UN POÈME INÉDIT DE HERRICK
On sait qu'un certain nombre de poèmes de Herrick nous ont été conservés en manuscrits, dans des sortes d'albums, très répandus au XVIT' siècle, où des amateurs de lettres s'amusaient à " entrer " les morceaux en vogue ou qui les avaient spécialement intéressés. Le Musée Britannique et la Bodléicnne possèdent de riches collections de ces recueils qui, sans doute, ne représentent qu'une faible proportion de ceux qui furent réellement composés, qui ne laissent pas cependant de contenir de véritables trésors, trop sommairement inventoriés et trop peu connus. Ces recueils manuscrits en effet nous offrent souvent des versions variées de poèmes célèbres, et qui, en certains cas, semblent bien l'ébauche primitive du morceau. Il n'est pas rare enfin d'y rencontrer des pièces inédites.
Tel est le cas de Herrick, dont les MSS. nous fournissent soit des variantes nombreuses aux poèmes publiés dans les HespérUes, soit des morceaux que nous ne possédons plus que par ces MSS. Les éditeurs précédents : Grosart, Mr. Pollard, Mr. Saintsbury les ont étudiés et coUationnés avec soin, et nous même en avons retrouvé un bon nombre qui avaient passé inaperçus. C'est au cours de recherches à ce sujet que nous avons rencontré à la Boilléienne, dans un recueil de la collection Rawlinson écrit vers 1640, le morceau qu'on va lire, et qui, à notre connaissance ciu moins, n'a pas encore été signalé. Mis en éveil, nous avons tâché, mais en vain, d'en trouver à Oxford même d'autres versions. Nous avons été plus heureux 'au Musée Britannique, où nous en avons découvert trois : Additional MSS., 30.982, fol. 66 r" v"; S/oane MSS., 1446, fol. 62 r" v" ; S/oane MSS., 1792, fol. 20 r" v". Ces trois manuscrits de Londres complètent en certains points celui d'Oxford, comblent même vers la fin une lacune évidente, mais lui sont généralement inférieurs. C'est donc la version d'Oxford que nous reproduisons intégralement, en imprimant en caractères romains les parties qui se retrouvent identiques dans les quatre manuscrits, en italiques celles qui ont subi des changements, et dont nous indiquons, au bas de la page, les variantes respectives :
Fpon a C/ierrv-
-stone sent to the tip of
the Lady Jemonia
fValgralfes
eare.
(Rawlinson MSS. F. Poet. 160. fol. 28 r" v".)
Lady I intreate you weare
This little pendant on yoiir eare
Tis not Jewell of great prizc
Or in respect of Merchandize
But iieepe mistery not the stone 5
Gives it estimation.
Take it then and in a veiwe
See th' Epitome of you
fFor what lifc and death confines
Looke through the passage of theis lines 10
Whose incarye/ft" doe descrye
A srripture liow you liue and dye
Reaci it then before yoiir lipp
Comencis it to your eares soft tipp
And the while you doc survcye 15
this Janus looking double waye
with a tcarc you mav compare
to that you must be what you are
know time past this clicrrystonc
had a swect compicxion 20
Add. MS., 30.982 : On a Cherry Stnne h.iving a de.tths head on onc side and a Ocntlcvvoman on y' othcr sidc. — Sloane MS., 1446 : On a Chcrrystonp sent to wcavr in hi« M" carc, a deaths hcad on tlic onc sidc and hcr lace on thr otlicr. — Sloiine AIS., 1-92 : Idem.
V. 2. Âdd. MS: This little pendant in y' carc Vv. 3-4. yidd. MS: 'l'is not jewell for y'' pri<c
Or in it-giitd ot" nicrchandifc V. S- Sloaitc MS. 1446 ■■ ffor the Moi rail on 't alonr. V. 7. -■/(/(/. /V/>S' : Riade it then and in vicw
V. 1 I. .idd. MS. et Sioiin,- 1446 : Whose cari-cl mrtur/f dor di^cry V. 12. Â,til. AÎS : A stripture how vir live and dy V. I ^. Âdd. Aïs : Kissf it tlien bet'ore yoiir lip V. 14. Sloane MS. 1446, et 1792 : Coni-iy it lo youi carc» »oft tip V. 17. Âdd. MS : Wi"' a tearc yoii must compare V. 18. Âdd. MS: to ic' v" nuist be w' v" arc
skynne and colour flesh and blood
daintye tast for laJye's tood
Ails now fledd saue this alone
poor relique of the beautys bone
And tliat soe little we despaire 25
If ever dangling smil'd i'th' aire
Soe must that faire face of yours
(As this looking-glasse assures)
ft'ade and scarce leave to be showne
there e-ver liued such a one 30
AnJ when an other âge shall bring
Your leane scalpe to ^ensuring
Though the sextom truly swear
Hère Jemmonias titles -cvere
In this rag'd Escutcheon 35
most maye smile beleive will none
Or there height of faith may growe
But to this to think -was soe
This lesson you must pearse to th' truth
And know (faire mistris) of j'o"' youth 40
Death with it still walkcs along
ffrom Matteins to the Euensong
from the pickaxe to the spade
To the tombe wher't must be layd
Whether in the morne or noone • 45