‹ Robert le ressuscitéChapitre 17 sur 17 · K0BI-.RT · texte numérisé non relu

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point, Aïssa, mais il est une autre pensée qui me tourmente et que je veux te confier.

— Parle, Robert.

— Dieu nie garde de douter de ton amour, Aïssa! je répondrais de ton cœur comme du mien, mais on a vu souvent les passions les plus puissantes s'affaiblir et s'éteindre peu a peu par l'action seule de l'absence; qui me répond qu'après plusieurs mois de séparation je te retrouverai la même a mon retour.

— Robert, répondit Aïssa d'une voix lente et grave, je l'ai dit tout à l'heure que mou amour n'était pas un amour ordinaire; ou tu l'as déjà oublié, ou tu ne l'as pas cru.

— Aïssa, tu sais bien que je ne saurais te faire l'injure de douter de tes paroles.

— Eh bien! crois-moi donc, Robert, élevons nos sentiments a une telle hauteur, que les jalousies mesquines et les soupçons dégradants qui tourmentent les amants vulgaires, ne puissent y atteindre.

Tu as au cœur une grande ambition, moi un dévoûment sans bornes ; nous irons baut l'un et l'autre, et sommes bien résolus à parvenir a tout pri\au but que nous nous sommes proposé, si élevé qu'il soit. Mais pour réussir dans une telle entreprise , il faut qu'aucune préoccupation étrangère ne vienne nous entraver: il faut, au contraire, qu'une confiance aveugle et réciproque nous soutienne sans cesse dans les épreuves que nous aurons a soutenir; enfin, il faut qu'à partir de cette heure, quelle que soit la durée de notre séparation, quelle que soit la distance qui nous sépare, tu sois aussi tranquille, aussi sur de la sincérité, de l'éternité de mon

amour, que si j'étais sans cesse a tes côtés. Au reste, fais-y bien attention, je ne te demande la que ce que je ferai moi-même, car je te jure sur mon âme que jamais je ne douterai un seul instant de ton cœur, fussé-je une année entière sans te voir, sans entendre parler de toi. Et pourtant, Robert, j'aurais bien, si je le voulais , quelque raison de m'alarmer, car tu as été fiancé jadis a ta cousine Diane de Cévoles, et j'ai beaucoup entendu vanter la beauté de cette jeune fille.

— Tu t'alarmerais a tort, Aïssa Quand eurent lieu res fiançailles. Diane et moi

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étions encore enfants, et depuis, nous ne nous sommes jamais revus, séparés d'abord par je ne sais quelles dissensions survenues entre nos deux familles, puis par cette excursion qui m'a tenu quatre ans loin de la France, et pendant laquelle ce projet a été abandonné, puisque Raoul a demandé la main de Diane; si bien que, quoique fiancés , nous pourrions nous rencontrer sans nous reconnaître.

— Je n'avais pas besoin de cette expliplication pour être convaincue que ton cœur est tout a moi et rien qu'à moi, Roberl : tu me l'as dit. et rien au monde ne

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saurait ébranler ma foi dans ta parole. Mais ton cheval est prêt, la nuit est déjà tombée depuis longtemps, la présence des routiers d'Auberticourt dans les environs rend les routes dangereuses, tu l'as dit toi-même, il faut partir sans plus tarder.

Robert prit les deux mains d'Àïssa dans les siennes et effleura sa joue de ses lèvres. Au moment d'une séparation dont il élait impossible de prévoir le terme , par le temps de troubles et de violences où l'on vivait alors, la jeune fille sentit s'évanouir subitement l'énergie dont elle venait de faire preuve, et. s'abandonnait! a la fai-

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blesse de son sexe, elle versa quelques larmes qui lombèreut brûlantes sur la main de Robert.

— Tu pleures, Aïssa, tu pleures! s'écria celui-ci avec feu. Cette séparation qui me brise le cœur est aussi au-dessus de tes forces, n'est-ce pas ? Eh bien ! dis un mot, et malgré l'outrage que j'ai reçu, j'humilierai mon orgueil devant mon père, et je resterai ici ;ou bien, laissant Raoul maître de tous ces biens, qu'ils soient perdus pour moi s'il le faul, et partons ensemble, partons pour ne plus nous quitter.

— Non, non, répondit Aïssa, je ne souf-

frirai pas que la passion l'emporte sur la raison. Il faut que tout s'accomplisse comme il a été convenu tout a l'heure entre nous ; pars donc, pars sans perdre un instant.

Robert insista encore, mais Aïssa fut inébranlable, et quelques instants après il franchissait le pont-levis, éclairé'par les torches de sept a huit serviteurs et suivi de son écuyer Jehan qui devait l'accompagner dans ses excursions.

