‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 12 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

R. Lindet procureur du roi au tribunal de l'élection de Bernay : son allocution prononcée, en cette qualité, le 23 octobre 1788. Il prend part à la rédaction du cahier du tiers état du bailliage, et rédige seul le mémoire sur les banalités et les droits de colombier qui y est annexé. Nommé d*abord président du comité électif (19 août 1789), puis maire de Bernay (3 février 1790), il est chargé par le roi, avec MM. le duc de Bouillon et Letellier, maire d'Évreux, d'organiser les administrations de département et de district, lors de la formation du département de rEure(6 mars 1790). Il est choisi comme procureur syndic du district de Bernay (i*' juillet 1790). Élu président de l'assemblée électorale réunie à Évreux, il est nommé par elle député à l'Assemblée législative (3o août 1791).

Le 2 mai 1 746, Thomas Lindet, marchand bourgeois de la ville de Bernay, devenait, pour la seconde fois, père d'un fils ' ; Penfant reçut les noms de Jean-Baptiste-Robert, et, comme son frère aine Thomas, il fut placé de bonne heure au collège de la ville, où il ne tarda pas à se faire remarquer par son travail facile et son application.

La famille Lindet occupait une honorable situation dans la bourgeoisie locale. L'ainé des fils, Robert-Thomas, se destina à Tétat ecclésiastique ' ; le second, Robert, se consacra à l'étude

1. Voici Pacte de baptême de R. Lindet, extrait du registre de la catholicité de Sainte-Croix-de-Bernay : « Le 3* mai 1746, Jean-Baptistc-Robert Lindet, fils de Thomas Lindet et de Marie-Anne Jouvin, ses père et mère, né le jour d'hier et en légitime mariage, a été baptisé par nous Jean Bourtet, I*' vicaire de cette paroisse, soussigné, et nommé Jean-Baptiste-Robert, par le sieur Robert Jouvin, marchand bourgeois de cette ville, son parrain, et Marguerite Marchand, femme du sieur Robert Lindet, sa marraine soussignée. »

2. Robert-Thomas Lindet était né le 14 novembre 1743 : docteur en théologie, curé de Saintc-Croix-de-Bernay, il embrassa avec ardeur les principes de la Révolution et fut nommé député aux États généraux par le clergé des

2 ROBERT LINDET ['Z^j]

du droit et se fit recevoir avocat. Plus tard, il fut investi de la charge de procureur du roi près le tribunal de l'élection de Bernay.

L'exercice de cette fonction nécessitait des études étendues en matière fiscale et financière : les élus connaissaient, en effet, de l'assiette des tailles, aides et autres impositions et levées de deniers royaux, ainsi que des cinq grosses fermes. Les gabelles, les domaines et les droits domaniaux n'étaient pourtant point de leur compétence. C'est à cette rude école que R. Lindet acquit ces solides connaissances, cette expérience pratique de l'administration, dont plus tard il devait si largement faire profiter son pays.

Ce labeur journalier, consciencieusement accompli, n'a guère laissé de traces dans l'histoire locale. Pourtant, on ne saurait passer sous silence le discours que R. Lindet prononça, le 25 octobre 1788, lors de la réinstallation de son tribunal. Après la retraite de Galonné, Brienne avait fait enregistrer au Parlement le fameux édit du mois de mai 1787 qui créait les assemblées provinciales, et abolissait toutes les juridictions d'exception et, par conséquent, les tribunaux d'élection. Cette suppression combattue par D'Eprémesnil et Duport, ne tarda guère à provoquer de vives réclamations, même de la part des taillables, qui ne trouvaient point la même impartialité près des nouvelles administrations, pour le jugement de leurs réclamations. Le 6 octobre 1788, le roi, obligé de rappeler Necker, ordonna la convocation des États généraux pour le mois de janvier 1789, et prescrivit à tous les officiers des cours, sans exception, de reprendre l'exercice de leurs fonctions, sans rien innover dans Tordre des juridictions tant ordinaires que d'attribution et d'exception, tel qu'il était établi avant le mois de mai 1788.

