‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 2 sur 201 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

que le prélude d'une œuvre plus considérable, plus personnelle, que le voeu du vénéré érudit normand A. Canel lui avait fait entreprendre. Le frère de Thomas Lindet, Robert, était une des illustrations du département de l'Eure ; il était né à Bernay et il avait siégé à la Convention nationale et au Comité de salut public pendant la période héroïque de 1793 et 1794. Jusqu'ici il n'avait pas trouvé de biographe. M. A. Montier s'est dévoué à cette tâche et il Ta remplie avec tant de bonheur qu'il a conquis la maîtrise. Son héros était de tous points digne de tant de labeur.

Jean- Baptiste- Robert Lindet, né à Bernay (Eure), le 2 mai 1746, second fils d'un bourgeois de cette ville, étudia le droit et devint avocat et procureur du roi près le tribunal de l'élection de Bernay. Il appartenait à cette forte race de juristes réformateurs qui réclamèrent la convocation des États-Généraux et participèrent si activement à l'éclosion de la Révolution de 1789. Bien que rédacteur du cahier des plaintes et doléances de Bernay, il ne fut point député aux États-Généraux, où son frère aîné, le curé Thomas Lindet, alla représenter le clergé de son bailliage. Élu maire de Bernay, le 3 février 1790, Robert montra de rares qualités d'administrateur dans les opérations délicates de la formation et de l'organisation du département de l'Eure. Sa popularité lui valut d'être nommé, le 3o août 1 791, le premier des onze députés de l'Eure à l'Assemblée législative.

Royaliste constitutionnel, comme la majorité de ses collègues, il se convertit peu à peu à l'idée républicaine, sous l'influence des événements. Esprit sagace et prudent, nature calme et réfléchie, Robert Lindet ne céda pas aux caprices de l'opinion et aux violences des passions; il se détermina par les principes de la saine raison. Il adhéra aux journées du 20 juin et du 10 août 1792, et c'est comme républicain qu'il fut envoyé à la Convention avec son frère devenu évêque constitutionnel de l'Eure. Il entra au Comité de législation et fit partie de la commission des Vingt et un chargée de présenter l'Acte énonciatif des crimes imputés à Louis XVI, Il rédigea le rapport où il

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exposa le plan de la conspiration ourdie par le roi. Ce réquisitoire, appuyé sur des documents incontestables, fut répandu dans le public par son auteur sous le nom à! AU tentais et crimes de Louis j dernier roi des Français. Convaincu de la culpabilité du roi, il se prononça selon sa conscience et dit : « Je ne puis voir des républicains dans ceux qui hésitent à frapper un tyran. Je vote pour la mort. »

Robert Lindet siégea parmi les Montagnards. Il présenta, au nom du Comité de législation, un projet de tribunal chargé de juger les conspirateurs, qui ne fut pas adopté, ce qui ne l'empêcha pas d'être accusé d'avoir provoqué l'établissement du tribunal révolutionnaire, créé sans sa participation. L'insurrection de la Vendée lui inspira une adresse aux habitants de ce pays pour les éclairer et les engager à rentrer dans le devoir. Le 7 avril 1793, il entra au Comité de salut public, formé la veille. Il en fut un des membres les plus actifs et les plus utiles. Non seulement il rédigeait les procès-verbaux et une partie de la correspondance, mais il présentait le Plan de travail, de surveillance et de correspondance, proposé par le Comité de salut public aux représentants du peuple députés près les armées de la République, œuvre remarquable d'organisateur et de patriote.

Cependant la lutte des Montagnards contre les Girondins se termina par la défaite de ces derniers le 3i mai 1793. Une insurrection fédéraliste ayant éclaté à Lyon, Robert Lindet alla essayer de rétablir l'ordre dans cette ville, mais il échoua et revint à Paris le 20 juin. La Normandie se soulevait sous l'influence des Girondins. Lindet mesura aussitôt les dangers que cette révolte faisait courir à ses compatriotes. Traité d'assassin par Vergniaud, il expliqua nettement sa conduite et se prononça, au sein du Comité, pour les mesures de pacification. Il présenta à cet eflfet un plan qui fut adopté, et il se rendit, avec Du Roy, le 9 juillet 1793, dans les départements de l'Eure et du Calvados pour en assurer l'exécution. Grâce à sa prudence et à sa fern^eté, il fît rçtractçr la municipalité

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