Aïssa le regardait descendre le sentier

tortueux de la montagne a la clarté de la lune qui de temps a autre faisait jaillir des reilets de son armure, lorsqu'elle se sentit tirer doucement par sa robe. Elle se retourna et aperçut Clochepain derrière elle.

— Damoiselle Aïssa, lui dit le petit bonhomme a voix basse, je suis bien fâché de vous déranger, mais je viens de la part de madame la comtesse qui voudrait vous parler tout de suite... ah! mais tout de suite.

— Qu'a-t-elle donc de si pressé a me dire? Le sais-tu ?

— Je sais seulement qu'il s'agit d'un papier très important dont elle voudrait connaître le contenu et qu'elle ne peut lire elle-même, attendu que ses yeux...

enfin elle vous attend comme elle attendrait le bon Dieu.

C'est bien, j'y vais.

Elle jeta un dernier regard vers le bas de la montagne, puis elle se dirigea vers le corps de logis qu'habitait la comtesse.

Quand elle fut partie, Clochepain s'ap-

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procba de Lorenzino, qui la regardait s'éloigner, immobile et rêveur.

Lorenzino ! lui dit-il.

Le jeune page fit un soubresaut, comme un homme arraché a un songe.

— Ah ! c'est toi, Clochepain , lui dit-il, bonjour, je suis heureux de te voir.

— C'est possible, mais c'est un bonheur après lequel tu ne cours pas maintenant.

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— Que veux-tu dire?

— Je veux dire que moi, Clochepain, je songe toujours à dénicher des nids d'oiseau, a prendre des belettes et a attraper des chauve-souris, tandis que loi tu ne penses plus a rien de tout cela. Tu es devenu tout a coup pâle, triste et sérieux, ce qui dénote clairement que tu es malade.

— Moi, dit Lorenzino en essayant de sourire, et de quelle maladie me crois-tu atteint?

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— Le nom de la maladie, je ne le sais pas, mais je ne serais pas surpris que lu l'eusses attrapée a force de regarder la belle Aïssa comme lu le faisais tout a l'heure.

— Ah! tais-toi, tais-loi, murmura Lorenzino en pâlissant encore, pas un mot de plus.

— Je ne suis pas 1res expert en ces matières, dit Clochepain, mais il y a dans les yeux de cette Candiote quelque chose qui me fait peur, et j'ai dans

l'idée qu'elle te portera malheur si lu t'obstines...

— Assez, assez sur ce sujet dit vivement le page en interrompant Clochepain.

— Décidément, il paraît que c'est une maladie, murmura Clochepain, et une maladie dont on ne veut pas guérir, ce qui est plus étonnant. Adieu, Lorenzino.

— Adieu, Clochepain. Tu retournes chez ton oncle?

Aï*sa la Candiote.

Lorsqu'Aïssa se présenta chez la comtesse, celle-ci, d'ordinaire si calme et si résignée, était en proie à une ûèvre d'impatience qui ne lui permettait pas de rester un instant en place. Puisant une force

Aïitsa la Candiote.

Lorsqu'Aïssa se présenta chez la comtesse, celle-ci, d'ordinaire si calme et si résignée, était en proie a une fièvre d'impatience qui ne lui permettait pas de rester un instant en place. Puisant une force

factice dans une surexcitation morale, elle s'était levée de son fauteuil, malgré sa faiblesse, et elle allait sans cesse de la fenêtre a la porte, regardant si la jeune fille traversait la cour, puis revenant écouter si elle, l'entendait gravir les degrés de l'escalier.

— Enfin vous voila! s'écria-t-elle avec explosion, lorsqu'elle la vit entrer; oh! venez, venez!

— Je suis toute à vous, madame lacomtesse, vous le savez, lui dit Àissa avec

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calme, comptez donc sur moi pour tel service que vous voudrez me demander ; mais* de grâce, asseyez-vous d'abord et calmez cette exallation qui m'inquiète.

— Oh ! rassurez-vous, c'est le bonheur, ce n'est pas dangereux ; je m'assieds pour ne pas vous contrarier, mais je suis forte maintenant, toute ma faiblesse a disparu comme par enchantement.

— Mais que vous est-il donc arrivé de si heureux, madame ?

— Oh! lisez, lisez d'abord, dit la corn-

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tesse en lui donnaut le papier apporté par Clochepain, je vous dirai fout ensuite.