L'édit du roi du mois de mai 1 787 avait été une déception pour Lindet, qui s'était associé, en les approuvant, aux observations faites par la Cour des aides, lors de l'enregistrement de l'édit. Cette prétendue réforme financière n'était qu'un palliatif destiné à détourner l'esprit de la nation des réformes politiques. Elle maintenait la distinction des trois ordres. « Elle ne faisait, dit

bailliages d'Évreux, dont faisait partie la ville de Bernay; évoque constitutionnel de l'Eure, il fut le premier évoque qui se maria (novembre 1793). Député à la Convention, il siégea à la Montagne, aux côtés de son frère Robert, et de Du Roy, son concitoyen. Il abdiqua ses fonctions d'ëvôque (17 brumaire an II), fit partie du conseil des Anciens et mourut à Bernay le 10 août 1823.

[1788] PROCUREUR A l'ÉLECTION 3

Lindety que concentrer dans quelques familles notables le droit de répartir l'impôt, multiplier les exempts et les privilégiés, introduire les plus grands abus, subordonner absolument les pauvres aux riches, en confiant la répartition des impôts à ceux même que nos anciennes lois en avaient sagement écartés, en rendant presque impossible le recours aux tribunaux par tous les obstacles dont on en a hérissé l'accès. »

Aussi, à l'audience du 25 octobre 1788, dans laquelle fut enregistré l'édit rétablissant son tribunal, R. Lindet ne manqua pas de donner carrière à ses critiques contre les assemblées provinciales.

« Elles doivent être un jour, comme on nous l'annonce, dit-il ironiquement, un établissement national, uniquement occupé des grands objets de la félicité publique et d'éclairer tous les ordres et toutes les classes de citoyens sur leurs véritables intérêts. Leur dévouement sera pur et gratuit : on ne suivra en cela que l'exemple donné depuis plusieurs siècles par de grandes provinces. N*a-t-on pas déjà dit : Pour tant de travaux et de services, il n*y a ni émoluments ni honoraires, le désintéressement a toujours été le caractère distinctif des administrateurs de province?

c Nous ne dissimulerons pas que les assemblées provinciales et de département s'empressent aujourd'hui de vous enlever presque toutes vos fonctions. C'est qu'elles se rendent le témoignage avantageux, d'avoir plus approfondi et de mieux connaître l'état, la situation, les ressources de chaque paroisse, les rapports et l'ensemble de chaque département, les branches innombrables du droit fiscal et toutes les lois qui y sont relatives. Ce qui a été pour vous l'étude et le travail de bien des années, ce qui a toujours paru exiger le concours et la réunion de l'expérience des anciens officiers, avec les talents, les. connaissances de ceux qui entraient dans la môme carrière, a été aperçu, pénétré et approfondi par des hommes choisis, sans que l'absence des uns, la vie sédentaire des autres, ait pu nuire ni retarder le succès de leurs recherches.

« Peut-être un jour nous dira-t-on que des aigles nous ont devancés dans la carrière, où, contrariés par la résistance et souvent subjugués par Vascendant de l'autorité, nous ne faisions que nous traîner. Nous aurons au moins la gloire d'avoir donné l'exemple du désintéressement. »

R. Lindet montre alors combien peu son office est lucratif :

a Nos fonctions ont toujours été gratuites dans tout ce qui a rapport à l'administration. Nos gages grevés d'impôts n'équivalent pas à la moitié de rintérôt de nos capitaux : nous avons servi l'Etat ; ceux qui nous remplaceront ne consigneront sans doute pas, comme nous l'avons fait, une partie de leur fortune pour répondre de la fidélité et de l'exactitude de leurs services, mais, contents de pouvoir contribuer de leurs lumières au bonheur de la nation, vous ne les verrez sûrement pas solliciter ces traitements pécuniaires qui augmentent le poids des impôts. »

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