de ses premiers arguments est « qu'il a trompé la nation sur les deux points les plus essentiels : il lui a promis ostensiblement la Paix et tacitement son Roy légitime >>. Il est fortement d'avis qu'il n'est pas encore temps de manier l'arme du ridicule ^

1. Cette phrase me fait croire que j'ai sous les yeux la note même de d'Avaray ou plutôt de Louis XVIII envoyée à Rivarol. Parmi les papiers qui proviennent de lui, se trouve une note sans signature : on s'y plaint que la Gazette ait faiblement répondu, dans un article daté des bords de la Vistule, à la proclamation de Bonaparte aux Vendéens (29 décembre 1799) : « Si, comme j'en suis convaincu, il n'est pas possible dans le moment de répondre autrement que par des écrits à une si noire calomnie, je voudrais que par un écrivain bien connu et qui tnanie parfaitement Varme du ridicule, on fît faire un pamphlet, à la tète duquel serait le

« Il attache la plus grande importance à son ouvrage qui sera périodique....

... « La publication n'a été retardée que par le défaut de moyens pécuniaires pour la confection de l'édition. Il s'adresse, par quelqu'un parti aujourd'hui, à M. l'évêque d'Arras pour obtenir que Monsieur engage le gouvernement britannique à souscrire pour un millier d'exemplaires à distribuer en France. Un libraire de Paris, son ami, nommé André, se charge d'une réimpression à Paris môme; il en résultera un avantage moral et politique, mais aucune rentrée de fonds pour M. de Rivarol. Pénétré de l'importance de faire paraître le plus tôt possible cet utile ouvrage, il désirerait que le Roy fournît à sa confection tous les fonds que la position des finances de S. M. lui permettrait d'y appliquer. Il parle de 3, 4 à 5 cents louis. Vous le connaissez assez, dit-il, monsieur le comte, pour être sûr qu'il ne demande pas un sol pour lui-même (il a de quoi vivre), mais il est hors d'état de fournir aux frais de l'édiLion. L'ouvrage une fois en train, il appliquerait les rentrées des souscriptions aux actes de bienfaisance que le roi lui prescrirait » etc.

Avant d'examiner la question pécuniaire qui se greffe sur l'histoire de son journal, je transcris une autre lettre, du 15 août, qui ne peint pas trop mal Rivarol :

.... « Je lui ai renouvelé tous les arguments de l'honneur et du devoir pour vaincre, s'il est possible, sa paresse; j'ai même employé avec force ceux qui devaient le plus directement attaquer son amourpropre : j'ai mis dans la bouche de la portion malveillante du public les soupçons que ses retards continuels m'ont fait concevoir contre

portrait de Bonaparte sur les bords du Nil et en costume égyptien avec ces vers au bas du portrait :

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux, Chrétien dans mon pays, musulman en ces lieux.

« Ce serait comme le texte duquel on partirait pour peindre ce prétendu héros, sa reconnaissance pour le grand prophète Mahomet, qui avait si bien prédit dans vingt endroits de l'Alcoran l'arrivée de Bonaparte en Egypte, ainsi que Bonaparte lui-même l'a attesté dans ses proclamations aux Égyptiens; et c'était en l'honneur de Mahomet, — qui n'avait pas également prévu la fuite prochaine de Bonaparte, — que celui-ci venait, disait-il alors, de renverser du trône et le Pontife romain, et le grand maître de Malte, les plus grands ennemis de l'islamisme; d'où suit si bien le respect qife Bonaparte annonce aujourd'hui pour le culte catholique.... Il me semble que de ces idées et des autres plus piquantes <|ui naîtraient sous la plume de l'écrivain, il pourrait résulter un assez joli pamphlet qui aurait certainement quelque succès en France.... Mais il ne faudrait pas qu'on sût que l'idée de ce pamphlet part de Mitlau. Ceci est bien tardif, et, en adoptant le fond, il faudrait sûrement modifier la forme. •• — Suggérer de l'esprit à Rivarol, et renverser Bonaparte à coups de petites brochures, voilà de ces naïvetés qui amusent toujours; au lieu du pamphlet, Rivarol offrit un journal.

sa loyauté, contre son caractère et contre son courage, — qu'on prétend qu'il ne diffère d'attaquer l'idole du jour que jusqu'à ce que la question de la stabilité de cette idole soit irrévocablement résoute (sic). 11 a victorieusement combattu ce dernier argument; tous les autres, il les a lui-même appuyés, il les a développés dans le sens de mon cœur avec son éloquence ordinaire, avec une expression sublime. Mais tiendra-t-il parole? Voilà ce dont ni vous, M. le comte, ni moi, ni personne ne pouvons répondre. )>

Dans sa lettre du 6 mai, Thauvenay constate que le roi Fa autorisé à mettre cinq cents ducats (ducats de Hollande, soit C 000 fr.) à la disposition de Rivarol. « M. de Rivarol a trouvé cette somme bien suffisante pour assurer le cours de l'ouvrage pendant les six premiers mois, au bout desquels son amour-propre a sans peine accédé à mon opinion que l'ouvrage, pour lors bien connu, se soutiendrait parfaitement de ses propres forces.... Il m'a seulement demandé, comme première émission indispensablement nécessaire, une somme de 50 louis, destinée tant à faire sur le champ l'acquisition très économique d'une partie de beau papier qu'on lui offre à très bas prix, s'il paye comptant, qu'à retirer les effets, mis en gages, de première nécessité, par M. Désentelles.... J'ai eu l'air d'avoir besoin de trois jours pour me la procurer {cette somme), afin d'augmenter à ses yeux le prix des sacrifices que faille roi. Il est convenu que jeudi M. Désentelles viendra toucher, au nom de M. de Rivarol, 125 ducats danois équivalant à 50 louis d'or de France ».

Le l*^'" juin, Thauvenay fait sa caisse :

« Le 8 mai, remis à M. le Comte de Rivarol les ci contre

125 ducats danois 1 200 frs.

« Le 19, remis à M. Désentelles 6 ducats d'Hollande. . 72 frs. « Le 27, remis à M. le Comte de Rivarol les ci-contre :

25 louis d'or de France = 600 ^ i ioo f ^o et 28 fréd^ d'or = 593,12 C ^'^ ^^'

Le 4 juillet : « J'ai remis à M. de Rivarol encore 50 louis, complétant 150; il assure qu'il n'aura plus besoin de rien; ainsi il sera resté de 400 louis au-dessous des 500 ducats pour lesquels vous m'aviez autorisé. »

Le 15 août: « Je n'ai pas cru devoir lui refuser le complément... aux cinq cents ducats que S. M. lui a destinés. Je viens de lui remettre la valeur de iOO louis. »

Ainsi, Rivarol a reçu six mille francs, dont une partie, nous le verrons mieux tout à l'heure, a passé aussitôt aux mains de son ami des Entelles; et il n'a pas publié son Journal. Est-il aussi blâmable

que le dit Thauvenay? Ces « cinq cents ducats que Sa Majesté lui a destinés », elle n'avait pas rigoureusement spécifié qu'ils seraient le prix d'un Journal, et que s'il les acceptait, Rivarol serait engagé d'honneur à le publier. Louis XVllI pouvait bien, — et il l'entendait de la sorte, — faire un cadeau de quelques centaines de louis à celui qui avait été la voix éloquente de la contre-révolution. Depuis bien des années, Rivarol était privé de la pension que lui avait autrefois accordée Louis XVI, et son nom ne se rencontra jamais avant 1800 sur la liste si longue des émigrés à qui Thauvenay transmettait les largesses du souverain de Mittau. — Le 13 novembre 1800, alors qu'il nétait plus question du Journal projeté, d'Avaray écrit au marquis d'Autichamp : « J'ai reçu, M. le marquis, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le..., avec la note de M. de Rivarole (sic) et vos observations. Je vous dirai confidentiellement que l'idée d'accorder la noblesse héréditaire aux officiers de l'armée française actuelle et de conserver leurs grades et leurs appointements à ceux qui voudraient le mériter, n'est pas nouvelle pour le roi.... Mais quand les circonstances lui permettront-elles de parler à l'armée? » etc. (Archives, t. 600). Il s'agit là d'un projet de proclamation à l'armée que Rivarol avait rédigé à la fin d'août, sur la prière du marquis d'Autichamp. Thauvenay en dit un mot dans ses lettres des 29 août, 5 et 26 septembre, avec un dépit mal déguisé : la chose se faisait en dehors de lui et le projet ne lui avait pas été communiqué. Je crois que Rivarol était un peu agacé de tant de zèle et que Thauvenay lui semblait se prendre par trop au sérieux. La lettre de d'Avaray à d'Autichamp prouve qu'en novembre la cour de Mittau continuait à recevoir les avis de Rivarol et ne l'accusait point du tout, comme Thauvenay, d'avoir fait preuve, en acceptant un don royal, de « mauvaise foi )) ou d'indélicatesse.

Des Entelles, dont la physionomie se dégage à travers les lettres de Thauvenay — telle la face de Scapin aperçue par-dessus l'épaule de Géronte, — est un des innombrables « ci-devant » dont l'émigration avait fait des affamés et des chevaliers d'industrie. Tandis que le ménage Cromot de Fougy, dépensier et désordonné, vit d'une rente mensuelle de 10 louis que Gappadoce Péreira a la bonne grâce de lui servir [lettre de Thauvenay du 21 janvier 1800); tandis que Mme de xMeuland se lie avec des actrices françaises « de dernier ordre » et disparaît avec l'une d'elles qu'elle a aidée à commettre un vol {id. du 14 juillet 1800); tandis que M. de Chambonas s'esquive furtivement de Hambourg après avoir escroqué près de 1 500 louis à diverses personnes, dont 45 ducats à Dumouriez qu'il avait le 15 juin 1792 remplacé au ministère (id. du 25 juin 1800) : des Entelles vit aux crochets de Rivarol et profile des bonnes aubaines

que la providence envoie à « son patron )>. J'ai dit que les premiers 1000 francs remis à Rivarol ont servi en grande partie à retirer de chez le prêteur sur gages les effets « de première nécessité » de des Entelles. Le 9 mai, il a un long entretien avec Thauvenay : « M. Désentelles croit connaître jusqu'aux moindres replis du cœur de M. de Rivarol; il est enthousiaste de ses excellentes qualités, de son dévouement; il ne lui connaît de défaut que la paresse, mais par la manière dont ils ont, en quelque sorte, identifié leur existence, il croit être parfaitement en mesure, — mais lui seul au monde, — de stimuler cette paresse.... M. Désentelles, en me faisant, au naturel, un triste tableau de sa position, m'a franchement chargé, M. le comte, de solliciter votre intérêt pour obtenir des bontés du Roy un petit traitement, quelque modique qu'il fût, qui lui permit de se livrer exclusivement au travail assidu près de M. de Rivarol. Il attache à cette adhérence continuelle une grande importance, vu le péché originel de paresse et d'indolence, et d'un autre côté, quoique ne pailant qu'avec attendrissement du désintéressement, de la générosité, de la délicatesse de M. de Rivarol, il croit en un mot qu'il lui sera plus aisé de conserver sur lui tout l'ascendant utile, s'il n'est pas obligé de lui demander écu par écu pour satisfaire aux besoins de première nécessité ». La scène est bonne, et le personnage digne de Molière. Le 20 mai, il revient : « M. Désentelles m'assure que M. de Rivarol est bien corrigé de sa paresse et travaille avec assiduité, zèle et plaisir,, que l'ouvrage marche bien et que la publication est très prochaine. M. Désentelles m'a dit avoir le besoin le plus impérieux de 6 ducats, j'ai cru devoir les lui remettre ». De mieux en mieux. Mais voici le chef-d'œuvre de M. des Entelles. De même que « son patron » s'est chargé de faire un journal, il s'offre à rédiger un bulletin, un modeste bulletin, qui tiendra la cour de Mittau au courant des nouvelles de Paris. Un ami, qui n'est autre que Claude-François de Rivarol, lui écrira tout ce qui se passe à Paris, et le roi saura la vérité que Bonaparte ne permet plus aux feuilles parisiennes de publier. Pour ce, M. des Entelles obtient de ïhauvenay 5 louis par mois, une fortune; de plus Thauvenay doit lui rembourser le port des lettres confidentielles qui lui arrivent de Paris, et qu'il était jusqu'ici obligé de refuser, « vu l'impossibilité d'acquitter les ports de lettres » {lettre de Thauvenay du 6 juin). Et dès lors l'histoire du Journal de Rivarol se double de l'histoire du bulletin de des Entelles, comme dans les comédies du répertoire les scènes de dépit amoureux, commencées entre Éraste et Lucile, se prolongent entre Marinette et Gros René. Pendant les mois de juillet, août et octobre, des Entelles touche avec assiduité, — le bordereau de Thauvenay en fait foi, — ses cinq louis. Mais au refrain de Thauvenay : « je n'ai rien reçu de M. de Rivarol », s'en ajoute maintenant un autre : « Je n'ai rien reçu de M. des Entelles » ! Si pourtant : il a reçu de lui deux lettres de Claude- François, une du 24, l'autre du 30 juin. La prose de des Entelles est

plus rare. Le 1°'' août, il a « lu avec attention tous les derniers journaux de France », n'y a rien trouvé qui ne fût déjà dans la gazette allemande; il a remis à un autre jour la u confection » de son bulletin. Ce jour-là n'était pas venu encore quand, en septembre, Thauvenay perd soudain sa trace : est-il parti avec Rivarol? se cachel-il à Hambourg « à cause de ses créanciers »? Mystère. En octobre, il a reparu pour toucher son mois, et désormais je n'entends plus parler ni de lui ni de son bulletin.

Si M. de Lescure avait lu les lettres de Thauvenay, il eût hésité à présenter « M. des Entelles aux saillies chevaleresques et soldatesques » comme un des émigrés dont Kivaroi s'affligeait, dans les derniers temps de sa vie à Hambourg, d'avoir « perdu la visite et l'entretien » [Rivarol et la Société française, p. 465-466). Rivarol, il est vrai, devait savoir au juste ce que coûtait « l'entretien » de son noble ami.

Extrait du procès de Louis XVI. Interrogatoire.

