TT
'982 «HVWTBS KT Mft»ilBOU
cérémonie do cacho fio (bûche de Noël) que le grandpère promène autour de.la maison et arrose avec du vin cuit.
f Âhl mon pauvre Salvette, quel triste Noél nous allons faire cette aniîéefl... ^"Bi seulement on araltett de quoi se payer un petit pain Mancet ime^fiolede Tin clairet! ... Qa m'aurait -fidiplaisir, "a^ant denpBser rarme ti gauche, d^rreser 'tneote nœ fois Je cackofto atec toi..."»
Et en partant de pain Bine sSt de "Tin dâket^'le maHule a les^eux^^i t^riltedt.^lABds coaniM^ Us lï'ont pins 'rien, tes i milheirrBia, ni .^ai^snt, jà montre. BalvéttegaitteJ^ienieBcoref daas lia doublure de saTeMeun'lion de^poste de quanmte £cams.8eulement o^est*|Kiur le jour où^ils;iBeroBtiliIff88^ it la premitoe • batte < qo^on fera dans une aaubeige tde FfsaneeJOdtaiveiiMà eat sacré. Pas .moyen id'ytiouetarr... Pourtant cer|aa?re Beriiadou6st si malade t Qui -sait s'il pourra jamais se remettre cn;roiile>pour retourner là -bas? Et puisque voilà an beau Nodkqu^oa peut encore' (dter ensemble, est-ce qu'il ne vautrait pas mieux en "profiler?...
Alors, sans'rieofdire à«m j)ay^, Salvette^aïUnissa
sa tanique pour prendre le bon de poste, et quand, le vieux Cabn est venu comme tous les matins faire ^a tournée dans les salles, après de longs débatç, des discussions à voix basse, il lui a glissé dans la in^in ce carré de papier, raide et jauni, sentant la poudre et taché de sang. Elepuis ce moment, Salvette. a pri» un air de mystère. Il se frotte les mains et rit tout seul en .regardant Bernadou. Et maintenantque Je jour tombe, il est là à guetter, le front collé aux •^très, jusqu'à ce .qu'il ait vu dans le brouillard de la place déserte le vieil Augustus Cahn tout essoufflé, qui arrive, un petit panier au bras.
Ce minuit solennel, qui sonne à tous les clochers de la ville, tombe lugubrement dans la nuit blanche des malades. La salle d*hospice est silencieuse, éclairée seulement par les veilleuses suspendues au plafond. De grandes ombres errantes flottent sur les lits, les murs nus, avec un balancement perpétuel qui semble la respiration oppressée de tous les gens étendu»
264 SALVETTE ET BEHNADOU
là. Par momcDt, il y a des rêves qui parlent haut, des cauchemars qui gémissent, pendant que de la rue montent un murmure vague, des pas^ des voiX; coufondus dans la nuit sonore et froide comme sous un porche de cathédrale. On sent la h&te recueillie, le mystère d'une fête religieuse traversant Theure du sommeil et mettant dans la ville éteinte la lueur sourde des lanternes et Tembrasemenl des vitraux d'église.
— « Est-ce que tu dors, Bemadou?... »
Tout doucement, sur la petite table, près du lit de son ami, Salvette a posé une bouteille de vin de Lunel, un pain rond, un joli pain de Nuôl où la branche de houx est plantée toute droite. Le blessé ouvre ses yeux cernés de fièvre. A la lumière indécise des veilleuses et sous le reflet blanc des grands toits où la lune s'éblouit dans la neige, ce Noôl improvisé lui semble fantastique. — « Allons, réveille-toi, pays... Il ne sera pas dit que deux Provençaux auront laissé passer le réveillon, sans Tarroser d'un coup de clairette... » Et Salvette le redresse avec des soins de mère. Il emplit les gobelets, coupe le pain ; et l'on trinque, et l'on parle de la Provence. Peu à peu Ber-
ÉTUDES ^T PATSAGBS 265
nadou s*aiiime, s'attendrit. Le vin blanc, les souvenirs... Avec celte enfance que les malades retrouvent au fond de leur faiblesse, il demande à Salvette de lui chanter un Noël provençal. Le camarade ne demande pas mjeux : «Voyons, lequel veux-tu? Celui ieVIfôtef ou les Trois Rois? ou Saint Joseph m'a dit?
