DE NOS GRANDS HOMMES
Quesli chi son, c'hanno coianiaorranza
Che dal modo degli altri gll disparte ?
Dame, Enfer, iv, 74.
Quelle est cette foule d'esprits que la gloire Distingoie des autres enfants des hommes ?
AVIS SUR CETTE NOUVELLE EDITION, OU LETTRE D ADIEU A NOS AMIS ET LECTEURS
La France ne rit plus, et la g'aîté française a passé comme une ombre; cette heureuse révolution a coûté bien des volumes, tandis qu'il n'eût peut-être fallu qu'un drame pour rasseoir toute la nation. Mais enfin, on a appelé de TAngleterre la philosophie au secours de la nation française. Grâces en soient rendues aux écrivains qui ont donné à notre lang-ue Vaccent an g lai s, salon l'expression du Jour nal de Paris, au sujet de feu M. le Tourneur!
Mais si la France est g-rave et sérieuse, elle est tout aussi calme. Les prétentions ont contracté entre elles; les ranges sont assig-nés ; tout a son prix, et la plus aimable harmonie règ-ne dans toute la littérature française.
Nous n'entreprendrons pas de dire par combien de degrés il a fallu passer pour amener la nation à cette sévérité d'humeur qui constitue la véritable dig-nité de l'homme, et nous paraît le sig-ne le plus certain de la félicité publique.
C'est dans cette disposition des esprits, dans cet accord des caractères et dans cette transaction de tous les amourspropres, que le petit Almanach de nos Grands Hommes
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a paru; mais le titre a semblé si mesquin, le ton si futile, notre air si frivole, que notre but est manqué. On a trouvé qu'en variant l'élog-e avec autant de soin qu'on avait jusqu'ici varié la satire, nous aurions du naturellement cnorg-ueillir nos élus, et désespérer ceux que nous réprouvions : tandis que nous avons médiocrement flatté nos Grands Hommes, et que le livre a causé un rire universel qui nous a tout à fait humiliés. C'est pour l'innocence le comble du malheur que de causer du scandale. Aussi avons-nous reçu avis sur avis, reproche sur reproche, menace sur menace : on nous a traités avec colère, on nous a maltraités avec esprit : nos mentions ont paru des traits de haine, nos omissions des sig-nes de mépris. L'un nous accuse d'avoir échenillé le Parnaase ;Vauire d'avoir fait asseoir plus d'un Grand Homme aux bancs des ânes. « Il est contre les « mœurs et la décence, nous écrit-on, défaire rire le monde. « Les larmes conviennent mieux à la misérable espèce (( humaine. 11 vous était si aisé, nous dit-on, d'attrister vos « lecteurs sur toute la petite littérature dont vous faites (( l'histoire! Pourquoi forcer le naturel de vos héros, et « contrarier le g-oût du public? Le monde est-il donc si gai, « et vos Briquet et vos Braquet sont-ils donc si plaisants?»
M. l'abbé Salles de la Salle, auteur d'une ode sur le prince de Brunswick, a réuni autour de lui M. de Fnmars, qui prépare l'histoire secrète de la loge Olympique; M.Landreau de Maine-au-Pic, et UM. Robert et Roiizet, avocats en trag-édie : ils nous reprochent de les avoir oubliés, et se moquent cruellement de nous, en nous demandant si nous connaissons la dernière charade de M. l'abbé Dubosq, Ténigme de M. Gillet du Coudraij, avocat, et le log-ogryphe de M. Lapleigna daCoudray?
Il est vrai qu'il se mêle quelques fleurs à tant d'épines : on vient de nous annoncer un pamphlet in-folio, écrit avec tout V esprit de M. Manuel. C'est nous promettre chère de vilain : la colère met un avare en dépense, et c'est ainsi qu'Aristote veut qu'on purg-e les passions les unes par les autres.
Nous nous flattons que le public, en faveur de nos intentions, daii^rnera oublier à jamais le petit Almanach, pour ne se souvenir que des mille et une réponses qu'on y a faites, et dont il n'eût pas joui sans nous : car nous sommes en
littérature la pierre à aiguiser, qui ne coupe pas, mais qui fait couper.
A. D.— On n'a jamais lu un dictionnaire de suite, Tordre alphabétique s'y oppose. Ainsi les personnes qui voudront parcourir cette g^alerie (i) tout d'une haleine en seront bientôt punies, d'autant plus qu'il y a une foule de notices qui ne sig-nifient rien ; et ce sont les plus ressemblantes.
Ces expressions de /r<?s co/z/i«, s/ con/ï«, et autres de cette espèce, qui reviennent souvent dans ce répertoire, signifient seulement, très connu dans les liecueils, si connu dans les Almanachs, dans les Musées, etc.
Adieu, chers amis et généreux lecteurs.