‹ RivarolChapitre 3 sur 203 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

Au surplus, et quoique rien ne soit si banal que de solliciter dans une Introduction ou une Préface la bienveillance du lecteur, elle m'est trop nécessaire pour que je néglige d'y faire appel. J'étais loin d'avoir l'omniscience qu'il faudrait pour discuter avec ces hommes du xvni® siècle qui avaient véritablement des clartés de tout et mieux que des clartés, pour discuter avec eux et les juger. Que de fois, au cours d'un travail qui eût réclamé tout ensemble le savoir de l'historien, l'expérience du politique, les lumières du philosophe et les délicatesses de goût du lettré, le découragement m'a. pris! Et puis, s'il m'était difficile d'exprimer tous les aspects d'une si vaste, si souple intelligence, combien mon malaise augmentait quand il s'agissait d'analyser le moi de RivarolJ Je n'envie pas la belle assurance de ceux qui démontent et nous expliquent une créature humaine ainsi qu'un automate; mais ils m'étonnent. Qu'elle est hasardeuse toujours la tentative d'évoquer les morts et de porter un jugement sur eux! Quand il est si embarrassant de se connaître soi-même, quand le moi des vivants même à qui la destinée nous associe nous reste quasi impénétrable, quelle chimère ou quelle outrecuidance de dire, après examen de quelques pages d'écriture, de quelques faits dont le souvenir est venu jusqu'à nous : voilà, quel fut, voilà ce que valait l'homme endormi depuis un siècle dans la tombe! J'ai continué, pourtant. Si modeste que doive être la fortune de ce livre, encore sera-ce, m^a-t-il semblé, dans un cercle restreint d'amis des lettres,

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