Aïssa prit le papier, jeta un long regard sur la comtesse comme pour s'assurer qu'elle n'était pas frappée de folie, puis elle lut lentement et a haute voix :

« Moi, chevalier de Tressac... »

— Chevalier de Tressac ! s'écria la comtesse en se frappant le front avec une joie qui tenait du délire; oh! c'est bien cela. Continuez! continuez'

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Aïssa poursuivit sa lecture :

« Moi, chevalier de Tressac, atteint d'une b lessure mortelle et au moment de paraître devant Dieu, qui me jugera dans quelques heures, je déclare que j'ai menti odieusement le jour où, découvert par le comte de Feneslrange dans son château, j'ai osé dire que j'y étais du consentement de la comtesse de Fenestrange, sa femme. C'est Gauthier qui m'avait introduit dans ses appartements, et c'est de lui encore que j'avais reçu l'anneau que je montrai au comte comme preuve de mon bonheur ^èt de sa houle. »

C2CC RQBKÏIT

— Il y a cela ! Volis ne vous trompez pas, il y a bien cela? s'écria la comtesse.

— Je ne change pas un mot à ce que contient cette lettre, répondit Aïssa, et les caractères en sont trop lisibles pour que je fasse erreur.

— Je reconnais là votre main toute puissante, ô mon Dieu, murmura la comtesse en levant les yeux au ciel; merci, Seigneur ! merci ; vous me retirez de l'abîme de misère et d'opprobre où j'allais périr.

— Je poursuis, reprit la Candiote.

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Allez, Aïssa, allez, j'écoute.

Aïssa continua de lire

« Je déclare que j'ai fait ce mensonge dans un esprit de haine et pour tirer vengeance du comte de Fenestrange, qui s'étant épris de la veuve du sénéchal de Vernon, que j'aimais depuis longtemps, l'avait emporté sur moi dans le cœur de cette dame. J'ajoute que je pris cette résolution le jour où j'appris que ladite dame allait être bientôt mère du fait du com'e.

c2f>8 ROBERT

» Je fais tous ces aveux, poussé par le remords qu'ont excité dans mon cœur les révélations que je viens d'entendre de la bouche même de Gauthier, mon complice dans la comédie infâme jouée par moi au château de Fenestrange. J'espère que cette déclaration rendra à la pauvre victime le bonheur et l'estime de tous, qu'elle n'eût jamais dû perdre, et à moi le pardon de Dieu.

» Le chevalier de Tressac. j>

— C'en est fait, c'en est fait, Aïssa,mes

malheurs sont finis, dit la comtesse en

pressant avec force les inains de la jeune fille, le comte se rendra a l'évidence de celte preuve, et il reconnaîtra mon innocence devant tous.

— Ce n est pas tout encore, dit Aïssa, dont le sangfroid restait inaltérable devant cette immense émotion; au bas de celte lettre, je vois quelques lignes tracées par une autre main.

Lisez-les, de grâce !

Aïssa lut ces lignes , les mêmes qui

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a\ aient été dictées a Clochepain par Gauthier. Celui-ci, le lecteur s'en souvient, annonçait à la comtesse qu'après avoir obtenu du chevalier de Tressac la rétractation de sa calomnie, il lui restait à accomplir l'autre moitié de sa tâche , c'est-à-dire à reporter son dévouement sur une innocente créature, victime comme elle d'une terrible fatalité.

— Vous ne comprenez rien a tout cela, n'est-ce pas ? dit la comtesse dont les traits rayonnaient d'une joie céleste, je vais tout vous expliquer.

— Je connais une partie de cette his-

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toire, répondit Aïssa, celle qui se rapporte à la présence du chevalier de Tressac dans vos appartements, à la calomnie infâme qu'il osa diriger contre vous, et à laquelle, pour mon compte, je n'ai jamais voulu ajouter foi, avant même d'être éclairée par les aveux que contient la lettre de ce chevalier. Mais ce que je ne comprends pas, je l'avoue, c'est la dernière ligne de la lettre de ce Gauthier, c'est cette phrase dont je cherche vainement à pénétrer le sens : « Il me reste a accomplir la moitié de ma tâche. »

Vous ne connaissez encore que la

parlie la moins douloureuse de ma vie, dit la comtesse; je vais vous conûer le reste : alors vous comprendrez ce qu'il y a d'obscur pour vous dans cette phrase de Gauthier et vous saurez au juste a quel point j'ai été malheureuse.

La jeune fille s'assit sur un escabeau placé a côté de madame de Feneslrange, s'accouda sur le bras de son fauteuil et se mit a écouler avec une attention sérieuse.

