‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 27 sur 37 · LES TROIS CORBEAUX · texte numérisé non relu

LES TROIS CORBEAUX

L'entrevue des trois Empereur a échoué au point de Tue d'une allianee offèosiTe et défensire...

(Journaux français, septembre 1872.)

G*est le soir d'un jour de bataille. Du choc des deux armées, la nature est encore agitée tcut autour. L'haleine enflammée des canons flotte sur la campagne en lourds nuages roux. L'air est plein de remous, comme une mer, après l'orage. On y sent trembler les terribles commotions de la journée; et la terre couverte de neige, troublée dans son repos d'hiver, se creuse, se ravine sous des marques de roues, des piétinements désespérés, des chutes d'hommes et de chevaux.

Labour sinistre I Dans des sillons de neige, la bataille a semé des morts. Les capotes grises ont des plis, des enroulements d*agonie. Des bras se lèvent

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des fossés comblés^ et des pieds s'allongent roides et droits en poussant la terre devant eux.

Le visage découvert, pâle sous le ciel de plomb, un jeune soldat est couché. Ses mains sont noires de poudre, sa tunique percée de balles. 11 était au plus fort de la bataille, en plein feu, et ses compagnons Font cru mort en le voyant tomber. Il vit pourtant, et il appelle avec tout ce qui lui reste de force ; mais rien ne lui répond que des plaintes et des râles...

A la fin, engourdi de froid et de souffrance, fatigué comme il est du sifflement de la mitraille, des éclairs des canons, de toutes les évolutions de la mêlée sanglante, il se sent tenté, envahi par le grand repos tranquille et lourd de la terre sur laquelle il s'étend^ et tout prêt à s'abandonner pour le sommeil ou pour la mort.

Mais voici qu'à Thorizon immense, qui tient tout entier dans ses yeux entr'ouverts, trois points noirs apparaissent du côté du Nord et grossissent dans le ciel, à mesure qu'ils s'approchent. Ce sont des ailes, des ailes sombres qui se hâtent...

Bientôt elles s'arrêtent au-dessus de sa tête, et trois corbeaux immobiles restent là suspendus dans l'air

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btaae, avBC ce déplofement, cetfe tratiqutiHté dô» bé^ tes de proie défit Toail gaetCe:.. Dans" FàtiiAMplière encore vibrante et' confuse dd la bataille, le battement presque imperceptible dé cés gtande»^ ailes à Tarrét fait penser à trois drapeaux de cbmbcil pcnrtafll chacun un corbeau noirqui priane.

— « Ësi-ce' qu'ils vieffirent piD«r mol? » Mdéatauds le Messe a^c terrenr, et fout stén^'pau^è'cétpiMtm^ «aille en voyant le» troi^i GOfbea»» desoendte de liai nue, et se pereber stu* un petit tertre> à qu^q^es pas 4e lui.

Ce sont de b^mT oisieau, m^ M t' gsasf iMrés, 'bien nourris. Pas unepitfBie ne laail^e à' leurs ailes. Pourtant ces oiseanx-là vi tient au milieu de^la bataille. Ils ne vivent mèim qvepareMé; moisils yasristeoi 4e très-loin, de très-haut, hors de la portée des^tottes^ «l'Ile descendent jamais* qw^qiMiiid les réi^MtedteMQt â terre, et que blessés et tt^tW seccmftMldiâittdMiiia ^sinistre nivellement.

En vérité ceux^ei ont Fair de cetèeaux^ d'impôttauce. Ils se saluent du bec^ paradent ru» dfe^ant rautre en marquant leurs griUbs pointues daas^ la neige roi^; puis^ quiemâ^ite^^bieii ftil lefrbeaUt

ils se mettent à croasser tout bas, tout bas sans quitter de l'œil le blessé.

^ « Cousins, dit un des oiseaux noirs, je vous ai fait venir pour ce. petit soldat de France qui est couché là devant vous. C'était un fier petit soldat, tout animé d'un singulier courage, mais sans prudence ni réflexion. Voyez sa capote trouée et comptez ce qu'il a fallu de balles pour le jeter par terre...

i Cousins, c'est une belle proie, et si vous voulez, nous nous la partagerons ; mais il faut attendre un peu avant d'aller à lui. Quoique ses armes soient brisées, tel qu'il est, nu-tôte, les mains inertes, il serait encore à craindre s'il se ranimait... »

Celui qui parle est le plus gros de tous; et les deux autres, tout en l'écoutant, se tiennent loin de son bec éroce et crochu. Il reprend : « Hourraht nous allons nous le partager. Moi je mangerai son cœur. C'est un cœur chaud, vaillant et qui rajeunira le mien. ^

Tu entends ce qu'ils disent, petit soldat?... Est-ce que vraiment ton cœur ne bat plus?

L'autre corbeau prend la parole : « Moi, je mangerai ses yeux. Les yeux de France sont larges^ clairs et rayonnants de vie. »

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