‹ RivarolChapitre 40 sur 203 · Carnets · texte numérisé non relu

Carnets

C'en est une, légère, je le veux, à coup sûr exquise, que le commerce des gens d'esprit. Ils sont légion dans le dernier quart du xvm" siècle : il n'y en a guère dont il n'ait approché, à qui il n'ait donné la réplique. Quelques-uns sont de francs vauriens. Qui nous dit qu'il les estime? Il les trouve amusants; et le fait est qu'ils le sont. Ghampcenetz, avec sa longue et large tête sur son corps trop court, son air de a pyramide renvei:sée », son bégaiement *, ses calembours et ses calembredaines, est « un gros garçon d'une gaîté imperturbable * »; eh! mon Dieu, les jeux de mots, la « petite bêtise », comme les appelait Voltaire, ont du bon, pris à petite dose. La gaminerie perverse d'une Sophie Arnould est assez savoureuse '. Le cynisme d'un marquis de Créqui, d'un comte de Tilly a du piquant et de la désinvolture, et il faut bien être vicieux, mais il ne suffirait pas de l'être, pour écrire la Chronique Scandaleuse \ Tout n'est pas à dédaigwer dans les pasquinades d'un Peltier, dans la verve gouailleuse, débraillée et vaillante du Desmoulins à cocarde blanche qui se nomme Suleau, dans l'allégresse du vicomte de Mirabeau , Mirabeau-Tonneau , le Falstaff de la contrerévolution, qui peut un soir, sur une table de restaurant, entre deux bouteilles vides de vin des îles, improviser l'inoubliable parade d'échafaud : La Lanterne magique nationale ^. S'ils sont la canaille de leur parti, cette

1. J'emprunte ces traits à l'auteur anonyme, qui pourrait être Cubières, de la Réponse à la Réponse de M. de Champcenetz, au sujet de Vouvrage de Mme la B. de S... (Staël) sw- Rousseau. Les Mémoires de Tilly achèvent de peindre celui que Rivarol appelait son « clair de lune », et qui a ri, comme un fou, mais comme un brave, jusque sur la charrette des condamnés à mort en 1793. Il se disait le légataire universel du marquis de Bièvre {Actes des Apôtres, n° 6).

3. 11 y a des mots d'elle notés sur les Carnets. C'est probablement Lauraguais qui l'a introduit chez elle.

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