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Puisque vous leur en voulez tant, pourquoi n'essayez-vous pas de rentrer dans Paris ou de rejoindre les armées de province r Vous pourriez vous battre à visage découvert, tuer des Prussiens, sans traîtrise, sur un champ de bataille.
GOUDELOUI'.
Aller à la g-uerre, monsieur Robert r.... .Mais je ne suis pas un militaire! .Mes parents ont même payé assez cher pour m'empéchcr de l'être.... Je suis un paysan, moi, un malheureu.x paysan qui se revcngc, et qui n'a besoin de personne pour l'aider. »
A mesure qu'il me parlait, je voyais revenir en lui l'être farouche que j'avais recueilli un soir. Les yeu.x fous se rapprochaient du nez. Ses lèvres se pinçaient. Ses doigts crispés cherchaient une arme....
C'est si amusant d'attendre un de ces gueux-là au passage.
fi novembre.
Il est parti. Je devais m'y attendre. Le misérable s'ennuyait de ne plus tuer. Avec la promesse de venir quelquefois la nuit gratter à ma porte, il' s'est enfoncé dans l'ombre moins sinistre que lui-même. Eh bien! si brute qu'il fût, je le regrette. La solitude amène à la longue une torpeur, un endormement de tout l'être, qui a vraiment quelque chose de malsain. Il y a dans la parole une mise en train pour les idées. A force de parler à ce paysan de patrie, de dévouement,
Robert Ilclmont
j'ai réveille en moi tout ce que je nf acharnais à faire naître en lui. Je me sens tout autre maintenant. Et puis la guérison, la conscience de la force qui revient de jour en jour.... Je voudrais agir, me battre....
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3o novembre, i", 2 décembre.
Un froid épouvantable. Vers Paris, la canonnade résonne de toute la sécheresse du sol et de i'air. Je n'avais encore rien entendu de pareil. Ce doit être une vraie bataille. Par moments, il me semble qu'elle se rapproche, car je distingue les feux de peloton, les déchirements horribles des mitrailleuses. Tout autour d'ici, il y a une agitation générale, et comme des contre-coups de la bataille. Sur la route de Melun, c'est un mou-
Robert Ilclnioni
vcmcnt continuel de troupes. Sur celle de Corbcil, des estafettes cfTarées filent au grand g-alop.... Que se passe-t-il donc?... xMalgré le froid, je vais, je rôde, cherchant les routes du bois où la canonnade ni"arrive plus distincte....
Quelquefois je fais ce rêve : Paris sortant des remparts où il est prisonnier, les troupes françaises arrivant jusqu'ici, la forêt de Sénart pleine de pantalons rouges, et inoi-niême me mêlant à eux pourchasser les Prussiens, reconquérir la France.... Dieu!...
5 décembre.
A la canonnade incessante de ces derniers jours a succédé un silence de mort. Que se passe-t-il> Je sui-s dans une anxiété horrible. Si Paris était sorti de ses murs et marcliait maintenant par les routes, les Prussiens débandés, refoulés, encombreraient la campag-ne, chang-eraient leurs campements. Mais non. Depuis hier, je ne fais que parcourir dans tous les sens les quatre lieues de forêt qui m'entourent comme une muraille, et c'est en vain que j"interrog"e les chemins environnants, silencieux, mornes comme à lordinaire. De loin, à travers les branches,
146 Robert Ilelmont
j'ai aperçu, en approchant de Montg"eron, une compap'nie de Bavarois faisant l'exercice au découvert d'une immense plaine. Alignés tristement sous le ciel bas et jaune, ils rcrcmuaicnt d'un air resiyue la houe de cette terre morte, privée de semence.... Évidemment. Paris n'a pas fa't encore sa trouée; mais il ne s'est pas rendu non plus, car ces soldats avaient des mines bien piteuses pour des triomphateurs.
Sur leurs têtes, des tourbillons de corbeaux passaient, s'en allant tous vers la grande ville, avec des cris, des repos aux plis de terrain. Jamais je n'en avais tant vu, même aux hivers paisibles où la France entière est semée de blé. Cette année, c'est une autre semence qui les attire.
6 décembre.
