I.!-. nu'^sii. CITÉ ir
acc'onipn^iié d'une inaléiliclion. ï.e ciel m'a (loué il'uu naturel palienl et cnncrni des moyens violents ; j'attendis donc longtemps ce consentement que vous me refusiez toujours ; mais il l'allail en finir et, de guerre lasse, je me décidai un jour a en venir avec vous a une extrémité un peu dure peut-être, mais qui trouvait son excuse dans Texcès de mon amour. Bref je vins près de vous, avec une lampe, une plume, de l'encre et un parchemin, et vous priai poliment de me donner votre consentement par écrit, vous prévenant que je me verrais contraint, a mon grand déplaisir, et par le seul fait de votre obstination, de vous priver de toute nourri-
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tiire, jusqu'à ce que vous eussiez satisfait au désir le plus ardent de mon cœur.
— Oh ! oui, s'écria tout a coup le -vieillard d'une voix déchirante, la faim ! la faim !
— Le lendemain, reprit Raoul, toujours impassible, je revins vous voir, comptant bien qu'un jeûne de vingt-quatre heures aurait éclairé votre esprit et adouci votre caractère ; mais, a ma grande surprise et a ma grande douleur, je vous trouvai plus inflexible et plus exaspéré que jamais. Je dis a ma grande douleur, parce que cette
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inconcevable persistance de voire part me forçait a persévérer dans ce système que je déplorais au fond de Tàme, mais qui me paraissait le seul propre à amener un résultat heureux pour tous. Je revins ainsi quatre jours consécutifs, et toujours je me heurtai contre un mur d'airain ; enfin, aujourd'hui, cinquième jour, me voila encore, calme, patient comme de coutume, vous demandant : Voulez-vous la vie et le bonheur en échange de quelques lignes écrites de votre main?
— Non ! murmura le baron de Cévo les.
— Permettez-moi, dit llaoul, de vous faire observer une chose a laquelle vous n'avez peut-être pas assez réfléchi : c'est que tout le monde vous croit au pouvoir des routiers d'Eustache d'Auberticourt et que je puis vous laisser mourir ici sans que le moindre soupçon plane sur ma tète.
— Eh bien ! je mourrai, dit le vieillard ; mais je mourrai heureux en songeant que ma fille n'appartiendra pas k un monstre de ton espèce !
— Encore une illusion que je crois devoir détruire, dit Raoul; si vous mourez.
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et la chose me paraîl immincnle, pour peu que vous demeuriez encore douze heures seulement sans nourriture, Diane, qui habile Fenestrange, Fenestrange, ou ma volonté est la seule loi qu'on reconnaisse, Diane sera a moi de gré ou de force, avec ou sans la consécration du mariage, suivant mon caprice. Vous voyez donc hien que, dans l'intérêt même de votre fille, vous ne pouvez hésiter a m'accorder un consentement qui aurait à la fois i'avantage de sauver son honneur et de lui conserver la sollicitude vigilante et la tendresse dévouée d'un père.
— Le ciel rne vengera et veillera sur elle, dit le baron.
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— Ainsi, s'écria Raoul, sortant tout a coup du sangfroid qu'il s'était imposé jusque-la,- ainsi vous êtes décidé a mourir plutôt que de me signer cet écrit ?
— Je suis décidé à mourir ;' ne vois-tu pas que j'ai éteint ma lampe pour passer avec plus de résignation de l'obscurité de ce cachot aux éternelles ténèbres de la tombe ?
— 11 ne cédera pas ! murmura Raoul en serrant les dents.
Puis faisant un fteste furieux :
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— Damnation ! s'éctia-t-il hors de lui ; je ne sais qui me lient de lui écraser la tète sous le talon de ma botte.
— Achève-moi donc, dit le baron sans s'émouvoir, c'est la seule grâce que je le demande.
— Non, non, misérable vieillard, dit Raoul, je veux que tu sentes la faim ronger les entrailles jusqu'à la dernière minute.
11 ajouta aussitôt en se frappant le front :
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— Oh ! cet écrit, eet écrit que je paierais de la moitié de mon sang, je ne l'aurai donc pas!
Comme il achevait cette exclamation, un petit rire sec et railleur se fit entendre derrière lui. Raoul se retourna avec une surprise mêlée d'effroi, et aperçut Clochepain debout a l'entrée du cachot.
