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Lettre sur le Globe aérostatique..., notes

Algèbre, géométrie, histoire naturelle, chimie \ astro- ! nomie, toutes les méthodes que l'homme s'est faites pour . arriver à la connaissance des lois éternelles du cosmos, pour éclairer et embellir notre condition, le séduisent également. Quatorze ans plus tard, elles lui suggéraient \ encore des pages comme celle-ci dont je n'examine pas en ce moment la phosphorescente facture, dont je ne veux \ noter que l'accent presque lyrique :

Au moyen des nombres, notre admiration pour l'univers, jadis confuse et mesquine, est devenue une admiration vaste et raisonnée; ce n'est plus d'un vague élan, mais par degrés comptés que l'homme remonte jusqu'à Dieu. Et non seulement les nombres n'ont pas diminué l'univers, mais ils n'ont ni appauvri ni attristé son image, comme on affecte de le dire. Quoique tout soit mesure, calcul et froide géométrie dans la nature, son auteur a pourtant su donner un air de poésie à l'univers. Que l'entendement ouvre son compas sur le côté géométrique du monde, l'imagination étendra toujours ses regards, et le talent ses espérances et ses conquêtes sur les formes séduisantes et sur le riant thétàtre de la nature. Que le prisme, disposant pour nous de l'arc en ciel, dissèque les rayons du soleil, ou que le télescope l'atteigne enfin dans la profondeur de ses espaces, ce père du jour aura-t-il rien perdu de sa pompe et de sa puissance? Ne fournira-t-il pas toujours cette inépuisable chaleur qui ranime et féconde la terre et tout ce qui l'habite, et les fleurs qui la décorent, et le poète qui la chante? Oui, sans doute; le génie voltigera toujours sur cette brillante et riche draperie, dont les plis ondoyants nous cachent tant de leviers et tant de ressorts; et s'il découvre, dans les entrailles du globe ou dans l'application du calcul à ses lois, sa vaste charpente, les monuments de son antiquité et les promesses de sa durée, il ne voit au dehors que sa grâce et sa vie et sa fertile verdure et tous les gages de son immortelle jeunesse. Que l'air décomposé cesse d'être un élément pour le chimiste; que ses parties entassées s'élèvent suivant leur pesanteur spécifique; qu'il soit reconnu pour matière des vents et du son : mais qu'il s'élève toujours en voûte bleue sur nos têtes; que les astres de la nuit rayonnent toujours dans son voile azuré, et qu'il soit tour à tour et à jamais l'harmonieux ministre de la musique et des tempêtes, soit qu'il porte un doux frémissement

1. Il était en particulier reconnaissant à la chimie d'avoir découvert le moyen de faire du papier blanc avec de vieux bouquins : « Grand bienfaiteur du monde que le chimiste qui a troiivé le secret d'envoyer les livres à la lessive et de blanchir ainsi un auteur ! Car l'esprit a ses ordures tout comme le corps, etc. Bénissons-le à jamais » {Carnets).

et de tendres émotions dans nos âmes, ou que son aile vigoureuse balaye avec fracas la surface de la terre et des mers!.. Eh! pourquoi prononcer entre le goût et la science, entre le jugement et l'imagination un divorce que ne connaît pas la nature? N'a-t-elle pas marié lo calcul et le mécanisme à la fraîcheur et au coloris des surfaces, et ne cache-t-elle pas le squelette humain sous la mollesse élastique des chairs et sous le duvet et Féclat du teint? Sa voix, juste et sonore, nous appelle également aux hautes sciences et aux beaux-arts : peut-on la peindre sans l'étudier, l'étudier et la peindre sans Timiter? Apprenons d'elle qu'instruire et plaire sont inséparables; reconnaissons enfin que le savant qui ne veut que la sonder, et le poète qui n'aime qu'à la chanter, qu'en un mot le talent et l'esprit ne sont que deux députés de l'espèce humaine, chargés chacun à part de missions différentes; et qu'on ne saurait trop confronter et réunir leur double correspondance pour s'assurer plus tôt de la véritable intention de la nature, et pour hâter les jouissances et le perfectionnement du genre humain *.

A peine est-il besoin de dire à quel point il chérit les beaux livres. « Belle définition des livres, admirable inscription de la Bibliothèque ég-yptienne : Trésor des remèdes de Tâme ^ » — « L'imprimerie, en multipliant les livres à l'infini, a mis l'art en état de dire à la nature : Ta fécon-' dite ne m'effraie plus; j'égalerai le nombre des livres au nombre des hommes, mes éditions à tes générations; et* mes bibliothèques, semées sur toute la surface de la terre, triompheront du temps ^ » La fin de sa Lettre sur le Globe aérostatique contient déjà en germe son discours de l'Universalité de la Langue française^ qui est une sorte de j Temple du Goût : les grands écrivains y ont tous leur 1 buste. Mais il y parle de la musique *, de la peinture^^

1. Discours Préliminaire, p. 65-67. — J'ai souvent songé à l'ivresse que lui eussent causée les conquêtes scientifiques du xix* siècle....

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