‹ RivarolChapitre 74 sur 203 · Id., du 17 février · texte numérisé non relu

Id., du 17 février

patron responsable, et il s'est très nettement expliqué làdessus. Il l'avait vu encourager, à la fin de sa vie, la plupart des gens de lettres dont la médiocrité s'est étalée dans les vingt dernières années du siècle. Il avait vu entre les mains de Gubières, de son propre frère Claude-François \ et sans doute de bien d'autres, les brevets de génie que la vieille majesté câline de Ferney envoyait avec sa bénédiction à tous ses jeunes courtisans. Il avait été témoin de l'apothéose de 1778, du retour triomphal à Paris où soudain « toutes les proportions changèrent; les colosses devinrent pygmées, et le reste fut invisible ^ ». Il savait qu'une influence avait dominé, dominait encore et plus que Jamais le siècle près de iinir, celle de Voltaire, et que par conséquent il n'y avait de comptes à demander qu'à lui. Il lui en a demandé, en effet, et avec force. Je dirai ailleurs ses griefs contre le philosophe. Ses entretiens avec Chênedollé et ses notes manuscrites nous ont transmis ses griefs contre l'écrivain. Il le relit vers 1795 et ne lui passe rien. La Henriade n'est qu'un « maigre croquis, un squelette épique où manquent les muscles, les chairs et les contours » ^. S'il se chargeait de l'éditer, « il se garderait bien d'en corriger les épreuves : il connaît trop le prix des fautes d'impression. Qui sait? le hasard pourra produire quelque beauté. » Et il conte que, dans une vente de livres, la Henriade est restée pour paiement à l'huissier *. Les tragédies de Voltaire sont des « thèses philosophiques » ^; les péripéties, les coups de théâtre multipliés ne leur prêtent

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