LA FAMILLE DE HERRICK. — L'ENFANCE
Robert Herriclc, qui naît à Londres en 1 591, appartient à une famille du Leicestershire, dont les origines se perdent dans la légende. Selon une tradition rapportée déjà par Swift qui, par sa mère, Mrs. Abigail Erick, se rattache à cette famille, les Herrick ou Eyrick ^ seraient les descendants des Vikings, de ces rois de la mer qui, venus d'abord de Scandinavie pour piller les côtes de la Grande- Bretagne, s'installèrent dans le pays, et, à la suite de longues luttes avec les Saxons, établirent des colonies régulières dans la Northumbrie. Le nom de Erik ou Eir'ikr se retrouve fréquemment dans les Sagas du Nord. On connaît Erik le Voyageur (Erik Vidforle) qui, ayant fait le serment, un soir de Noël, de pénétrer dans le Paradis,
' Aucune règle ne prédomine, jusque vers le milieu du XV'II' siècle, pour l'orthographe du nom familial. On le trouve écrit dans les documents publics (Voir The Records of t/te Boroug/i of Leicesler, edited by Mary Bateson, 3 vol., Cambridge, 1899-1905 ; CalenJars of Wills and Administrations relating to the Countv of Leicesler, pro-ved in the Archdeaconry Court of Leicester, 1495-1649, edited by The British Record Society, vol. 27, London, 1902), ou dans les collections privées {A Genealogical Résister of the name and familx of Herrick, by Jeticdiah Herrick, Bangor, 1846 ; Herrick Genea/ogv, by D' Lucius C. Herrick, Columbus, 1885) de plus de vingt façons différentes, à savoir: Eirikr, Irek, Erik, Eric, P2rick, Ericke, F^ryck, Erycke, Eryke, Eyrekc, Eyricke, Eyryk, Eyryck, Erryck, Herik, Hireck, Hereck, Heryck, Hericke, Herick, Heiricke, Heyricke, Hcarick, Herrick. On peut noter cependant une c rtaine gradation dans cette orthographe. Le // initial n'apparaît que vers la fin du WT siècle ; et ce n'est que vers le milieu du siècle suivant que le e final disparaît, qu'un second r se substitue soit à a, soit à r, produisant ainsi la forme Herrick adoptée par notre poète en tète de son livre, et depuis par prescjuc toutes les branches tle sa tanulle.
situé à l'est de l'Inde, se mit en route avec un seul compagnon, et réussit dans sa chimérique aventure ; ^ Eric le Roux, fils de Torwald, qui découvrit au nord-ouest de l'Islande " une terre couverte d'une asiréabJe verdure, et lui donna le nom de Groenlande, ou terre verte, qu'elle porte encore aujourd'hui " ; ^ Erik à la Hache Sanglante {Eric Blood Axe\ fils de Harald à la Belle Chevelure, qui, chassé de Norwège, vint se réfugier vers 950 sur le rivage de la Northumbrie, accepta un fief du roi saxon Ethelstan, s'engagea à défendre le pays contre les pirates Scandinaves, et reçut même le baptême ; il renonça bientôt pourtant à ces dignités trop sédentaires, reprit la route " où marchent les cygnes, " revint avec des compagnons d'armes, et trouva dans un combat une mort héroïque, longtemps célébrée par les scaldes ; ^ Erik le Forestier enfin, le chef puissant qui, selon l'expression même de Swift, " leva une armée pour repousser l'invasion de Guillaume le Conquérant, fut vaincu par lui, fut employé pour commander les forces de ce prince, et se retira plus tard dans le Leicestershire, où ses descendants sont toujours demeurés. " ■* Cette généalogie glorieuse, qui n'est peut-être qu'une tradition familiale entretenue avec orgueil, ne nous apporte, en tout cas, aucune lumière. Herrick n'a rien hérité de ses ancêtres Scandinaves. Il n'a rien de commun avec ces Vikings endurcis par leur rude climat et leur vie brutale. Son œuvre, pénétrée de culture latine, n'ofFre aucun rapport avec la littérature romantique des pays du Nord.
Quittant la légende pour l'histoire, nous retrouvons la famille
' Viktor Rydberg : Teutonic Mythology, translated by R.S. Anderson, London, 1889, pp. 208-10.
■ M. Mallet : Introduction à r histoire deDannemarc, Copenhague, 1755, p. 173.
•* Holinshed : T/ic sixt Booke of the Historié qf England, London, 1574. The XVII chapter, p. 151. — Mr. Moorman (Robert Herrick. A biographical and critical study, London, 19 10) cite dans un appendice, pp. 333-35, d'après le Corpus Poeticum Boréale At Magnusson et Powell, un fragment de la "Lamentation sur Erik à la Hache Sanglante. "
Notre travail était terminé quand a paru l'étude de Mr. F.W. Moorman, qui est conçue dans un esprit tout différent. Elle n'a pas laissé cependant de nous être utile. Elle nous a servi à compléter notre documentation sur quelques points, encore que nous n'ayions pu en adopter, on le verra par la suite, toutes les conclusions.
* Anecdotes of the Family ofSnjoift. A fragment njoritten hy Dean Sn^vift, Edinburgh, 1824, (Scott Edition), vol. I, pp. 508-09.