I. Ma flûte a fait taire la tienne
ton gage eût-il été vingt vaches, il me revient. — hallage. Faites la paix !
\ et z. Déposons nos pipeaux ensemble,
nous sommes las, et non vaincus. '
Aucune vérité, aucune vie dans ce dialogue, dont les personnages ne s'intéressent aux génisses qu'à cause de leurs " robes de jais, " et qui n'admirent les taureaux que pour leurs cornes "dorées et brillantes." La lamentation de la bergère Thyrsis qui a perdu son "aimable" taureau est plus artificielle encore, et le morceau est sec, guindé, comme si les écrivains successifs qui avaient manié le thème avant Herrick en avaient épuisé la simplicité vivante et tout le naturel. (985). '
Un des lieux communs pastoraux sur lequel Herrick revient le plus volontiers est le contraste entre la \ie des cours et la vie des champs. Il y consacre un des tout premiers poèmes des Hespèrides^ où il conjure sa Muse de demeurer au village, avec les pâtres, au lieu d'encourir la critique dédaigneuse des cités :
Jeune insensée, où donc vas-tu courir r 11 est plus sûr de rester au logis
où ton pipeau ferait naître la joie
' 717, A Beucolick, or discourse of Neathcnis.
'^ Il est probable que Herrick connaissait, par exemple, la fameuse tlescription de X'Anailie (Book I, 2), où il a très bien pu emprunter une ilc ses exprès siens favorites : " As for thc houses of the country, they were ail scattereil, no two being one by the other, and yet not so farre oft' as that it l)arrLil inutual succour ; a show, as it \\ere, of an aocomj)anable solitariness and of a civill luildness. "
dedans la pauvre et paisible chaumière, puisqu'aussi bien chaumines et hameaux conviennent mieux à ton humble chanson.
Là ton roseau peut dire le bonheur des pastoureaux au milieu de leurs bêtes ; et là tu peux mêler à tes églogues une innocente et douce bucolique ; tu peux aussi chanter sur un coteau au jeune gars qui garde ses brebis, ou à la fille (au milieu de ses vaches) au souffle frais comme une violette ; peut-être là, des vers tels que ceux-ci sauront-ils plaire aux naïfs villageois.
Quant à la Cour, chacun d'y mépriser le simple esprit aimé des paysans.
Reste au logis, ne t'en va pas au loin, ni ne t'envoie en quête d'infortune ; le dédain règne à la Cour, à la ville ; le toit du pauvre ignore la critique, et l'on pourra y réciter tes vers sans que personne vienne les blâmer.
Ah ! l'insensé qui va chercher le mal lorsque, chez lui, il possède la paix ! '
Herriclc reprend ce thème de la supériorité de la vie champêtre sur la vie des cours dans une églogue ou " pastorale entre Endymion Porter et Lycidas Herriclc " (493). Mais ici le poète ajoute au lieu commun qu'il développe une flatterie directe à l'adresse de Porter : c'est sa propre affection qu'il chante surtout, et le désir qu'il aurait de conserver près de lui son patron " aimé. "
Ailleurs Herrick se sert du poème pastoral pour adresser au roi une sorte de panégyrique. En 1630, l'année qui suivit son arrivée à Dean Prior, il composa une Pastorale sur la naissance du Prince Charles^ qui fut mise en musique par Lanière. La flatterie s'y étale à l'aise, d autant plus qu'elle est censée se cacher sous le voile de l'allégorie. Mirtillo annonce à Amintas et à Amarillis l'heureuse nouvelle qui vient de se répandre. Tous trois se concertent au sujet des présents qu'ils veulent oflFrir à l'enfant royal, en se demandant, néanmoins, si
' 2, To his Muse.
LE PASTORALISME 273
leur hommage empressé ne dépassera pas les limites du respect qu'on doit aux princes. L'adulation est ici excessive, et l'un des critiques de Herrick, qui lui est d'habitude très favorable, va même jusqu'à trou\er le morceau " déplaisant " malgré son style gracieux, et le sentiment ([ui l'anime " intensément vulgaire " : '
Amïntas. Bonjour Mirtil ! Mirtil/o. Bonjour ! que les heureux présages
accompagnent ici notre bergère amie.
