Id., p. XVII
4. /rf.,p. XIX, XX, XXI, XXII. SalIior,en éditant la traduction de Colbert d'Estouleville, dit de celle de Rivarol : « C'est un chef-d'œuvre de Raphaël mal copié par Boucher ». Quand on compare Danle à Raphaël, on peut bien comparer Rivarol à Boucher.
trente-quatre chants, le crime serait excusable. Il n'a pas traduit mot à mot : il en convient et il dit pourquoi : « Le Dante, à cause de ses défauts, exigeait plus de goût que d'exactitude: il fallait avec lui s'élever jusqu'à une sorte de création \... Il fallait que la traduction servît sans cesse de commentaire au texte.... Il fallait que le Dante, pour produire tout son effet, se présentât dans notre langue tel qu'il s'offrit autrefois dans la sienne \ » J'ai peine à croire qu'il ait tort, en lisant dans la traduction littérale de Fiorentino tel passage : u Juge aussi toi-même si je pouvais rester l'œil sec, quand je vis de près notre image tellement retournée que les larmes ruisselaient des yeux sur les fesses ^ ». Que penser d'un traducteur qui nous fait sourire aux endroits les plus terribles ou les plus pathétiques ? Je sais gré à Rivarol d'infidélités qui lui permettent de ne point dénaturer l'impression. Plus exact, il serait moins vrai * : « Juge toi-même, dit-il, comment j'aurais pu contempler d'un œil sec l'effigie de notre humanité si tristement défigurée, et supporter le spectacle de ces infortunés versant à jamais des larmes qui n'arrosent plus leurs poitrines ». Que m'importe qu'il allonge un peu, pourvu qu'il m'épargne un effet comique qui ne résulte pas du texte et qui résulterait d'un français de mot à mot?
J'irai plus loin, comme parle Renan dans sa prière à la Déesse Orthodoxe, je dirai la dépravation intime de mon cœur. Au lieu de « l'excessive puanteur exhalée par cet abîme profond », au lieu de « cette exhalaison infecte » que propose Fiorentino, je n'en veux pas à Rivarol de mettre « le souffle empoisonné que l'abîme exhale », et
1. Note 14 du chant XX. Bufïon, qui appelait sa traduction de VEnfer * une suite de créations », n'a donc fait que répéter un mot de Rivarol.