‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 14 sur 211 · Cri de guerre des Rivaroli (voir l'Appendice · texte numérisé non relu

Cri de guerre des Rivaroli (voir l'Appendice

2. Le mot de « nobilomanie » est de Cubières (Vie d'Antoine Rivarol). Rivarol disait à Sulpice de la Platière avant la Révolution, à propos d'un couplet dont l'auteur le raillait sur son titre : « Cet encromane me fait un crime de ce qu'on m'appelle le comte de Rivarol : s'il dépend de lui de m'enlever ce sobriquet, qu'il le prenne, mon nom dès ce moment me suffira » (Vie... de Rivarol, t. I, p. 8). Mais' il aime tout ce qui peut établir une ligne de séparation entre la foule et lui, et c'est pourquoi il tient à son titre. « Il est excessivement chatouilleux sur ce point », écrit Thauvenay le 44 juillet 4800 à d'Avaray, qui d'ailleurs^ lorsqu'il fait passer quelques notes à Rivarol, a soin d'y inscrire : « pour M. le comte de Rivarol ». (Archives dus Affaires étrangères, t. 598, folio 420.) Voir aussi la Notice sur Rivarol de H. de la Porte.

24 RIVAUOL.

« Mes amis, je n'ai jamais couru après l'esprit; il est toujours venu me chercher * ». Il eût pu en dire autant de ses succès. C'est son malheur, et c'est son excuse, qu'ils lui aient été, dès le début, si faciles. Écolier, en un an il fait trois classes, remporte tous les prix et laisse à ses professeurs un ineffaçable souvenir 2. Séminariste, il a, sans y songer, des triomphes d'un autre genre : « Quelquefois, dit Gubières, nous nous promenions sur les remparts d'Avignon,... et comme Rivarol avait la plus belle figure, la plus belle taille et la démarche la plus noble, quelques dames s'écriaient, en le voyant passer : Voilà le bel abbé du séminaire de Sainte-Garde! Il y en avait même qui, entraînées par l'admiration, le suivaient des yeux en soupirant, et d'autres qui l'accompagnaient jusqu'aux portes de son austère demeure 3. » C'était la tentation d'Antoine qui commençait, et il n'y a pas longtemps résisté. A Paris, il n'essuie qu'une rebuffade. Un parent, plus rapproché que lui, de feu Deparcieux, au lieu de lui tendre la main et de lui servir de chaperon, lui fait aigrement défense de se recommander du mort et de s'appeler Rivarol-Deparcieux \ Bah! un mot de Voltaire vient aussitôt le consoler d'une

i. Dampmartin (Notice citée). Entendant dire de quelqu'un : « 11 court après l'esprit », il répondait : « Je parie pour l'esprit ». (Mémoires de Mme Oberkirk.)

2. Dampmartin (Notice citée) dit avoir vu leurs rapports au collège Saint-Joseph. Et, chose curieuse, les Bagnolaises sont d'accord avec lui.

Page 1