Dieu soit loue ! Paris est encore debout el bien vivant. J'ai eu de son existence une preuve charmante. J'étais ce matin au puits du cloître, quand j'ai entendu du côté de Draveil une fusillade assez vive. Presque aussitôt un bruit singulier, comme le claquement de toile d'une voile en pleine mer, l'effort d'un cordag-e qui crie en se tendant, a passé dans l'air au-dessus de moi. C'était un ballon, un beau ballon jaune, très visible sur la teinte sombre des nuages. D'où j'étais, il
148 Robert Helutont
me semblait fiotter à la pointe des arbres, quoique en réalité il fût beaucoup plus haut, je ne puis dire combien la fragilité de ce ballon de soie, dont je voyais très bien le filet d'enveloppe, m'a ému, enthousiasmé. Je song-eais qu'en cfTet au-dessus de toute cette France vaincue planait encore rr.mc de Paris, une force vive plus puissante que tous les canons Krupp rassembles, et moi, Parisien, cela me rendait fier. J'avais envie de pleurer, de crier, d'appeler. J'ai levé les bras en l'air vers deux points noirs immobiles aux bords de la nacelle, deux vies humaines ballottées par tous les courants du ciel, au-dessus des rivières où l'on se noie, des précipices où l'on se brise et des armées prussiennes que l'on doit voir de là-haut comme d'immenses crronillementsde fourmilières au ras du sol.... Une lig-ne noire très lég-ère s'est dessinée sous le ballon. J'ai entendu dans les branches un bruit de sable répandu, et la vision s'est perdue au fond des nuag-es.
C'était un ballon, un beau ballon jaune...
9 décembre.
Qu'est-ce que je fais ici? En vérité, je commence à être honteux de mon inaction.... Aujourd'hui j'avais du pain à cuire, je n"en ai pas eu le courage. Tous ces détails auxquels je prenais plaisir, — comme les reclus, les solitaires, ces ég-oïstes déguisés, — à présent je les trouve méprisables. Me voilà tout à fait guéri, à peine quelques douleurs les jours de grand froid. Je n'ai plus le droit de rester à l'Ermitage. Ma place est là-bas sur le rempart, avec les autres.... .Alaiscom-
Robert Ilclmonl
ment faire pour les rejoindre? Il parait que rinvesti.;sement est très serré, que d'une sentinelle à Tautre il n'y a qu'une portée de fusil. Si au moins j'avais un compagnon, quelqu'un du pays qui connût bien les routes. Je pense à Goudeloup. Je n'aurais pas dix le laisser partir. Qui sait où il est maintenant? Peutêtre pendu à quelque croix de carrefour, ou mort de froid au fond d'une carrière. Pourtant, l'autre soir, du côté des Meillottcs. j'ai entendu un cri, rien qu'un cri, mais horrible, long, désespéré comme un sanglot, et tout de suite j'ai pensé : « Goudeloup est là ».... Eh oui. cet homme est un assassin. Mais au moins il agit, il satisfait grossièrement un besoin de vengeance, de justice, qui est en lui. Moi, je mange, je me chauffe, je dors. De nous deux, quel est le plus méprisable?
10 décembre.
Retourné à Champrosay par un froid terrible. Les maisons au long- de la route, aveugles de toutes leurs fenêtres noires, avaient l'air de mendiantes tristes. J'ai revu le parc, le pavillon du bord de l'eau, et le portrait souriant qui l'habite. Le froid n'avait pas terni le visage reposé, ni les teintes douces de la robe d'été. Seulement le regard m'a semblé plus ferme, plus sévère, comme si j'y sentais un reproche. Dès le seuil, j'ai corn-
Robert Hclmont
pris qu'on ne m'acceptait plus là. Discrètement j'ai refermé la porte, descendu les marches couvertes de mousse g-elée.... Et toute la nuit, ce clair regard de Parisienne m'a poursuivi comme un remords.
Il décembre.
Ce matin, en allant relever les collets au fond du jardin, j'ai trouvé un pigeon. Cela m'a étonné. Les pigeons familiers ne restent pas sur les toits déserts, et jusqu'à présent je n'avais pris que des tourterelles des bois. Celui-ci était bien un pig-eon domestique, assez gros, les pattes et le bec roses, les ailes mêlées de roux et de blanc. Le collet ne lavait pas blessé; il était surtout eng-ourdi par le froid. Je l'ai porté chez moi, devant le feu, et là, en le tenant des deux mains sans
i56 Robert Ilelmont
qu'il fit le moindre effort pour s'échapper, comme une bête privée, j'ai disting-ué sur une de ses ailes un chiffre imprimé : 52.3, et plus bas : Sociclé de l'Espérance. Puis, sous les plumes, j'ai trouvé un tuyau un peu plus fort que les autres, où tremblait une petite feuillede papier-pelure roulée très fin. J'avais pris un pigeon messag-er. Venait-il de Paris ou de la province? Portait-il la victoire ou la défaite, une bonne ou mauvaise nouvelle?.. Je bai regardé longtemps avec une tendresse religieuse. Libre dans la salle, il tournait tranquillement en becquetant entre les carreaux. Peu à peu ses plumes se sont g-onflées à la chaleur, les forces lui sont revenues. Alors j'ai ouvert la fenêtre toute grande, et i'ai posé sur le rebord. Il y est resté un moment, scrutant le ciel, allongeant le cou, cherchant à retrouver sa direction. Entîn, il est monté droit en l'air, puis à une certaine hauteur, tout blanc dans le jour sombre, il a tourné brusquement vers Paris. Ah! si je pouvais prendre le même chemin que lui.. .
