‹ Robert le ressuscité (volume 2)Chapitre 2 sur 19 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

L'oubliette.

Pendant que la Mauf^rabine se rendait a l'ancienne auberge de Guiscard et que Clochepain s'introduisait dans le château par celte route souterraine qui lui était si familière, et dont tous les hôtes de Fenes-

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tr;:f»:.M' iiiiioraienl i'exisleiice, voyons ce qui se passait dans riiilérieur du manoir féodal.

Juste a cette même heure, un homme, qu'a sa mine sinistre et disgracieuse on pouvait reconnaître aussitôt pour Raoul de Fenestrange, descendait, une lampe à la main, les degrés humides d'un escalier creusé dans le roc vif. Il paraissait réfléchir profondément, tout en descendant cet escalier, qui se déroulait a l'inûni sous ses pas, et sans doute le sujet de ses réflexions étaient hien grave, car jamais ses traits n'avaient eu une expression plus sombre et plus repoussante.

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De temps a autre, il lâchait un juron terrible, accompa^Mie d'un geste de menace qui semblait s'adresser k quelque ennemi absent, et alors on eiit cru voir en lui la personnification vivante du meurtre.

Enûn il s'arrêta ; il était arrivé a un immense caveau, dans lequel donnaient quatre petites portes en fer, basses et cintrées. Il tira une clé de sa poche, s'approcha de l'une de ces portes et l'ouvrit, puis, sans quitter le seuil, il avança la lampe et réleva au-dessus de sa léte pour que la lumière se projetât dans toutes les parties de la pièce où il allait pénétrer.

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Celte pièce était une petite cave, ayant pour sol une terre grasse el liunîide, et pour parois les saillies aiguës du roc dans lequel elle était creusée. Cette espèce d'm pace paraissait vide au premier abord; mais, en regardant bien, on découvrait bienîôt dans un coin quelque chose de noir et d'informe qui avait quelque apparence de forme humaine, mais qu'on eût hésité a prendre pour un homme, vu son état de complète immobilité.

Au bout de quelques instants, Raoul entra enOn laissant la porte ouverte der-

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rière lui, el s'approcha de celle masse inerle élendue au fond de son cachot.

— Eh bien ! messire, dil-il alors, est-ce que vous ne m'enlendez pas? Est-ce que vos yeux ne voient pas celle lumière ?

Quelques minutes s'écoulèrent encore, sans qu'aucune réponse se fil entendre, sans qu'aucun mouvement fit soupçonner que celui auquel s'adressait Raoul fût doué de vie et d'intelligence.

EnOn, on vit ce corps se mouvoir lente-

tement, se soulever avec dilTiculté el se

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tourner avec des eflbrls inouis du côté de la lumière.

Celait un grand vieillard aux cheveux blancs, dont les yeux étaient enfoncés dans Torbite, dont les traits étaient pâles et altérés, dont la physionomie était effarée et stupide, comme s'il eût fait quelque horrible maladie ou subi quelque épouvantable torture.

— Eh bien ! monsieur le baron, lui dit Raoul, est-ce que vous ne me reconnaissez pas?... Je suis Raoul de Fenestrange, votre parent^ votre ami.

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— Mon parent! mon amil répéta le vieillard en passant sur son front sa main

longue et sèche.

— Oui, votre ami, reprit Raoul, car je viens vous arracher de ce cachot, vous rendre à la lumière, au monde, au honheur, aux caresses de voire enfant, qui vous aime et se désespère de votre ahsence.

— Diane! mou enfant! murmura le vieillard d'une voix faihle; oh! oui, oui, conduisez-moi vers elle.

Il tendit des bras suppliants vers Raoul,

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et ses grands jeux noirs devinrent humides.

— C'est mon plus vif désir, monsieur le baron , dit celui-ci avec le plus grand calme, et je voudrais déjà vous voir la presser dans vos bras ; vous ne sauriez croire la joie que me procurera un tableau si touchant; mais vous savez quelle condition je suis obligé de vous imposer.

— Une condition, dit le baron de Cévoles , cherchant a rappeler ses souvenirs.

— Je m'aperçois avec peine que voire

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tèle est un peu alfnihlie, dit llaoul, j)erinellcz-moi donc de vous rappeler ce (|ui s'esl passé et de vous remettre votre position sous les yeux.

li déposa sa lampe a terre, et s'approchant tout a fait du vieillard qui le re^ar- ^/ ijiaitd'un air a la fois curieux et eflrayéT •'-** c.^* i*^

/jRjf — Monsieur le baron, lui dit-il, vous

y/vous rappelez au moins que vous avez une fille et que cette fille est fort belle?

— Diane ! Diane ! ma fille! murmura le 7aron avec ravissement.

-^ Eh bien, moi aussi, je l'ai trouvée

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belle el j'ai voulu l'avoir pour femme; mais par une iuspiralion lâcheuse pour tous 5 vous me Tavez refusée. Plus tard 5 des routiers envahissaient votre château, vous faisaient prisonnier et vous amenaient par mon ordre dans ce cachot, où votre entêtement me contraint de vous retenir beaucoup plus longtemps que je ne le voudrais. J'espérais que la tristesse d'un tel séjour et la douleur de vous voir séparé de votre enfant vous feraient bientôt revenir sur une résolution aussi cruelle pour mon amour que mortifiante pour mon orgueil ; mais rien ne put vous fléchir ; et à chacune de mes visites, je n'obtins de vous qu'un refus invariablement

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