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CHAPITRE IV

On réduit trop volontiers la grande bataille de la fin du siècle dernier à une lutte entre les défenseurs du progrès et les partisans du statu quo, entre des plébéiens animés d'un grand amour de l'humanité et des nobles animés d'un amour sans bornes de leurs honneurs, de leur luxe, de leurs privilèges. Parce qu'une Mme de Monregard disait en riant : « Les abus? mais c'est ce qu'il y avait de mieux ! « certaines gens se figurent que toute l'histoire de la Révolution tient dans ce mot d'une mondaine. S'il en était ainsi, le problème cesserait d'être intéressant, cesserait même d'en être un. L'opinion de la postérité ne serait pas divisée sur une révolution qui n'aurait eu contre elle que des égoïsmes. Le vrai est qu'en même temps que des égoïstes elle a eu contre elle les penseurs qui se défient des mouvements de leur cœur si leur raison leur dit de s'en défier, qui ne croient pas à l'efficacité des transformations radicales, et préfèrent sacrifier un peu de liberté à la sûreté commune. Le plus distingué de ceux-là est Rivarol.

Si l'erreur de la Révolution est d'avoir voulu réaliser l'idéal en un jour, si elle a ainsi compromis l'existence même de la société et interrompu un moment la vie de la civilisation, ne demandons pas pourquoi Rivarol est contre-

révolutionnaire. Mais souvenons-nous que le mot n'est pas, comme on l'assurait jadis, synonyme de « suppôt de la tyrannie ».

Est-il très nécessaire d'affirmer qu'en 1789 il souhaitait, réclamait des réformes? Elles étaient un besoin, sinon de son cœur, du moins de son esprit. Les imperfections du régime actuel blessaient son instinct d'harmonie, sa logique intellectuelle, et l'inquiétaient comme une perpétuelle menace pour l'ordre social. Le désordre de nos finances, les incertitudes d'un pouvoir despotique, sans règle, sans équilibre, abandonné au caprice des ministres, lui semblaient une injure au génie d'un Montesquieu et à la sagesse d'un Turgot*. Il était choqué du désaccord qui existait entre la pensée française et le gouvernement de la France, choqué du spectacle de ce « trône éclipsé au milieu des lumières »^. Il ne se gênait pas, chez Lauraguais ou ailleurs, pour le dire^; et il s'était fait à la cour la réputation d'un homme fort éloigné des « bons principes » *. Il était fort éloigné, en effet, de trouver que tout allât bien, et il tournait ses regards vers cette libre Angleterre qui avait fait durant tout le siècle l'admiration des esprits réfléchis.

Mais son principe fondamental est que la philosophie et la politique sont deux sciences très distinctes; l'une est la science de l'absolu, l'autre du relatif. Rien de plus dangereux, et il se souvient que Bossuet l'avait déjà dit^ que de les confondre. Ce qui est vérité dans le livre du philosophe serait chimère dans le décret du politique. Non que celui-ci n'ait rien à retenir des spéculations de cclui-

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