La comtesse reprit :

— Un mois après cette horrible histoire

du chevalier de T ressac, c'est-à-dire un an, jour pour jour, après la naissance de Robert, je mettais au monde un second fils, qui fut baptisé sous le nom de Raoul. Le comte me le laissa trois mois environ ; puis, sous prétexte que l'enfant pouvait se ressentir du mauvais état de ma santé, qui s'altérait de jour en jour par la vie de honte et d'isolement que l'on me faisait subir, il me le reprit, le confia aux soins d'une nourrice, et, malgré mes prières et mes larmes, jamais depuis il ne me fut permis de le revoir. Je vivais ainsi depuis cinq années, seule, toujours seule, privée de la présence et des caresses de mes enfants, lorsqu'un jour je vis avec une ex-

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trème surprise Gauthier peu. trer dans nia chambre ; car il était défendu à aucun des serviteurs du château de m'approcher. Aussitôt entré, il ferma la porte avec précaution, puis se jeta a mes pieds et me fit en pleurant l'aveu de la faute dont il s'était rendu coupable, s'accablant lui-même de malédictions, mais, me jurant sur son salut éternel, qu'il n'aurait pas de repos qu'il n'eût trouvé le chevalier de Tressac et rapporté la preuve de mon innocence. « Mais ce n'est pas tout, ajouta-t-il ensuite, mes torts envers vous sont autrement graves que vous ne le pensez ! » Je le pressai de s'expliquer, et il m'apprit alors que le comte, mon époux, ayant des soup-

çons sur la légitimité de mon dernier enfant, lui avait donné une somme, à lui, Gauthier, pour le transporter bien loin, hors de France, et mettre en sa place le fils qu'il avait eu de la veuve du sénéchal de Vernon, et qui était né à peu près a la même époque que Raoul. Vous pouvez vous faire une idée de mon désespoir a cette affreuse nouvelle. Gauthier, effrayé de ma douleur, me demandait grâce avec des sanglots...

« — Eh bien, oui, lui dis-je, je puis te pardonner, mais a une condition.

» — Laquelle? s'écria-t-il, dites-la, et

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quelle qu'elle soit, je vous jure de la remplir.

y> — Tu vas m'aider a m'évader du château et tu me conduiras au pays où tu as porté cet enfant. »

Gauthier me fit observer que c'était fort loin d'ici, dans un petit village situé sur la frontière d'Allemagne ; mais j'insistai et il n'hésita plus à m'obéir.

La nuit suivante, nous quittions Fenes-

frange, et quinze jours après, nous entrions, brisés de fatigue, dans le village où avait été déposé mon enfant. J'avais pris toutes mes mesures pour le ramener a Fenestrange, pensant le confier à quelque paysan des environs, chez lequel je serais allé l'embrasser de loin en loin. Je cours chez les braves gens auxquels l'avait remis Gauthier, je le trouve, je le serre dans mes bras, ivre de joie, folle de bonheur; mais comme j'allais l'emporter, un homme paraît au seuil de la chaumière et m'arrache mon fils ; cet homme, c'était le comte de Fenestrange qui m'avait épiée, qui m'avait suivie! Je tombai évanouie... Quand je revins à moi, j'étais avec lui

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dans une voiture qui nous reconduisait en France, et mon enfant n'était plus la. Je me jetai aux genoux du comte en lui criant: Mon enfant! mon enfant!

« — Votre enfant, me répondit-il avec dureté, n'y pensez plus I car ni vous ni votre complice ne pourriez le retrouver, et moi-même je ne saurais dire où il est maintenant. »

— il l'avait perdu ?

— Je le crus. Oh ! mais c'est impossi-

ble. C'était pour m'ôter jusqu'à la pensée de le chercher! Il sait où il est, il me le dira.

Il se fit un long silence, pendant lequel Aïssa parut tout à fait absorbée dans ses réflexions.

— Ainsi, dit-elle enfin, Raoul, qui porte ici le nom et se pare des privilèges d'un Feneslrange, Raoul est un bâtard ! Il vole la la moitié de ses droits et de sa fortune a Robert, qui pourrait le faire chasser comme un valet !

1 80 nom. ut

— Oui, dit la comtesse, le vrai Raoul de Fenestrange, celui auquel appartiennent les droits et les privilèges usurpés par celui-ci, c'est l'enfant perdu, errant et vagabond à l'heure qu'il est peut-être, mais que le comte n'hésitera pas a vouloir posséder près de lui dès qu'il saura la vérité. J'ai hâte de voir chasser cet étranger qui n'est rien ici... Mon Raoul a moi, mon Raoul seul a droit de porter avec Robert le nom de Fenestrange.

— En effet, celui-là seul a des droits réels égaux a ceux de R.obert ; et s'il reparaissait, si le comte vous pardonnai^ une faute

qui n'a jamais existé que dans son imaginalion...