<( Vous avez essayé de corrompre l'esprit public à l'aide de Talon qui agissait dans Paris, et de Mirabeau qui devait imprimer un mouvement contre-révolutionnaire aux provinces. Vous avez répandu des millions pour efTectuer cette corruption, et vous avez voulu faire de la popularité même un moyen d'asservir le peuple. Ces faits résultent d'un mémoire de Talon que vous avez apostille de votre main, et d'une lettre que La Porte vous écrivait le 19 avril, dans laquelle, vous rapportant une conversation qu'il avait eue avec Rivarol, il vous disait que les millions que l'on vous avait engagé à répandre n'avaient rien produit. Qu'avez-vous à répondre?

— Je ne me rappelle point précisément ce qui s'est passé dans ce emps-là; mais le tout est antérieur à l'acceptation de la Constitution ».

Lettre du baron de Breteuil au comte de Fersen, Verdun 12 septembre 1792.

Le comte de Fersen et la cour de France, par le baron de Klinckowslrôm;

Breteuil conte l'inutile envoi de deux émissaires à Dumouriez qui a déchiré les lettres en disant : « J'y répondrai à coups de canon ». Il continue :

« Vous voyez qu'il ne reste rien à faire avec ce drôle, du moins de ce côté-ci. Mais peut-être avons-nous la ressource de l'attaquer plus

fructueusement par la voie de Rivarol, dont je vous ai parlé, et qui doit aujourd'hui avoir eu réponse de sa sœur, à laquelle je l'avais chargé d'écrire de douces et utiles propositions tant pour elle que pour Dumouriez. Cette sœur est sa maîtresse, et a, suivant Rivarol, un crédit absolu sur Dumouriez. Au reste, j'avais dit à Rivarol de s'ouvrir en mon absence à Tévèque ^ sur ce que la sœur répondait; l'évêque peut l'attaquer sur cela, s'il ne lui a encore rien dit; ce qui avait été convenu entre Rivarol et moi, c'est que la sœur, qui était restée à Paris, se rapprocherait sur le champ de Dumouriez dans la Flandre, — où il était, — et que Rivarol lui donnerait rendez-vous sur la frontière pour bien l'endoctriner. Il assure que c'est une femme d'esprit; il faudrait, si Rivarol ne parlait pas à Vévêque, qu'il lui demandât où en est l'affaire dont je l'avais chargé pour sa sœur, et alors l'évêque pourrait suivre cette affaire avec vous, pendant le temps que vous avez encore à rester à Bruxelles. Ce qu'il faudrait aujourd'hui demander à Dumouriez, — si son armée ou celle de Lùckner, battue ou non, mais poussée par celle de M. le duc de Brunswick, se retirait sous les murs de Paris, — ce serait de soulever alors son armée en faveur du roi, et de le retirer du Temple pour l'amener à l'armée prussienne et faire là la paix parisienne. Je ne sais point de bornes à mettre aux grâces que Dumouriez pourrait demander, pour lui et ses adjoints, en pareille circonstance. Voyez avec l'évêque si la maîtresse de Dumouriez peut arriver à ce but, et dites à Rivarol qu'il faut qu'elle se mette à la suite de son camp, si elle n'y est pas encore, et qu'il doit surtout tâcher de la voir pour lui faire sa leçon ».

Le 28 septembre, Fersen répond à Preteuil qu'un certain Sainte- Foix (dont le nom apparaît déjà dans les papiers de l'armoire de fer) va être u tâté » à Paris : « Je lui écrirai pour lui faire les propositions dont vous étiez convenu avec Rivarol pour M. Dumouriez, et, s'il fait une réponse, je vous la ferai passer ».

Donc Rivarol s'est vite dégagé; et Sainte-Foix va intriguer à sa place.

Lettre sur le Globe aérostatique.

Rivarol n'exagère point lorsqu'il écrit : « Tout est en globe dans Paris. On se cotise pour lancer des globes, les femmes se coiffent de

1. Cet évéque qui est là en assez fâcheuse posture, est l'évêque de Pamiers; il revenait de Londres où il était allé en vain demander que l'Angleterre déclarât la guerre à la France. Il était du dernier bien avec Mme de Matignon, la fille de Breteuil; et les lettres de Breteuil à sa fille se terminent : « J'embrasse l'évêque ». Voir Le comte de Fersen et la cour de France.

globes, les petites sociétés se forment en globes, les petits théâtres jouent des globes ». Le Mercure du 14 février 1784 donne la description du « pouf en cheveux » (c'est la coiffure en globe) que remplaça l'année suivante la coiffure en Harpie et en Richard Cœur de Lion. Le Journal de Paris indique l'adresse d'un concierge qui vend des petits globes à deux sols. Veut-on la liste chronologique des premiers lancements de ballon? 5 juin 1783, à Annonay, montgolfière; 27 août, au Champ de Mars, ballon gonflé de gaz, lancé par Charles et Robert, tombé à quatre lieues de là, à Gonesse; 15 septembre, à Versailles, montgolfière qui emporte un mouton, deux volailles, et tombe à une demi-lieue du point de départ : le Journal de Paris avait averti tous les directeurs des postes en province, en prévision de l'alarme que causerait aux paysans la chute du globe; 21 novembre, à la Muette, montgolfière montée par Pilastre des Rosiers et le marquis d'Arlandes; en présence de quelques grands seigneurs, de FrankUn, qui signent le procès-verbal, et de plusieurs dames qui s'évanouissent d'émotion, le ballon s'élève à 4 000 pieds et passe au-dessus de Paris; l^"" décembre, aux Tuileries, devant plus de 300 000 personnes, de 300 000 âmes sensibles qui « pleurent, crient, pâment et respirent des flacons », ballon monté par Charles et Robert; descente entre Nesles et Hédouville; les voyageurs repartent sur le champ et après une courte traversée descendent de nouveau sains et saufs; le ballon est ramené en triomphe sur un chariot, escorté d'une légion de poissardes, et c'est comme une répétition générale, mais inoffensive, du (j octobre 1789. Quant aux médailles, gravures, petits vers et gros traités que l'invention des ballons a répandus dans Paris, je renonce à en dresser l'inventaire, quoiqu'il y ait de plaisantes choses à rappeler là-dessus. L'enivrement était tel qu'un mystificateur l'exploita; voir l'histoire du soi-disant horloger de Lyon qui avait promis de traverser la Seine avec « des sabots électriques ».

Actes des Apôtres, n" 156.

On dirait que pour plaire instruit par la nature, Ce maire ail à Vénus dérobé sa ceinture.

Le chevalier de N*** passe chaque année la belle saison chez son ami le comte de B***, à la campagne, à un quart de lieue d'un gros bourg. 11 avait, il y a trois ans, un domestique, René, dont il secourait le père et la mère. « Depuis ce temps, René, éclairé par le Journal de Paris et d'autres lumières, quitia le meilleur des maîtres, non pas civilement, mais très civiquement, dans le véritable sens de la révolution, en lui reprochant avec la plus philosophique impertinence vingt griefs aussi forts que celui d'exiger que de deux citoyens égaux dont

l'un paie et l'autre est payé, le premier fût assis dans sa propre voiture, et le second debout par derrière. »

René avait été soldat. Il est nommé Commandant de la garde nationale du bourg. A la fin de juillet, le chevalier qui s'était installé comme de coutume chez son ami, reçoit une lettre anonyme qui l'invite à ne pas paraître dans le bourg. Il y va quand même, le dimanche, à la grand'messe. « Au retour, un spadassin déguenillé lui signitia patriotiquement, le sabre au poing, l'injure sur les lèvres, et en le tutoyant, de partir dans les vingt-quatre heures. C'était quatre jours après la Fédération. »

Pressé de questions, le quidam avoue qu'il vient de la part du Commandant. Sur quoi, le chevalier écrit au Commandant :

(( J'aime à croire, monsieur, que les étranges propos qu'on ose tenir de votre part, et les avis ci-joints, ne viennent pas de vous. Le poste honorable que vous occupez demande de l'honnêteté, et je suis très porté à vous en supposer. J'espère donc que la réponse qu'il vous plaira de faire à la présente, et les ordres que vous donnerez, me confirmeront dans cette juste opinion, et m'assureront la tranquillité. Vous n'ignorez pas que je ne trouble jamais celle de personne, et que je n'ai faitque du bien à vous et aux vôtres. Je vous souhaite le bonjour. »

Réponse du Commandant.

« On n'a rien fait que je né ordoné. Vous avez bien de l'odasse de m'écrire que vous êtes porté à me supposer de l'honeteté, et de ne pas finire par vôtre très humble et très obéissant serviteur que vous êtes vous et vos pareil. Aprené que je suis un ofisier générale de la nation. Vous ne fute jamais qu'un petit capitene de solda du pouvoir exéqutif et rien de plut; il n'y a pas de compareson. Si je désir que vous vous élouagné, c'ait par patriotiseme, pour que vous n'aiez pas l'aristocrassie de me calomnier du maut de valait dont se serve les insolent comme vous. Mon père et ma mère sont mores, qu'ils vous payent, la nation ne vous douât que la lanterne s'il y en avait ici; mais cela viendrat, et rien de plut justes par les drois de l'home pour avoir eue l'infami de mapeler vôtre valait pandan cinq ans, tandi que nous autre du tier nous étions des dupe avant que M. Neque nous ouverit le yeux. Aujourd'hui nous some des roix. Je conte que vous ne serez pas où vous ete demain, qar je ne suis pas raisponsable de mon armé qui m"a juré fidélité, parcequ'il n'y a de raisponsable que les ministres. Puisque vous avez fait vôtre sermant sivique, je le pensse, vous m'obéirez et à la nation que je comande dont il est le souverain. I n'y a ni chevalier ni roi qui tiène, quoique cepandent nous disions pour la frime la loi et le roi, attendu que dans la vérité nous somes tous egos, libres et enfain heurreus. Vous ferrez bien de partire. Doné tout à l'heurre.

Le 18 juillet 1790,

D. J. René, comend. de bataïon. »

Le chevalier envoie au maire copie de la lettre de René, avec ces lignes :

« M. le Maire,

« Je suis désolé de ne pouvoir empêcher aujourd'hui que M. René n'ait été mon valet l'année passée; mais je crois qu'il dépend de vous qu'il soit plus circonspect, et qu'il ne compromette plus ma sûreté, puisque le militaire est subordonné aux municipalités par la Constitution. Personne n'est plus paisible que moi; je serai constamment fidèle à la loi, à la nation, à la Constitution, à vous, M. le Maire, et au roi aussi, puisqu'on a la bonté de me le permettre, etc. J'ai l'honneur d'être,

M. le Maire, Votre très humble et très obéissant serviteur, de N***. »

Réponse du maire :

« Monsieur,

« La nation m'a constitué en dignité pour la pais et non pour les créle. Il me paret que vous ete un aristoquerat; tout despendera de votre conduite, et en attenden vous feré for bien de vous élouagné, parceque un movai coup est bientôt fait, et que si vous ane étié la viquetime, je seret obligé de le soufrire n'ayan pas la forse pour rien et devan veillere as que la nation n'ai pas tort come de réson. Ainsi, M. le comendan qui set les drois de l'omme, ne peut c'être condui quan millitere digne de son ren, et je ne puis que vous eczoreterre à partire et à émere la liberté et notre oguste constitusion avec les senlimans de laquel je suits parfaiteman

Monsieur,

Votre afequecioné, etc. »

<> Il est presque inutile d'ajouter, conclut l'article, que le chevalier a profité de ce moment de liberté pour revenir à Paris... et qu'il va passer dans rétranger. »

Liste chronologique des œuvres ou opuscules publiés de son vivant.

d ° Mercure de France.

Cubières, dans la Confession du comte Grifolin, puis dans la Vie d'Antoine Rivarol, atteste que Rivarol, peu de temps après son arrivée à Paris, fut présenté à Panckoucke et collabora au Mercure incognito, mais qu'il s'en écarta promptement, à la suite de ses démêlés avec Garât. J'ai interrogé la collection du Mercure à partir du jour où Panckoucke en devient le propriétaire (juin 1778). Parmi les articles anonymes, il en est bien peu qui puissent être attribués avec quelque vraisemblance à Rivarol; je n'en compte qu'une douzaine (voir chapitre m) : le point d'interrogation indique ceux sur lesquels je n'ose être tout à fait affirmatif.

25 février 1779, sur le Théâtre de M. Laus de Boissy.

? 5 mars 1779 : Choix de Pensées de Sénèque.

? 18 septembre et 16 octobre 1779 : sur une pièce de vers couronnée par l'Académie.

25 septembre 1779, sur un livre de M. Sue le jeune dont voici le litre : Essais historiques, littéraires et critiques sur l'art des accouchements, ou recherches sur les coutumes, les mœurs et les usages des anciens et des modernes dans les accouchements, l'État des sages-femmes, des accoucheurs et des nourrices chez les uns et chez les autres; ouvrage dans lequel on a recueilli les faits les plus intéressants et les plus utiles sur cette matière, avec un grand nombre de notes curieuses et d'anecdotes singulières. « Ce titre seul, dit l'article, pourrait tenir lieu d'analyse.... Les auteurs qui ont le moins pensé aux accouchements ont été mis à contribution par la sollicitude de M. Sue. »

? 30 octobre 1779 : sur des vers de Flins des Oliviers.

? 21 octobre 1880 : sur un Pi'écis historique de la marine royale fait de phrases volées à Voltaire.

356 BIBLIOGRAPHIE DE RIVÂROL.

23 et 30 décembre 1780 : Sur les Récréations dramatiques ou choix des principales tragédies du grand Corneille, etc.

17 lYWrier 1781 : sur une Traduction envers de VArioste.

16 juin n81 : sur Y Architecture, poème en trois chants par M. Maillier, architecte.

14 juillet 1781 : sur le JSouv eau-Monde, poème épique par M. le Suire.

? 2o mars 1782 : sur deux Traductions de Quinte-Curce.

Dès lors, jusqu'au 8 juillet 1786, il n'y a plus rien dans le Mercure qui ressemble de près ou de loin à du Rivarol.

2^ Lettre de M. le Président de *** à M. le Comte de *** sur le Poème des Jardins.

Premiers jours de juillet 1782 (voir les Annonces littéraires du Mercure, le 20 juillet); anonyme. Œuvres complètes, t. II, p. 193-206; la note de Sabatier, p. 201, est une addition des éditeurs.