— Toi ! toi ici ! s'écria-t-il a la fois colère et stupéfait, quand je croyais que personne...
— Xe connaissait Texistence de ce che-
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min mystérieux qui conduil de la campagne dans une des tours de Feneslran^e et de cette tour dans celle oubliette, répliqua (ilochepain. En eiïet, tout le monde l'ignore, excepté moi, mon ami Lorenzino cl vous, a ce qu'il me j)araîl.
— Et comment L'es-tu introduit ici? Qu'es-tu venu y faire? demanda Raoul en se rapprochant de l'enfant d'un air menanaçant et sinistre.
— Ah ! dit Clochepain en faisant un pas en arrière, tachons de nous entendre, et surtout restez calme. Je vous préviens d'à-
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bord que si vous faites un pas de plus, je me sauve, et je vous jure que vous ne m'attraperez pas.
— Alors, réponds donc, qu'es-tu venu faire chez moi, et pourquoi avoir pris ce ciiemin ?
— J'ai pris ce cliemin, répondit Clocliemin, parce qu'il m'évite l'affront de me voir refuser la porte, ce qui est humiliant pour un homme de cœur, et je suis venu dans le seul but de vous rendre un immense service.
— Un service !... de toi à moi, Raoul de Fen es transe?
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— Nous ou parlerons tout a l.'iieure quand je vous aurai lire de la silgalioa cmbarrassanle où vous vous trouvez eu ce moment, el dont vous ne sauriez peutêtre pas sortir sans moi.
— Que veux-tu dire? je ne comprends pas.
— Je m'explique. Vous donneriez bien la moitié de votre sang, n'est-il pas vrai, pour avoir le consentement du baron de Cévoles, ici présent, a votre union avec la belle Diane, sa fille ?
— Comment sais-tu tout cela? s'écria Raoul.
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— Mon Dieu I comme on sait souvent beaucoup de petites choses : pour avoir eu l'indiscrétion d'écouter. Je sais aussi, et toujours de la même façon, que le vieillard vous tient rancune de ce que vous le laissez mourir de faim, et qu'il a la cruauté de vous refuser cet écrit auquel vous attachez le plus grand prix, obstination d'autant moins excusable de sa part que dans quelques heures il aura cessé de vivre, et se trouvera ainsi dans l'impossibilité de réparer le tort qu'il vous cause.
— El lu prétends, loi, pouvoir me tirer
LE nS'LX ITÉ 25
(le cet embarras? dit Raoul avec un sourire de mépris.
— A rinslant mêmc.Avez-voussur une lettre, sur un papier quelconque une ligne d'écriture et la signature baron de Cévoles ?
— Non, répondit Raoul.
— Et ce papier que je vois jeté la -bas dans un coin, quel est-il?
— Ce papier doit être blanc.
— Voyons toujours.
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Cîûcbepain s'en fut ragaa^ser le papier, y jela un coup d'œil, et le passant à Ptaoul :
— Tenez, lui dit-il, voyez cela.
Raoul prit le papier et y lut ces mots :
« Je meurs assassiné par Raoul de Fenestrange.
» Baron de Cévoles. »
— Ah ! ah I murmura Raoul en tournant les yeux du côtr du vieillard étendu immobile sur le sol.
LE RÎSSrSClTÉ 27
— II esl !uHircu\ que j'aie découvert cela, ii'esl-ce pas?ilil Ciochepain, iiiaiiilenant, laissez moi laire.
Il prit le papier, eh fit deux morceaux, lalssajît intacte la partie écrite, s'assit a terre, trempa la plume dans l'encrier et se mit à écrire.
Quelques instants après, il remit le papier a Raoul, qui jeta un cri de surprise.
C'était l'écriture, c'était la signature du baron de ('évoles, imitées avec un art si
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merveilleux qu'il était impossible de ne pas s'y mépreudre, et cet écrit mettait enfui Raoul en possession du consentement qu'il exigeait vainemcnf depuis deux mois.
— Tu es intelligent, dit-il en regardant Clochepain avec admiratiou, je te récompenserai largement de ce que lu viens de faire pour moi.
— C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout, répliqua Clochepain ; je suis venu tout exprès pour vous faire une révélation de la plus haute gravité, car il
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s'aiiit clo voire naissance, que vous ne connaissez pas vous même et dont j'ai le secret, et du grand nom de Fenestrange, auquel il vous faudra renoncer peut-être pour un nom obscur et une coiulilion iiiisiM-ahle.