Aïssa se tut et poursuivit seule le 01 de sa pensée.

— Oh ! mais il faut que le comte vienne, qu'il vienne a l'instant même ! s'écria la comtesse.

Elle frappa un coup sur le timbre.

Marthe parut.

— Marthe, lui dit-elle, courez dire à M. le. comte que je le prie de se rendre

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ici a l'instant môme; dites-lui qu'il y va pour lui du plus grand intérêt de sa vie, et qu'il ne saurait trop se hâter.

Marthe s'éloigna pendant qu'Aïssa murmurait tout bas, les yeux fixés sur la comtesse :

— Raoul, un bâtard! un étranger! et Robert que j'aime, Robert dont je suis aimée, serait le seul maître ici ! seul il posséderait cette puissance infinie et ce beau nom de Fenestrange qui peuvent lui ouvrir un avenir si glorieux, si splendide!

Puis s'adressant tout à coup a la comtesse :

— Mais,' lui dit-elle d'une voix brève et rapide, la preuve, la preuve de tout cela, le comte va vous la demander; l'avezvous?

— Oh ! oui, dit la comtesse en la regardant avec un sourire de joie triomphante, j'ai cette preuve et je vais vous la montrer.

Une ardeur fiévreuse éclata tout a coup dans les yeux de la Candiote; mais elle

se contint avec une énergie surhumaine, et attendit, calme et impassible au dehors.

La comtesse de Fenestrange s'approcha d'une vierge de bois sculptée dans un angle du mur, tira une petite case très habilement dissimulée dans la base de la statuette, et y prit un papier plié en quatre, dont les coins étaient tout jaunes et usés par le temps.

— Tenez, dit-elle a Aïssa, lisez.

La jeune fille déplia le papier avec précaution et le 'ut a voix basse. C'était la

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déclaration de Gaulhier constatant la substitution qui avait été faite, avec son concours, du bâtard de la sénéchale de Vernon au fils légitime de la comtesse. Cette déclaration était signée par l'ancien curé du village de Fenestrange, qui attestai t l'avoir écrite à la pre ssante sollicitation de Gauthier.

— Vous le voyez, dit la comtesse en étendant le bras vers elle, il n'y a point d'équivoque, point d e doute possibles.

— Oui, tout cela est clair, répondit la Candiote.

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— Le droit du fils légitime est établi par ces pièces de façon a déjouer toutes les

intrigues, toutes les haines. Le comte luimême sera heureux d'apprendre une vérité qui lui rend a la fois le repos et l'honneur ! Il sait, lui, il doit savoir où est notre fils. Une fois certain de mon innocence, il le fera revenir, il lui tendra les bras, et R.aoul l'intrus, cet étranger paré d'un nom qui n'est pas le sien, celui-là sortira d'ici pour riy plus rentrer.

— Et, ajouta froidement Aïssa, dans le cas où le vrai Raoul ne se retrouverait pas?...

— Oh! il se retrouvera ! car Gau thier,

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Gauthier lui-même ne m'annonce-t-il pas qu'il va tout faire pmir découvrir sa retraite ?

— Mais dans le cas où il n'existerait plus?...

— Ne dites pas cela... il existe. Oh! il existe, mon Dieu ! n'est-ce pas !

— Enfin il faut tout supposer — et dans ce cas, c'est Robert, Robert que vous aimez tendrement aussi, madame la comtesse, qui hériterait dé tous les biens, qui jouirait de tous les honneurs, qui entrerait en possession de] tous les privilèges attachés au nom de Fenestrange...

288 uouKiiT

El pour la première fois, depuis tout le cours de cette scène, Aïssa, en parlant ainsi, se laissa aller a une sorte d'enthousiasme ardent et passionné qui sembla

l'entraîner malgré elle.

— Je suis si heureuse, s'écria la comtesse avec l'accent du bonheur, je suis si heureuse que je veux, tout espérer. Voir mes deux, fils près de moi, les serrer tous deux sur mon cœur, mais ce sera une joie à faire envie aux anges! Ah! dites-moi, Aïssa, vous qui avez pleuré sur mes douleurs, dites-moi donc que cette consolation ne me sera pas refusée !

— Je l'espère comme vous, dit Aïssa.

— Mon Dieu ! reprit madame de Fenestrange en joignant les mains avec ferveur et en les élevant vers le ciel ; mon Dieu, faites que toutes ces preuves réunies portent la lumière dans l'âme de mon époux ! Eclairez-le d'un rayon de votre sainte divinité, Seigneur, afin que tous les nuages se dissipent et qu'il rende a l'enfant déshérité les caresses de sa mère !

Elle s'arrêta subitement, prêtant l'oreille à un bruit qui venait de l'escalier.