Amarillis. Que vous garde le sort ! Mirt. Sais-tu quelle nouvelle
émeut le pâturage ? Amint. Eh ! je sais seulement
que mes brebis, béliers, agneaux, chevreaux folâtres
sont prospères et gras, blancs et lisses, voilà ;
ou que Ménalque encor donne aujourd'hui festin
à ses tondeurs. Mïrt. V'^raiment tes nouvelles sont pauvres ;
aussi, cher Amintas et tendre Amarillis,
prenez quelque repos près de ces lis, ici,
et prêtez une oreille attentive à ce bruit
qui court par la campagne. Amint. Et d'où vient-il ? Amar. Dis-nous.
Mirt. De la Cour, où trois jours avant la fin de Mai
(que ce jour soit marqué de la plus blanche laine !)
comblant notre allégresse, un bel enfant suave
est né, plus tendre encor que l'enfance du jour.
Chœur. Que Pan prenne sa flûte en l'honneur du mignon,
et que les bêlements de nos agneaux l'endorment !
Mirt. Et pour que sa naissance ait un éclat unique,
on vit, en plein midi, une étoile d'argent
briller, ainsi que l'astre qui guicia les Mages
vers le doux Enfant-Dieu naissant à Bethléem ;
cependant que des anges d'or, (m'a-t-on conté)
proclamaient sa naissance en célestes accords.
Amint. () merveille ! Et, dis-mo', serait-ce point coupable
de nous mettre en chemin, tous trois, vers l'Enfant- Roi ?
Mirt. Point du tout, point du tout. Choeur. Si c'était par hasard
une faute, l'amour en serait seul la cause.
Amar. Mais écoute, Mirtil ; j'ai ouï raconter
que des lointains pays ces sages apportèrent
l'encens, la myrrhe et l'or, et les fr.igrants arômes
qu'ils vinrent déposer en offrande .» ses pieds.
' E. Haie : ou'v. cit., p. 166.
MuL II est vrai, et chacun de nous apportera
à notre jeune roi au sourire de fleur
une offrande plus humble, et cependant très pure.
Aniar. J'offrirai une guirlande de fleurs
où ne puisa nulle abeille voleuse,
tout embaumées, mais moins encor que lui.
Am'int. Ainsi que toi, je porterai des feuilles
d'où gouttera la rosée mielleuse,
et un pipeau harmonieux et neuf.
Mirtil. Et moi je veux donner une houlette
qui apprendra à notre jeune roi
que s'il est prince, il est berger aussi. Chœur. Venez, apprêtons-nous bien vite, et lui faisons nos offrandes. Le don plus prompt est le meilleur. Alors, nos trésors déposés, nous bénirons l'enfant, et reviendrons à nos plaisirs rustiques. '
Si l'on néglige cependant ces fadeurs courtisanesques, l'églogue est intéressante par le nombre des images religieuses qu'elle met en œu\re. Ce poème sur la naissance du futur Charles II est, on l'a remarqué, une adaptation des événements qui accompagnèrent la naissance du Christ. Comme les trois Mages du Nouveau Testament, les trois bergers, dont une bergère toutefois dans Herrick, s'apprêtent à partir vers l'enfant-roi, sous la conduite de la miraculeuse étoile. Leurs offrandes seront, comme il convient à leur humilité, plus modestes, et se rapprocheront plutôt de celles que déposaient dans la sainte crèche les pasteurs des miracles : une guirlande de fleurs, des feuilles étincelantes de rosée, un doux pipeau tout neuf, et une houlette symbolique. Herrick pousse la flatterie jusqu'à comparer le jeune Prince à l'Enfant Jésus, et, ainsi que l'a noté Mr. Pollard, jusqu'à le désigner du même vers dont il désignera le Christ dans les Poèmes Sacrés :
And ail most sweet, yet ail lesse svveet then he. ^
De plus, à ce thème religieux si pareil à celui des nativités du Moyen- Age, notre poète, en fils de la Renaissance, ajoute un élément purement païen, et ne se fait aucun scrupule de les présenter côte à
' 2 I 3, A Pastorall upon the Birth of Prince Charles, Presented to the King, and Set by Mr. Nie. Lanière.