— « Non I j'aime mieux les Bergers. C'est celui que nous chantions toujours à la maison... »
Va pour les Bergers! A demi-voix, la tête dans les rideaux, Salvette commence à fredonner. Tout à coup, au dernier couplet, quand les pâtres ont déposé sur la crèche leur offrande d'œufs frais et de fromageons et que les congédiant d'un air affable,
Joseph lenr dit : Allons t soyez bien sages, Toarnez-YOos-en et faites bon yoyage.
Bergers, Prenez votre eongë.
voilà le pauvre Bernadou qui glisse et retombe lourdement sur l'oreiller. Son camarade, pensant qu'il 8'endort^ l'appelle, le secoue. Mais le blessé reste immobile, et la petite branche de houx en travers sur le drap rigide semble déjà la palme verte que Ton met au chevet des morts
tÀb^j^TTE 1BT B«*air&»oa
*Satv«ttâamiDpîî8.fAloi8tMit pleuncat, nu peu ivre de la fête et d'une -si |;vaiiAeidoillmir,/il>fepreDclà plenae toîx dan» le^taice du doiiair lefeyeux^refndii ^dePiavenee :
Bergers»
LE BON ^DIEU Dï 'CFTEMILIE
^Cm N*filST"iaT»OUR'WI CORTRB
tègmàiêidêTimrÊtlm,
Le curé deJChemiUé 8^en:àiiiitpcnÉerlesBoD>Dfei];à «HLiDiMe.
JVraiBKBit, c'était pitié de ffiODger xfiie q«èh)u?ua •jMUUit rmoQrir ipar un si beau/joar' d'été, euplm Angdus de midi, le moment de la vie et > de la: luimliie.
C'était pitiéaiissi de Bouger cpie ce pauvre enté «vait été obligéilese.Biettre«a route tout de suite en sortant de table, à l'heure où d!tiabttude il aUait — le. bréviaire aux jnains — faiie (un bout de sieste sa petite tonnelle de vigne,. au frais et au^ repos.
268 LR BON DIEU DE GHEMILLÂ
d'un joli jardin plein de pèches mûres et de roses trémiëres.
c Seigneur, je vous Toffre, » pensait le saint homme en soupirant, et monté sur un âue griS; avec son Bon Dieu devant lui en travers du bat, il suivait le petit chemin à mi-côte entre la roche rouge toute piquée de mousses en fleurs, et la pente de cailloux et de hantes broussailles qui dégringolait jusqu'aux prairies.
L'&ne pareillement , le pauvre &ne , soupirait : c Seigneur, je vous Toffre, » et il le soupirait à sa manière, en levant tantôt une oreille, tantôt l'autre, pour chasser les mouches qui le tourmentaient.
C*est qu'elles sont méchantes et bourdonnantes, les mouches de midi ; avec cela, la côte à monter^ et le curé de Chemillé^ qui pesait si lourd, surtout en sortant de table.
De temps en temps des paysans passaient sur îe chemin et se rangeaient un brin pour faire place au Bon Dieu, avec ce coup de chapeau particulier des paysans de Touraine ; l'œil malin et le salut respectueux, le regard qui a Tair de se moquer du geste.
A chacun M. le curé rendait son salut pour le compte
du Bon Dieu, trës-polimeat, mais sans bien savoir ce qu'il faisait, car sa tête commençait à se remplir de sommeil...
Le temps était chaud, la route blanche. Au bas du coteau, derrière les peupliers, les petits flots de la Loire ressemblaient à des écailles d'argent éblouissantes. Toute cette lumière répandue, ces bourdonne ments d'abeilles qui soulevaient des poussières de fleurs sur la route, le chant des grives dans les vignes, un chant heureux de petite bête gourmande et rassasiée^ achevaient d*assoupir le curé^ tout étourdi déjà par un bon déjeuner de vin blanc et de rillettes... .... Voilà que passé Villandry, là où la roche devient plus haute et le raidillon plus étroit, le curé de Chemillé fut tiré vivement de son sommeil par les « dia l huel » d*un charretier qui s'en venait en face de lui, avec un grand chariot de foin balancé lourdement à chaque tour de roue.
