Chateaubriand et son groupe, IL
l'homme. 79
Horace, d'un Montaigne, d'un La Fontaine et d'un Rivarol, de tous ceux qui souffrent de la moindre faute de goût, de la moindre vulgarité, comme un musicien de la plus faible dissonance. Il faut écarter les sots; ce sont eux qui ont commencé*, ils ont fait vingt blessures avant d'en recevoir une^; il faut les remettre à leur place. Et ceci est plaisir encore. L'esprit s'arme en guerre, met flamberge au vent, et s'applaudit de ses prouesses autant qu'il se complaisait en ses flâneries heureuses. Est-il vrai qu'il ne faille pas « des sots aux gens d'esprit comme il faut des dupes aux fripons^ »? Ne manquerait-il rien au bonheur des gens d'esprit s'il y manquait l'occasion d'exercer leur malice? Rivarol n'a point le cœur méchant : il est malicieux comme un diable et gai comme un gamin. Il a ce que n'ont pas tous les gens d'esprit : la présence d'esprit*. Il est là, l'oreille au guet, en perpétuel état d'épigramme. Amis ou ennemis, presque tous ont eu leur tour. Gare aux fats et aux caillettes, aux pieds-plats et aux parvenus, aux bellâtres et aux bélîtres, aux mille variétés de la sottise qui bourdonnent et dérangent l'aimable entretien des délicats! Il lui faut juste le temps de tourner la tête, d'articuler une phrase qui, écrite, tiendrait en une demi-ligne, et délivré du fâcheux, égayé lui-même de la répartie qui a si à propos jailli de ses lèvres, au milieu d'une rumeur joyeuse il reprend l'entretien où il l'avait laissé. Combien de ses mots derrière lesquels je vois son sourire!