" V. 39. Cf. I 227, V. 10. ,
LE PASTORALISME 275
côte. De même que, dans le Calendrier des Bergers^ le puissant Pan joue successivement le rôle du dieu de la mythologie antique, de Henry VIII, et de Dieu en personne ; que dans Lycidas l'apôtre Saint Pierre vient pleurer sur le corps d'Edward King en compagnie des divinités des eaux, ainsi Herrick, qui dans ses poèmes pastoraux fait intervenir Paies, la déesse des troupeaux et des pâtres (422), et Pan, le dieu des campagnes (422, 493), introduit ce dernier dans le voisinage immédiat des rois mages, comme si, selon lui, la naissance du Christ, pasteur des hommes, n'avait nullement entraîné la mort de Pan, le dieu des cortèges bondissants et des orgies champêtres.
Herrick devient plus personnel quand il mêle à la pastorale sa conception de l'amour. La galanterie, est l'occupation principale des bergers, les soins qu'ils donnent à leurs troupeaux dociles étant purement conventionnels, et servant de prétexte, tout au plus, à quelques allusions gracieuses. Or, nous ne trouvons plus guère dans les Hespèrides l'insipide sentimentalité qui régnait dans V A rendit., où la vertueuse bergère, son berger amoureux assis à côté d'elle, discourait si volontiers sur sa chasteté. Herrick semble avoir voulu renouveler cette atmosphère langoureuse de la pastorale. Il y fait pénétrer plus de détails réels, et plus de fraîcheur. Reprenant le thème consacré de la lamentation du pastoureau qui vient de perdre sa pastourelle, ' il transporte son Arcadic en pleine Angleterre, où embaument un champ de pois en fleurs, une prairie nouvellement fauchée, et même la tiède haleine des \aches ou des moutons ; où les bergers en outre boi\cnt le wassail., et courent la quintaine. L'amour du pauvre Mirtillo, pour si exagérés que soient ses soupirs capables de " faire rentrer à la bergerie les brebis bêlantes, " ne laisse pas de suggérer au poète quelques traits délicats, comme l'arrivée d'Amarillis par les matins de rosée, quand les herbes odoriférantes s'inclinent de\ant elle pour la saluer, ou comme la douleur du jeune délaissé qui se met à gravt^r le nom de son amie sur les arbres de la forêt.
Non content de vivifier de sa précision pittoresque les paysages et les personnages si démodés de la pastorale, Herrick entreprend de les transformer. Amarillis ainsi n'est plus un nom impersonnel, et
' 422, A Pastorall sung to tlic King.
presque abstrait : c'est celui qu'il a choisi pour Mrs. Eliza Wheeler, à laquelle il tient ce joli propos :
Herrick. Mon cher Amour, puisque tu veux partir, et me laisser seul loin de toi, que ton amour ou ta pitié me dise où je pourrai te retrouver.
AmariU'is. Dans les prairies emperlées de rosée et entourées de lis, peut-être trouverez-vous, emplissant des corbeilles de coucous, votre Amarillis.
Her. Et qu'ont à faire avec toi les prairies,
avec le temps de ta jeunesse ?
C'est à la Cour qu'il te faut vivre, en reine des hommes et non point des fleurs.
Laisse les villageoises se parer
de bouquets : il te sied bien mieux
de resplendir sous tes riches joyaux, d'étinceler comme une étoile.
Amar. Vous vous trompez, et faites trop de cas
d'une très humble pastourelle.
Her. Crois-moi, ma mie : il n'est pas à la Cour
de fille h. moitié si jolie ;
je t'en supplie, reste. — Amar. Il me faut partir ; un baiser encor, puis adieu.
Ambo. Pourtant si nous nous quittons aujourd'hui,
nous nous retrouverons un jour. '
Herrick aime tellement à reprendre, pour les traiter à sa façon, les lieux communs les plus répandus qu'il n'hésite pas à s'attaquer au motif si populaire du Corne live with me and be my love de C. Marlowe. Le poème, qui avait paru successivement dans The Passionate Pilgrim (1599), et Englancf a Helicon (1600), avait provoqué un bon nombre d'imitations. Outre un morceau anonyme, intitulé Corne live with me and be my dear^ ce dernier recueil contenait déjà " la réponse de la nymphe " : If ail the world and love were young...