Si'*
Au iond du jardin, j'ai trouvé un pigeon.
i5 décembre.
C'est décidé. Nous partons demain. Je dis « nous B parce que Goudeloup est venu me retrouver. Je l'ai vu arriver hier à la brune, plus hâve, plus effrayant que l'autre fois. Le malheureux en est à son vingt cl nnième\... Pourtant sa veng-eance commence à avoir assez de sang\ En outre il est traqué. Les affûts deviennent très difficiles. Aussi je n'ai pas eu de peine pour le décider à tenter l'expédition de Paris avec moi. Nous partirons demain à la nuit, dans mon bateau qui est
i6o Rotcrt llelmont
reste là-bas en Seine, amarré à sa bouée sous les saules de la rive. C'est une idée de Goudeloup. II croit qu'avec une nuit très noire nous pouvons gagner par eau le Portai l'Anglais, et de là, en rampant sur le chemin de halage, atteindre la première barricade française. Nous verrons bien.... J'ai préparé mon revolver, des couvertures, deux ou trois pams, et une grosse gourde d'eaude-vie.
Certes l'aventure est dangereuse ; mais, depuis que je suis résolu à la tenter, je me sens plus tranquille. Au lieu de me troubler, le canon de Paris m'électrise. 11 me fait l'effet d'un appel; et chaque fois qu'il gronde, j'ai envie de répondre : « On y va! » Je pense que le portrait du pavillon me sourit dans son cadre d'or et a repris sa calme physionomie d'image.... Un seul regret en quittant l'Ermitage : que deviendra mon pauvre Colaquct? Je laisse l'écurie ouverte pour qu'il puisse chercher sa vie dans la forêt. J'entasse près de lui mes dernières bottes de paille, et, en faisant ces préparatifs, j'évite de rencontrer ses yeux étonnés et bons qui
ont l'air de me dire avec reproche : « Où vas-tu : »
.... Et maintenant, sur ma table, ouvert à cette page inachevée, j'abandonne mon journal avec ces derniers mots qui le termineront sans doute : « En route pour Paris ! ... »
Écrit à tâtons, la nuit....
Je rentre .... Goudeloup est mort. . . , voyage manqué.
26 décembre....
Dix jours ! je ne suis resté absent que dix jours, et il me semble qu'avec la multitude d'images, de silhouettes, d'impressions confuses et terribles que je rapporte de mon voyage si court, il y aurait de quoi remplir plusieurs existences. Maintenant que me
Po'rrt Ilclmont
voici revenu et qu'à l'clroit démon l]rmilag-e tous ces souvenirs me hantent et me tourmentent, je vais essayer de les écrire uniquement pour m'en débarrasser.
I^artis la nuit du i6. Nuit très froide, sans lumière au ciel, éclairée du sol blanc de e,-ivre.
Les arbres cristallisés ressemblaient tous à de o-randes aubépines fleuries avant la venue des feuilles. Nous traversons un Champrosay lug-ubre et silencieux comme le gàvre qui tombait et s'amassait sur ses toits froids, au lieu de fondre doucement au bord des gouttières,
à la chaleur des feux allumés. Pas de Prussien sur l'horizon, et c'est un bonheur, car dans la grande plaine nue nos deux silhouettes étaient très distinctes. Je trouve mon bateau dans une petite anse cachée entre les ri-
ves. C'est une norvégienne très légère. Les rames g-arnies de linge, nous nous embarquons sans bruit, seuls sur la rivière, heurtés de temps en temps par des glaçons qui glissent à fleur d'eau comme des blocs de cris-
i66 Robert Ikimonl
tal. Bien des fois, les années précédentes, je m'étais embarqué par des nuits aussi sombres, aussi froides, pour aller poser ou visiter mes verveux. Mais quelle vie s'ag"itait alors sur la rivière autour de moi ! Une vie un peu mystérieuse, rêveuse, s'imprégnant de silence au sommeil environnant. Les longs trains de bois, avec leurs feux d'avant et d'arrière, des silhouettes debout près du gouvernail, descendaient lentement vers Paris, traversant toute cette ombre champêtre pour entrer au jour levant en plein Bercy, dans les quartiers bruyants et populeux. Sur la rive, des wagons passaient ; l'express de nuit se déroulait aux sinuosités de la voie comme un serpent aux yeux de feu. Et l'on rêvait à toutes les raisons lugubres ou joyeuses qu'avaient ces gens de se déplacer ainsi.... De loin en loin, au bord du fleuve qui mouillait presque leurs murs, des maisons d'éclusiers, des baraques de passeurs, des auberges pour la marine reflétaient dans l'eau vague la lueur de leurs vitres troublées. Aujourd'hui, rien detout cela. Nous avions devant nous comme une rivière nouvelle,
noire et déserte, dérangée par tous ces points brisés qui changeaient les courants. Cependant je menais assez bien notre petite norvégienne, donnant à peine quelques coups d'aviron, juste assez pour tenir le milieu de
l'eau et éviter les îles submergées, distinctes à des pointes de saules.
