‹ RivarolChapitre 48 sur 203 · Carnets · texte numérisé non relu

Carnets

2. De C Universalité de la Langue française, p. 37 (édition de 1797).

3. J'emprunte le mot à une fine et pénétrante étude de M. Paul Bourget (Études et Portraits).

même, il s'aime lui-même en elle. Ne faut-il pas bien qu'en dernière analyse le dilettantisme se ramène à l'amour de soi?

Il paraît que c'est un crime de chercher ici-bas son plaisir, même de cette façon-là. La vie l'a châtié comme un criminel.

Elle l'a condamné d'abord — et ceci me semble assez juste — à n'être pas pris au sérieux. Il y avait je ne sais quoi d'équivoque dans la brillante réputation qu'il s'était acquise et qui le suivait partout. Est-ce sa naissance, sont-ce les stupides calomnies des petits écrivassiers ameutés contre lui qui lui font tort? Il se fait tort luimême et mille fois plus. Quelqu'un qui se tient à l'écart de l'action, qui vit « à la fenêtre * » tandis que les camarades se battent dans la rue, fût-il le plus lucide des prophètes, n'inspire pas pleine confiance. Et puis il faut ennuyer quelquefois pour imposer le respect, et il n'est jamais ennuyeux. Quelques semaines avant sa mort, il écrit à Cappadoce : « On est fêté, caressé, applaudi, cité, mais pas d'autres faveurs ^ ». Changeons le dernier mot qui prêterait à un malentendu; au lieu des « faveurs » auxquelles il a prouvé qu'il ne tenait guère, mettons : peu de considération, peu d'influence, et nous aurons l'aveu de ses secrets dépits. Depuis 1789 il enrage d'avoir si souvent raison et chaque fois en pure perte, de prédire toutes les catastrophes et de n'en prévenir aucune ; il enrage d'être admiré, écouté de tous, et de n'être entendu de personne. C'est sa pénitence. Peut-être était-elle suffisante, quoique légère, quoiqu'il s'en consolât au lendemain des événements avec un : « Je vous l'avais bien dit », qui était sa

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