Le moment était critique. Même en se serrant le plus possible contre la roche, il n'y avait pas place pour deux dans le chemin... Redescendre jusqu'à la grand'route? Le curé ne le pouvait pas, ayant pris ce sentieT pour aller plus vite et sachant son malade à
.^ LE EaV DISU JIE GBSIULLB
tonte extiâBiitÉ. C'est ce qp!il .^esa^ya .dlaxidjqiier an charretier; ouôs.le mstrene voulait non tatendre.
s J'en.8aia4Sicb0,jmDsieur le cao^^dît-rilsaiiaietirier :6a pipe, îiaais la joumée .eat .trop chaude pour qftte je m'en retoume veiB Azay.par te. détour. Bon {iQur vous, qui wis eu^allez biea touviulUemeuiâor iiotraâ&e.«.
— .Mais, .maliusar^ux, tu«B*asdoac pas vu ce q«e l'ai là?....G!âstle.BQn.Dieu9 maavaiacbrétieD, le fion .JKeuide.ClieiBiUé.que îe^porte àun malade.
— ieauis de Viilandiify, . ricana le .cbarretîen.. Xe .JBQnOteadaCbamillé ne ine,regardepas.,. JDia ! huel »
et le palen^longea un coup de louet à son attelage pour le faire avancer, au risque d'envoyer r&ue .et tout ce qu*ilj avait dessus rouler animas du coteau, dans le pâturage.
Notre curé n'était patient que tout juste. — a Ab I c'est comme .cela. .£b bien,. attends t » Et. sautant à bas. de sa bête, jl posa bien délicatement le Bon Dieu sde ChemiUé.au.bord.du cbenûn, rsur jine touffe de serpolet, parmi les genêts d'or et les lycbnis blancs, vcaie nappe d'autel fleurie et parfumée, comme on
âTHMEJ JIT PAiT«A&E« 271
n^n^tamve pasiinâoieii la oatkédrale de Saint*Hartffî^de-TooiB...
;Piiisie fiaîBtihoiiifiie rB')|gMitiiiUa< etftt cette . courte prière: «Bon Dieu de Ghemillë, tu vois ce qui m'amYC Biqae ce mâcséOBtua m'uUlgerideiie mettreàiaaraifliiii. Pour ce faire» je; n^'ai Jbefittuode ]^6ra)ii]ie,'a^i]it }ettpoigB)ete:très««ttdfi8ietJeJbaD dnitt nmcôté... fieste doBC là Imq imvqiiiUe à mgarder jaotre bataille 6taie«i8 iii pour si oimtse. Son affaire s^ta vite Ter
Sa prière jdite, Jl ^ae Televa et. commença par re-
I, ce. qui fit voir après ses maios, maios-âe cucé douces t et ipoUes par les i)éuédictiiKDSvdanx poignetsdeJ»nlaugerMUdes cemme dflB>iiœadB dej fndoe • ••
Vli! vlan 1 Du premier coup» Je dumetàer eut sa qpipe cassée «atreJesdeut6.Du^iecoDâ, il se trouva CQDcbé auïond du fossé, bonteux, moulu, immobile. Après quoi le curé fit reculer la charrette, la rangea bieu soigneusement au long du tams^ la tête du cheval dans Tombre d*ûn mûrier, et s'en alla au petit trot vjers son malade , qall troi^nra assis dans ses «idéaux ilTindèeiuK, remis; de «sa fièvre comme j^i
27i LE BON DIEU DE CHEMILLÉ
miracle et en train de déboucher un vieux flacon de Youvray mousseux, pour bien se reprendre à la vie. Je vous laisse à penser si notre curé l'aida dans son opération.
Depuis ce temps-là, le Bon Dieu de Ghemillé est très-populaire en Touraine, et c'est lui que les Tourangeaux invoquent dans toutes leurs disputes : « Bon Dieu de Ghemillé ne sois ni pour ni contre...» Et qu'ils ont, ma foi t bien raison. C'est le vrai Dieu des batailles, ce Dieu de Ghemillé qui ne fait de faveurs à personne et laisse chacun triompher selon sa force et son bon droit. Aussi quand luira le jour — vous savez, mes amis, ce que je veux dire, — ce n'est pas au vieux Sabaoth, le sanguinaire ami d'Augusta et de Guillaume, ce Sabaoth qu'on prend avec des Te Deum et des messes en musique, non 1 ce n'est pas à celuilà qu'il faut adresser nos prières, mais au Bon Dieu de Ghemillé, et voici ce que nous lui dirons :