3° Le Chou et le Kavet.

Automne de 1782 (voir les Annonces littéraires de VAlmanach des Muses pour Vannée 4183,^. 294); publié avec une réimpression du précédent opuscule en une toute petite brochure de 35 pages sous ce titre : Lettre Critique sur le Poème des Jardins, suivie du Chou et du Navet, par M. le comte de Barruel; en épigraphe :

Sifflez-moi librement, je vous le rends, mes frères.

Voltaire.

à Amsterdam, et se trouve à Paris chez les marchands de nouveautés, MDCCLXXXII. Œuvres complètes, t. III, p. 311-314; je ne sais où les éditeurs ont pris les deux vers qu'ils citent dans une note. Ils disent qu'ils les empruntent à l'édition originale : je possède cette édition, qui est aussi à la Bibliothèque Nationale, et les deux vers cités n'y sont pas. 11 est vrai qu'au dire de Cubières le Chou et le ISavet fut imprimé et réimprimé u plus de trente fois »; Rivarol a pu, une fois ou l'autre, y glisser quelque variante. Il y eut notamment une édition des deux mêmes opuscules sous ce titre : Suite du Poème des Jardins ou Lettre d'un président de province à M. le Comte de Barruel..., 1782, in-8 de 28 pages (voir Quérard).

4" Lettre à M . le Président de **\sur le Globe aérostatique, sur les Têtes parlantes, et sur Vétat jwésent de V opinion publique à Paris; — j)our servir de suite à la Lettre sur le Poème des Jardins. En épigraphe : Audax Japeti Genus, Hor. Paris, chez les marchands de nouveautés, 1783, in-8.

La Lettre est datée du 20 septembre; anonyme. Je reproduis le titre tel que le donne Cubières qui avait l'édition originale sous les yeux, et qui a réimprimé la Lettre à la fin de sa Vie d'Antoine Rivarol. L'ex(Mnplaire de la Bibliothèque Nationale, également daté 1783

porte : airostatique, et au-dessous du titre : Londres et Paris, Cailleau. Œuvres complètes, l. II, p. 207-246; les éditeurs ont supprimé une jolie note sur « le physicien très-distingué ».

50 De V Universalité de la Langue française.

Été de' 1784. Grimm en rend compte en septembre; le Mercure y fait allusion le 23 octobre dans ses Annonces littéraires à propos d'un livre de Sauseuil. La première édition est celle qui parait à Berlin, chez Georges-Jacques Decker, imprimeur du Roi, par ordre de V Académie (de Berlin); in-4; en date, 1784; en titre : Dissertations sur l'Universalité de la Langue française, qui ont partagé le prix adjugé par r Académie royale des sciences et belles-lettres le 3 juin 118i; le volume contient d'abord le discours de M. le Comte de Rivarol, ensuite celui de J. C. Schivab, professeur de philosophie à l'Académie Caroline de Stuttgard. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire de cette première édition. — Une seconde édition, sans nom. d'auteur, joli petit volume in-8 qui ne contient que le discours de Rivarol, paraît dans les premiers mois de 1785 (le Journal de Paris l'annonce le 14 avril) à Paris, chez Prault et Bailly, par les soins de Rivarol luimême; c'est celle dont il promet l'envoi prochain à l'abbé Roman dans sa Lettre du 8 janvier 1785. Elle présente d'assez grandes différences de texte avec la première. Enfin une troisième édition, revue et corrigée encore par lui, parait en 1797 à Hambourg, chez Fauche (quelques exemplaires portent : à Paris), en même temps que le Discours Préliminaire, et porte le nom de A. C. de Rivarol (Antoine, comte de). La Nationale possède aussi ces deux dernières éditions. CEuvi^es complètes, t. II, p. 1-196 : le texte y est conforme à celui de la troisième édition.

6° Dialogue entre Voltaire et Fontenelle.

Juillet ou août 1784; anonyme. L'édition originale est perdue. Rivarol cite le Dialogue dans sa Lettre à l'abbé Roman. FayoUe l'a réimprimé sous le litre de Dialogue des Morts dans ses Mélanges littéraires, composés de morceaux inédits de Diderot, de Caylus, de Thomas, de Rivarol, d'André Chénier, etc. Paris, Pouplin, 1816, in-12, p. 1-18. Quérard le date 1785 : mais la Lettre à l'abbé Roman suffirait à prouver qu'il est antérieur à 1785, et de plus il y est question de VÉloge de Fontenelle par Garât qui va être couronné à l'Académie (à la séance du 15 août 1784) : l'allusion date de Dialogue. Il n'est pas dans les (Euvres complètes; il manque à la Bibliothèque Nationale. M. P. Malassis l'a réédité d'après les Mélanges de Fayolle, en 1877, dans ses Écrits et Pamphlets de Rivarol, en intervertissant l'ordre des noms dans le titre.

7° VEnfer, poème du Dante, traduction nouvelle.

Janvier 1785 : date certaine, en dépit d'assez fortes objections. La plus forte est qu'il existe des exemplaires datés 1783; j'en connais trois pour ma part, l'un à la Bibliothèque royale de Berlin, un autre

à la Bibliothèque royale de Bruxelles, un autre à la Bibliothèque Mazarine. En outre, l'édition originale du discours de V Universalité^ de 1784, contient déjà la note qui renvoie le lecteur à la « nouvelle traduction... imprimée à Paris ». La vérité est que les exemplaires qui portent 1783, portent une fausse date (plus avisé que Quérard, Barbier s'en est aperçu et l'a dit dans le Dictionnaire des Anonymes); et la note prouve seulement qu'en écrivant son discours dans l'hiver de 1783 (les manuscrits devaient être envoyés à Berlin avant le 1<^'* janvier 1784) Rivarol croyait que sa Traduction serait publiée avant son discours. Elle était déjà connue de certains de ses amis : « Il est bon d'avertir, dit-il dans son Avis de Véditeur, que cette traduction faite depuis quatre ans, a été communiquée à quelques personnes »; dans une note du chant XXV il répond à des critiques que son ouvrage, montré ici ou là en manuscrit, lui a déjà values : dans sa Lettre du 29 juillet 1783 aux auteurs du Journal de Paris, il rappelle les éloges qu'il a en revanche reçus de Diderot (mort en 1784). Le désir d'y retoucher encore l'a retardé. La Lettre à l'abbé Roman ne laisse place à aucune équivoque : « Vous recevrez peu après ma lettre (du 8 janvier 178o) un exemplaire de la traduction du Dante, ouvrage fort attendu et qui va être jugé à la rigueur ». La traduction parait donc dans les premiers jours de janvier 1785; et en effet elle est annoncée le 15 dans le Journal de Paris, à la rubrique Livres divers : « L'Enfer, poème du Dante, traduction nouvelle : à Londres, et se trouve à Paris, chez Didot jeune, Mérigot jeune, quai des Augustins, et chez Bailly, rue Saint- Honor é ; nous ferons dans peu l'extrait de cette importante traduction qui était attendue avec impatience : elle est de l'auteur du discours sur Y Universalité de la Langue française ». C'est l'édition en un volume in-8 de 503 pages que Framery décrit à son tour dans son article du Mercure (25 juin 1785); il y en a un exemplaire à la Bibliothèque de l'Arsenal; elle est datée 1785, pas de nom d'auteur, le texte italien fait face à la traduction française. Une édition en deux volumes in-8, en vente chez les mêmes Hbraires, est également datée 1785, avec l'indication, au-dessous du titre : par M. le Comte de Rivarol. J'en connais deux exemplaires, Tun qui est à la Bibliothèque Nationale, l'autre qui appartient à la famille Tollin. L'une et l'autre éditions ont l'épigraphe : Qui mi scussi, etc. ; nulle différence de texte. Le frontispice des exemplaires faussement datés 1783 est identique, sauf qu'il porte : à Londres, et se trouve à Paris, Mérigot le jeune.., Barrois le jeune.., paiS de nom d'auteur. Texte et notes sont conformes aux autres éditions, sauf une variante sans importance au chant I et une note de plus au chant XIX. Œuvres complètes, t. 111, p. 1 à 295; réimprimé en 1867 dans la collection de la Bibliothèque nationale à 25 centimes; 2 volumes.

8° Épitre au Roi de Prusse.

Fin de l'été de 1785; contrairement à ce que dit Quérard. Quérard, qui la croit de 1784, pouvait ignorer la date à laquelle Rivarol fut

nommé membre de l'Académie de Berlin (13 juillet 1785); mais comment n'a-t-il pas vu que cette Épître est, plus encore qu'un remerciement au roi de Prusse, une réponse à la critique que Garât a faite du discours de l'Universalité dans le Mercure des 6 et 13 août 1785? — Insérée, à coup sûr sans l'aveu de Rivarol, dans VAlmanach des Muses de 1786. Œuvres complètes, t. III, p. 296-300.

9° Article sur VÉpitre à V Amitié lue à V Académie française... par M. Ducis.

Publié dans le Mercure du 8 juillet 1786, sans nom d'auteur. A la table des matières pour l'année 1786 {Mercure du. 30 décembre 1786) : « N° 26, Épitre à VAinitié, par M. Ducis; l'article est de M. le G. de Rivarol ». La première moitié de l'article a reparu en avril 1797 dans le Spectateur du Nord, très retouchée par l'auteur; c'est le morceau que les Œuvres complètes intitulent : Essai sur l'Amitié; t. II, p. 306- 321. La seconde moitié se retrouve dans les Œuvres complètes, t. II, p. 348-356, sous le titre : Fragment d'une Critique de VÉpitre sur Vamitié de M. Ducis, et avec un préambule inintelligible des éditeurs : « Ce morceau, disent-ils, qui fut originairement inséré dans le Mercure en 1786, y servait d'introduction à un article de littérature sur une Epître à l'amitié ». Loin d'être une introduction, ce morceau est la fin de l'article qu'ils ont coupé en deux en supprimant la transition qui rattachait les deux parties; ils ont en outre altéré légèrement le texte en trois endroits.

10° Article sur les Nouveaux synonymes français de M. l'abbé Roubaud.

Publié dans le Mercure du 16 décembre 1786, sans nom d'auteur. A la table des matières pour l'année 1786 {Mercure du 30 décembre 1786) : « N*^ 49 : Nouveaux synonymes français par M. Vabbé Roubaud; article de M. le C. de Rivarol ». Reproduit par Cubières à la fin de sa Vie d'Antoine Rivarol, avec deux légères variantes. Œuvres complètes, t. II, p. 173-192; d'après le texte de Cubières.

11° Article sur le Discours sur le Droit romain destiné à être prononcé devant la Faculté de droit d'Orléans par M'^ Lambert.

Pubhé dans le Mercure du 7 juillet 1787; à la fin de l'article : « Cet article est de M. le C. de R. » Œuvres complètes, t. II, p. 321-329.

12^ Récit du Portier du sieur Pierre Augustin Car on de Beaumarchais.

Juin 1787; anonyme; postérieur de peu de jours à la dernière répétition de Tarare qui est du 6; reproduit par Grimm dans sa Correspondance y juin 1787. Œuvres complètes, t. III, p. 301-303. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire de l'édition originale, une feuille double, in-8, sans lieu ni date; un autre exemplaire est au British Muséum. Ni le texte des Œuvres complètes, ni celui de la Correspondance de Grimm ne sont conformes à l'original, lequel ne donne que l'initiale des noms propres : une main inconnue a comblé

les blancs sur l'exemplaire de la Nationale, et souvent mieux que n'avait fait Grimm.Ge ne sont pas les seules différences entre les trois textes.

130 le Songe cVAthalie, par M. G. R. I. M... de la R. E. Y. N....

Publié en décembre 1787, sauf le Désaveu du sieur Grimod de la Rcyniùrc, et le Vrai Désaveu de la Parodie du Songe d'Athalie et de son Désaveu, qui sont venus l'un après l'autre grossir et prolonger jusqu'en janvier 1788 le succès de la brochure (voir Correspondance de Grimm, décembre 1787 et janvier 1788; VÉpitre dédimtoire à M. le marquis Ducrest était datée du 28 novembre 1787 dans l'édition originale). Cette édition de 1787, qui manque à la Bibliothèque Nationale^ est à la Bibliothèque royale de Berlin et au British Muséum. Œuvres complètes, t. II, p. 267-305.

440 Le Petit Almanach de nos Grands Hommes^ année 1788.

Doit être de la fin de janvier. Dès le 10 février, le Journal de Paris publie des ripostes; Grimm en parle aussi en février. Multiples éditions dans le cours de l'année, et nombreuses additions au fur et à mesure. Le texte que donnent les (Euvrcs complètes, t. V, p. 1-229^ n'est pas le plus volumineux.

150 Lettres à M. Necker.

Elles ont paru successivement : Première Lettre à M. Necker, sur r Importance des Opinions religieuses ; Berlin, 4 788. — Seconde Lettre à M. Necker, sur la Morale ; Berlin, 1788; in-8. Anonymes. Elles datent de la fin du printemps : « La brochure, dit Grimm en juillet, a paru au moment de l'Assemblée du clergé » (15 juin). L'édition originale manque à la Bibliothèque Nationale, et se trouve au British Muséum de même qu'à la Bibliothèque royale de Berlin. Quérard dit que les deux Lettres ont été réimprimées t. II des Chefs-d'œuvre politiques et littéraires de la fin du xviii^ siècle, Neuwied, 4788, 3 volumes, in-8; ouvrage que je n'ai pas retrouvé. Œuvres complètes, t. Il, p. 97-169.

16° Journal Politique National.

Il forme trois séries, ou abonnements.