— Ah ! ça, quelles folies me débites-tu la? s'écria Raoul.
— Fermez ce cachot, dit Clochepain; remontons au château; je vous conterai tout, chemin faisant, et vous conviendrez que cela mérite rénexion.
Raoul prit sa lampe et s'approcha du
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baron de Cévoles pour voir, avant de partir, dans quel état il le laissait. Pendant ce temps, Clochepain pliait avec soin et glissait tout doucement dans sa poche le papier qui contenait l'accusation d'assassinat du vieillard contre Raoul, et dont celui-ci ne s'occupait plus, tant le stratagème de Clochepain l'avait transporté d'admiration.
— Tu dis donc, reprit-il après un silence, que tu as encore des révélations à me faire?
— Je vous répète quelles sont d'une
ioiporlanoc majeure , répondit Clochepain.
~ Allons dit Raoul , partons.
Au bout d'un quart d'heure environ, ils arrivaient tous deuv dans un /irand vestibule qui reliait ensemble deux ailes du château.
— Et tu me jures, disait Raoul en achevant l'entretien, que toutes ces paroles tu les as entendues de la bouche même de Robert et d'Aïssa?
— J'en ferais serment sur l'Évangile.
^2 HOiiUHT
— ïu dis qu'il viendra avant minuit?
— Avant minuit ; et dès dix heures, ses routiers seront autour du château .
— C'est bien; suis-moi, je vais donner ordre qu'on te serve un bon repas et qu'on te conduise dans une chambre du cbâleau.
— Oh ! ne vous inquiétez pas de moi, dit Clochepain, je saurai bien trouver tout cela.
i.K uhssL^r.nii oo
Et il s'esquiva rapidement.
— Et niainîenarit, s'c'cria Uaoul, resté seul, ce nVsl pas dans quelques jours, ee n'est pas demain, c'est avant une heure qu'il faut que ce mariage se fasse.
CIIAFITEÎE TREIZIEME
Kie cooseiitemeiit.
Dans celle même chambre oîi le lecteur a vu mourir la comtesse de Feneslrange, nous trouvons aujourcriiui Diaue causant avec sa nourrice.
La jeune lille était pâle, et le cercle
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rouge qui entourait ses beaux yeux, bleus attestait qu'elle avait beaucoup pleuré.
— Voyons, ma chère petite Diane, disait la vieille femme en pressant dans ses mains ridées la main blanche et délicate de sa jeune maîtresse, pourquoi vous désespérer ainsi quand les paroles de messire Raoul devraient vous rendre l'espoir? Ne vous a-t-il pas dit que votre père vivait encore, que les routiers avaient épargné sa vie dans la pensée d'en tirer une rançon, et qu'il était décidé atous les sacrifices pour l'arracher de leurs niains?
LK RKSSIJSCITÉ 7)0
— Oui, ma bonne'Gerlrudc, lu as raison, (lit Diane eu essuvanl une larme qui perlait au Ijord de sa paupière, je devrais me réjouir au lieu de pleurer, puisque Dieu a épargné Ja vie de mon pauvre père, puisqu'il me reste l'espérance de le revoir, de le presser encore dans mes bras ; et pourtant...
Un sanglot vint lui couper la parole.
— Et pourtant, reprit la nourrice, vous ne pouvez retenir vos larnjes, parce que vous avez à dire à messire Raoul : Sauvez
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mon père, ramenez-le sain et sauf, et ma main est a vous.
— Oh ' tu as deviné la cause de ma douleur, ma chère Gerlrudel s'écria Diane en jetant ses bras autour du cou de sa nourrice.
Celle-ci embrassa la jeune fille au front, puis relevant sa charmante tète, pâle et échevelée :
— Voyons, mon enfant, lui dit-elle, écoutez un peu les conseils de la raison, donnez-vous la peine de réfléchir un ins^
tant, cl vous recoiuiaîlrez que messire Raoul ne mérile pas ranlipallue que vous avez conçue conlrc lui. N'a-t-il pas tout fait pour gagner votre estime et votre amitié? N'est-ce pas lui qui vous a sauvée des mains de celle horrible bande qui a détruit le château de Cévoles, sous la conduite de ce démon d'Auberlicourl? N'a-l-il pas eu la délicatesse de vous conduite dans un couvent pour mieux vous prouver son respect, au lieu de vous amener dans son château, quoiqu'il fût très épris de vous? Et en ce momenl encore, n'est-ce pas lui qui s'occupe de sauver la vie de votre père, au risque de se faire massacrer lui-même par ces misérables rou-
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tiers? Encore une fois, ma chère enfant, réfléchissez, e( dites en bonne conscience si c'est Ja l'homme cruel et pervers qu'on \ous avait déj)einl.
