DERNIERS FEUILLETS
J'arrête ici ce journal où j'ai essayé de faire tenir les impressions de mes cinq mois de solitude. Aujourd"hui, je suis retourné à Draveil dans la voiture du docteur, mais sans me cacher cette fois. Les routes étaient pleines de paysans qui reviennent chez eux. Plusieurs se sont déjà remis à la terre. Tous les visag:es sont tristes; mais on n'entend aucune plainte. Fatalisme ou résignation?
Dans le village, encore occupé, les Prussiens promènent leur triomphe, insolents
;04 Robert Ilelniont
de Iranquillilc. lis m"ont cependant paru moins féroces avec les habitants. J'en ai vu qui s'en allaient en tenant des enfants du pays par la main. 11 y avait là comme un commencement de retour à leur foyer délaisse, à leur vie sédentaire troublée par celte longue guerre.... Le soir, en rentrant, j'ai aperçu sur le seuil de la maison du g^arde la mère duillard en grand deuil, presque méconnaissable. Pauvre femme!
son mari mort, son foyer en ruine! C'est le malheur complet. Je l'entendais pleurer en essayant de mettre en ordre les débris du ménage.
."Maintenant tout se tait dans l'Ermitage. La nuit est claire, l'air très dou.x. Certainement le printemps est déjà sous cette neige qui commence à fondre. La forêt ne va pas tarder à bourgeonner, et je m'attends à voir bientôt des pointes d'herbes soulever les feuilles mortes. Là-bas, des grandes plaines tranquilles monte une buée pareille à la fumée d'un village habité; et si quelque chose peut consoler de la guerre, c'est ce repos de la nature et des hommes, ce calme
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universel d'un pays meurtri qui repare ses forces dans le sommeil, oubliant la récolte perdue, pour préparer les moissons à venir!...