Première série. Le Prospectus paraît le 12 juillet 1789. Les quinze premiers numéros seuls sont datés : 12, 14, 16, 19, 21, 23,26,28, 30 juillet^ 2,4, 6,9, 11, 13 août. Le n° 16 contient une lettre de Sabatier datée du 12 septembre; la série n'est achevée qu'à la lin de novembre. Elle comprend vingt-quatre numéros, en comptant le Prospectus qui forme le n» 1, et la Lettre sur la capture de Vahhé Maurij qui forme le vingtquatrième numéro, non numéroté (la Lettre a été ensuite éditée à part). Chaque numéro a huit pages in-8. Prix de la souscription : 6 livres à Paris, 6 livres 12 sols dans les Pays-Bas; on souscrit d'abord à Versailles, à Paris ou à Bruxelles, chez divers libraires; à partir du numéro 21, chez M. Turpin, négociant rue des Fossés-Montmartre, n» 25, à Paris. — Le premier Résumé commence au n^ 2, continue-

aux n°s 3 et 4, finit au n° 5. Le second, intitulé Nouveau Résumé, commence au n<^ 6, continue aux n°s 7, 8, 0, 10, 11, 12, finit au n° 13. Pas de Résumé dans les n°^ 14 et 15. Le troisième commence au n° 16, continue aux n°^ 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23. Parfois, le Résumé occupe tout le numéro (n"*^ 2, 3, 4, 9, 11, 16, 17, 20, 21, 22, 23) ; d'autres fois, il est accompagné de Lettres, d'Avertissements, d'entrefilets.

Deuxième série. Elle commence à paraître le 1^'' décembre 1789. Le 2*^ numéro contient une lettre, de Vienne en Dauphiné, datée du 6 décembre. Le n° 6 en reproduit une datée du 20 décembre. Le n^ 10, Adresse à MM. les Impartiaux, est de la mi-janvier 1790 : le club ne s'est ouvert que du l*^'' au 4 février, mais était annoncé depuis décembre; la lettre de Servan aux Amis de la Paix est de décembre 1789, celle des Impartiaux aux Amis de la Paix, du 2 janvier (voir les Mémoires de Malouet). Le n° 12 contient une lettre où il est dit qu'on est à la fin de janvier. Le n° 14 est postérieur au 4 février : il y est question du discours prononcé ce jour-là par le roi à l'Assemblée. Le no 23 doit être de la fin d'avril : « Après un an de fautes et de malheurs », dit-il à l'Assemblée; le numéro contient une allusion au prétendu départ de Necker, lequel menaçait l'Assemblée à la fin de toutes ses lettres de se démettre de ses fonctions. — La série complète a vingt-quatre numéros. Le troisième Résumé continue aux no* 1 et 2, s'achève au n^ 3; dans ce même numéro commence le quatrième Résumé qui continue aux n^* 4^ 5^ g^ 7^ g et 9, s'interrompt au n° 10 {Adresse à MM. les Impartiaux), reprend aux n°s H, 12 et finit au n^ 13. Le cinquième Résumé commence au n" 14, continue aux no« 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, et finit au n« 22. La Réponse à l'Adresse de V Assemblée (du 11 février 1790) commence au n° 23, continue au n" 24. — La série renferme, en outre, des Avertissements, des Avis, des entrefilets; une Lettre dhin Capitaliste, n° 12, qui est sans conteste de la main de Rivarol; de même, au n°,14, un Discours pour le roi, au n» 15, un autre Discours pour le roi, qui sont aussi de Rivarol. Chaque numéro a 12 pages. Prix de la souscription, 12 livres.

Troisième série. « L'abonnement, dit le n° 1, pour trois mois est de 12 livres à compter du I^^' mai. » Le n° 1 contient une allusion à la prise de Marseille sur les troupes du roi (mai 1790). Le n^ 2 paraît avoir suivi de près. Le n° 3 dit : u Après deux mois de retard je reprends la plume »; il y a donc eu interruption de la fin de mai à la fin de juillet, et le n» 3 doit être d'août 1790. Le n» 4 parle de l'abolition des titres de noblesse (19 juin), comme d'un fait déjà ancien. Le n^ 5 est postérieur au départ de Necker, c'est-à-dire aii 4 septembre. Le n° 7 est postérieur à l'abandon que le roi a fait de sa vénerie et à la publication de la procédure du Châtelet, deux faits qui datent de septembre. Enfin le n° 8 est postérieur au pillage de l'hôtel de Castries (13 novembre), et au renvoi du ministère Saint- Priest (21 novembre) ; il paraît à l'heure où il est question de nommer

Pastoret ministre, et donc dans les derniers jours de novembre 1790. Là s'arrête la troisième série qui n'a que huit numéros, au lieu des vingt-quatre annoncés. Les n"** 1, 2, 3, 4 et o sont la suite de la Réponse à VAdresse de l'Assemblée; le n^ 6 porte en titre : Des Assignats. Un sixième Résumé commence au n** 7, continue au n° 8.

Le titre du Journal Politique National présente quelques différences d'une édition à l'autre. La première série porte tantôt : Journal Politique National., publié par M. Vabbé Sabatier et tiré des Annales manuscrites de M. le Comte de R. (voir à la Bibliothèque de l'Hôtel Carnavalet), tantôt '.publié par M. Vabbé Sabatier de Castres m ^789; elle a été réimprimée en 1789 et 1790, soit au complet, soit en vingt et un numéros (en pareil cas, la Lettre sur la Capture... forme le n"^ 21, le Prospectus et les n^* 14 et 15 où le /tésî<mé manque sont supprimés). La deuxième série porte : publié d'abord par M. Vabbé Sabatier et maintenant par M. Salomon à Cambrai; la troisième : publié par M. Salomon à Cambrai.

L'Hôtel Carnavalet possède l'édition originale et une réimpression datée 1790, des deux premières séries. Seule, la Bibliothèque xSationale — qui possède trois éditions du Journal — en possède une complète, je veux dire où se trouvent non seulement les deux premières séries, mais les huit numéros de la troisième; le précieux exemplaire provient de la vente La Bédoyère. Aucun de ceux qui ont parlé du Journal ne semble l'avoir feuilleté jusqu'au bout, — excepté M. Hattin. Le consciencieux historien de la Presse a reconnu l'existence des trois séries et relevé l'erreur de Deschiens qui n'en signalait que deux; encore M. Hattin n'attribue-t-il à la première que vingt- trois numéros, faute d'y compter la Lettre sur la Capture. Mais il est un peu singulier que M. de Lescure qui se pique d'avoir fidèlement réédité le Journal en 1880, n'ait pas su trouver la troisième série; et plus singulier, qu'il en ait publié, sans le savoir, les n^^ 7 et 8, du moins en partie, d'après la réimpression qu'en avait donnée en 1797 le frère de Rivarol : il les a publiés en Appendice, en s'excusant dans une note d'offrir au public des pages dont il ne pouvait garantir l'authenticité, et en déclarant que le Journal de Rivarol se terminait au n» 24 de la deuxième série, dans l'édition de 1790! Il répète avec la même légèreté dans son Rivarol et la Société française^ p. 229, que Rivarol a cessé de publier son Journal après les journées d'octobre; le vrai est que les Résumés ne s'étendent que jusque-là, mais que la publication en a traîné jusqu'en novembre 1790.

Malgré tout, l'édition de M. de Lescure vaut encore mieux que celles de ses devanciers. Le premier d'entre eux est Claude-François de Rivarol qui a, comme je viens de l'indiquer, publié en 1797 une soi-disant réimpression du Journal Politique National sous ce titre : Tableau historique et politique des travaux de V Assemblée Constituante^ depuis Vouverture des États généraux jusqu'après la journée du 6 octobre 1789 (Paris, Maret, 1797, in-8). C'est ce texte (il ne reproduit

du Journal que les Résumés et lui ôte son aspect vrai, l'aspect d'un journal de combat) qui reparaît dans les Œuvres complètes, t. IV; et qui s'est intitulé, dans la collection Berville et Barrière (Baudoin, 1824), Mémoires de Bivarol.

J'ai dit (chap. i) que la part de collaboration de l'abbé Sabatier se réduisait à fort peu de chose. Deux lettres de lui, de lui tout seul et signées, l'une au n° 5, l'autre au n» 16 de la première série, permettent de comparer son style avec celui de Rivarol, et la comparaison est édifiante. Sa lettre du n° 5 ne se trouve que dans l'édition originale : Rivarol l'a retranchée des éditions suivantes qu'elle eût trop déparées. Le Prospectus du 12 juillet 1789 est sans aucun doute de l'abbé; faire un Prospectus, cela pouvait rentrer dans ses attributions. Mais il s'en est si mal acquitté que Rivarol y a dû joindre ensuite une note qui en atténue les affirmations optimistes, peut-être même en rédiger un autre pour la seconde série de son Journal : le « joli Prospectus » que Peltier {Correspondance Politique, n<^ X) se vante d'avoir fait distribuer avec un numéro des Actes des Apôtres, c'est-à-dire au plus tôt en octobre 1789, ne devait pas être celui du 12 juillet, le seul qui se soit conservé jusqu'à nous. Je ne sais à quoi pensait M. P. Malassis, quand il a dit que Sabatier était fauteur de V Adresse à MM. les Impartiaux (2« série, n" 10) : idées et style y sont de Rivarol. M. Malassis et M. de Lescure qui a supprimé cette Adresse dans son édition du Journal, ont pris à contresens V Avertissement du n» H. En réalité, ce n'était un secret pour personne dès f époque de la Révolution que Sabatier n'était que le metteur en pages de Rivarol; voir Cubières, IL de la Porte, la préface de V Esprit de Rivarol, etc. Son journal, dit M. de Belleval dans une lettre à VApollon du 1*^'" novembre 1822, « avait d'abord été publié sous le nom de fabbé Sabatier de Castres qui avait la sottise de s'en laisser croire l'auteur ». Le propre frère de Rivarol avait dit à la fin de 1789 dans un petit poème (attribué à tort à Peltier), les Philippiques ou les Crimes de Paris : « Son Journal Politique National est un ouvrage qui passera à la postérité.... On sent bien que fabbé Sabatier n'est que son prête-nom et qu'il n'est pas digne de lire ce journal. » Ma conviction est qu'à partir de la 2« série Rivarol reste seul, aidé du libraire Turpin qui s'occupe des souscriptions, du tirage et de fexpédition de la feuille : le nom de Sabatier disparaît de la couverture, ou n'y est plus qu'un rappel du passé. Un article du Journal général de la Cour et de la Ville, du 26 novembre 1791, montre « un long serpent », fabbé Sabatier, fort occupé à dénigrer, avec quelques autres convives de Mme de Staël, le Journal Politic/ue National. Ce Sabatier était un triste sire que Voltaire avait étrillé. Rivarol, qui se moquait déjà de lui dans la Lettre sur la Capdure de Vahbé Maurij, a dû le mettre assez vite à la porte; nous le retrouverons : il est rentré par la fenêtre pour voler les papiers du mort.

17° Actes des Apôtres.

Onze tomes. Les dix premiers comprennent chacun trente numéros, plus une Introduction, un Épilogue, et quelquefois une Explication de l'estampe placée en tête du volume; le onzième n'a que onze numéros. Quoique le tome I porte : « Commencés le Jour des Morts et finis le jour de la Purification », il ne faut pas prendre au pied de la lettre des mots dont l'intention est ironique. Les premiers numéros sont antérieurs au 2 novembre : le numéro 1 est reproduit à la date du 23 octobre dans les Mémoires pour servir à VHistoire de Vannée 4789. Pendant plus de quinze mois le journal paraît tous les deux jours (deux cent quarante numéros de la lin d'octobre d789 au Carnaval de 1791); puis la publication en devient fort irrégulière, est suspendue depuis la fuite du roi jusqu'à la fin de juillet; bref, les soixante et onze derniers numéros s'échelonnent du mardi gras de 1791 à la fin de janvier 1792. En septembre 1791 avaient paru six Petits Paquets ou suppléments.

Il est impossible de fixer le nombre et de dresser la liste rigoureusement exacte des rédacteurs. Le journal accueille des envois de toute provenance, pourvu que l'esprit en soit hostile à la Révolution : un jour, il publie une lettre du député Guillermy à la municipalité de Castelnaudary et en remplit quatre numéros (n^^ 147^ \i^%^ ^49^ 150); un autre jour, une lettre de Meunier à M*** à Paris (n^ 177); souvent des lettres ou discours de Dergasse, Montlosier, Clermont- Tonnerre, Lally-ToUendal, Lauraguais; plus souvent encore des articles, prose ou vers, anonymes. Peltier, Rivarol, le vicomte de Mirabeau et Champcenetz sont les chroniqueurs ordinaires; Suleau se joint à eux à partir du printemps de 1790 (n» 90); ils ont eu aussi pour auxiliaires le marquis de Bonnay, le chevalier de Boufflers, le comte de Tilly, Digoine, Régnier. A ces noms qui se lisent çà et là dans le texte même du journal ou sur l'Estampe du tome VI, il en faudrait sans doute ajouter d'autres, par exemple ceux du comte de Barruel- Beauvert, cousin de Rivarol, et de Claude-François de Rivarol qui ne se cachaient pas d'avoir fait campagne aux Actes des Apôtres à côté d'Antoine.

Voici la liste des articles qui me paraissent être de Rivarol, soit que j'y retrouve à la fois ses sympathies et ses antipathies, ses idées et son talent, soit que j'y relève des mots de lui déjà connus, soit enfin que l'article figure, en même temps que dans les Actes, dans le Journal Politique National. Ici encore, un point d'interrogation va désigner ceux dont je n'ose affirmer catégoriquement qu'ils soient de lui.

No 1. Tout le numéro.

N° o? Avis aux Acheteurs.

? Lettre du club patriotique d'Andrinople à Chamfort. Article sur Robespierre.

N<^ 7. Réponse de M. de Robespierre ; l'article se lit dans une édi-

tion de 1790 du Journal Politique National, i^^ série, n» 20 (Hôtel Carnavalet).

N° 10? Sur la Constitution.

No 19? Parodie de Phèdre.

No 27?? Parodie d'Athalic.

N° 32. Lettre d'un capitaliste à l'Assemblée nationale {Journal Politique National, 2° série, n» 12).

No 34. Discours attribué à Charles I*^"" d'Angleterre {Journal Politique National, 2^ série, n^ 14; le discours y est placé sur les lèvres de Louis XVI).

No 53? Affaire du prévôt de Marseille.

No61? Séance aux jacobins; lettre du sieur Filoutin.

No 73? Suite de cette lettre.

No 94. Explication d'une charade.

No 115? Dénonciation d'un écrivain anti-patriotique (Tacite).

No 138. Grande trahison de M. Dinochau.

No 163. Dialogue des morts.

N'o 181. Lettre de M. Villette à M. Riquet-à-l'Enchère, ci-devant comte de Mirabeau.