a Ça va bien..., me disait tout bas Goudeloup. »
A ce moment, le bruit d'une rame t(:)mbant dans un bateau nous arriva du bord, puis
i68 Roberl Ilclmont
une forte voix méridionale cria à travers la
nuit :
« Allons, passeur, dépêchons!... »
« C'est le médecin de Draveil, » murmura
mon compag-non.
J'avais reconnu, moi aussi, cette voix de brave homme qu'on entend jour et nuit sur toutes les routes du pays, toujours encourageante et pressée. Comment se trouvait-il làr II était donc resté à Draveilr.... J'avais
Le pont du chemin de fer, dont on avait fait sauter trois arches....
170 Rohcrt Uelmoiit
envie de lui crier : - Bonsoir, docteur! » Mais une pensée me retint, l'ne Iieurcuse pensée, ma foi! car presque aussitôt nous croisions un lourd bachot traversant d'un bord à l'autre avec une lanterne à l'avant: et j'aperçus, à côté du bon docteur R... et de son éternel chapeau de feutre mouille à toutes les pluies de Seine-et-Oise, des casques luisants.
Nous étions, par bonheur, hors du rayon de leur lanterne, qui rendait plus obscure l'ombre où notre bateau glissait, et nous passâmes inaperçus. Un autre danger, non moins grave, nous attendait un peu plus loin : le pont du chemin de fer dont on avait fait sauter trois arches et qui encombrait la rivière de ses gigantesques débris. Je ne sais vraiment pas comment nous pûmes, sans nous engloutir et nous briser, franchir à l'aveuglette ce sinistre barrage. A Port- Courcelles, mêmes transes : les saules noueux, énormes, des deux îles, formaient dans la nuit autant d'écueils, que nous eûmes la chance d'éviter.
Enfin voici Ablon et son écluse. D'ici, le
Robert Hclmont 171
canon de Paris, distinct, terrible, nous envoie a ciiaque minute l'éclair roug-eâtre de son bruit de tonnerre.... Nous devions nous y attendre : 1 écluse est fermée. Heureusement notre barque est légère, et nous pourrons à nous deux, comme j'ai fait tant de fois, la hisser sur la berge et passer de l'autre côte du barrage. Nous abordons à ce petit escalier où l'aubergiste d'Ablon dépouille ses anguilles les dimanches d'été, où les pêcheurs à la ligne s'installent inondes de soleil de la pointe de leurs chapeaux canotiers à leurs pieds chaussés d'espadrilles. C'est étonnant comme le danger change l'aspect des choses!... Arrivé aux dernières marches de l'escalier, j'aperçois à dix pas de moi dans le noir une sentinelle se promenant de long en large sur le quai. Plus bas, la maison d'écluse, transformée en poste prussien, a toutes ses fenêtres allumées. Je veux vite redescendre, rembarquer, gagner l'autre rive; mais Goudeloup ne m'écoute pas; ses ^-eux restent obstinément fixés sur cette ombre qui se découpe dans le brouillard et marche en sifflant au-dessus
Robert Ilclmont
de nos têtes. J'essaye de Icntraincr. Il m'échappe, fait un bond.... J'entends un bruit sourd, une plainte étouffée, des buffle-
teries secouées et la chute lourde d'un corps, « Vingt-deux!... dit Goudeloup, glissant tout essoufOé le lona" du talus. »
Robert Helmont i73
Mais le malheureux soldat qu'il vient de laisser étendu sur la berge a trouvé avant de mourir la force de décharg-er son fusil. Ce coup de feu met les deux rives en émoi. Impossible d'aborder. Nous gagnons vite le milieu de l'eau, et nous remontons à force de rame?. C'est comme un mauvais rêve. Le vent, le courant, tout est contre nous; et pendant que de l'écluse une 'Darque se détache, éclairée d'un falot qui plonge, reparaît, nous guette, vient droit de notre côté, un autre bateau s'approche en sens inverse.
« A la drague..., » me dit Coudeloup dans l'oreille.