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— On monte... C'est lui! c'est le comte Vous allez lui lire tout cela, n'est-ce pas, Aïssa?

Aïssa ne répondit pas.

Son front s'assombrit tout a coup; elle jeta sur la comtesse un regard étrange; puis, s'approchant doucement delà vierge sculptée, elle glissa dans la niche de chêne qui l'encadrait les papiers qu'elle venait de lire.

Au même instant, la porte s'ouvrit brus-

quement et le comte de Fenestrange parut.

— Vous avez désiré me parler, madame, dit-il a la comtesse, me voilà, que me \oulez-vous ?

— Ce que je veux, monsieur le comte, répondit celle-ci avec uu mélange de douceur et de dignité, je veux vous dire que je vous pardonne les vingt années de tortures que m'avez infligées, et vous reconnaîtrez, je l'espère, qu'il y a quelque générosité dans ce pardon, car je vous l'ac-

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corde au moment même où vous allez acquérir la preuve évidente de mon innocence et de votre injustice.

Eh quoi, madame, dit le vieillard d'un ton incrédule, vous avez attendu vingt ans pour faire valoir des preuves que vous dites si convaincantes ! Avouez que j'ai lieu d'être au moins fort surpris d'une patience aussi merveilleuse.

— Je conçois votre incrédulité, et peutêtre ne pourrais-je m'en défendre à votre place, répliqua la comtesse; mais Aïssa va

vous lire une lettre du chevalier de Tressac...

A ce nom le comte tressaillit et devint tout pâle.

— Oh! cet homme n'est plus digne d'exciter votre colère. Il a été bien coupable, envers nous tous, mais il a essayé de racheter son crime, et, a ce titre, moi qui devrais être pour lui la plus inexorable, puisque c'est moi qui ai le plus souffert de ce crime, moi, monsieur le comte, je vous demande pour lui l'indulgence que Dieu

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lui-même accorde au pécheur repentant.

— Plus je vous écoute, dit le comte, et moins j'entrevois...

— La lettre dont je vous parle a été écrite par le chevalier de Tressac sur le bord de la tombe, où , quelques jours après, il dormait du sommeil éternel. Aïssa la connaît, Aïssa va vous la lire, et alors, croyezTftn cette sérénité de nos anciens jours qui renaît sur mon visage, croyez-en le serment que j'en fais devant Dieu, alors,

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monsieur le comte, tous vos doutes seront dissipés; il n'y aura plus place dans votre

cœur pour le soupçon.

Cette allocution, dont la solennité avait quelque chose d'imposant qui eût frappé les âmes les plus indifférentes, fut suivie d'un silence de quelques secondes.

C'était naturellement a la Candiote a le rompre la première, et comme elle se taisait :

— Voyons, Aïssa, dit le sire de Fenes-

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t range a la jeune fille, puisque la comtesse vous a fait confidence d'une histoire qui n'eût jamais dû passer par ses lèvres, parlez, lisez-moi cette lettre qui, au bout de vingt années d'erreurs, doit ouvrir subitement mes yeux à la vérité et mon cœur au repentir.

Aïssaqui, a l'entrée du vieillard, s'était placée derrière le fauteuil de la comtesse, secoua tristement la tête et posa le doigt sur son front pour lui faire comprendre que la pauvre femme ne savait plus ce qu'elle disait, et que son esprit divaguait complètement.

LE 11ESSUSCITÉ 297

Le comte haussa les épaules et fit un pas vers la porte.

— Monseigneur, s'écria la comtesse, mais vous ne m'entendez donc pas ? Je vous dis que le chevalier de Tressac avoue qu'il s'est rendu coupable d'une calomnie infâme en déclarant que j'étais sa maîtresse, et que c'est Gauthier, son complice dans cette odieuse affaire, qui m'a rapporté celte lettre de la Terre-Sainte, où est mort le chevalier. Gauthier lui-même y a ajouté quelques mots qui donnent plus de force encore a la déclaration de cet homme.

Oh! mais ce que je vous dis là, c'est la

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vérité pure, monsieur le comte ! Àïssa va vous remettre ces papiers et vous verrez que je ne vous en impose pas.

Les paroles de la comtesse avaient un accent de conviction dont le comte se sentit ébranlé.

— Voyons , Aïssa , dit-il , que dois-je croire?

Pour toute réponse, la Candiote jeta sur la comtesse un regard plein d'une douce

pitié, puis elle le\a douloureusement les yeux au ciel, croisa ses bras sur sa poitrine et demeura immobile.