Nos 231, 239 et 264? Lettres du citoyen Bacon à Carra.

No 264 : Quatrain sur Frédéric IL

Des mots de lui, épars dans les Actes, il y eu a beaucoup; je les ai signalés au chapitre iv; c'est surtout ainsi, c'est en causant qu'il a collaboré au journal de Peltier; mais j'estime qu'il y a peu de pages rédigées de sa main.

180 Petit Liclionnaire des Grands Hommes de la Révolution, par un Citoyen actif, ci-devant Rien.

(Au Palais-Royal, imprimerie nationale, 1790, in-8) anonyme. L'ouvrage doit être d'août 1790, ou de septembre; il y est question du retour du duc d'Orléans à Paris pour la fête de la Fédération comme d'un fait accompli, et, d'autre part, la Correspondance de Grimm mentionne en septembre ce « modèle de persiflage et d'impertinence ». Le Petit Dictionnaire n'a jamais été réimprimé. Il y en a trois exemplaires à l'Hôtel Carnavalet, deux à la Nationale.

190 Lettres et Mémoires à M. de La Porte.

Le premier Mémoire est du 25 avril 1791; la dernière Lettre du 30 septembre 1791. La première édition complète en a été faite par la veuve de Rivarol, sous ce titre : Conseils donnés à S. M. Louis XVI en 119i pur l'intermédiaire de M. de La Porte, intendant de la liste civile; ouvrage inédit de M. le comte de Rivarol, suivi d'une Lettre sur M. le Marquis de La F***, par le même. Paris, chez Moreau, 48W. — M. P. Malassis en a donné une réimpression en 1877 {Écrits et Pamphlets de Rivarol). Il ne paraît pas se douter que la plupart de ces écrits avaient été imprimés longtemps avant l'édition de 1820. Ils l'avaient été en 1793. Dans le Troisième Recueil, tome premier, des

Pièces imprimées d'après le décret de la Convention Nationale... dépo^ sées à la Commission extraordinaire des douze établie pour le dépouillement des papiers trouvés dans l'armoire de fer, etc., figurent six pièces, classées sans nom d'auteur ni de destinataire, aux numéros XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX et XXXV, que je n'ai pas aperçues sans émoi.

La première est le Second Mémoire : « II ne faut pas juger l'Assemblée Nationale », etc. ; du 22 septembre, disent les deux éditions de 1820 et de 1877; ici non daté.

La seconde est la Lettre à M. de La Porte du 30 septembre : « En écrivant dans ma solitude », etc., datée.

La troisième est la Lettre à M. de La Porte que les deux éditions datent du 2 septembre : « Me voici, monsieur, coAime Saint-Rustique », etc. ;'en haut : A Maisons; non datée. La date du 2 septembre est contestable : la lettre accompagne en effet le Discours proposé au roi qui, à s'en rapporter à la pièce suivante, est du 4.

La quatrième est la Lettre à M. de La Porte que les deux éditions datent à tort du 11 septembre : «Voici encore quelques coups d'œil de l'ermite », etc. ; elle porte : A Maisons, ce 40 septembre, et renferme les Observations relatives au Discours du 4.

La cinquième est ce Discours. Elle est intitulée : Essai d'un discours du roi aux français : « Si j'étais un Prince étranger », etc. Elle ne devrait faire qu'un avec la troisième qui était un billet d'envoi joint au Discours.

La sixième est la Lettre à M. de La Porte que les deux éditions datent à tort du 13 septembre : « J'ai oublié, monsieur, une idée importante », etc., elle porte : Mardi 44 septembre.

Il manque donc dans le Becueil trois des écrits que donnent les deux éditions postérieures : 1 ° Le Premier Mémoire à M. de La Porte, du 25 avril 1791. 2^^ La lettre à M. de La Porte qu'elles datent faussement du 15 mai : les allusions si précises à « la scission du club des Jacobins », aux « Feuillants », à « la dispersion des républicains et des factieux », à « la tranquillité momentanée de Paris », enfin à « l'exécution de la loi Martiale », prouvent qu'elle n'a pu être écrite avant la fm de juillet 1791 (la fusillade du Champ de Mars est du 17 juillet). En admettant qu'elle fût datée du 15, elle ne peut donc être que du 15 août. 3° Un court billet d'envoi joint au Second Mémoire.

Si M. P. Malassis avait consulté le Recueil, il eût fait disparaître certaines fautes de son texte, en particulier à la fm du Second Mémoire où il a imprimé un non-sens : « Il est vrai que la prochaine législature va détourner l'orage qui la menacerait elle-même à sa sortie, parce que cet exemple (l'exemple de la Constituante) est trop fort pour l'intimider ». Le texte du Recueil donne, bien entendu : « est trop fait pour », etc.

Il faut maintenant joindre à cette série d'écrits le Mémoire inédit que j'ai publié.

20° Lettre à la Noblesse française au moment de sa rentrée en France sous les ordres de monseigneur le duc de Brunswick^ généralissime des armées de l'Empereur et du roi de Prusse.

Datée : Bruxelles ce 8 août i792, dans la reproduction qu'en a publiée Peltier {Dernier Tableau de Paris ou Bécit historique de la Bévolution du 40 août; à Londres; t. P'' de la troisième édition datée avril 1794 que j'ai sous les yeux). L'édition originale ne se retrouve dans aucune de nos Bibliothèques; elle est, je crois, au British Muséum. M. P. Malassis a réimprimé cette Lettre d'après le texte de Peltier {Écrits et Pamphlets de Rivarol), faute d'en pouvoir, dit-il, découvrir un autre. Il ne savait sans doute pas que la Lettre de Rivarol avait été réimprimée antérieurement à la publication de Peltier dans la Correspondance Originale des Émigrés (à Paris, chez Buisson, 1793), t. P*", p. 231, où elle porte aussi sa date du 8 août 1792, mais est attribuée à « monseigneur de Galonné, ministre d'état » ; Rivarol, en elfet, ne l'a pas signée.

21° Dialogue entre M. de Limon et un homme de goût.

Opuscule qui semble à tout jamais perdu. Quérard avait entre les mains l'édition originale : Bruxelles il 92, in-8, sans nom d'auteur. La date n'est pas douteuse : le Dialogue était une suite de la Lettre à la Noblesse, et a paru dans la première quinzaine d'août. 11 ne se retrouve ni dans les Bibliothèques de France, ni à Londres, ni à Berlin, ni ailleurs; le Conservateur en chef de la Bibliothèque royale de Belgique à qui je m'étais adressé, a bien voulu m'écrire longuement à ce sujet : « Notre attention, à la Bibliothèque royale, est depuis longtemps attirée, me dit-il, sur cette lacune de nos collections, et certainement le Dialogue n'aurait point passé dans une vente de livres sans que nous en eussions fait l'acquisition ».

22° De la vie politique, de la fuite et de la capture de M. La Fayette.

Derniers jours du mois d'août 1792; c'est le 19 que La Fayette quitte son armée, et c'est à quelques jours de là, pendant qu'il était détenu à Luxembourg (voir chapitre iv), que paraît la brochure. Quérard la dit imprimée à Bruxelles; il est probable qu'il fait erreur. Les exemplaires qu'en possèdent la Bibliothèque Nationale et le British Muséum, comme celui de la Bibliothèque royale de Belgique, sont datés : Liège 4792 (in-8). Ils portent au-dessous du titre, ceux de la Nationale : morceau tiré de VHistoire de la Bévolution; par M. de Bivarol Vaine, prix vingt sols; celui du British Muséum : morceau tiré, etc. ; par M. le C. de Bivarol. La brochure a été réimprimée par Peltier {Dernier Tableau de Paris, etc., tome 1) avec une intéressante riposte d'un aide de camp de La Fayette; par la veuve de Rivarol en 1820, à la suite des Conseils donnés à S. M. Louis XVI, etc. CEuvres complètes, t. V, p. 303-328; le titre est altéré.

23° Adresse du Peuple Belge à S. M. V Empereur.

L'édition originale porte au-dessous du titre : par M. le Comte de

Rivarol; à Londres^ chez Owen, 1793 (Bibliothèque Nationale). La brochure n'a pas été réimprimée.

240 Portrait du duc d'Orléans et de Mme de Genlis.

L'édition originale, in-8, ne porte nulle indication de lieu ni de date (Bibhothèque Nationale). La plaquette est postérieure à l'exécution du duc, et il semble que cette exécution en ait été le prétexte. Je la daterais des derniers jours de 1793 ou du commencement de 1794. Œuvres complètes, t. V, p. 299-303.

25» Sur Florian.

Article écrit en 1788 et publié seulement en 1797, sans nom d'auteur, dans le Spectateur du Nord (Mars), sous ce titre : De la Littérature française en 4788 à V occasion d'un ouvrage de feu M. de Florian; en note : « Ce morceau n'a jamais été imprimé. L'auteur fut engagé dans le temps par des amis de M. de Florian à ne pas le rendre public. » Sulpice de la Platière l'a glissé dans sa Vie... de Rivarol; selon Cubières l'article avait été déjà reproduit dans le Feuilleton du Journal des Débats, il ne dit pas à quelle date. Œuvres complètes, t. II, p. 247-255.

26*^ Lettre sur Vouvrage de Mme de Staël intitulé : De Vhifluence des Passions.

Article publié à la suite du précédent dans le même tome du Spectateur, et signé : Lucius Apuleius. Reproduit par Mme de Rivarol à la fin de sa traduction : Effets du gouvernement sur V Agriculture en Italie, etc. ; à Paris, an V, et aussi par Auguis, sans désignation du nom de l'auteur {Révélations indiscrètes du xviii® siècle; 184 â). Œuvres complètes, t. II, p. 256-266.

27° Traduction en prose et en vers de quelques fragments de VÈnéide. Spectateur du Nord, avril 1797; anonyme. Œuvres complètes, t. Il, p. 332-348.

28° Discours Préliminaire du Nouveau Dictionnaire de la Langue française.

L'édition originale, à Hambourg, chez P. F. Fauche, in-4, est datée 1797. Une lettre de Rivarol à M. de Caste, du 14 juillet, où il dit ; « La première partie du discours préliminaire, concernant l'entendement humain {les deux autres 71' ont jamais été écrites), va paraître vers la fin du mois », nous permet de fixer la date. Au reste, le Spectateur du Nord, en janvier et encore en mai 1797, annonce l'ouvrage « qui sortira incessamment des presses de P. F. Fauche », et en donne une analyse anticipée : « L'auteur de ce Discours m'ayant permis d'en prendre connaissance et d'en donner l'extrait avant sa publication, je m'empresse », etc. L'édition originale que je possède se retrouve à la Bibliothèque Nationale.

Le volume a été ensuite morcelé. Les cinquante dernières pages ont formé la brochure : De la philosophie moderne, par Rivarol.

L'exemplaire de la Nationale n'a nulle indication de lieu ni de date. Cubières donne la date de 1797; mais Quérard en indique une autre, 1799, et celle-ci se trouve confirmée par les articles de Rœderer {Décade philosophique^ n°^ 36 de l'an v[i, 1 et 4 de l'an vni), publiés à Paris, frimaire an vni, en un petit volume : De la Philosophie Moderne et de la part qu'elle a eue à la Révolution française, ou Examen de la brochure publiée par Rivarol sur la Philosophie Moderne, par Rœderer, de VInstitut National : « Ce discours, dit-il en parlant du Discours Préliminaire, imprimé à Hambourg il y a deux ans, a été jusqu'ici prohibé en France, à cause de la partie que l'auteur en publie aujourd'hui ». La Bibliothèque royale de Belgique possède une réimpression datée : Paris 1802.

Une nouvelle édition du Discou7'S, sous le titre : De VHomme, de ses facultés intellectuelles et de ses idées premières et fondamentales,... édition qui porte le nom de l'auteur et qui renferme aussi le discours de l'Universalité, a paru à Paris, chez Pougens, en 1800, in-4 (Bibliothèque Nationale, Bibliothèque royale de Belgique).

Le Discours Préliminaire est accompagné dans l'édition de 1797 du Prospectus d'un Nouveau Dictionnaire, qui, au dire de Cubières, avait paru déjà, séparément, le l*^'" avril 1796. Œuvres complètes, t. L

Publications posthumes.

Si je ne range pas sous cette rubrique les Mémoires ou Lettres à M. de La Porte, presque tous imprimés dès 1793 et j'ai dit comment, j'y dois ranger :

1° De la Souveraineté du Peuple, par Rivarol.

Volume publié en 1831 par son frère Claude-François (à Paris, chez l'éditeur, rue Saint-Hyacinthe, n° 2; in-8). La préface nous informe qu'après la mort de Rivarol ses manuscrits, d'abord conservés sous scellés à Berlin, furent remis à M. Lubbert, négociant à Hambourg (quelque créancier, sans doute). Vers 1825, et grâce peut-être à l'entremise du libraire Baudoin, Claude-François se les fit restituer. Le dépôt n'était plus intact : « Le négociant détenteur des manuscrits m'a confié que l'abbé Sabalier de Castres était venu le trouver à Hambourg, et qu'il le pria de lui laisser examiner les papiers de Rivarol ; mais le discours {de la Souveraineté du Peuple) mis au net et le plan divisé par chapitres de la Théorie du Corps politique disparurent,... »

Le texte de 1831 est donc sujet à caution.

<( C'est avec cette capture, ajoute la préface, que l'abbé Sabatier fit un ouvrage mal écrit et mal digéré, intitulé : De la Souveraineté, imprimé à Hambourg en 1806. » Claude-François est indulgent: Fou-

vrage de Sabatier, imprimé non à Hambourg, mais à Altona, est une inepte et monstrueuse volerie. 11 y a mis au pillage, outre les manuscrits de la Souveraineté du Peuple et du Corps Politique, les Carnets et le Discours Préliminaire. Chaque fois que le vol est trop manifeste, en bas, dans une, note, il injurie Iiivarol,et il l'injurie avec des mots qu'il lui vole. Cela est renversant. Si du moins, il n'était pas un imbécile, s'il n'avait pas fait de tous ses larcins un informe amalgame dont nous ne pouvons tirer aucun parti ! Il explique qu'au temps du Journal Politique National, Rivarol devant qui il avait l'imprudence de penser tout haut, lui prenait ses idées, quelquefois sans les comprendre! Ce qui achève de le peindre, c'est en tête de son livre (exemplaire de la Bibliothèque Nationale) sa dédicace manuscrite à Napoléon à qui il demande une aumône de cinquante ducats, et en tête de ses Considérations politiques sur les gens d'esprit et de talent (4804), son autre dédicace « à la bien aimée Mme Buonaparte ». Quand il ne vole pas, il mendie. Mais j'ai tort de me fâcher : Rivarol nous enseigne sur quel ton il convient de parler de Sabatier. Il dînait un jour avec lui chez la princesse de Vaudemont; on offrit du saucisson d'âne à Sabatier : « L'abbé n'en mangera pas, observa Rivarol; il n'est pas anthropophage » {Esprit de Rivarol).

