‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 2 sur 211 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

Rivarol, mais interroger les recueils périodiques du règne de Louis XVI, Almanachs, Mercure de France ou Journal de Paris, et les journaux de la Révolution depuis les Actes des Apôtres jusqu'au Courrier de Madon, depuis le Journal Royaliste jusqu'aux Annales patriotiques et littéraires... J'interromps l'énumération qui remplirait plusieurs pages. Les citations que je produirai montreront que mes recherches n'ont pas été sans résultats. Aux Archives du ministère des Affaires étrangères , en particulier , où jusqu'ici personne n'avait songé à s'enquérir de Rivarol, j'ai découvert une mine de curieux documents.

J'en dois d'autres à l'obligeance de M. et de Mme Tollin que je ne saurais trop remercier. La petite-nièce de Rivarol a bien voulu s'intéresser à l'enquête que j'avais entreprise. J'ai pu examiner en toute liberté de volumineuses liasses d'actes notariés, d'actes de l'état civil, de lettres, de papiers jaunis et vénérables qui me permettaient enfin d'établir la généalogie de Rivarol, et de pénétrer dans l'intimité de sa vie ou de la vie des siens. J'ai eu la joie de manier ce qui reste de sa correspondance avec ses parents, de retrouver parmi de vagues paperasses le manuscrit, tout entier de sa main, d'un Mémoire qui n'avait jamais été publié. Il m'a été donné de compulser à loisir quatre des Carnets (les autres ont péri) sur lesquels il notait ses réflexions. Ceux-là datent de la fin de son séjour à Londres et du commencement de son séjour en Allemagne (les comptes, d'abord en guinées et en schellings, y sont ensuite chiffrés en

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florins ej en limiers); ils nous font assister au travail de sa pensée entre 1794 et 1796, alors qu'il était en pleine maturité d'esprit et de talent. M. de Lescure, qui les avait eus le premier entre les mains, n'a pas jugé utile de les ouvrir, et déclare étourdiment qu'ils sont bourrés de remarques grammaticales. Il ne s'est pas douté qu'ils contenaient un trésor. Au reste, des précieuses reliques que le comte Edouard de Rivarol et plus tard M. et Mme Tollin lui avaient communiquées, il a rarement su tirer parti.

Enfin, outre tous les écrits de la fin du xvme siècle qui pouvaient me renseigner sur Rivarol, j'ai lu ses propres écrits. La déclaration risque sans doute de sembler naïve : elle a sa raison d'être, puisqu'une bonne partie de son œuvre, puisque son chef-d'œuvre même, le Journal Politique National, ne se peuvent lire qu'à la Bibliothèque de la rue Richelieu. Il écrivait le 24 janvier 1801, deux mois avant sa mort, à son ami de Gaste : « Vous dites que vous n'avez pas tous mes ouvrages : mais si vous les aviez, vous seriez plus avancé que moi : ce sont vraiment des feuilles des sibylles; autant en emporte le vent ». Quoiqu'il eût le goût des beaux livres édités avec art — l'impression du Discours Préliminaire, les deux réimpressions du discours de V Universalité, faites sous ses yeux, en sont la preuve , — sa nonchalance l'avait empêché de rassembler en une édition unique et définitive tant d'opuscules tirés à peu d'exemplaires, anonymes, et par là doublement exposés à se perdre. Peut-être

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comptait-il s'en occuper une fois rentré en France; la mort est survenue. Il ne faut pas trop en vouloir à ses éditeurs de 1808, Fayolle et Chênedollé, s'ils ont donné sous le titre àlGEuvres Complètes une édition où manque à peu près un tiers de ses œuvres, où se rencontrent en revanche des libelles dirigés contre lui, et où lui sont attribuées des pages qu'il n'a pas écrites. Il n'étaii pas aisé de réunir les « feuilles des sibylles » ; moins aisé encore, au milieu d'écrits qui ne sont pas de lui bien qu'ils portent son nom, et d'écrits qui ne portent pas son nom bien qu'ils soient de lui, de ne commettre aucune erreur d'attribution. Il n'en reste pas moins que l'édition de 1808 était à refaire, et qu'elle n'a pas été refaite. Celles de ses oeuvres qui ont été réimprimées depuis, en 1824, 1852, 1857, l'ont été d'après le texte si fréquemment altéré de 1808. Même les Œuvres Choisies, que M. de Lescure a fait paraître en 1880 à la librairie des Bibliophiles, ne donnent pas une reproduction exacte du Journal Politique National. En 1877, M. P. Malassis avait publié chez Lemerre un mince recueil, intitulé Écrits et Pamphlets de Rivarol, qui comble quelques-unes des lacunes de l'édition dite des Œuvres Complètes, mais où il y a aussi du faux Rivarol. Bref, qui veut aujourd'hui apprécier en pleine connaissance de cause un si remarquable écrivain doit se résigner à de longues séances dans les Bibliothèques et faire de la critique de texte avant de s'abandonner au plaisir de la lecture. De là le soin minutieux avec lequel j'ai établi la Bibliographie de Rivarol.

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