— Aïssa, dil la comtesse en se tournant vers la jeune fille, lisez donc celle lettre a mon époux, ou plutôt remettez-la lui, aûn qu'il la lise lui-même.

— Eh bien, Aïssa, reprit a son tour le comte se laissant aller à l'espoir d'une réhabilitation qu'il eût achetée au prix de sa propre vie.

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Aïssa ne pouvait reculer davantage; il fallait jeter le masque au loin et se montrer a découvert ; elle n'hésita pas.

— Hélas ! monsieur le comte, dit-elle avec le plus grand calme ; que voulez-vous que je vous réponde? Ne comprenez-vous pas que vingt années de souffrance et d'isolement ont éteint la raison dans l'âme de cette pauvre femme.

— Que veut-elle dire? murmura la comtesse en observant Aïssa d'un air de stupéfaction profonde

^- Alors, dil ie comte, ces papiers précieux, ces déclarations authentiques de Gauthier et du chevalier de Tressac, ces preuves d'où son innocence doit ressortir si évidente, si palpahle, et qu'elle prétend vous avoir montrées tout a l'heure !...

La comtesse attendit la réponse de la Candiote en la dévorant du regard.

— Ces lettres, ces papiers n'ont jamais existé que dans son imagination en délire, répondit Aïssa froide et imp assible ; elle ne m'a rien remis, et je ne sais

pas plus que vous ce que cela signifie.

Madame de Fenestrange était anéantie, slupide d'étonnement.

— Mon Dieu! mon Dieu! balbuliat-elle en passant sur son front contracte ses doigts blancs et amaigris, que ditelle donc?

Elle fut tirée de sa stupeur par les pas du comte, qui avait déjà atteint la porte et allait disparaître.

LE RKSSUSCITÉ 503

Alors elle jeta un cri perçant, s'élança d'un bond jusqu'aux pieds du comte, et s'enlaçant a ses genoux :

— Non, non! s'écria-t-elle, vous ne partirez pas! Je vous dis que je suis innocente, que la preuve est Ta, écrite dans la lettre que vient de me lire Aïssa ; je vous dis que cette jeune tille est une misérable créature gagnée par mes ennemis ; que ces papiers, elle les a cachés ! Cherchezles, vous les trouverez sur elle.

— Allons, madame, votre esprit s'égare

50 i ROBERT

tout a fait; laissez-moi, dit le comte en la repoussant. Comment douter de votre folie, quand vous prenez pour une ennemie mortelle la seule personne qui ait osé vous témoigner ici quelque intérêt?

— Mais je vous répété qu'elle a menti ! s'écria la comtesse hors d'elle-même; pourquoi? je ne sais, mais elle a menti effrontément, car cette lettre, elle vient de me la lire et l'a cachée quelque part, dans ses vêtements sans doute!

Le comte fit un nouvel effort pour se dégager de l'étreinte de sa femme.

— Mon Dieu! mon Dieu! vous m'abandonnez donc ! s'écria-t-elle à bout de forces et de courage; vous m'abandonnez après avoir fait luire a mes yeux l'espoir d'un bonheur que j'avais acheté par tant d'années de tortures!... Que votre volonté s'accomplisse ! Quant à vous, Aïssa, vous qui venez d'arrêter tout a coup la vie dans mon cœur, vous en qui j'avais mis mon espérance et qui me perdez par une trahison infâme, je vous maudis et j'appelle sur votre tête toute la colère de Dieu. Grâce a vous, l'enfant aura été privé de sa mère; il sera sans famille, il ira errant et misérable par le monde ah ï

soyez maud...

500 kobiïkt

La voix s'arrêta dans son gosier ; mais sa bouche, pleine d'une douleur éloquente, semblait encore lancer l'anathème sur celle dont l'incompréhensible cruauté venait de détruire a jamais le seul espoir de sa vie.

Elle fit un suprême effort pour prononcer encore un mot, mais toute son énergie s'était brisée dans ce choc terrible : elle tomba brusquement a genoux; puis, sa tête alla se heurter contre les pieds du comte, et elle ne bougea plus.

Alors celui-ci se baissa vers elle, posa

la main sur son cœur, et voyant qu'il avait cessé de battre, il se releva, pâle comme un fantôme, et sortit en balbutiant d'une voix altérée :

— Oh! l'horoscope d'Olivarius! Elle d'abord, moi ensuite, puis le nom de Fenestrange! Tout, tout disparaîtra.

Restée seule, Aïssa demeura longtemps absorbée dans ses pensées. Enfin, elle alla prendre dans la niche de la Vierge les papiers qu'elle y avait cachés et se dirigea ensuite vers la porte ; Ta, elle tressaillit en

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apercevant le corps de la comtesse étendu en travers du seuil. Elle le contempla quelques instants , puis elle murmura d'une voix sombre :

— L'intérêt de Robert l'exigeait 1 Et, d'ailleurs, qui eût pu prévoir un tel résultat!

