PRÉFACE
L'application des règles de la critique historique à l'étude des faits et des hommes de la Révolution est relativement récente. Le temps n'est pas éloigné où quiconque s'occupant de cette grande époque se croyait obligé d'être un détracteur ou un apologiste systématique, et je me rappelle combien ces derniers étaient rares et mal vus, alors que les premiers étaient nombreux et considérés. Bien que les passions violentes ne soient pas encore éteintes, la doctrine scientifique de l'impartialité, grâce au fécond enseignement de M. Aulard à la Sorbonne et aux travaux des membres de la Société de l'Histoire de la Révolution française, l'emporte actuellement dans les esprits et enfante une pléiade d'historiens et d'érudits. C'est une œuvre inspirée par ces principes de justice et de vérité que j'ai la bonne fortune et l'honneur de présenter aujourd'hui au public lettré.
L'auteur, M. A. Montier, avocat distingué du barreau de Pont-Audemer, esprit . libéral, dévoué aux institutions républicaines, a dès longtemps consacré ses loisirs à l'étude de l'histoire de la Révolution dans son département. Son opuscule sur la Chouannerie dans l'Eure, sa biographie du constituant LerefFait, son essai sur le Fonctionnement du gouvernement révolutionnaire dans le district de Pont-Audemer et surtout sa récente et excellente publication de la correspondance de l'évêque constitutionnel et conventionnel Thomas Lindet avec son frère, l'ont classé parmi nos meilleurs érudits provinciaux. Mais ces travaux n'étaient