— Hélas! bonne Gerlrude , répondit Diane , je reconnais avec toi que Raoul avait été bien calomnié et que ses aclioris démentent complètement la mauvaise réputation qu'on lui avait faite dans la contrée ; lîiais j'ai beau faire, tout en lui rendant justice, je sens toujours pour lui la même aversion profonde, insurmontable, qu'il m'a inspirée de tout temps, et je ne puis eîivisager celte union sans treg^ saillir d'ellroi.
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— Ail ! chrre pelile Diane, dit rjcrlrudc en hochanl la lèie, vous ne dilcs jamais tout, et moi , je nous le répète, ce qui lait que ridée de cette union vous est si odieuse, c'est que... enfin je m'entends, et vous me comprenez bien.
Diane garda le silence et devint toute
rouge.
— Oui , oui 5 reprit Gertrude , c'est toujours la ménie^pensée qui vous poursuit, et vous ne pouvez nier que le plus grand tort de messire Raoul à vos yeux ne soit cet amour que vous avez au fond du cœur
pour ce jeune lioniine dont vous avez fait rencontre en Allemaiçne.
— Je te l'ai déjà avoué, dit Diane, pourquoi m'en défendrais-je ? Il est sans cesse présent à ma pensée, et c'est la surtout ce qui me rend intolérable l'idée de me lier pour toujours a un autre.
En ce moment , deux coups furent frappés à la porte ^ qui s'ouvrit aussitôt, et les deux femmes virent entrer Raoul.
— Mon père! s'écria Diane en courant a lui, mon père vil-il encore? L'avez-vous vu?
LK RESSIISCIIK
— Ilassurez-voiis , réi^oiulil Haoïii , dont les Irails étaient un peu troublés , oui, votre père existe , je l'ai vu et je lui ai parlé.
— Merci , Raoul , merci ! Mais ce n'est pas tout , vous aviez promis d'obtenir sa liberté^ de le ramener avec vous ; avezvous tenu votre parole ?
— Non.
— Ob ! mon Dieu ! ces bommes n'ont pas voulu...
— Au contraire^ ils avaient consenti.
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salisfails de la rançon que je leur apportais ; c'est voire père lui-même qui , malgré mes prièrus , a voulu rester leur prisonnier.
— Mon père ! mon père qui m'adore , qui doit trembler pour sa fille ! Je ne puis comprendre...
— Lisez cet écrit, tracé de sa main, comme vous le reconnaîtrez, et tout vous sera expliqué.
Diane prit le papier que lui présentait Raoul et lui ce qui suit :
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« Je reviens des préventions que j'avais injuslemenl conçues contre Raoul de Feiiestrange ; je n'exige pas que tes sentiments clian<ient comme les miens, mais je déclare ne pouvoir accepter le sacrifice qu'il veut s'imposer pour moi que si je puis lui accorder en réconiponso le titre qu'il a si longlenips ambitiojiné. Je ne puis devoir ma rançon qu'à mon gendre.
i> Le barou de Cévoles. »
Après avoir lu ces lignes, Diane demeura anéantie, l'œil fixe et les traits contractés.
à — Diane, lui dit Raoul en adoucissant
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sa voi\ et ses manières, je ne veux ni vous contraindre, ni vous presser, mais votre jKM'e altend une décision , il est entre les mains d'hommes cruels et sans foi qui préfèrent souvent a l'argent le plaisir de quelque atroce vengeance, et il suffit d'un caprice ou d'un conseil de l'un d'eux...
— Oh ! je consens, je consens, s'écria la jeune fille, j'accepte votre main, courez délivrer mon père.
— Vous venez de lire sa volonté ex-^ presse, dit Raoul, il ne veut devoir sa rançon qu'à son gendre.
— Alors que notre union s'accomplisse aujourd'hui même, le plus tôt possible, c'est moi qui vous le demande.