Près de nous, amarré à quinze ou vingt mètres du rivage, un bateau-dragueur dressait au-dessus de l'eau sa masse sombre, ses tambours et sa chaîne à godets pour tirer le sable. La Seine, très haute, l'inondait à demi et brisait à son avant avec un grand bruit. Nous abordons ; mais dans notre précipitation â nous réfugier sur cette épave, nous oublions de retenir notre norvégienne, qui s'en va à la dérive avec les couvertures, les provisions qu'elle contenait. C'est ce qui
174 Robert Ilelmonl
nous sauva. Cinq minutes après, un « liurrah » formidable nous apprit que les Prussiens venaient de trouver notre barque. La voyant vide, ils durent nous croire noyés, eng-loutis, car au bout d'un moment les falots regag-nèrent le rivage, et toute la rivière rentra dans son silence et dans sa nuit....
C'était une vraie ruine, cette drague où nous nous trouvions. Singulier abri, craquant et criant de partout, et que la rivière battait avec rage! Sur le pont, couvert de débris de bois, d'éclats de fonte, le froid était insoutenable. Nous dûmes nous réfugier dans la chambre de la machine à vapeur, où l'eau, par bonheur, n'arrivait pas encore. Il s'en fallait de bien peu, car à plusieurs endroits les parois de la chambre étaiejit crevées presque à hauteur des vagues, et""ïïous nous trouvions éclairés par le reflet plombé de la nuit sur l'eau. Quellesheures sinistres nous avons passées là! La faim, la peur, un froid terrible où nos membres étaient pris d'un engourdissement de sommeil contre lequel il fallait lutter.... Tout autour l'eau bouillonnait, le bois gémissait ; la chaîne à godets
Robert Ilclinont 176
grinçait dans sa rouille ; et là-haut, au-dessus de nos têtes, quelque chose comme la toile d'un drapeau trempé claquait au vent. Nous attendions le jour avec impatience, ne sachant pas au juste quelle distance nous séparait de la terre, ni comment nous nous y prendrions pour l'atteindre. Dans le demisommeil, avec cette préoccupation de sauvetage, les secousses de la drague, le bruit d'eau qui nousentourait, j'avais par moments l'impression d'un lointain voyage et d'une nuit de tempête en pleine mer....
Quand, par les trous de la chambre noircis et déchirés comme après un bombardement, nous vîmes la rivière pâlir sous la lumière terne d'un petit jour d'hiver, nous essayâmes de nous orienter. Les coteaux de Juvisy, sortant du brouillard que les arbres hauts perçaient de leurs sommets morts, dominaient la rive la plus éloignée. De l'autre côté, à vingt-cinq ou trente mètres de la drague, les plaines rases et nues qui mènent à Draveil s'étendaient sans un soldat. Évidemment, c'était par là qu'il fallait fuir. La perspective d'un bain froid en plein décembre
176 Robert llelmonl
dans cette eau profonde, écumcLise, sillonnée de courants, était assez eiTrayante. Heureusement la chaîne en fer, qui attachait le bateau drag-ueur au rivage, tenait encore à son anneau, et nous avions la ressource de nous
y cramponner et de nous faire guider par elle. Pendant que nous délibérions, un coup de canon, assez rapproché, partit des hauteurs de Juvisy. Le sifflement d"un obus, sa chute dans Teau, près de nous, suivirent
Robert Ilelmont
presque aussitôt. Quelques secondes après, avant que notre étonnemcnt fût diminué, un
second obus tomba près de la drague. Alors je ccmoris pourquoi ce drapeau, ces débris
Robcrl IkUnonl
de bois, ces éclats de fonte, et cette odeur de poudre brûlée que nous avions remarquée dans la cabine. Le dragueur abandonné servaitde cible aux l^russienspour l'exercice du canon. Il fallait partir bien vite. Le froid de l'eau, son danger, n'étaient plus rien. En avant! Je prends la -,■: chaîne à deux
mains et je m'af- Jale à la rivière, Goudeloup derrière moi. Les d()iii"ts brûlés f.u frottement eu fer, nous avancions lentement, paralysés par le courant, l'eau g-laciale. Un nouveau coup de canon vint doubler nos forces. Gare! voilà lobus. Cette fois il tombe en plein sur l'avant blindé de la drag-ue, éclate, et nous couvre de débris. J'entends un g-rand soupir derrière moi.... Non! jamais je n'oublierai le mouvement suprême de cette chaîne que j'ai sentie s'agiter, se débattre une seconde, puis
Robert Hdmont 179
remonter sur Teau vivement, lâchée, abandonnée, légère entre mes mains....
Je me retourne, personne. Rien qu'un paquet de sang- que la rivière emportait. Le malheureux avait du être frappé à la tête, tué sur le coup.... Un grand découragement me prit. Ce compagnon massacré près de moi, mon impuissance à le secourir.... Pour rien, j'aurais lâché la chaîne, moi aussi. L'instinct de la vie l'emporta, et quelques minutes après j'abordais le rivage : mais je ne pus aller bien loin. Au bout de dix pas, succombant à l'émotion, à la fatigue, et à ce froid terrible qui me pénétrait par tous mes vêtements mouillés, je me laissai tomber au bord de la route, dans l'herbe sèche du fossé. Le trot bien connu d'un cheval, le roulement d'un vieux cabriolet, et la bonne voix du docteur R... me tirèrent de ma torpeur.
