‹ RivarolChapitre 73 sur 203 · Chant IX · texte numérisé non relu

Chant IX

2. Dans VExlrait, du 25 septembre 1779, d'un ouvrage dont le titre tient dix lignes, Extrait qui me semble être aussi de Rivarol, je lis : « Ce titre seul pourrait tenir lieu d'analyse... ».

pensons comme lui », répond une voix. Je connais cette voix-là. La seconde a nom Térentia :

Tout m'abandonne? Eh bien! Je me consulterai!

« Nous ignorons si tout le monde sentira comme nous la force de cette expression : eh bien! je me consulterai... ».

Il aime en vain; que peut importer?

Il importe.

(( Que peut importer? Il importe. — On ne s'attend pas à ces coups de force, à ces traits sublimes de dialogue. Mais ces ressources sont familières à Fauteur \ » Tel autre passage est une réplique de Britawiicus ^ sottement délayée : « On ne peut pas se méprendre à cette imitation. Nous observerons seulement que Racine a mis beaucoup moins de vers. Racine n'avait pas tant de fécondité. » — Le numéro du 30 est l'examen des prétendues corrections et améliorations introduites dans le théâtre de Corneille : « L'anonyme parvient à dessécher les vers de Corneille de manière qu'on lit ses belles scènes presque sans impression. Plusieurs mauvais vers de Corneille ont été supprimés; mais on s'aperçoit qu'avec quelques-unes de ses fautes l'âme du poète a disparu.... On avait reproché à Corneille de nombreuses fautes de langue. L'anonyme a eu la générosité de lui en prêter de nouvelles, w Moralité : « Il est à présumer qu'avec la faculté de réussir à corriger Corneille, on aurait eu la sagesse de ne pas l'entreprendre »*

Il y a, aux environs de 1780, quelques autres Extraits également sans signature, mais de la même main, dans le

1. Comparez ceci à la Notice Briinet dans le Petit Almanach : « Brunet (M.) a fait environ quatre-vingts pièces de vers en différents journaux et notamment une idylle d'un seul vers que voici :

Ne serons-nous jamais contents de notre sort?

Ce sont là de ces vers de résultat qui contiennent une foule d'idées en germe, et ne laissent rien à dire à la postérité. »

journal de Panckoucke *. Point de grandes indignations; point de chicanes mesquines; des citations adroitement choisies, dans V Architecture, poème en trois chants par un architecte % dans le Nouveau- M onde, poème épique par M. Le Suire % çà et là une courte et piquante réflexion, c'en est asser pour que le ridicule et le néant de l'œuvre qui est en cause apparaissent à tous les yeux. S'agit-il du Théâtre de M. Laus de Boissy \ lequel fait suivre son nom de rénumération — elle occupe une page — de tous ses titres honorifiques? « L'auteur, à la page 96 de son ouvrage, dit en parlant du Mercure : autrefois je me servais de ce carrosse de voiture pour faire aller mes vers à l'immortalité. Il paraît qu'aujourd'hui ils y vont tout seuls, et qu'ils en connaissent parfaitement la route. Aussi n'avonsnous plus l'honneur d'y voiturer que sa prose. » Une méchante Traduction de VArioste contient, entre autres gentillesses, ceci :

Eût-elle pu soutenir ce projet

Que tant de fois tant de belles ont fait?

On est souvent meilleure qu'on ne pense.. c.

« Ces trois derniers vers sont du traducteur; nous croyons devoir en avertir, parce qu'ils nous ont paru dignes de l'Arioste ^. »

Qui parle ainsi? Eh! qui donc, sinon celui qui, jusqu'à la Révolution et plus tard encore dans les intervalles de la tourmente, va tenir avec tant de bon sens et de désinvolture son rôle de Boileau dandy? Qui donc, sinon celui qui, le premier et mieux que personne, a fait justice de la littérature pseudo-classique?

Cette littérature, Rivarol estime que Voltaire en est le

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