‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 26 sur 37 · KADOUR ET KATEL · texte numérisé non relu

KADOUR ET KATEL

Kadour-ben-Cbérifa^ sergent-major aux tirailleurs indigënes, était mourant le soir qu'on rapporta à la scierie Rippert sur la Sauerbach ; et pendant cinq longues semaines, tout ébranlé de ses blessures, tremblant de fièvre, il a vécu comme dans un rêve. Quelquefois il se croyait encore en pleine bataille, hurlant et bondissant à travers les champs de lin et les houblonniëres de Wissembourg, ou bien là-bas, en Algérie^ dans la maison de son père, le kaïd des Matmatas. Ensuite il ouvrait les yeux, et vaguement il entrevoyait une chambre à grands rideaux blancs, claire et calme, des branches vertes agitées aux fenêtres, un soleil traverse de nuages, et près de son lit une petite sœur de charité attentive, silencieuse, mais qui n'avait ni croix d'argent, ni chapelets, ni voiles bleus, seulement deux grandes nattes retour

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bant sur un corsage de velours. De temps en temps on appelait: « Katel... Katel... » Alors Ja fillette s*en allait sur la pointe des pieds, et le blessé écoutait de loin une voix sonore et jeune qui lui faisait frais à entendre comme le ruisseau coulant sous les fenô* très de la scierie.

Kadour.ben Ghérifa a été longtemps malade; mais les Rippert Tout si bien soigné que ses blessures se sont fermées, si bien caché que les Prussiens n*ont pas pu l'envoyer mourir de froid dans les casemates de Hayence. Maintenant il commence à parler, à montrer ses dents blanches, et fait quelques pas dans la chambre en laissant tomber une de ses manches — celle qui a un grand trou béant au milieu des broderies — sur un bras pansé, bandé et encore impotent. Tous les jours, dans le petit jardin de la scierie> Katel descend une chaise de paille pour le blessé; elle lui cherche, au long des murailles, le coin le plus chaud où les raisins mûrissent le plus vite. Et Kadour, qui^ en sa qualité de fils de kald, a fait ses études au collège arabe d* Alger, la remercie dans un français un peu barbare, émaillé de bono "?e%eff et de inacach bono. Sans s*en douter^ le bon

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turco est sous le cbarme. Cette lacUe galté «de jwoe fpanque^jqui vit libre comme un oiseau, sa&s voile au ^and air^ ui grillages à ses &AéUes, rétooue ^t k ravit II y a loin de cela à la vie murée des femmes de son pays, aux petites moiesques mas4uées de blanc et parfumées de verveine. Katel de SQa.i:ôté trouve Kadour un ,peu trop noir.; mais il a Tait si bon^ si brave, il déteste tant les Prussiens !•*. Une seule chose la fâche ; c'est que ià-bas, dans, ooite Algérie d^Àfrique.» les hommes ont le droii d^avoir plusieurs femmes. Katel ne comprend pas cela» eUe. Aussi quand TÂlgérien, pour la contrarier, lui dît dans son jargon: « Kadour marié Uent&t«.. Loi fp:enir quatre femmes... Quatre. » Katd se met en -colère. Hou^ le vilain Kadour I.,» Le Païen 1... Alors ie turco rit d^uu bon rire d^eofant; jnuis tcmt k coxif H ledevient sérieux et reste nuiet devant la jeine fiite» on ouvrant des yeux si grands,, si grands qu'on dirait fP'il veut Temiporter daos son regard.

C'est ainsi qu'ont commencé les amouis de Ka« 4Mr et de Katel.

Xia douTi une fois gitôri, est FeftottPRë chez son pi^i

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et vens peAseot s'il y^n a m des fiMes en son hoimeiir au pays des Matmatas. Les flûtes .âe roBeaa et tes pi^ts tambDOTs arabes onl joué lears plus beaux ^aîrs pour le recevoir; le vieux kald, assis devait sa [KHie, en voyant veafar de loin dans Tallée M cactus ce ftls chéri qui! croyait mort, s'est mis i tcetaUer 80U8 ses bumouss de laine comme s'il avait pris les flfevres* Un mois durant, ça été dans la tribu une suite iniinterrompue de diffas^ de f^intasias. Les kalds, les agas du voisinage se disputaient rhonneur d'avoir Kadour-ben-Cbérifa pour btte, et tous les; soirs, au café maure, on lui faisait raconter les grandes batailles où il s'était trouvé mêlé**.

G*est égal I tous ces honneurs, toutes ces fêtes ne rendent pas Eadour plus heureux. Dans la maison paternelle, entouré de tous ses souvenirs d'enfance, ses Kdievanx, ses lévriers, ses armes, il Iv mawfie tongours quelque chose, la parole ouverte i^ le xiee franc de KateL Le petit gazouillis perpétuel dea femmes arabes, qui lui faisait battre le cœur asetrefoifl^ midntenant le fatigue, l'ennute. Il n'aîme pbiB ni ks coiffuros de sequina, ni les chapelets de flema d^mapser, ni les gninda pantalons de satin ra»;

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Parlez4ni plutôt des longues nattes tombant sans perles, ni gaze, ni fleurs, seulement traversées de fils d*ordans le soleil couchant d*un petit jardin d*Alsace. Et pourtant si Kadour voulait!... Il y a, dans une tribu voisine de la sienne, de beaux yeux noirs qui le guettent derrière les fenêtres grillées de la maison de Taga, de beaux yeux si allongés de kobl que le regard y ressemble à une paresse. Mais Kadour ne veut plus de ces yeux-là. Ce qu'il rêve, ce qu'il regrette, c'est ce bon regard de Eatel qui faisait si vite le tour de la chambre pour voir si rien ne manquait au malade, et où la vie s'agitait toujours comme la lumière dans le bleu des gouttes d'eau.

Peu à peu cependant le charme des yeux bleus s'efface, ce charme tendre mêlé aux premières sorties, au premier réveil de la convalescence, et à ce climat de France si doux, si tempéré. Kadour a fini par oublier Katel. Dans toute la vallée du Chélif il n'est bruit que de son prochain mariage avec Yamina, la fille de l'aga du Djendel. Un matin, on a vu un long

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défilé de mules monter du côté de la ville; c'est Kadour-ben-Chérifa qui va avec son père acheter les présents de noces. Toute leur journée s'est passée à courir les bazars^ à choisir les burnous lamés d'argent, les tapis de Smyrne, les colliers d'ambre, les pendants d'oreilles; et en maniant tous ces jolis bijoux, ces floches de soie, ces fines étoffes, Kadour pense à Tamina. L'Orient l'a repris tout à fait, mais bien plus par l'habitude, l'influence de Tatmosphëre et des choses que par un lien de cœur.

Au jour tombant, les mules alignées, chargées de couffins de sparterie tout gonflés de richesses, descendaient la rue du faubourg, quand devant là cour du bureau arabe elles se sont trouvées arrêtées par un grand encombrement. C'étaient des émigrants qui venaient d'arriver. Comme il n'y avait rien de prêt pour les recevoir, les malheureux étaient là à réclamer, à se plaindre, à se renseigner. Les plus découragés restaient assis sur leurs bagages, fatigués de la traversée, gênés par la curiosité de la foule; et sur tous ces exilés, comme une tristesse de plus, le soleil couchant déclinait, la nuit tombait pour leur faire encore plus sombres l'inconnu du pays nouveau et

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