« Comment! c'est vous r... Qu'est-ce que vous faites là? »
En un clin d'œil il m'eut enveloppé dans son manteau, enfoui dans la paille sous le tablier de la voiture, et nous voilà roulant vers Draveil, où le brave homme avait trans-
i8o Robert llclmont
forme sa maison en ambulance. Du cabriolet, je passai dans la remise. Là, des vêtements secs, quelques grogs brûlants, m'eurent vite réchaulTc. J'y restai jusqu'au soir sans oser remuer, comprenant bien, quoique le docteur ne m'eût ricr dit, le grand risque qu'il courait à m'avoir recueilli. La maison était pleine de soldats, d'infirmiers. Des bottes sonnaient sur le pavé de la petite cour. Puis tout autour, de gros rires, des heurts de sabres, ce rude parler allemand, accentué encore d'insolence. J'entendais cela les yeux fermés, engourdi de bien-être, avec un vague souvenir du danger passé, la sensation froide de la rivière, et le soupir du pauvre Cioudeloup resté navrant à mes oreilles.
A la nuit, le docteur vint me délivrer, et me conduisit dans la chambre de ses petitsenfants, qu'il avait fait partir à l'approche des Prussiens. C'est là que je rouvris les yeux le lendemain matin. Après les horribles scènes de la veille, ces trois lits-berceaux, entourés de rideaux blancs, les jouets d'enfant traînant pêle-mêle dans la chambre avec des livres de classe, jusqu'au vague parfum de
Robert Helmont i8i
pharmacie s'exhalant d'un placard où le docleur enfermait ses drogues, tout était bien fait pour me calmer, détendre mes nerfs surexcités. Un coq chantait dans une cour voisine; un âne se mit à braire. Le village commençait à s'éveiller. Tout k coup une sonnerie, détonnant au milieu de ces bruits tranquilles, me rappela la triste réalité. C'étaient des allées et venues, des portes secouées.... Je m'approchai de la fcnjtre. La maison du docteur regarde la rue par-dessus les plates-bandes du jardin étroit qui la précède. Elle est connue de tout le monde dans le pays, et la sonnette, à bouton de cuivre, qui se détache sur le mur blanc repeint à neuf, les meubles du petit salon, entrevus au rez-de-chaussée, lui donnent un aspect à part de bourgeoisie modeste. Caché derrière les Persiennes fermées, je voyais la rue noire de bérets alignés, s'appelant, se numérotant, prêts à partir. Parmi ces bérets, quelques casques bavarois apparaissaient. C'étaient des maréchaux des logis courant de maison en maison, inscrivant des numéros à la craie sur les portes, préparant les logements des
i82 Robert Ilelmont
troupes qui allaient arriver. Bientôt le rég^iment qui partait s'ébranla au son des tambours, pendant qu'à l'entrée du pays, du côté opposé, les clairons bavarois s'approchaient à g-rand bruit. Depuis trois mois il en était ainsi dans ce malheureux village. La paille des campements n'avait pas le temps de froidir entre le départ d'un régiment et l'arrivée d'un autre....
Le docteur, qui venait d'entrer, me fit quitter la fenêtre :
« Prenez g-arde, monsieur Helmont; ne vous montrez pas. Il y a à la Command.itur un état dressé des quelques habitants restés dans le pays, et l'on nous surveille tous. Passé huit heures du soir, personne, excepté moi. n'a plus le droit de sortir.... On a tant assassiné de Prussiens aux environs! Draveil en porte la peine. Nous sommes réquisitionnés trois fois plus que les autres. Au moindre mot, on emprisonne; à la moindre révolte, on fusille. Nos malheureux paysans sont terrifiés. Ils s'espionnent, se dénoncent les uns les autres; et si l'un d'eux s'apercevait que je cache quelqu'un chez moi, il serait ca-
Robert Ilelmonl
pable, pour s'épargner une réquisition, d'aller prévenir la Commandalur. Ce qui nous attendrait tous les deux, je m'en doute.... »
11 se méfiait tellement de mes imprudences, ce pau\re docteur, que tout le temps de mon séjour chez kn il garda la clef de ma chambre dans sa poche.
