‹ RivarolChapitre 82 sur 203 · Voir Correspondance de Grimm, août · texte numérisé non relu

Voir Correspondance de Grimm, août

4. Dans ses vers sur Delille, M.-J. Chénier ne fait que paraphraser le langage de Rivarol; les romantiques font comme M.-J. Chénier.

Liants d'épisodes? « Le poème ne marche pas : on peut le prendre et le commencer, le quitter et le reprendre à chaque page, sans que le plan et même le sens en souffrent. » L'abbé Virgile, « toujours occupé de faire un sort à chacun de ses vers, n'a pas songé à la fortune de l'ouvrage entier ». Au reste, que peut valoir « un ouvrage sur la nature » où il n'y a ni « sensibilité », ni « imagination », ni « mélancolie » ?

Son style citadin peint en beau les campagnes, Sur un papier chinois il a vu les montagnes, La mer à l'Opéra, les forêts à Longchamps....

L'habileté de main ne peut suppléer l'âme; « l'éclat des épithètes », d'innombrables réminiscences, « le mécanisme » de certains vers ne peuvent suppléer l'inspiration. Poésie de lectures publiques, condamnée à périr avec la très factice humanité de boudoir qui en fait ses délices :

Papillon en rabat, coiffé d'une auréole,

Dont le manteau plissé voltige au gré d'Éole....

Sa gloire passera, les navets resteront *.

Le 13 février 1786, Ducis lit à l'Académie, en mémoire de son cher Thomas, une ÉpUre à t Amitié. Le 8 juillet, le Mercure insère l'article où Rivarol, après avoir disserté à son tour sur l'amitié, juge le poème de Ducis. La transition entre les deux parties de son article a disparu (et je le regrette) dans l'édition des Œuvres complètes, où les deux parties sont imprimées séparément, à trente pages de distance l'une de l'autre. Il vient de parler de l'amitié, si rare entre grands hommes : « Je ne m'étendrai pas davantage sur les gens d'esprit », et il passe à Ducis.. Il ne lui conteste pas quelques succès au théâtre; ces succès-là s'ob-

1. Lettre sur le Poème des Jardim-, Le Chou et le Navet ',passim. L'édition originale a une note que l'édition de 1808 ne reproduit pas : « Le but moral de cette bagatelle est de détourner les jeunes gens des lectures de société ». r

tiennent à bon marché : « C'est le peuple des lecteurs qui est redoutable pour les écrivains dramatiques ». Que de vieilleries dans son Epitrel Quelle nécessité d'y raconter une fois de plus « l'enlèvement de Déjanire »? « A quoi bon décrire l'attitude du Centaure, son cou, ses muscles? » Un peu plus loin, voici « l'or du Pactole »; ailleurs, une « apostrophe en forme épique à l'Amitié », une apostrophe aussi « aux Zéphyrs »; enfin, suprême effort d'une rhétorique qui tombe et d'une poétique qui s'éteint, le poète « ressuscite lui-même pour un instant son ami, mais cela n'a pas d'autre suite ». « Les images usées ôtent toute la fraîcheur du style; il faut quitter le vieil homme en poésie \ »

En 1786, il écrit pour le Mercure une étude sur Florian; au moment de la livrer à Panckoucke, un scrupule l'arrête qu'il vaut la peine de noter. Il craint d'affliger l'aimable et tendre poète ; il jette son manuscrit dans un tiroir et ne le laisse imprimer qu'en 1797 dans le Spectateur du Nord, trois ans après la mort de Florian. L'article était donc bien cruel? Oui, en ce sens qu'avec une courtoisie parfaite il y disait du talent de Florian tout ce qu'il en faut dire, et formulait par avance, ici comme en mainte autre occasion, le jugement de la postérité. «M. de Florian s'annonça d'abord par des productions fugitives et des pastorales d'un ton fort doux. Il avait dans son style cette pureté et cette élégance continues dont les gens du monde se croient tous doués par excellence, et qui distinguent spécialement à. leurs yeux les esprits de la capitale; aussi se hâtèrent-ils de lui faire une réputation, charmés qu'un d'entre eux eût pris la parole. Mais quand M. de Florian s'est élevé de petite pièce en petite pièce jusqu'à une sorte d'épopée, les gens du monde l'ont abandonné aux gens de lettres; ils ont été de feuille en feuille ses amis jusqu'au volume. »

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