L'édition que Claude-François a donnée en 1831 du discours de la Souveraineté du Peuple renferme une réimpression des dernières pages du Discours Préliminaire (le tableau de la Terreur); les vers de Raphaël à son père, et une ÊpUre de Claude-François à Rivarol.

2*^ Pensées inédites de Rivarol.

Un volume in-8, 1836 : la première page porte le nom de l'imprimeur Baudoin, la seconde celui de l'imprimeur Boudon, à Paris. Ceci est encore une publication de Claude-François. Parmi les papiers de son frère qu'il venait de reconquérir, se trouvaient les Carnets et les innombrables petites notes prises au jour le jour, que Rivarol mettait ensuite pêle-mêle dans des petits sacs, « son trésor » ; c'est la matière des Pensées inédites. Par malheur, Claude-François n'a pas été un éditeur très scrupuleux. Il s'est servi, pour composer les soixante-neuf premières pages de son recueil des quatre Carnets qui se sont conservés jusqu'à aujourd'hui dans la famille Tollin; or, sur les deux cent quatre-vingt-onze Pensées que renferment ces pages, il n'y en a que cinquante-cinq qui soient reproduites avec exactitude et de tout point conformes au texte des Carnets ; des autres, il y en a vingt-neuf qui ne se retrouvent point du tout dans l'original, et deux cent sept qui s'y retrouvent avec une rédaction diiîérente. En général, Claude-François en a retranché toutes les hardiesses qui alarmaient sa conscience de pur royaliste ou de chrétien; il en a quelquefois changé totalement la signification. Cela suffirait à me rendre suspect le reste du recueil que je ne puis, hélas! confronter avec le texte même de Rivarol. Ajouterai-je que j'ai examiné la copie manuscrite de Claude- François sur laquelle a été faite l'édition de 1836, et que cette copie

a de nombreuses surcharges ou ratures? On y voit clairement que le copiste s'est permis de jouer le rôle de correcteur, et l'idée qu'en lisant le volume, je serais exposé à lire, au lieu de la prose de Rivarol, celle de son cadet, m'est un peu amère. Je sais trop le prix des Carnets pour me consoler du sacrilège que le bon Claude-François a commis en toute innocence. On peut voir, par les citations que j'en ai données, combien de richesses il laissait dans les quatre Carnets que j'ai fouillés après lui; mais il n'y a pas lieu de s'étonner que j'aie rarement puisé dans son édition des Pensées inédites, sans toutefois m'en interdire d'une façon absolue l'usage : il peut s'y rencontrer malgré tout telle phrase dont la qualité ne saurait tromper un familier de Rivarol, dont la qualité, si je puis dire, équivaut à la signature du maître lui-même.

Le volume des Pensées inédites contient en outre une réimpression des cinquante dernières pages du Discours Préliminaire {De la Philosophie Moderne) et du discours de la Souveraineté du Peuple; la Lettre de Rivarol à Mme de Coigny sur la mort de la comtesse de Béthisy; plus une pièce de vers et deux Lettres soi-disant de Rivarol dont je reparlerai § 5.

3° Mémoire,

Du 7 juin 1792; imprimé aujourd'hui pour la première fois (chap. iv).

40 Prospectus d'un Journal.

Septembre ou fin d'août 1800; imprimé aujourd'hui pour la première fois (chap. iv). Sur le manuscrit (Archives du ministère des Affaires étrangères) à côté du mot Prospectus une main inconnue a écrit : Mallet Dupant Mais le doute n'est pas possible; l'auteur du Journal Politique National s'y désigne de la façon la plus formelle. Pour de plus amples détails, voir chapitre i.

50 Dialogue entre un Roi et un fondateur de Religion.

Tiré des Carnets de Rivarol; imprimé aujourd'hui pour la première fois (chap. v). J'ai extrait des Carnets et cité passim une multitude de pensées ou de bons mots qu'il ne peut être question de cataloguer ici.

Il resterait à joindre à ces deux listes : 1° les pages décousues que nous a conservées ici ou là ChênedoUé des œuvres que Rivarol n'a jamais achevées; 2» les courtes pièces de vers, éparpillées dans la Vie philosophique, politique et littéraire de Rivarol (par Sulpice de la Platière) *; dans V Esprit de Rivarol (1808, par Fayolle et ChênedoUé,

i. La Décade philosophique, 3^ trimestre, an x, 20 prairial, n° 26, annonce une Vie de Rivarol « faite en grande partie de ses œuvres », et elle

recueil qu'il est bon de ne pas confondre avec le Rivaroliana de 1812, contrefaçon maladroite dont Fauteur est Cousin d'Avallon) ; dans les écrits de Dampmartin : vers à Manette, à la reine de Prusse, à la sœur de l'empereur Alexandre, vers sur Frédéric II (publiés primitivement dans les Actes des Apôtres), etc. Des huit dernières piécettes, quatrains, distiques, etc., que renferme l'E.spnï de Rivarol, je ne puis garantir que les deux épigrammes sur Chàteauneuf : elles sont dans les Carnets; des épigrammes sur Mirabeau, sur les deux Garât, tout ce que je peux dire, c'est que Grimm les lui attribue. Mais Grimm attribue à Rulhière les vers :

Si tu prétends avoir un jour la niche, etc.,

et ne dit point que le quatrain sur Florian soit de Rivarol. Il lui attribue, en revanche, une épigramme sur Rulhière.... Ce serait perdre son temps et sa peine que d'argumenter sur la paternité de telles bagatelles, de rappeler, par exemple, que les éditeurs de Chamfort lui donnent le mot recueilli dans YEsprit de Rivarol sur Rulhière qui «reçoit le venin comme les crapauds et le rend comme les vipères», ou que H. de la Porte, dans sa Notice, reproche à Rivarol un mot sur Virgile et Voltaire que l'auteur de Chateaubriand et son Groupe dit être de Joubert. Je me borne à constater, parce qu'un malentendu làdessus me déplairait, que la sale charade sur Cubières :

Avant qu'en mon second mon tout se laisse choir, etc.,

attribuée en ces dernières années à Rivarol par MM. Forneron et Welschinger, n'est pas de lui, mais de son frère Claude-François : je l'ai vue, manuscrite, dans les papiers de celui-ci, au milieu d'autres « essais poétiques ».

Lettres de Rivarol i.

1° A M. le chevalier de Cubières-, datée de Versailles; signée Rivarol de Parcieux; l'indication du jour et de l'année manque. Elle paraît être de très peu de temps postérieure à son arrivée, et par conséquent de 1777 (citée dans la Vie d'Antoine Rivarol, par Cubières).

20 Au même; signée : A. de Rivarol, 20 octobre il 83, Paris, rwe de Grammont, n° 22 {Vie d'Antoine de Rivarol).

l'attribue au comte Delille de Sales; c'est assurément le livre de Sulpice de la Platière, publié an x-1802, et composé, en effet, surtout d'œuvres de Rivarol.

1. J'ai classé ici les Lettres qui ne forment pas, comme les précédentes, de véritables opuscules. On va voir que M. de Lescure, en disant qu'il n'existait pas en tout vingt lettres de Rivarol, se trompait presque de moitié.

3° Aux auteurs du Journal ; signée : le comte de Rivarol {Journal de Paris, no 289, 15 octobre 1784; personne n'y a jamais fait allusion; je la cite au chapitre m).

4° A Vabbé Roman ; datée : 8 janvier 4 785, hôtel Marigny, place du Louvre; signée : Rivarol.

Cette lettre ayant une réelle importance au point de vue de la chronologie et de la nomenclature des premiers écrits de Rivarol, j'ai tenu à en vérifier l'authenticité, et un jeune attaché de l'ambassade française à Londres m'a gracieusement secondé dans ma recherche. Le manuscrit existe au British Muséum, volume 25 du fonds Egerton; il est bien de la main de Rivarol, sauf — et c'était là ce qu'il importait de savoir — les deux dernières lignes du post-scriptum, lequel est au verso de la seconde feuille, tout en haut de la feuille. L'écriture baveuse de ces deux dernières lignes ne ressemble en rien à la sienne. Les éditeurs des Œuvres complètes qui ont imprimé la Lettre (t. II, p. 368-371) les ont pourtant reproduites, et encore par à peu près; car ils impriment : Ajoutez à tout cela les Lettres sur le poème des Jardins, et la main inconnue avait écrit : Ajouter à tout cela, etc. La Lettre à l'abbé Roman avait été pour la première fois imprimée en 1807, dans une notice d'Auguste Couvret sur l'abbé Roman, en tête des Mémoires historiques et inédits sur les Révolutions arrivées en Danemark et en Suéde, pendant les années 4 770-4772 (Paris, Léopold Colin, in-8).

50 Aux auteurs du Journal de Paris, datée : 29 juillet 4785; Journa^ de Paris de ce même jour. Œuvres complètes, II, p. 330-332.

6^ Au Public; signée : Rivarol; septembre 1791 ; adressée à la Feuille du Jour, et reproduite dans le n» 9 de la Chronique Scandaleuse; elle n'avait point été jusqu'ici signalée; je la cite au chapitre iv.

7° A M. de Gaste, maire à Bollène, comtat Venaissiii; sans date. Communiquée, ainsi que trois autres dont il va être question, par M. le marquis Humbert de Gaste, petit-fils de l'ami de Rivarol, à M. Alègre qui l'a publiée dans ses Notices biographiques du Gardy t. II, p. 219, 220. La lettre doit être de 1792 : « l'étrange vaisseau qu'on nous bâtit depuis trois ans )>...; elle contient une allusion à la mort de l'empereur Léopold II (2 mars 1792); mais elle est au plus tard du mois d'avril, puisque Rivarol y conseille à son ami la lecture des articles de Mallet Dupan dans le Mercure, et que Mallet Dupan quitte Paris en mai 1792.

8° A David Cappadoce Péreira; octobre 1793. C'est la première des lettres adressées par Rivarol à Cappadoce et publiées par M. de Lescure dans son Rivarol et la Société française; elles lui ont été communiquées, dit-il dans sa préface, par un amateur qui ne lui a point permis de le nommer. Mais il donne à quelques lignes de distance (p. 401) deux dates différentes pour celte première lettre : l^»" et

374 BIBLIOGRAPHIE DE RIYAROL-

12 octobre 1793; ce doit être une faute d'impression. II n'a malheureusement pas reproduit toutes les lettres qu'il avait entre les mains; il se borne à résumer celles des 15 et 16 octobre; je ne numérote que celles dont il donne le texte.

90 A Mme la marquise de Coigny.

Le manuscrit s'en est conservé dans la famille Tollin. J'en donne copie au chapitre i. Il est daté : 11 octobre 1793.

10° A David Cappadoce Péreira, datée du 10 novembre 1793.

110 ^u môme, datée du 8 décembre 1793.

12° Au même, datée de janvier 1794.

13» Au même, datée du 16 janvier 1794.

14° Au même, datée du 21 février 1794.

150 Au même, datée du l^"" avril 1794. Toutes ces lettres à Cappadoce sont écrites de Bruxelles.

16° Au même, datée du 30 août 1794, Rotterdam. M. de Lescure en indique deux autres, l'une du 24 avril, d'Amsterdam, l'autre du 23 août, de la Haye, qu'il n'a pas transcrites.

170 Au même, datée du 23 octobre 1794, de Londres.

18° Au même, datée du 23 décembre 1794, de Londres.

19° Au même, datée du 26 avril 1795, de Londres.

20° A Mme Cromot de Fougy, datée du 27 octobre 1796. Œuvres complètes, t. III, p. 305-310; une faute d'impression a interverti l'ordre des chiffres : 1769 au lieu de 1796.

21° A son père, datée : "12 mai, à Hambourg. Le manuscrit appartient à la famille Tollin; une main inconnue a écrit en haut : 1800; c'est une erreur. La lettre est de 1797; Rivarol y parle du grand travail entrepris en vue de son Dictionnaire, D'ailleurs la lettre du 18 août 1797 est comme la suite de celle-ci.

22° Au Comte Alexandre de Tilly; en réponse à une lettre de Tilly datée : 6 juillet 1797; l'une et l'autre ont été publiées dans les Mémoires de celui-ci, et dans les Œuvres complètes, t. II, p. 362-367.

230 A M. de Gaste, datée : 14 juillet. M. Alègre qui l'a publiée la date : 14 juillet 1796; il fallait dire : 1797. Il y est question de la réimpression du Journal Politique National par Claude-François (1797) et j'ai dit que le Discours Préliminaii^e y est annoncé pour la fm du mois.

24° A sa tante, Françoise de Rivarol, datée : 18 août. Le manuscrit appartient à la famille Tollin. La date est : 1797; il y parle de « l'ouvrage qu'il vient de terminer », c'est-à-dire du Discours Préliminaire; il dit attendre le retour du u correspondant de Montpellier » dont il parlait dans sa lettre du 12 mai à son père; elles sont de la même époque, de la même année; on peut du reste comparer dans ces deux lettres et dans celle du 14 juillet à M. de Gaste les indications qu'il donne de l'âge de son fils.

25" A M. Dalville; citée dans la Vie... de Rivarol, de Sulpice de la Platière, I, p. 77-80, sans dale; la lettre est de Hambourg; l'allusion qu'elle contient à « une tarentule nommée Fauche » et aux exigences du travail entrepris permet de la dater 1797 ou au plus tard 1798.

26° A un ami; très beau fragment cité dans le même ouvrage, I, p. 59-60; aucune indication précise n'en fixe la date; mais l'accent de tristesse, le vague espoir d'un retour en France me font supposer que la lettre est des dernières années de sa vie, 1799 ou 1800.