Les Persiennes et les fenêtres fermées me donnaient un jour de cachot, juste ce qu'il fallait pour lire. J'avais des ouvrages de médecine, quelques tra- "''
ductions dépareillées de
la grande collection Panckoucke, et de temps en temps un numéro du journal français que les Prussiens publient à Versailles. Cela aussi c'était du français de traduction :
184 Robert llclwoiil
nos défaites, vraies ou fausses, racontées en ricanant, avec de grosses plaisanteries gauches et lourdes.
Quand j'avais assez de lire, par la fente des Persiennes je regardais la rue. Une vraie rue de bourg. Les maisons alig-nées devant le pavé du trottoir, précédées de petits jardins, et montrant — dans l'espace qui les sépare entre elles — des treillis de branches, le tronc d'un gros orme, des horizons de plaine et de vig-ne qu'elles cachent à peine de leurs toitures basses. Puis des hang-ars, des écuries, une fontaine jaillissant d'un vieux mur, un grand portail de ferme, à coté de la maison du notaire, blanche, proprette, ornée de panonceaux. Sur tout cela la souillure de l'occupation. Des tricots de laine séchant sur les grilles, sur les persiennss. De grosses pipes à toutes les fenêtres. Et des bottes, des bottes ! Jamais je n'avais tant entendu de bottes.... En face de mes croisées se trouvait la Commandatur. Tous les jours on amenait là des paysans poussés à coups de crosses de fusil, de fourreaux de sabre, Les femmes, les enfants, venaient derrière en
Robert I Ici mont i8.5
pleurant ; et pendant qu'on entraînailThomme à l'intérieur, eux restaient sur la porte à expliquer leur affaire aux soldats, qui écoutaient, dédaigneux, les dents serrées, ou riant d'un gros rire bête. Nul espoir de pitié ou de justice. Tout au bon plaisir du vainqueur. Ils le savaient si bien, ces malheureux villageois, qu'à peine osaient-ils sortir, se montrer: et, quand ils se hasardaient dans la rue, c'était navrant de les voir s'en aller le long- des murailles, l'œil de côté, l'echine basse, obséquieux et vils comme des juifs d'Orient!
Quelque chose de bien navrant aussi, c'étaient ces voitures d'ambulance arrêtées devant notre porte, dans le vent, le froid, la pluie, la neige; ces gémissements de blessés, de malades, descendant de voitures, abandonnés aux bras qui les portaient. Le soir venu, pour clôturer ces jours d'affreuse mélancolie, la retraite prussienne sonnait sous les ormes défeuillés, avec ses mesures lentes, espacées, et ses trois dernières notes jetées comme des cris d'engoulevent à la nuit qui s'approchait. A ce moment, le docteur en-
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trait dans ma chambre, crotté, éreinté. Il m'apportait à manger lui-même, et, avec sa bonhomie habituelle, me racontait ses courses, ses visites, ce qu'il entendait dire de Paris, de la province, les malades qu'on lui amenait, ses disputes avec le major prussien qu'on lui avait adjoint pour dirig-er l'ambulance, et dont le pédantisme berlinois l'exaspérait. Nous parlions bas, tristement. Ensuite le brave homme me disait bonsoir.
Resté seul, j'ouvrais ma fenêtre doucement et j'aspirais l'air une minute. .Malgré le grand froid, cela me semblait bon. Dans le sommeil, le pays redevenait lui-même, reprenait son aspect des temps heureux. Mais bientôt le pas d'une patrouille, la plainte d'un malade, le briiil du canon tonnant à l'horizon, me ramenaient vite à la vérité, et je rentrais dans ma prison, plein de rancune et de co- L-re. Au bout de quelque temps, ce régime cellulaire au milieu de l'occupation me devint insupportable. Ayant perdu tout espoir de pouvoir entrer dans Paris, je regrettais mon Ermitage. Là, au moins, j'avais la solitude, la nature. Je n'étais pas tenté, comme ici, de
me mêler aux mjustices, aux brutalités, aux vexations perpétuelles de la rue, au risque de compromettre mon hôte. Je résolus de partir.
A ma grande surprise, le docteur n'essaya pas même de me détourner de mon projet.
« Vous avez raison, me dit-il tranquillement. Vous serez plus en sûreté là-bas. »
Depuis, en y songeant, j'ai toujours pensé que quelque voisin avait dû m'apercevoir derrière mes persiennes, et que mon hôte, sans vouloir en convenir, craignait une dénonciation. Nous décidâmes donc que je quitterais Draveil le lendemain, de la même façon que j'y étais entré. La nuit venue, je descendis dans l'écurie. Je me blottis dans la paille du cabriolet, le manteau du docteur par-dessus, et en route! Le trajet se fit sans encombre. Tous les cent ou deux cents mètres, une guérite bâtie aux frais de la commune se dressait sur le bord du chemin.
i Wer da? » nous criait la sentinelle en armant son fusil.
