Mémoire!^ de Marmontel
2. Journal Politique National, T* série, n" 13. « On demanda à Solon si les lois qu'il avait données aux Athéniens étaient les meilleures : Je leur ai donné, répondit-il, les meilleures de celles qu'ils pouvaient soufTrir. — Belle parole, qui devrait être entendue de tous les législateurs » {Esprit des Lois, liv. XIX, chapitre xxi).
3. Les lettres adressées par elle à Fersen sont pour beaucoup dans la tendre pitié qui nous attache à elle. Une prière circulait, imprimée, pendant les premières années de la Révolution : « Notre Roi qui êtes aux Tuileries, que votre nom soit respecté; que votre règne revienne; que votre seule volonté soit faite à Paris comme dans les provinces; faites élever à la Lanterne tous les coquins qui cherchent à nous ôter notre pain quotidien... et surtout délivrez-nous de l'Assemblée nationale. Ainsi soit-il. — Je vous salue, Marie-Antoinette, pleine de grâce; vous êtes la plus courageuse des reines », etc. Pour les vers sur la reine, attribués à Rivarol dans l'édition des Pensées inédites, voir la Bibliographie, § 5.
depuis de longs siècles. Qu'un jour puisse jamais arriver où elle cesse de l'être et devienne république, il en doute quand il considère l'étendue de son territoire*; il en doute, et rien de plus. Ce jour-là n'est pas arrivé; outre que la nation est hors d'état de se gouverner elle-même, elle a des habitudes prises, invétérées; elle est monarchique ^ et nul raisonnement ne prévaut contre un fait. Qui lui arracherait son manteau royal, déchirerait sa chair et ferait couler son sang. Mais le manteau est alourdi d'ornements coûteux et surannés qui font qu'elle étouffe là-dessous. Pourquoi ne pas les retrancher? La noblesse et le clergé jouissent de privilèges qui n'ont nulle raison d'être, et sur lesquels la royauté a passé sa vie à empiéter. En les abolissant, elle continuerait, elle achèverait son œuvre. Il lui resterait alors à se consolider, à l'instar de la royauté anglaise, c'est-à-dire à s'appuyer sur deux Chambres. Une monarchie constitutionnelle, tel était le vœu de RivaroP.
Mais il craignait tout si le monarque abandonnait à d'autres le soin de constituer la monarchie.
Au milieu de l'enthousiasme général que provoquait l'annonce des Etats généraux, il était demeuré froid et défiant. « Du jour où le monarque consulte les sujets, la souveraineté est comme suspendue. Il y avait interrègne *. » Un roi qui se trouve réduit à consulter son peuple s'avoue par là moins éclairé que lui, et se condamne à être moins estimé de lui : u Or quand les peuples cessent d'estimer, ils cessent d'obéir. Règle générale : les nations que les
1. L'axiome de VEsprit des Lois, livre VIII, que la monarchie seule convient aux grands États, est devenu en ces années-là un argument cher à tous les hommes de la contre-révolution : non seulement Rivarol, mais Lauraguais, Malouet, Mallet Dupan, Bergasse, Montlosier l'ont repris tour à tour, et les petits journalistes du parti l'invoquaient après eux. Peut-être avait-il gardé toute sa force jusqu'au jour où la vapeur et l'électricité ont supprimé la distance.