27° A un ami; citée dans le même ouvrage, I, p. 75-77, sans date; les premières lignes indiquent que Rivarol est depuis peu à Berlin; la lettre est donc de l'automne de 1800.

28o Au marquis Détilly, citée dans le même ouvrage, I, p. 85-90; sans date; la lettre est de Berlin, et de la même époque que la précédente.

29*^ A M. de Gaste, datée du 24 janvier 1801; citée par M. Alègre.

30° A son père, datée du 26 janvier. Le manuscrit appartient à la famille Tollin. Ici encore une main étrangère a écrit au crayon, en haut de la feuille, 1800; mais la lettre est de 1801, écrite de Berlin alors qu'il relevait de maladie; elle indique que la précédente, adressée à M. de Gaste, en contenait une autre destinée au père de Rivarol et perdue pour nous.

31"^ A Manette, datée du 21 février 1801; citée dans la Vie... de Rivarol par Sulpice de la Platière, I, p. 228-230; M. de Lescure, en la reproduisant en partie, l'a par erreur datée du 22.

32° A David Cappadoce Péreira, datée également du 21 février 1801.

33° A M. de Gaste, datée du 14 mars; citée par M. Alègre qui dit à tort : 1800, au lieu de 1801 ; la lettre est écrite de Berlin.

Une autre lettre, du même mois, datée du 10 mars 1801 et adressée à son frère de lait Justet, à Bagnols, a été vendue le 7 avril 1863 par les soins de M. Charavay. Je ne sais ce qu'elle est devenue.

§ 5. Fausses attributions.

1^ Dialogue entre le xix° et le xx*' siècles.

Œuvres complètes, III, p. 314-322. Attribution contre laquelle a déjà protesté Quérard. C'est une brochure in-8 (prix 6 francs, chez les marchands de nouveautés) publiée en 1780 : le Mercure l'annonce le 3 septembre. Je l'ai retrouvée à la Nationale. En voici le titre exact : Dialogue entre le xix^ et le xx^ siècles, au moment où le premier va expirer et le second commencer; précédé et suivi d'éclaircissements et de notes; par MM. Legopanof et Alethowitz, de V Académie impériale; Ouvrage trouvé clans la Bibliothèque de Constantinople parmi les manuscrits du célèbre et mal célébré Voltaii^e... à Constantinople, 2001 . Les

notes sont encore plus sottes que le texte; le tout est de quelque candidat aux prix acadéftiiques, qui, faute d'avoir été couronné, injurie d'Alembert.

2° Réflexions sur une question dramatique qui n'a point encore été bien éclaircie.

(Euvres complèteSy II, 356-362. Quérard a protesté avec raison. Le brouillon de cette dissertation de collège se retrouve parmi les papiers de Claude-François de Rivarol qui en est l'auteur. Dans sa Notice de 1809 Dampmartin avait le premier signalé la bévue des éditeurs.

3^ Réponse de la Couleuvre aux éloges que Mme de G*** lui adresse....

Œuvres complètes, III, p. 323-325. Grossière satire dirigée contre Mme de Genlis. Pour prouver qu'elle n'est pas de Rivarol, il doit suffire de citer deux vers :

Régnez donc : infectez les deux départements Des esprits et des corps....

4° Petit Almanach de nos Grandes Femmes pour Vannée 4789.

Londres, s. d., in-12. Il ne vaudrait pas même la peine d'inscrire ici cette informe contrefaçon du Petit Almanach de nos Grands Hommes, si le catalogue de la Nationale et celui de la Bibliothèque royale de Berlin ne continuaient à la classer parmi les écrits de Rivarol. Voir la Correspondance de Grimm, mars 1789, et les Mémoires pour servir à VHistoire de Vannée 4789, t. I, 2 janvier 1789.

5'' Séance extraordinaire et secrète de VAcadémie française tenue le 30 mars 4 789.

Attribution de Quérard d'après FayoUe. Grimm avait cependant protes^té dès le mois d'avril 1789. En effet, sans être sotte, la plaisanterie en est bien anodine, et le style est quelconque, à en juger par les citations de Grimm. La brochure a disparu.

60 Mémoire sur la nature et la valeur de Vargent, par M. de Rivarol.

Brochures. 1., 1789, in-8, 16 pages; Bibliothèque Nationale, C'est une apologie de la banqueroute, en style embarrassé, tortillé, parfois inintelligible; voir notamment la page 15.

70 Réponse à la Réponse de M. de Champcenetz au sujet de Vouvrage de Mme la B. de S*** (baronne de Staël) sur Rousseau.

Brochure s. 1. n. d., in-8. Le catalogue de la Bibliothèque Nationale l'attribue encore à Rivarol; de même, celui de la Bibhothèque royale de Berlin. L'attribution remonte à Quérard et avant lui à Fayolle. La brochure qui date de 1789 (voir la Correspondance de Grimm) est dirigée contre Champcenetz; elle est pleine d'allusions timides, courtoises, à Rivarol : deux bonnes raisons pour qu'elle ne soit pas de lui.

8« Les Philippiques ou les Crimes de Paris.

Poème satirique de 1789, postérieur aux journées d'octobre. Le catalogue de la Bibliothèque royale de Belgique l'attribue à Rivarol

et en possède la quatrième édition, datée de Bruxelles 1791. Il a paru une Réponse aux Philippiqiies ou Lettre du duc d'Orléans à la nation française : Peltier y est désigné comme l'auteur du poème, qui n'est pas plus de lui que de Rivarol, mais bien de Claude-François de Rivarol. Celui-ci s'en glorifie dans une note manuscrite qui appartient à la famille ToUin, et d'ailleurs Burke l'en avait félicité dans sa Lettre sur les Affaires de France et des Pays-Bas.

9° La Galerie des États Généraux (s. 1., 1789) et la Galerie des Dames françaises pour servir de suite à la Galerie des États Généraux, par le même auteur (à Londres, 1790).

Cet insignifiant ouvrage a d'abord eu quelque succès. Grimm dit qu'on l'a attribué à Rivarol et à Champcenetz, ensuite au marquis de Luchet, enfin à Sénac de Meilhan. Barbier et d'autres bibliographes ont dit : c'est le produit de la collaboration de Luchet, Mirabeau, Laclos et Rivarol; et M. de Lescure fa cru. Je me figure mal Rivarol collaborant en 1789 et 1790 avec trois des hommes qu'il maltraitait le plus dans les Actes des Apôtres, dans le Petit Dictionnaire, dans son Journal, et qui représentaient précisément le parti opposé au sien! M. de Lescure, qui s'est appliqué à démêler la part de Rivarol dans la rédaction des deux livres, n'avait donc pas aperçu, dans ce Journal Politique JSational, qu'il faisait pourtant réimprimer, le petit Avertissem,ent du n» 19, l''^^ série? « Il a paru ces jours derniers une Galerie des États Généraux. Il faut que l'ouvrage soit mal écrit, puisqu'on l'attribue à M. de Luchet, ou que M. de Mirabeau n'y soit pas peint au naturel, puisqu'on l'en a soupçonné l'auteur. » V Avertissement me parait assez clair. Au reste, il suffit de lire les deux Galeries pour s'assurer, en premier lieu, qu'elles ne renferment pas une ligne de Rivarol, non plus que de Laclos ou Mirabeau : leur style est d'une autre allure que celui-là! secondement, qu'elles sont toutes deux d'une seule et même main, et de la main de quelque pauvre diable : il se trahit surtout dans ses portraits des mondaines où il a essayé d'attraper le ton des salons; cela fait peine.

10° Lettre au comte de Mirabeau, sur son Rapport à l'Assemblée nationale au nom du Comité diplomatique, dans la séance du 23 août 4790, sur l'affaire d'Espagne, imprimé par ordre de V Assemblée nationale.

Je copie le titre tel que le donne M. P. Malassis {Écrits et Pamphlets de Rivarol, p. 140) : « opuscule, ajoute-t-il, indiqué sous le titre de Lettre à Mirabeau parmi ceux dont Fayolle voulait composer un volume de supplément à l'édition des Œuvres complètes de 1808 ». Le malheur est que des sept opuscules dont Quérard a dressé la liste d'après les avis de Fayolle, sauf le Dialogue entre Voltaire et Fontenelle et le discours de la Souveraineté du Peuple, il n*en est guère dont l'attribution supporte l'examen. M. P. Malassis dit de celui-ci : « 11 n'y a point de doute qu'il soit de Rivarol; nous n'en connaissons qu'un exemplaire incomplet, nous ne saurions dire de combien de

pages ». Puisqu'il n'a pu le lire en entier et ne peut même décrire la brochure, je m'étonne qu'il soit si affirmatif. Pour moi, je n'en ai point trouvé trace, soit dans nos Bibliothèques, soit dans celles de Londres, Bruxelles, Hambourg, Leipzig et Berlin, parmi tant de Lettres à Mirabeau qui ont paru en 1789 et 1790; les journaux de l'époque n'en font nulle mention alors que les écrits de Rivarol ne passaient jamais inaperçus. A supposer qu'il y, ait quelque chose de vrai dans l'indication de Fayolle et Quérard, je pencherais à croire qu'ils ont voulu désigner l'article de Rivarol {Actes des Apôtres^ n» 181) : Lettre de M. Villette à M. Riquct-à-V Enchère, ci-devant Comte de Mirabeau.

ii° Épitre de Voltaire à mademoiselle Raucour, actrice du Théâtre français. Prix, 6 sols. A Paris, 1790, in-8, 42 p.

Attribution de Quérard, et de Quérard seul. Ici, je ne saurais mieux dire que M. P. Malassis qui s'écrie : « Attribution ridicule. Cinq pages de vers plats, suivis de notes dont la seule un peu singulière est une liste de littérateurs du temps qui n'avaient pas la taille de cinq pieds. »

12" Essai sur la Nécessité du mal tant physique que moral, politique et religieux, par Soame Jenyens... traduit de l'anglais par M. de Rivarol... à Paris, chez Gattey... 4791.

Bibliothèque Nationale. Je cite, chapitre iv, Famusant et formel désaveu que Rivarol lui-même a publié en septembre 1791 sous la forme d'une Lettre au Public; il demande si la traduction ne serait pas du député Démeuniers. Elle fourmille de solécismes. En la lisant, l'idée me venait qu'elle pourrait être de Mme de Rivarol. Il est vrai que celle-ci en était fort capable; mais sa part est assez belle déjà sans qu'il soit besoin de rien ajouter aux traductions qu'elle a signées de son nom.

13" Réponse de M. le Baron de Grimm, chargé des affaires de^ S. M. r Impératrice de Russie à Paris, à la Lettre de M. Chassebœuf de Volney r

Attribution de Fayolle, et après lui de Quérard. M. P. Malassis a réimprimé {Écrits et Pamphlets de Rivarol) cette Réponse déjà publiée en 1823 par Barbier (Paris, Potey, in-8, 20 p.), et il déplore que Rivarol ait écrit un « pamphlet de condescendance à de basses vengeances ». Peut-être eût-il mieux valu en vérifier l'authenticité. Il nesavait pas que le pamphlet en question est un 'numéro des Actes des Apôtres, le numéro 306, et appartient à la période où le journal des Apôtres, près d'expirer, semble n'avoir plus d'autres rédacteurs que Peltier etTilly (voir chapitre iv).Il ne savait pas que quelques semaines auparavant lies Actes avaient déjà inséré (n° 261) une Lettre de M. le Baron de Grimm à S. M. l'Impératrice de Russie qui est manifestement du même auteur que le numéro 306, et que cette Lettre à l'Impératrice de Russie contredit point par point toutes les dgctrines

politiques qu'à la même époque Rivarol soutenait dans ses Lettres et ses Mémoires à M. de La Porte. Il est excusable de n'avoir pas connu l'existence de cette première Lettre de M. le Baron de Grimm qui me semble suffisamment témoigner que la seconde n'est pas davantage imputable à Rivarol. J'ai plus de peine à l'excuser, puisqu'il avait la seconde sous les yeux, de reconnaître la manière de Rivarol dans un factum d'une si lourde ironie et d'une allure triviale, familière, pour tout dire d'un mot, d'une allure canaille qui ressemble si peu à la sienne. Ces : « par Dieu! » ces : « mon cher Volney », ces gros mots : (( lâche », « bas valet », « lâcheté », « infamie », « sodomie », est-ce là du Rivarol, en belle humeur ou en colère, n'importe? Puis, au deuxième alinéa, voici de grands co\npliments au comte de Rivarol. Jamais Rivarol ne s'est ainsi loué daiîs un écrit anonyme. C'est du Peltier, ou du Tilly. 1

14° La Reine à la Conciergerie. Stances. Londres, 4193.

Ces stances, qui mériteraient ^utôt le nom de complainte, ont paru dans l'édition des Pensées inédites de Rivarol publiée en 1836 par son frère Claude-François. Il y a huit strophes de quatre vers, et chaque strophe se termine sur le mot captivité comme sur un refrain. Il faut être reconnaissant au poète de ne nous en avoir donné que huit; avec ce procédé-là, il en pouvait bien faire une centaine. Remarquons : 1° que Rivarol n'est arrivé à Londres qu'en septembre 1794; 2° qu'on chercherait en vain dans ses œuvres quelque chose d'analogue à ce lamento d'une âme sensible :

C'est mon époux, c'est lui; j'entends sa voix plaintive. D'où viens-tu, cher époux, dans ce lieu détesté? Mais je lui parle en vain, son ombre fugitive Me laisse à ma captivité.

3'' Qu'au contraire l'analogie est complète entre le style des stances, le style de la note dont les a fait suivre l'éditeur, et le style du quatrain, imprimé au bas de la page, dont il se reconnaît l'auteur. Claude-François était généreux et se sacrifiait à la gloire de son aîné. Mais je connais assez Rivarol pour certifier qu'il n'eût pas accepté le sacrifice et lui eût rendu ses huit strophes.

15° Éloge de Minetto Ratoni, chat du pape {Renoît XIV) en son vivant, et premier soprano de ses petits concerts. Félisonte, 4795, petit in- A, 25 p. sur papier rose.