Le docteur répondait :
« Lazaret h! »
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Et le petit cabriolet continuait son roulenicnl fêlé à travers les pierres. A la lisière de la forêt, il s'arrêta. La route était déserte. Je sautai à terre vivement.
0 Prenez ceci, me dit l'excellent homme, en me tendant un panier rempli de vivres et de bouteilles.... Enfermez-vous et ne bougez plus.... j'irai vous voir bientôt. »
Là-dessus il fouetta sa bête, et je me lançai dans le fourré. Un quart d'heure après, j'étais rentré à l'Ermitage.
j' janvier.
... Il tombe, depuis quelques jours, une neig-e fine en tourbillons serrés. La forêt en est couverte. Autour de moi, le silence est tel, que j'entends le bruissement léger des flocons qui s"entassent. Impossible de sortir. Je reg-arde tomber du ciel jaune cette neig-e qui blanchit tout. Des oiseaux affamés viennent jusqu'à mon seuil. Des chevreuils se sont réfug-iés dans l'écurie, à la place de mon pauvre Colaquet, dont je n'ai plus de nouvelles. ..
10 janvier.
... ^'isite du docteur. Les nouvelles sont mauvaises. Paris toujours enfermé, la province en désastre. Et les vainqueurs, fatig"ués d'une victoire si lente, multiplient les humiliations, les brutalités.... A Draveil, la nuit de Noël, cinq ou six Bavarois attardés à boire dans un cabaret avec le vieux Rabot, l'ancien g-arde champêtre, lui ont cassé la tête d'un coup de revolver. Le frère du malheureux, qui habitait en face, accourt au coup de feu et tombe à son tour, frappé à
Robert Ilelmont
iiKM't. Un autre homme de la même famille est blessé grièvement. Autant il en serait venu, autant ils en auraient massacré, les misérables! L'affaire ayant fait grand bruit, un semblant d'instruction a été commencé; et le tout s'est terminé par une indemnité de quarante mille francs que la commune de Dravcil est condamnée à payer aux Bavarois....
Cinq ou six Bavarois altaidés dans un cabaret.
janvier.
... Ce matin, fétat-major du prince de Saxe a fait une grande battue de gibier dans la forêt. En entendant la fusillade si près de moi, j'ai eu une émotion terrible. Je croyais à l'arrivée de quelque avant-garde française; mais des fenêtres de l'atelier, qui dominent tout le bois, j'ai aperçu entre les branches defeuîllées des nuées de rabatteurs en béret saxon courant et criant dans les fourrés, pendant que des chasseurs dorés et empa-
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nachcs s'embusquaient à chaque tournant d'allce. Au rond-point du Gros-Cliéne, un immense feu de bivouac flambait devant une tente. C'est Icà que les chasseurs sont venus dcjeuner au son des fanfares. J'entendais le bruit des verres, des bouteilles débouchées, les hourras des buveurs. Ensuite le massacre des chevreuils et des faisans a recommencé. Ah! si le père Guillard avait été là, lui qui savait si bien le compte de son g-ibier. surveillait les couvées, les terriers, connaissait l'allée favorite de ses chevreuils, comme il aurait souffert de voir tout ce saccage : Les ailes tournoyaient en lair. ne sachant plus ou voler pour éviter les coups de fusil. Les lièvres, les lapins éperdus partaient entre les jambes des chasseurs; et, au milieu de la déroute, un chevreuil blessé est venu se réfugier dans la cour de l'Ermitage. Les yeu.x des bétes chassées ont un2 expression d'étonnementet de tendresse qui est vraiment navrante.
Celle-là me faisait pitié, serrée à la margelle du puits, flairant le vent, marquant le sol de ses pattes sanglantes. J'en ai eu un redou-
C'est là que les chasseurs sont venus déjeuner.
blemeni d'indignation contre ce peuple pillard qui se précipite avec des voracités de sauterelles sur la France vaincue, ses vignes, ses maisons, ses blés, ses grands arbres, et, le pays une fois rasé, extermine jusqu'au gibier pour n'v rien laisser de vivant.
Je n'oublierai jamais cette chasse à côté de la guerre, sous ce ciel bas et sombre, dans ce paysage de frimas où l'éclair d'or des casques et des cors passant entre les branches, les galops, les hallalis faisaient penser au Chasseur noir des ballades allemandes. Au jour tombant, des files de charrettes sont venues relever au bord des routes tout ce gibier pitoyable et gémissant. C'était sinistre comme un soir de bataille.
19 janvier.
... On s'est battu toute la journée sous Parfs. Seulement, le fracas des mitrailleuses ne m'arrivait pas aussi distinct que le 2 décembre. J'ai trouvé qu'il y avait dans le bruit de cette bataille lointaine je ne sais quelle impression de lassitude et de décourasrement.
... C'est fini. Paris se rend. L'armistice est siffne.
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