‹ Robert HerrickChapitre 4 sur 88 · L' HOMME · texte numérisé non relu

L' HOMME

On sait peu de chose sur la vie de Robert Herrick. On n'en connaît, par des documents certains, que quelques dates marquantes. Le poète naît en 1591, entre en apprentissage chez son oncle, l'orfèvre William Herrick, en 1607, arrive à Cambridge en 161 3, y obtient les grades de Bachelier et de Maître es Arts en 161 7 et 1620 ; il fait partie, comme chapelain du Duc de Buckingham, de l'expédition à l'île de Ré en 1627 ; '^ reçoit de Charles F"", en 1629, la cure de Dean Prior, dans le diocèse d'Exeter ; il en est chassé en 1647 P^'' ^^^ Puritains ; il publie à Londres, Tannée suivante, son livre unique, les Hespcrides ; retourne dans le Devonshire après la Restauration ; et y meurt en 1674. Tels sont les seuls faits positifs que nous possédions sur cette existence de plus de quatre-vingttrois ans, qui s'étend presque du début de la période élizabéthaine, de l'année de la publication de VÂstrophel et Stella de Sidney ou de la représentation de la Comédie des Erreurs du jeune Shakespeare à celle de la mort même de Milton, jusqu'au moment où Dr\ dcn \a régner en maître sur les lettres anglaises. A part ces quelques points de repère assurés, tout le reste, dans l'existence ilu jioètc, n'est que matière à conjecture et ne saurait être accepté sans contrôle. De longs espaces demeurent dans l'ombre, où le biographe doit se résigner à ignorer, et à avouer son ignorance, plutôt que de s'aventurer dans l'inconnu. Herrick appartient à une époque où la vie des écrivains, liommes de rang moyen ou inférieur souvent, était indifférente au public, et où l'on cherciiait dans une œuvre littéraire non point, comme nous faisons volontiers, l'histoire d'une Ame, mais le seul plaisir que crée une chose belle. Cette obscurité se trouve

a^çravée dans le cas de Herrick par l'existence qu'il a menée, paisible, monotone, et s'écoulant pour une bonne part dans un village du Devonshire. Alors que l'Angleterre traversait une des périodes les plus anxieuses qu'elle ait jamais connues, notre poète suivait le courant de la vie ordinaire qui, même dans les moments de crise nationale, semble peu varier, troublée à peine par les échos de l'orat^e lointain, sans incident dramatique d'aucune sorte, presque sans histoire.

L'œuvre vient compenser, dans une certaine mesure, cette pauvreté de documents extérieurs. Les Hespèrides sont comme un journal où Herrick inscrivait, avec un soin minutieux, les moindres variations de sa sensibilité. Journal d'artiste, toutefois, observant les choses d'un point de vue particulier, et n'en retenant, selon le mot de Flaubert, que ce qui convenait à sa " consommation personnelle. " Aux sentiments sincères que nous y trouvons exposés se mêlent en outre trop de réminiscences ou d'imitations, trop de détails uniquement jolis pour que nous puissions toujours en faire état et en déduire, comme la plupart des biographes de Herrick, l'histoire complète de sa vie. Le recueil nous éclairera avec une netteté suffisante, en revanche, sur le tour d'esprit de notre auteur, et nous fournira sur son caractère une impression d'ensemble assez précise.

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