A M. DE CAILHAVA DE L ESTANDOUX, PRESIDENT DU GRAND MUSÉE DE PARIS
M. le Président,
Ce n'est pas sans la plus vive satisfaction que nous vous dédions cet Almanach de tous les Grands Hommes qui fleurissent dans les Musées (2) depuis leur fondation jusqu'en Van de grâce ij88. Combien d'hommages n'en avez-vous pas reçus, soit en vers, soit en prose! car vous n'êtes pas comme les Rois de la terre, qui n'exigent de leurs sujets que des tributs pécuniaires ; votre trésor ne s'emplit que d' opuscules légers, de pièces fugitives, d'impromptus et de chansons, et la plus grosse monnaie de votre empire na jamaispassé Vépître dédicatoire ; mais sans nous, tous ces monuments de leur amour pour le Musée et de leur goût pour les lettres périraient sans retour; et Von verrait tant de fleurs se faner sur vos autels/
Si r Almanach Royal, seul livre où la vérité se trouve, donne la plus haute idée des ressources d'un Etat qui peut supporter tant de charges, croit-on que notre Almanach puisse être indifférent à votre gloire et à celle, de la nation, quand on y prouve quun président de Musée peut prélever plus de cent mille vers par an sur
(1) De 65o noms environ. Nous en avons choisi quelque 200.
(2) Petites académies poétiques, cercles littéraires.
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la Jeunesse Jrançaise, et marcher dans la capitale à la tête de cinq ou six cents poètes?
Notre Almanach sera pour eux le Hure de vie, puisque r/iomnie le plus inconnu rj recevra de nous un brevet d'imniortalilé. Il y a, dit-on, des chemins connus j)our arriver à rAcadémie, mais on n'en connaît pas pour échapper au Musée. Ceci peut s appliquer à notre Almanac/i : nous ferons au plus modeste une douce violence, et l'on ne verra plus tant d'écrivains exposés à ce cruel oubli qui les gagne de leur vivant, ou à ces équivoques plus outrageantes encore, qui font qu'on les prend sans cesse l'un pour l'autre. Feu Voltaire, dont vous avez peut-être ouï parler, disait toujours, labLé Suard et M. Arnaud; et on avait beau lui représenter qu'il fallait dire M. Suard et l'abbé Arnaud, le vieillard s'obstinait, et ne voulait pas changer les étiquettes, ni déranger pour eux une case de son cerveau. Notre Almanach eût prévenu ce scandale, car sans doute l'auteur du pauvre Diable nous aurait souvent consultés.
Nous sommes avec un profond respect, Monsieur le Président,
Vos très humbles et très obéissants serviteurs, Les Rédacteurs de l'Almanach des Grands Hommes.