Carnets
2. Je ne vois à retenir de l'article de Restif, dans VAnnée des Dames Nationales. ,,, que le fait de ses relations avec M. de Préval. « J'ai toujours ainjé les médecins, écrit-il sur ses Carnets : comme ils ont affaire à la matière vivante, ils sont par le spectacle des causes finales toujours plus près de la difficulté. »
l'homme. 83
Diderot, un Rivarol ne sont pas les seuls alors qui aient su parvenir, et à laquelle ils n'ont pu parvenir qu'en causant! Tout connaître et tout comprendre, voilà le bonheur suprême pour lui; questions scientifiques, philosophiques, sociales, voilà la substance de ses discours et de ses écrits; le reste n'est qu'une amusette qu'il condescend à goûter de temps à autre. Au Caveau déjà, vers 1780, il se tenait des propos si sérieux que, dit-il, « nous faisions périr d'ennui nos espions : on prit donc le parti de nous donner un académicien, Suard » *. Ici encore il y a bataille; non plus bataille pour rire contre les fâcheux et les niais; mais bataille contre les sophistes et les « empoisonneurs publics », contre l'ignorance et la mauvaise foi. J'aurai bien des pages à écrire avant d'épuiser l'examen de ses idées et du talent qu'il a mis à les défendre au milieu de la Révolution.
C'est ainsi qu'en devisant et raillant, le sourire aux lèvres, M. de Rivarol fait le tour de la pensée humaine et de la vie sans bouger de son fauteuil, sans quitter son poste d'arbitre et d'oracle, son attitude d'amateur, sans mettre lui-même la main à la besogne. Il est le roi de la conversation, « lien des hommes et charme de tous les âges ^ )). Par là se trouvent conciliés son « besoin du repos » et son « désir du mouvement » ; par là sa prodigieuse activité cérébrale trouve carrière, sans qu'il lui en coûte un effort physique. Et à tant de jouissances il s'en ajoute une dernière qui les vaut toutes, celle de se sentir toujours et partout supérieur à son entourage. Il est l'Altesse impertinente des salons, « son Impertinence le comte de RivaroP ». En jouissant de la vie de société, dont il se sait l'expression la plus parfaite, il jouit de lui-