' 1069, A Dialogue betwixt himselfe and Mistresse Eliza Wheeler, under the name of Amarillis.
LE PASTORALISME 277
également anonyme, et que Walton attribua plus tard à Walter Raleigh, Donne lui-même avait écrit sur le même sujet un poème intitulé The Bait, et commençant par : Corne live with me and be my love. Or, la version que donne Herrick du thème devenu banal : A PhilHs^ pour quelle raime et le suive, est sensiblement différente. Le poème de Marlowe était un des chefs-d'œuvre du pastoralisme élizabéthain. Dans un paysage idéal de " vallons et de bosquets, de collines et de champs, de rivières et d'oiseaux mélodieux, " le pastoureau, pour gagner les faveurs de la " nymphe, " lui promet des lits de roses, des jupons brodés de fleurs de myrte, des souliers à boucles d'or pur, des parures d'ambre et de corail, des tables d'ivoire même où les mets seront servis dans de la vaisselle d'argent. ' Donne, qui reproduit exactement la forme métrique de son modèle, sept strophes de quatre octosyllabes, y introduit son réalisme " métaphysique " qui s'ajoute assez étrangement à l'idéalisme arcadien de Marlowe. Son poème, V Appât, célèbre les plaisirs de la pêche, le long d'un ruisseau de cristal aux sables d'or, avec des lignes de soie et des hameçons d'argent, et le bonheur qu'éprouvent les poissons à se faire prendre par la pêcheuse d'une beauté plus éclatante que le soleil et la lune. On devine la pointe qui termine le madrigal : c'est l'amie du poète qui est l'appât irrésistible, et lui-même est moins sage encore que les poissons ! Herrick s'éloigne délibérément de l'un et l'autre de ces modèles. Il n'a point recours, comme Donne, à un seul ordre d'images très spéciales, et qui comblaient d'aise le gracieux et idyllique écrivain du Parfait Pêcheur ; et il abandonne, d'autre part, l'Arcadie de rêve où Marlowe invitait la jeune " nymphe. " La campagne de Herrick est moins rapprochée de la Cour. Les lits y sont de mousse seulement, et recouverts de chèvreteuillc. La chère sera plus humble : du lait, des langues de chevreaux, de la patc de noisettes quelquefois. Point de tables somptueuses, mais le seul gazon fleuri de pâquerettes et de jonquilles. Point d'autres bijoux que des colliers de primevères ou des bracelets de violettes. Herrick renouvelle ainsi l'idéal de la \ ie champêtre qu'avait dépeint Marlowe; son poème peut ne pas atteindre à la perfection harmonieuse du chet-
' Ce dernier détail est donné dans une strophe qui ne parut ni dans T/if Passionafe Pi/grifn ni dans Eni^InnJ's Heluon, mais qui rtjjure dans la version que Iz. Wahon publia dans son Complète An^ler.
d'œuvie élizabéthain, mais la fraîcheur vivante de la description, l'exubérante jeunesse des sentiments qu'il renferme, la liberté du mètre employé d'autre part n'appartiennent plus qu'à lui seul :
Viens vivre auprès de moi, viens et tu pourras voir
les plaisirs que je veux ici te préparer ;
il n'est point de douceurs, crois-moi, à la campagne
dont je ne comblerai et ta couche et ta table ;
ta couche sera faite avec la molle mousse
que viendra recouvrir un rampant chèvrefeuille ;
tout auprès, les ruisseaux aux ondes argentées
en te berçant te conduiront vers de doux rêves ;
pour te vêtir, je te donnerai une robe
de la plus pure laine de tout mon troupeau ;
tes repas seront faits de langues de chevreaux ;
tu boiras de leur lait, et tu te nourriras
à la place de pain de pâte de noisettes
que l'on aura beurrée du pollen des coucous ;
les collines seront les tables du festin
damassées de jonquilles et de pâquerettes,
où tu viendras t'asseoir ; auprès, le rouge-gorge
chantera sa chanson pour gagner son repas.
