‹ RivarolChapitre 43 sur 203 · Carnets · texte numérisé non relu

Carnets

3. L'aventure du soldat prussien est racontée dans la Correspondance de Grimm en novembre 1783; il avait volé deux cœurs d'argent dans la chapelle et prétendait que la Vierge les lui avait donnés. Ses juges le condamnent. Frédéric consulte des prêtres catholiques et leur demande si ce que dit le soldat peut être vrai. Oui, répondent-ils, mais le cas est très rare. Sur quoi le roi gracie le condamné, mais en lui faisant « défense sous peine de mort de recevoir à l'avenir aucun présent de la Vierge Marie ni de quelque autre saint que'ce soit ».

d'écrire une grande et belle lettre au Grand Turc pour le supplier de les admettre dans son sérail. La lettre interceptée fut remise au roi* », etc.

Il excelle à conter, à jouer à lui seul une petite scène où il remplit tous les rôles, mime les gens et attrape leur ressemblance. S'ag-it-il de M. de Ghampcenetz l'aîné, Champcenetz le vieux, le maigre, l'anglomane, le sérieux, l'ennuyé, enfoncé jusqu'au menton dans ses pulottes de peau de renne ^ de la tête aux pieds un homme tout mystère? « Il n'entre point dans les appartements, il s'y glisse, il longe le dos des fauteuils, et va s'établir dans Tangle d'un appartement; et quand on lui demande comment il se porte : taisez-vous; est-ce qu'on dit ces choseslà tout haut^? » — Puis voici, tout peuplé d'émigrés, le parc de Bruxelles dans l'automne de 1792; deux évoques très vieux, tous les deux appuyés sur leurs cannes à pomme d'or et à bec de corbin, se promènent côte à côte; l'un d'eux demande : « Monseigneur, croyez-vous que nous soyons cet hiver à Paris? » Et l'autre, après un temps de réflexion : « Monseigneur, je n'y vois pas d'inconvénients* ». — Ou bien c'est Lally-Tollendal que Rivarol représente à table avec d'autres émigrés : « Oui, messieurs, j'ai vu couler ce sang.... Voulez-vous me verser un verre de vin de Bourgogne?... Oui, messieurs, j'ai vu tomber cette tête!... Voulez-vous me faire passer une aile de poulet^?... »

Mais il y a des trouble-fête, et l'épicurien est forcément un railleur. Le nombre des sots est illimité aux yeux d'un

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