Au moment de sortir, il lui sembla entendre comme un soupir du côté de la cheminée.

Elle frissonna légèrement.

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— Serait-ce son ame qui s'envole? ditelle.

Elle demeura quelques instants les regards fixés sur le même point, comme pour braver ce qui eût effrayé tout autre qu'elle; puis, n'entendant plus rien, elle sortit.

Un instant après, la plaque de la cheminée tournait sur elle même et Clochepain s'élançait de nouveau dans la chambre.

Cornebœuf! comme dit mon oncle

510 RODKRT

Guiscard, s'écria-t-il, en voilà une femme que cetle Candiote ! Qui aurait jamais pensé cela ! Une créature si jeune et si jolie ! Je disais bien a Lorenzino qu'il fallait se défier d'elle. Si j'allais lui raconter tout ce que j'ai entendu! Ça le ferait réfléchir et ça le guérirait peut-être de sa maladie. Oui, mais, ajouta-t-il en se grattant la tête, la Candiote est Gne et habile, elle verrait un changement, elle lui arracherait son secret, lui prouverait que j'en ai menti, l'ensorcellerait plus que jamais et, quant à moi...

Un frisson lui passa des pieds a la tête

— Quant a moi, répéta-t-il, mon affaire serait mauvaise, ayant sur le dos une femme de celte trempe-la.

11 réfléchit quelques instants.

— Allons, allons, dit-il enfin, le plus prudent est de ne rien dire ni à Lorenzino, ni a qui que ce soit, du moins quant a présent. Mais je n'aperçois pas la comtesse; ils l'ont donc emmenée; c'est probable. Allons, la nuit est venue, on ne me verra pas, je puis m'en aller par le chemin de tout le monde.

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11 marcha du côté de la porte ; mais la il s'arrêta tout court a l'aspect de la comtesse étendue sur le carreau.

— Ah! pauvre femme, dit-il, elle est sans doute évanouie, je vais tâcher de la mettre dans son fauteuil, en attendant qu'on vienne la secourir.

Clochepain se baissa vers la comtesse dans cette louable intention ;mais, a l'aspect de ses traits, dont un rayon de lune rendait la pâleur effrayante, au contact de

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sa chair molle et glacée, il jeta un cri de stupeur, lit un bond en arrière et s'élança tout tremblant du côté de la cheminée, par laquelle il disparut complètement.

Deuxjours après cette catastrophe, dans la soirée qui suivit l'enterrement de la comtesse de Fenestrange, cérémonie a laquelle avaient seulement assisté quelques seigneurs du voisinage et les gens du château, le comte de Fenestrange, atteint d'un mal subit dont il ne pouvait lui-même déterminer la nature, se mit au lit en recommandant expressément qu'on ne

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laissât pénétrer dans sa chambre personne autre que sou astrologue, maître Olivarius.

Celui-ci passa la nuit entière près de son seigneur et ne le quitta qu'au point du jour pour se rendre àuson observatoire, où il devait se livrer aux plus savantes expériences et en rapporter le résultat au comte dans la matinée.

Vers midi, maître Olivarius, trouvant son travail complet et satisfaisant, se rendit a l'appartement du sire de Fenes-

trange, accompagné du capitaine des archers, qui avait quelques ordres à demander pour le service du jour. Ils entrèrent ensemble, et voyant les rideaux du lit entièrement clos, ils pensèrent que le comte dormait, et attendirent patiemment qu'il s'éveillât.

Ils demeurèrent ainsi, assis et immobiles en face l'un de l'autre pendant deux heures; enfin le capitaine, moins patient que l'astologue, s'approcha doucement du lit, entr'ouvrit les rideaux et se pencha vers le comte pour savoir s'il dormait ou s'il était éveillé.

— Ah! miséricorde! s'écria-t-il tout a coup.

— Quoi donc? demanda tranquillemen

l'astrologue.

— Que Lucifer m'étrangle si monseigneur n'est pas mort ! dit le capitaine en

se laissant tomber sur un siège.

Maître Olivarius s'approcha a son tour du corn le, prit ses deux mains dans les siennes, appliqua l'oreille sur son cœur,

se releva après celle épreuve, aussi calme et aussi tranquille que s'il se fût livré a quelque expérience scientifique, puis le regarda encore une fois très attentivement.

— Je l'avais prédit, cela ne pouvait manquer, dit-il enfin avec un accent qui trahissait plus d'orgueil que de douleur.

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