Attribution fantaisiste de Quérard. « Nous n'avons jamais vu la brochure, dit M. P. Malassis, mais sa date, son sujet et sa fabrication nous la rendent au moins suspecte. » Je dis comme lui, sauf que la date ne fait rien à l'affaire. Pareilles gentillesses sont, du répertoire des beaux-esprits que Rivarol a si joliment raillés dans le Petit Aimanach.

16° Histoire secrette (sic) de Coblence (sic) dans la Révolution des

français; cv traite du cabinet diplomatique électoral et de celui des princes frères de Louis XVI ; attribuée à M. de Rivarol. A Londres, ^795.

Le catalogue de la Bibliothèque Nationale, celui de la Bibliothèque royale de Belgique donnent encore à Rivarol ce petit livre d'un Prudhomme barbare qui emploie des expressions et des tournures comme celles-ci : rohusticité', se cumuler-, à défaut de s'envelopper, etc. Quérard avait pourtant dit très haut que YHistoire secrète de Coblentz n'était pas de Rivarol. Elle est vraisemblablement du comte de Montgaillard. L'erreur a été rectifiée sur le catalogue de la Bibliothèque royale de Berlin.

17° Lettre au libraire Maradan.

Dans le Magasin Encyclopédique, IV^ année, t. quatrième, an vn- 1798, de la page Gl à la page 89, Sélis cite, commente et attribue à Rivarol une lettre adressée au libraire Maradan qui, « il y a dix-huit mois », avait acquis les notes manuscrites accumulées depuis trente cinq ans par l'Académie en vue de son Dictionnaire et en préparait une nouvelle édition, la cinquième, avec Ginguené, Garât et Sélis. L'auteur de la lettre offrait à Maradan un autre Dictionnaire à la place de celui-là; il lui offrait « le fruit de ses observations sur une foule de mots mal définis par l'Académie, sur les conjugaisons où on a, sans rime ni raison, placé des participes prétendus présens et passés, sur la .nature du substantif qui n'a pas encore été expliquée nettement, sur les pronoms leur et leurs, sur la particule ne,... sur la place de l'épithète avant ou après le substantif (j'ai trouvé la règle);... sur cette foule de substantifs qui, étant réciproques, jettent tant d'obscurité d<ins la phrase, comme oppression du peuple, haine des méchants; car on ne sait qui opprime ou qui est opprimé, qui hait ou lequel est haï », etc., etc. Idées et formules sont bien de Rivarol; je les retrouve, les unes dans son Prospectus du Nouveau Dictionnaire, les autres dans ses Carnets. La lettre se termine ainsi : u Je ne signe pas ma lettre. Adressez votre réponse, je vous prie, à M. D. Cappadoce Péreira, à Hambourg. » Autant de raisons péremptoires, semble-t-il, pour que la lettre soit de Rivarol.

Eh bien ! non, elle n'est pas de lui, et dès le premier jour Claude- François a protesté avec indignation (voir dans ses Œuvres Littéraires, les vers : « A mon frère »). Elle est une manœuvre de ces messieurs pour déconsidérer leur concurrent, une bonne réclame en faveur de leur propre travail. Ils ne sont pas armés comme au temps de Furetière contre la concurrence; ils se forgent d'autres armes. Vous voyez, disent-ils ! M. de Rivarol a voulu séduire, détourner notre libraire ; c'est affreux! Il pressentait que notre Dictionnaire tuerait le sien; il a voulu parer le coup. — Mais ils sont des maladroits. La lettre, dit l'article, est datée : « ce l^i- octobre 179., à Hambourg ». Pourquoi cette date incomplète? — Elle a été « lue le 28 Thermidor an v à l'Académie »; dix mois alors après avoir été envoyée, car Thermidor an V c'est août 1797, et la lettre d'octobre est au plus tard d'octobre

BIBLIOGRAPHIE DE RIYAROL. 381

1796, quoique Sélis n'en parle qu'en 1798. — En octobre 1796, il y a huit mois que Rivarol a signé le traité par lequel Fauche s'engage à imprimer son Dictionnaire (26 mars 1796) : comment irait-il s'aboucher avec un autre éditeur, un éditeur de Paris? — Elle a été « déposée au secrétariat de l'Institut » : après les recherches qui, à ma prière et grâce à l'obligeante intervention de M. Gaston Boissier, y ont été faites, il est constaté qu'il n'y en a pas trace dans les Archives de l'Institut. Mieux encore : elle contient des fautes de français! Sélis s'en égaie; Sélis enseigne le français à Rivarol! Cela est délicieux. Je ne doute pas, s'il faut l'avouer, qu'elle n'ait été fabriquée avec des emprunts à son Prospectus et aussi à sa conversation. Les éditeurs du nouveau Dictionnaire de l'Académie voulaient ruiner sa tentative, et lorsqu'ils lui prenaient ses idées — • par exemple sur le classement des mots par familles — avoir une occasion de dire (je copie la phrase de Sélis) : « Bien avant d'avoir lu sa lettre, ils avaient arrêté d'employer cette méthode ». Je porte là une accusation grave et sans certitude absolue? Il est vrai; il faut s'attendre à tout de la part des ennemis de Rivarol, et l'article de Sélis sent bien le mensonge.

18° Lettre au Spectateur sur Buonaparte.

Attribution de Fayolle et, après lui, de Quérard. S'ils avaient lu la Lettre (Spectateur du Nord^ avril 1797), ils auraient tenu compte de ce que dit une note : « Elle vient d'un homme... qui surtout doit sô connaître en talents mihtaires ». Rivarol, qui avait bien des prétentions et avait le droit d'en avoir, n'a pas, que je sache, cette prétention-là. D'ailleurs, il n'a jamais orthographié de la sorte le nom de Bonaparte. M. P. Malassis attribue la Lettre à Claude-François : hypothèse en l'air; Claude-François, fougueux royahste que le Premier Consul allait tout à l'heure jeter en prison, n'eût pas écrit une lettre qui est le panégyrique de Bonaparte. Elle serait plutôt de Dumouriez qui habitait alors Hambourg et faisait des avances à tous les partis.

19° Lettres à Vahhé de Ville fort et à Chênedollé.

Publiées l'une et l'autre dans l'édition des Pensées inédites, par Claude-François, et datées 1800. Il m'en coûte d'être obhgé de les déclarer toutes les deux apocryphes; mais l'hésitation n'est pas permise. La première lettre, à Vabhé de Villefort, serait une réponse à un billet de l'abbé adressé à Rivarol à Londres : or, en 1800, il y a cinq ans que Rivarol a quitté Londres : il faudrait donc admettre ou que l'abbé de Villefort était bien mal renseigné sur le compte de son ami, ou, si la lettre est arrivée à Londres au moment même où Rivarol venait d'en partir, qu'il a laissé passer cinq années avant d'y répondre; quelle que fût sa paresse, elle n'allait pas jusque-là! Rivarol parle de son départ de Londres, comme si ce départ datait de la veille, et de son Dictionnaire, comme s'il en était tout occupé. Faut-il conclure que la lettre était mal datée, quoique authentique,

qu'elle est de 1795 ou 1796, ainsi que le disait M. de Lescure? Mais il dit: « J'approche de la cinquantaine », et en 1795 il n'avait que quarante-deux ans. Et voici des preuves plus fortes encore de la fraude : « Excepté Linjeune homme que je forme, il se nomme Chênedollé ».... Chênedollé s'est séparé de lui et s'^n est allé en Suisse à la fin de l'été de 1797 (voir Chateaubriand et son groupe, t. II, p. 189) ; trois lignes plus loin : « Vous me parlez de mon frère.... Le malheureux, après avoir échappé aux boucheries de Robespierre, vient d'être jeté dans les tours du Temple par Bonaparte.... J'avais prévu que la Révolution finirait par le sabre, et le premier Consul sait très-bien s'en servir. » Je ne crois pas indispensable de rappeler qu'avant le 18 brumaire, an viii (9 novembre 1799), il ne pouvait être question de « premier Consul »; mais je me souviens que Claude-François a été emprisonné au Temple le 6 vendémiaire, an ix (28 septembre 1800) et que le 28 septembre 1800, Rivarol avait déjà passé de Hambourg à Berhn. — On voit que celui qui a rédigé la prétendue lettre de Rivarol n'avait point le respect de la chronologie : il parle de ce que fait le roi à Blanckenbourg; et depuis le 23 mars 1798, Louis XVIII n'est plus à Blanckenbourg, mais à Mittau qui est sa résidence jusqu'au 20 janvier 1801.

La seconde lettre, à M. de Chênedollé, n'est pas plus habilement faite. Rivarol parle à Chênedollé comme si celui-ci était sur le point de se rendre à Paris : « Vous apprendrez à Paris... que mon frère est dans les tours du Temple ». Mais Chênedollé est à Paris depuis 1799. « Il (son frère) vient de m'envoyer un petit poème très-original et trèsspirituel(!)... c'est la Prise de VHélicon. » Mais la Prise de l'Hélicon est de 1799, et il est singulier que Claude-François ait attendu pour l'envoyer à Rivarol le moment où il était en prison!

Je suis forcé d'en arriver à cette conclusion que les deux lettres publiées par Claude-François ne sont pas de Rivarol, et qu'elles sont l'œuvre de Claude-François lui-même. Son intention n'est que trop évidente : les deux lettres contiennent à elles seules plus de louanges à son adresse que Rivarol ne lui en avait donné en quarante-huit ans. Mais comme, au fond, Rivarol aimait bien son pauvre Claude-François, il lui eût pardonné; pardonnons-lui à notre tour. Claude-François a du reste glissé dans ces deux lettres des phrases qui sont réellement de Rivarol, et qu'il empruntait soit à la Lettre àTilly, soit aux Carnets, soit au Prospectus du Nouveau Dictionnaire. J'ai retrouvé, parmi ses papiers, son brouillon de la Lettre à Chênedollé; l'état du manuscrit, qui est criblé de corrections et de ratures, montre ce qu'il a coûté de peine à Claude-François.

Écrits perdus.

En résumé, à condition d'aller de Bibliothèque en Bibliothèque, il est encore possible de lire à peu près tous les écrits de Rivarol. Tl n'y en a que trois que je n'ai pu retrouver. Il avait envoyé en 1785 au Grand Frédéric (voir la Vie... de Rivarol, par Sulpice de la Platière, I, p. H I), un Mémoire politique et philosophique sur la révolution des Lettres dont les comités révolutionnaires, lorsqu'ils eurent lancé, mais trop tard, un décret d'arrestation contre lui et ordonné la saisie de ses papiers, détruisirent la copie. Dans l'été de 1789, il avait adressé au roi (voir Journal Politique National^ 2^ série, n» 9, note) « un tableau du présent et de l'avenir » : des pièces extraites de l'armoire de fer et antérieures à 1791, aucune ne peut être attribuée à Rivarol. Mais la perte la plus sensible est celle du Dialogue entre M. de Limon et un homme de goût.

M. P. Malassis, sur le témoignage de Fayolle et Quérard, qui S'appuyaient eux-mêmes sur un mot de la Lettre à l'abbé Roman (dernier alinéa du post-scriptum) , a cru que Rivarol avait pubhé en 1784 une seconde Lettre sur les Aérostats. J'ai lu de très près les annoncés du Mercure, du Journal de Paris, des Almanachs en 1783 et 1784, et n'y ai trouvé mention que de la Lettre sur le Globe aérostatique dont nous avons conservé le texte. Voici, je crois, d'où vient l'erreur de Fayolle, de Quérard et de M. Malassis. J'ai dit, en parlant de la Lettre à l'abbé Roman, que le dernier alinéa du post-scriptum n'était pas de la main de Rivarol. Dans la partie du post-scriptum qui est bien de lui, il disait, à la date du 8 janvier 1785 : « Avez-vous reçu la première Lettre au Président, le Chou et le Navet, la deuxième Lettre au Président, un Bialogue entre Voltaire et Fontanelle, etc., que je vous ai fait passer dans le temps?» Vet-cetera peut fort bien s'appliquer à ses articles du Mercure. Mais la main inconnue qui a mis au-dessous : « Ajouter à tout cela les Lettres sur le poème des Jardins » a tout embrouillé. Et M. Malassis qui raisonne là-dessus, comme Fayolle et Quérard, dit : La première Lettre au Président est la Lettre sur le Globe aérostatique que nous possédons; la deuxième, « sans doute sur le globe aérostatique comme la précédente », est perdue. Mais non. II ne fallait pas « ajouter à tout cela » les Lettres sur le poème des Jardins, car ce sont ces Lettres (le petit opuscule se compose de deux parties, l'une très courte, Lettre de M. le Président de *** à M. le comte de ***, l'autre beaucoup plus longue et qui renferme la critique du poème. Réponse du Comte de ***), ce sont ces Lettres que Rivarol avait désignées ici sous le titre de première Lettre au Président. La désignation, plus simple et plus rapide, avait été dès le premier jour adoptée par le public même : en septembre 1784, à propos du discours de

rUniversalité, Grimm appelle Rivarol l'auteur de la Letti^e à un président sur le poème des Jardins.

Enfin, pour ne rien omettre, je dirai que Sénac de Meilhan (Portraits et Caractères) cite un passage de « M. de Rivarol », où il relève des fautes de goût; voici la citation :

« Le roi lui ayant dit, le poussant par l'épaule : « Passez, monsieur; (( ne sait-on pas bien que vous êtes le maître ici »; obéir ou désobéir semblait également impossible. Mais le cardinal n'hésita pas : « Je pasce serai, Sire, puisque Votre Majesté l'ordonne; mais ce sera, reprit-il « d'un ton plus soumis, comme le moindre de vos serviteurs ». Et il saisit le flambeau d'un des pages, et marcha quelque temps devant le roi, que cette ingénieuse et souple présence d'esprit finit par mettre en gaîté. »

Le morceau n'appartient à aucun des écrits de Rivarol qui existent aujourd'hui. Est-il tiré du Dialogue entre M. de Limon et un homme de goùt'î Mais le Dialogue est de. 1792, et la préface des Portraits et Caractères dit qu'ils avaient été rédigés avant la Révolution. Est-ce un fragment du Mémoire envoyé au Grand Frédéric? Peut-être. Peutêtre bien aussi Sénac a-t-il mis sur le compte de Rivarol une page de quelque autre écrivain.

Page 1