— Je connaissais toute la noblesse et la générosité de votre àme, répliqua Raoul, et j'ai été au devant de vos vœux; les apprêts de notre mariage se font en ce moment même, et il sera célébré dans un instant.
Diane jeta sur Piaoul un regard qui exprimait la crainte et la défiance.
— Oh ! dit celui-ci, croyez bien que cet
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empressement prend sa source dans le seul désir de sauver votre père des dangers sans cesse renaissants auxquels il est exposé au milieu de cette troupe infâme. D'ailleurs, je vous le jure, celte union ne changera rien a nos relations, et ne vous imposera aucune contrainte. Je serai toujours pour vous ce que je suis aujourd'hui, un esclave humble et soumis, et ne deviendrai réellement votre époux que le jour où vous m'en jugerez digne.
Diane regarda encore Raoul, et parut éprouver un moment d'hésitation; puis, faisant un effort sur elle-même et avançant sa main vers lui :
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— Vous êtes généreu\ , mon cousin Raoul, lui dit-elle; pardonnez-moi les mauvaises pensées que j'ai pu avoir sur vous et le mal que je vous ai lait sans le vouloir.
Kaôul s'empressa de baiser la main de Diane, pour cacher l'embarras que lui
causaient cet éloge et ces excuses.
— Diane, lui dit-il, j'ai réuni a Fenestrange quelques gentilshommes pour fêler ma réconciliation avec mon frère, qui m'a annoncé son arrivée et que j'attends ce soir même; ils vont tous assister k notre
mariage
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— A^i ! je vais donc connaître votre frère Robert, dit Diane.
— Dans quelques heures. Mais veuillez vous préparer, ma chère Diane, car, dans un instant, on viendra vous prendre. Surtout, ajouta- t-il en feignant la tristesse et la résignation, songez que si ce mariage ne répond pas aux désirs de votre cœur, je ne suis pour rien dans cette contrainte, que je ferai tous mes efforts pour vous là faire oublier plus lard, et si vous voulez fortifier votre cœur par une idée consolante, pensez a votre père que vous pourrez embrasser bientôt.
Puis il la salua avec les marques du plus profond respect et sortit.
11 se rendit de Jà dans une vaste salle, où une vingtaine de gentilshommes étaient assis autour d'une table couverte de coupes et de flacons.
— Guillaume, dit-il en entrant a un valet, quelle heure est-il ?
— Le sablier marque la neuvième heuro, répondit le valet.
— Mon frère m'a fait part qu'il serait ici
54> KOBERT
a dix heures, nous allons donc bientôt le TOir. Messeigneurs, j'ai encore quelques ordres a donner pour que Robert soit reçu d'une façon digne du chef de la maison de Fenestrange. Car, bien que ce château m'appartienne par un acte de la volonté suprême de mon noble père, il n'en est pas moins mon aîné. Permettez donc que je vous quitte, et surtout faites circuler les flacons en m'ai tendant.
S'adressant ensuite aux valets :
— Vous autres, leur dit-il, dès que vous serez prévenus de l'arrivée de mon frère.
LR RESSUSCITÉ 55
faites sonner les fanfares et venez m'a vertir. Je veux être le premiers le recevoir, à me jeter dans ses bras.
Il sortit d'un pas rapide, et une fois seul dans le grand veslilmle qui aboutissait a l'une des poternes du cbâteau :
— Maintenant, Robert, murmura-t-il, nous allons nous voir face a face. Malheur à toil
Arrivé à la poterne, il trouva un magnifique cheval noir tenu par un domestique. Il s'élança en selle sans dire un mot; le valet lui ouvrit la porte et il sortit.
S6 ^ nom Kl
Le cheval se mit a descendre d'un pas prudent le sentier tortueux qui se déroulait au flanc de la montagne. Au même instant, un personnage qu'à l'exiguité de sa taille et a l'agilité de sa tournure on reconnaissait aussitôt pour Clochepain, se mit aussi à descendre la montagne, mais avec une précaution extrême, en se tenant toujours a vingt pas du coursier et en se dissimulant dans l'ombre du sentier pour échapper ^ux regards de Raoul.
Quand il fut au bas de la montagne, celui-ci arrêta son cheval et plongea autour de lui un regard pénétrant. Tout était calme , immobile ^ le paysage paraissait