Je te ferai présent de chaînes, de colliers
formés de primevères et de violettes ;
puis tu posséderas un sac et une gourde,
l'un richement orné, l'autre tout aussi belle ;
on saura, les voyant tous deux, que celle-là
qui les porte n'est point une humble pastourelle.
Au temps des tondaisons et des fêtes votives,
et lorsque Thémilis commencera les jeux,
tu y assisteras, car je veux que tu sois
l'esprit, bien plus, la fête elle-même, et sa grâce.
Quand, aux jours fériés, toutes les jeunes filles
dansent d'un pied léger les rondes campagnardes,
tu iras parmi elles, et chacun de dire
que c'est toi qui dois être la reine des roses.
Après avoir dansé mieux que les plus agiles,
c'est à toi que sera décernée la guirlande.
En des paniers d'osier, les jeunes paysannes
te porteront, ma pastourelle bien-aimée,
LE PASTORALISME 279
la rougissante pomme et la poire timide,
et la prune modeste, (aux couleurs souriantes).
Erre dans les bosquets ; tu y pourras trouver
le nom de ma Phillis gravé dedans l'ccorce
des arbres au tronc droit et lisse, et, le baisant,
je croirai te baiser toi-même par deux fois.
Je t'enverrai, de mon côte, une houlette
tout ornée de rubans, à cette seule fin
que l'attirant crochet te serve quelquefois
à attraper non point tes moutons, mais moi-même.
Puis tu auras de chauds /)w/r//, de fins wassails '
faits non de bière, mais de vin tout parfumé.
Pour te donner, et à tes amies, pleine joie,
vous toutes réunies près de l'âtre qui flambe,
tu auras des rubans, des roses, et des bagues,
jarretières et gants, bas, souliers et cordons
séduisants de couleurs, et qui éveilleront
les autres au désir, mais moi seul à l'amour.
Tout cela, et bien plus encor, t'appartiendra
quand tu voudras m'aimcr, et vivre auprès de moi. "
Le pastoralisme de Herrick, en résumé, suit une courbe assez nettement tracée. Il va de la conception idyllique élizabéthaine, d'un idéalisme si conventionnel et si humaniste encore, jusqu'à un naturalisme imaginatif, si l'on peut dire, tout particulier à notre poète avec son mélange de culture classique, d'observation directe et de gracieuse fantaisie. Il reflète clairement deux des aspects essentiels de l'auteur des Hispèrides^ qui sont loin de s'harmoniser toujours : le citadin courtisan, qui chante la vie des champs en des morceaux d'apparat, mis en musique par les meilleurs compositeurs (le l'époque, et destinés à être chantés à Whitehall devant le roi ; et l'homme sincère, d'autre part, qui aime la campagne, et ne peut s'empêcher d'en dire tout le charme. Ces deux influences, en se combinant, produisent parfois des résultats assez piquants, tel ce poème par exemple qui, bien qu'il se réclame encore du genre pastoral, est de\enu une petite idylle toute moderne :
' Liqueurs très répaïuiiics au XVII'' sioclc, faites, la prciiiicrf de vin chaud et (le lait caillé, la seconde d'ale, de noix muscade, de gingembre, tic sucre, etc. '' 522, To Phillis to love, and live with him.
28o ROBERT HERRICK
Belle Amarillis, un jour de printemps
aux doux bruits légers si pleins de langueur,
sommeillait ; or un joyeux rouge-gorge
vint voler près d'elle ; et quand il la vit
tout inanimée, pour l'ensevelir
il apporta de la mousse et des feuilles ;
pourtant, comme il l'observait de plus près
et examinait l'entour de ses yeux,
un peu de clarté glissa des paupières,
et notre Robin de prendre la fuite ; Amarillis vivait, hors des feuilles surgie, et il chanta de joie en voyant sa méprise. '
La pastorale fait donc avec Herrick un pas très net vers la vie. Elle se dépouille peu à peu de son attirail de vagues formules surannées pour se revêtir d'une grâce plus précise et plus vigoureuse, pour adopter une allure qui, par sa libre franchise enfin, sent déjà le plein air.
' 130, Upon Mrs. Eliz. Wheeler, under the name of Amarillis.