‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 6 sur 211 · Voir l' Appendice · texte numérisé non relu

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2. Œuvres littéraires de Claude-François de Rivarol, dédicace déjà citée.

3. Voir Alègre, Notices biographiques du Gard, t. II, p. 197.

4. Néele 19 octobre 1731 (yoirhescure, Rivarol et laSociété française, p. 18).

5. M. de Lescure a un peu lourdement insisté sur ce petit fait. 11 est acquis qu'en 1752, sur son acte de mariage, Jean est qualifié de « fabriquant en soie ». La qualification d'aubergiste lui est donnée sur l'extrait de naissance de son huitième enfant, en 1762. Mais elle disparaît dès

l'homme. ô

fonctions de percepteur et d'édile, il faut convenir qu'il était un commerçant ou un hôtelier d'espèce peu commune. Il était poète à ses heures. Nous avons conservé de lui, entre autres vers, un quatrain qu'il avait adressé à ses fils Antoine et Claude-François :

Mon espérance, enfin, n'a pas été trompée;

J'ai deux fils bien chers à mon cœur : L'un se sert de la plume et l'autre de l'épée,

Et tous les deux me font honneur *.

et tous deux l'en ont gentiment remercié. « C'est à vous, répondait Claude-François, que je dois le peu que je sais 2 ». « Yous avez donc, écrivait de son côté Antoine, dérouillé votre veine pour moi; je suis charmé que vous soyez toujours l'ami des Muses : qui n'aime point les vers a l'esprit sec et lourd.

Quand vous applaudissez à mes faibles écrits,

De votre cœur vous parlez le langage, Mais vous ne songez pas qu'en louant votre fils

Vous ne louez que votre ouvrage 3. »

Jean savait le latin, de façon à l'enseigner, et l'italien de façon non seulement à l'enseigner aussi, mais à traduire

l'année suivante; et dès lors, sur l'extrait de naissance de ses huit autres enfants, il est « receveur des droits réunis ». Il a conservé son emploi jusqu'aux premiers mois de 1791 (voir la lettre de La Porte à Louis XVI, du 19 avril 1791, que je cite plus loin). Il avait été en outre, en 1773, « inspecteur des travaux du pont de Pigeaudon ». Le 2 messidor an II, il est chargé « de recevoir les déclarations des propriétaires pour les fourrages destinés à l'approvisionnement de l'armée des Pyrénées-Orientales » ; le 1er thermidor de la même année, il est chargé « de l'assainissement, embellissement et amélioration des communes du canton » (voir Alègre, ouvrage cité, p. 197). La légende qui le représente en tablier de cuisine, versant à boire aux voyageurs et les rançonnant, hors d'état d'écrire même une lettre à son fils, est grossière et sotte. N'est-il pas plus piquant de constater que le père du plus brillant avocat de la royauté a été fonctionnaire de la République une et indivisible?

1. Préface des Pensées inédites. Je citerai plus loin un sonnet de lui.

2. Œuvres littéraires de Claude-François de Rivarol, dédicace citée.

3. Lettre de Rivarol à son père, du 12 mai 1797. Je ne garantis pas qu'il y fasse allusion précisément à ce quatrain, que Dampmartin (Notice citée) date de 1784. Mais qu'il s'agisse de celui-là ou d'un autre, peu importe.

un long épisode de la Jérusalem délivrée dans la Bibliothèque des Romans. J'ai dit que sa sœur était mariée à un noble; je pourrais remarquer de plus que son fils aîné a été dès l'enfance le camarade très intime d'un fils du marquis de Gaste. Antoine-Roch et Jeanne Bonnet lui avaient laissé ainsi qu'à ses frères et sœurs un peu d'argent ', et il avait quelques terres 2. 11 s'en faut donc de beaucoup que sa situation fût aussi basse et humiliée que les mauvaises langues l'ont prétendu. Sa situation était modeste, et il s'en contentait Nonchalant et spirituel, il entendait prendre la vie comme elle vient. Il ne s'est pas plus inquiété qu'Antoine-Roch de réunir et d'exhiber ses papiers de famille. Il se trouvait bien à son foyer, entouré de ses seize enfants. Foyer paisible où s'est transmis, comme un vague et dernier souvenir du passé, le culte de la langue italienne, où vivent de braves gens très unis, où grouille toute une nichée de marmots, où Catherine endort le dernier-né, tandis que tante Françoise s'occupe des plus grands, que la fidèle Rose apprête le repas, un vrai repas de réfectoire, et que Jean, flâneur, peu âpre au gain, respire « le bon de l'air » sur le seuil de la porte, devisant avec l'un, citant à l'autre Horace ou Guarini. Seule, Jeanne- Pauline, depuis qu'elle est de Barruel, aime à rappeler

1. Par acte notarié (Bagnols, 12 vendémiaire an XI), « la citoyenne Françoise Rivarol » donne quittance à son frère Jean d'une somme de 7 000 francs à elle léguée par son père Antoine-Roch (testament du 2 août 1758); plus 400 francs à elle légués par sa mère Jeanne Bonnet (testament du 12 septembre 1760); plus 600 francs sur les 3 000 légués par son père à feu Simon Rivarol, leur frère, décédé intestat; plus 400 francs légués par Mme Bonnet à dame Jeanne (Jeanne-Pauline), veuve Barruel, leur sœur, et les 600 francs (sur les 3 000 légués à Simon) qui revenaient à celle ci, « lesquelles deux dernières sommes ont été cédées à la dite Françoise Rivarol par feu Charles Joseph debarruel (sic) mari de la dite Jeanne Rivarol par acte reçu Tourgon notaire le 9 août 1768 ». — Il ressort de ce grimoire que la bonne Françoise avait longtemps laissé son petit avoir entre les mains de son frère Jean qui avait de lourdes charges; et aussi que Jean avait dû hériter comme elle.

2. « Croyez-vous, lui écrit Rivarol (même lettre), qu'avec vingt-cinq louis vous pussiez ranimer un peu vos champs? »

L HOMME, i

.qu'elle est issue des Rivaroli et élève son fils de manière qu'en grandissant il devienne comte et demeure un sot. C'est là, dans la maisonnette de Bagnols, rue des Peyrières *, où la vie coulait doucement, égayée de soleil et bercée par le mistral ; c'est là, sous les yeux du vieux condottiere assagi, parmi les ronrons du rouet et les fredons de la muse paternelle, qu'un jour d'été naquit Rivarol. Il est né en plein mois de juin 2, et filleul des cigales : elles ont été les fées penchées sur son premier éveil à la vie. L'une d'elles, peut-être, chantait alors près de la croisée entr'ouverte, voleta jusqu'à son berceau, et de là sur ses lèvres. Elle y est restée, paresseuse et sonore; l'aigle de Rivarolo qui dressait la tête et battait de l'aile n'a jamais pu l'en déloger.

Quel homme a été plus visiblement que celui-là l'enfant gâté de la nature? Elle lui a donné mission de plaire. Avec quels soins, quelle tendresse elle a modelé son corps! En premier lieu, elle a voulu qu'il fut sain, que son sang fût très pur, ses organes parfaits. « J'ai toujours, écrivait-il en 1795, le mens sana in corpore sano » 3, et quelques heures avant d'entrer en agonie, il répétait à Dampmartin : « Mes entrailles sont de bronze 4! » S'il a vécu beaucoup moins vieux que la plupart des siens 5, au régime qu'il a suivi il n'en est pas moins étonnant qu'il soit parvenu jusqu'à la

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